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5 (1740) Lettres I - L
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JUS. •

l’Empereur le menaça de l’envoyer en exil, s’il ne communi-quoit avec Anthime, I’atriarche de Conftantinople, Héréti-que. Le Pape lui répondit fans s’étonner, Je crojois être venuvers un Prince Chrétien, & je trouve m Dioclétien. Cette vigueurcontraignit Juftinien de chaffer Anthime, pour lui fubttituerun Prélat Orthodoxe. Depuis, Juftinien ayant voulu connoî-tre du different des trois Chapitres, publia en forme de Con-lfitution un Ecrit qui caufa de grands troubles dans l’Eglife.On ne peut auffi excüfer les violences qu’il exerça à l’égarddes Papes Silverius & Vigile, avant & après la célébration ducinquième Concile Général tenu l’an 553. Juftinien, fur la finde les jours, tomba dans une opinion erronée, & foutint queTéfus-Chrilt n’avoit pas un corps corruptible, c’eftàdire, fu-jets aux infirmiez naturelles. 11 avoit fait un Edit contre ceuxqui foutenoient le contraire, & le vouloit publier; mais Dieuarrêta fes defTeins par fa mort, qui arriva affez fubitement le14 Novembre 565. 11 étoit âgé de 83 ans, & avoit régné 39ans, trois mois & 14 jours. Ce fut cet Empereur qui abolitle Confulat. Il bâtit grand nombre d’Eglifes, & fur-tout cellede fainte Sophie à Conftantinople, eftimée un chef-d’œuvred’Architeéhire ; & répara quelques villes. Procope nous a don-né une Hiftoire afTez complctte de fon régne, mais d'une ma-nière fort diverfe; car dans fes Anecdotes il déchire cruelle-ment cet Empereur auffi-bien que fon époufe Thcodora, aprèsles avoir comblez de louanges dans fes autres Ouvrages ; deforte que cet Auteur s’eft convaincu lui-même par cette oppo