QUE.
Sainte-Marthe, employa le nom du Roi, pour obliger le PèreQuénel à fe choifîr une demeure où il voudroit, hors du diocè-se Paris. Il choifit librement Orléans , où il fe retira vers lemois de novembre 1681. Il avoit commencé à Paris, par leconfeil de M. Nicole, à compofer fur les Aétes des Apôtres &l"urles Epîtres de faint Paul, des Réflexions Morales, femblables àcelles qui avoient déjà été publiées fur les Evangiles, à l’ufa-ge du diocéfe de Châlons. Il continua ce travail à Orléans ;mais un nouvel incident l’obligea de fortir de France, à l'occa-iîon de l’affaire qu’on fufcita à la Congrégation de l’Oratoire.
On avoit dreffé dans l’affemblée générale de cette Congréga-tion , tenue à Paris en 1678, un Formulaire de doétrine trèsmal conçu, fur divers points de Philofophie & de Théologie. Dansl’affemblée de 1684, on en ordonna la fignature à tous ceuxquicompofoient cette Congrégation. Le Père Quénel ne croyantpas le pouvoir figner en confcience, & prévoyant bien qu’aprèsce refus il n’y auroit pas de fûreté pour lui en France, fe retiradans les Païs-Bas Efpagnols, au mois de février 1685 , devintà Bruxelles fe joindre à M. Àrnàuld, à qui il tint compagnie juf-qu’au mois d’août 1694, que mourut ce Doéteur. Ce fut là qu’ilacheva les Réflexions Morales fur le refte du Nouveau Tefta-ment, & elles furent imprimées pour la première fois en 1687,jointes aux Réflexions furies quatre Evangiles qui avoient parudès 1671. Celles-ci étoient fort courtes. II les revit, & leurdonna plus d’étendue, pour les rendre proportionnées aux der-nières qu’il avoit faites fur les Aétes , fur les Epîtres des Apô-tres & fur l’Apocalypfe. Ce fut alors que cet Ouvrage parutachevé, & il fut imprimé dans cet état-là , pour la premièrefois en 1693 & 1694-
M. d’Urfé, Evêque de Limoges, fit prier l’Auteur de faireimprimer féparément fes Réflexions, feulement fur les Epîtres& les Evangiles des Dimanches & des Fêtes, pour en faire unvolume, que les Curez delà campagne puffent avoir à jufte prix.Il le fit, & y joignit auffi des Réflexions fur les Epîtres ou Le-çons, tirées de l’Ancien Teftament, qui fe trouvent dans leMiffel Romain. Mais le Manufcrit s’étant perdu entre Bruxel-les & Paris, l’Auteur n’en ayant point d’autre copie, cet Ou-vrage n’a point été publié.
En 1695 ) M. le Cardinal de Noailles , alors Evêque de Cbâ-ions-fur-Marne, ayant trouvé que ce livre avoit cours dans fondiocéfe, & qu’il avoit été recommandé par fon prédéceffeur,après y avoir fait quelques changemens, l’approuva, & donnaùn Mandement, daté de Châlons du 23 juin 1695, dans lequel,comme avoit fait M. Vialart, il recommande à fon Clergé & àfon peuple la lefture de ce livre. Ce Prélat transféré la mê-me année au Siège Archiépifcopal de Paris, fit une inftru&ionfur la Prédeftination & fur la Grâce, qu’il publia le 20 d’août1 696, Ce fut à cette occafion que quelqu’un publia le fameuxProblème Eccléfiaftique, qui parut vers la fin de l’année 1698 ,imprimé à Bruxelles par les foins du Père de Souatre jéfuite.Mais ce libelle fut condamné au feu par un arrêt du Parle-ment de Paris, du dixiéme janvier 1699, & condamné à Rome.Cependant M. l’Archevêque de Paris, qui n’étoit pas encoreCardinal , chargea quelques Théologiens très habiles, nulle-ment prévenus en faveur de l’Auteur, de faire encore une exa.été révifion de ce livre. Feu M. de Boffuet, Evêque de Meaux,y travailla avec beaucoup d’application, & compofa contre leProblème , la Juftification des Réflexions Morales qui a été publiéeen 1710. Cette révifion fut faite à Paris fans la participationdu Père Quefnel, mais en étant informé il y apporta toute lafacilité pofîible. L’édition ainfi revue fut publiée à Paris en1699. C’eft la plus ample de toutes celles qui avoient paru juf-qu’alors.
En 1703, après l’éclat du fameux Cas de confcience, qui don-na occafion de renouveller les difputes fur la fignature du For-mulaire, & fur les matières de la Grâce, M. l’Archevêque deMalines, Humbert de Précipiano, fur un ordre obtenu, dit-on , du Roi d’Efpagne, fit arrêter à Bruxelles le Père Quénelle 30 mai, & le fit conduire dans les prifons de la maifon Ar-chiépifcopale à Bruxelles, d’où il fut tiré par une voye inefpé-rée le 13 feptembre de la même année. Il demeura caché àBruxelles, jufqu’au fécond jour du mois d’oétobre qu’il en for-tit; & fe rendit à Namur, dans le deffein de paffer outre. Xi-ménès, Gouverneur de Namur, qui avoit reçu ordre du Roid’Efpagne de ne laiffer paffer perfonne, arrêta\pendant quelquetetns le Père Quénel à Namur, quoiqu’il ne lè connût pas. CePère, fur la parole d’une perfonne d’autorité, obtint la permif-fion de fortir de la ville. Il fe rendit à Huy, où il fut arrêtépar le Commandant de cette ville pour les Hollandois, qui ju-gea fon paffeport défedueux. Mais après avoir été quelquesjours en arrêt, il fut délivré fur un paffeport plus ample qu’onlui envoya.
Dès qu’il fe vit en liberté, il publia fon Motif de Droit , oùil expliquoit les raifons qu’il avoit eues de fufpeéter & de re-culer la perfonne & le tribunal de M. de Malines; & il répon-dit aux faits avancez contre lui dans un placard, publié par leProcureur d’office de la Cour eccléfiaftique de Malines. Celan’empêcha pas le Prélat de rendre contre le Père Quénel unefentence datée du dixiéme novembre 1704. x
Ce Père retiré en Hollande au mois d’avril 1704, attaqua laprocédure, & la nullité de la fentence de M. de Malines pardeux Ecrits qui parurent au commencement de l’année fuivan-,e , intitulez , Idée générale du libelle publié en Latin, fous ce tt-fle, Motif de droit pour le Procureur de la Cour eccléfiaftique de Ma-hnes , &c. Et Anatomie de la Sentence de M. l’Archevêque de Ma-hnes.
Ses ennemis publièrent enfuite divers Ecrits contre le livre«m Réflexions, fous ces titres, Le Père Quénel hérétique : Le PèreXpenel féditieux ; & l’on obtint un Décret du Pape Clément XI.
QUE. jj
Ce Décret daté du 13 juillet 1708, condaninoitle livre en géné-ral avec des qualifications très-dures, fans marquer en particu-lier aucune propofition. 11 en parut une réfutation fort vivel’année fuivante , fous ce titre, Entrétiens fur le Decret de Romecontre le Nouveau Teftament de Châlons, accompagnez de RéflexionsMorales , 1709. On a attribué cet écrit au Père Quénel.
Ce Décret ne put être ni reçu, ni publié en France , n’étantpas conforme aux ufages du Royaume: il n’y eut que quelquesEvêques, comme ceux de Luçon, de la Rochelle & de Gap,qui condamnèrent ce livre par des Mandemens, fans pourtantfaire mention du Décret de Rome.
Le Roi Louis XIV, follicité par les lettres que quelques Pré-lats du Royaume, lui écrivirent pour arrêter le cours du livredes Réflexions Morales, demanda au Pape une Conftitution en for-me, qui le condamnât, en marquant diftinétement les propofi-tions dignes de cenfure. Cela fe fit au mois de novembre 1711.Le Pape après s’être bien affuré que le Roi employeroit fon au-torité pour faire recevoir purement & Amplement la nouvelleBulle que Sa Majefté demandoit avec inftance , établit au moisde juin 1712, une Congrégation deCardinaux, de Prélats & deThéologiens pour travailler à cette affaire. Le PéreQuénel écri-vit fur cela à fa Sainteté une lettre, qui fut envoyée à Romele 22 juillet fuivarrt, & envoyée encore une fécondé fois le 22feptembre de la même année; mais le Pape ne lui fit faire au.cune réponfe.
Enfin, la fameufe Conftitution Unigenitus Dei Filius parut da-tée du huitième feptembre 1713. Fille condamne ce livre, ¢ & une propofitions qui en font extraites, par vint-quatreou vint-cinq qualifications, dont le Pape ne fait l’application àaucune propofition particulière. Sa Sainteté y condamne auff?tous les Ecrits faits ou à faire pour la défenfe de ce livre.
Quarante Evêques de l’affemblée du Clergé, tenue à Paris en1713 & 1714, & enfuite flir grand nombre d’autres, ont décla-ré qu’ils acceptoient cette Bulle purement & Amplement, quoi-qu’en même tems ils y donnaffent des explications par une in-ltruftion paftorale. Les lettres patentes du Roi données à Ver-failles le 14 février 1714, pour la publication de cette Bulle,n’ont été auffi ênregîtrées au Parlement de Paris, qu’avec di-verfes modifications & reltriétions.
M. le Cardinal de Noailles, & quelques autres Evêques, nejugeant pas fuffifantes les explications de l’Inftruétion paftorale,refuférent d’accepter la Conititution , jufqu’àce que le Pape fefût expliqué d’une manière capable de mettre entièrement à cou-vert la Doétrine, la Difeipline, la Morale , la liberté des Eco-coles, le droit des Evêques , & les Libertez de l’Eglife deF'rance.
Louïs XIV étant mort le premier feptembre 1715 , la Décia-tion par laquelle ce Monarque devoit obliger tous les Evêquesà recevoir la Conftitution , fut fupprimée; ce qui ranima telle-ment dans diverfes Univerfitez & Facultez de Théologie, ceuxqui du vivant du Roi n’avoient pu empêcher que leurs Corpsne fiffent des Décrets d’acceptation de la Bulle, qu’on les vitoppofer à ces Décrets des Décrets contraires, qui furent fuivlsquelque tems après d’Aétes d’appel au futur Concile Général.La Faculté de Théologie de Paris déclara que le Décret du cin-quième mars 17Ï4 , par lequel on vouloit faire croire qu’elle a-voit accepté la Bulle, étoi: faux. Mrs de la Broue , Evêque deMirepoix, Soanen Evêque de Senès, Colbert de Croiffy Evê-que de Montpellier, & de Langres Evêque de Boulogne, appel-èrent de la Bulle par un Aéte du cinquième mars 1717, & lemême jour la Faculté de Théologie de Paris adhéra à leur ap-pel. Cet exemple fut fuivi par diverfes Facultez, Communau-tez régulières, Curez, Prêtres, &c. M. le Cardinal de Noaillesqui avoit appellé prefque en même tems que les quatre Evêques,ne publia fon Aéte d’appel que l’année fuivante.
Les autres Ouvrages de piété compofez par ce Père, font l’I-dée du Sacerdoce; les trois Confecrations; Elévations fur la Paffionde Notre-Seigneur Jefus Chrift; Jefus pénitent; Du Bonheur de la MortChrétienne ; Prières Chrétiennes & pratiques de piété; l’Office de Je-fus avec des Réflexions; Nouvelles prières Chrétiennes avec despratiques de piété, fur la dédicace des églifes & fur les Fêtesde Sainte Geneviève, de S. Etienne & de S. Denys ; Prière àNotre-Seigneur Jefus Chrift au nom des jeunes gens; Recueil deLettres fpirituelles fur divers fujets de Morale & de piété, &c.On lui a attribué des Régies de la Difeipline eccléfiaftique, dont lefond eft du Père Darcy de l’Oratoire; le Père Quénel les a feu-lement revues & augmentées, & les a fait imprimer. Les deuxvolumes in quarto imprimez à Lyon en 1689, fous ce titre, luDifeipline de l’Eglife, tirée du Nouveau Teftament de quelques an-ciens Conciles, ne font que des Mémoires que ce Père avoitcompofez à la hâte, pour fe préparer à certaines conférences,qui fe tenoient à l’Oratoire, où il étoit engagé à parler de laDifeipline Eccléfiaftique. Cette édition ayant été faite fans faparticipation , & fans qu’il eût revu cet Ouvrage, il l’a defa-vouée par une lettre écrite à M. Bafnage de Beauval, qu’ontrouve dans l’Hiftoire des Ouvrages des Savans, au mois d’août1690.
Le même Père a compofé un grand nombre d’autres Ouvra-ges, à l’occafion des conteftations où il s’eft trouvé engagé.On lui attribue VApolegie biftorique des deux Cenfures de Louvain &de Douay ; les quatre volumes delà Tradition de l'Eglife Romaine ,fous le nom de M. Germain ; le recueil, intitulé, Caufa Arnaldi-na ; la Juftification de M. Arnauld ; l’édition des lettres de M. lePrince ae Conti, & du Père Defchamps Jéfuite, & bien d’autresOuvrages. Mais ce feroit s’expofer à être defavoué, que d’en-treprendre de marquer précifément entre tant d’Ecrits fans nomd’Auteur, quels font ceux qui font fortis de fa plume ; commeM. l’Archevêque de Cambray, qui lui avoit attribué un Ouvra-ge , compofé par un Jéfuite deguifé, qui failoit femblant d’êtreB 3 d»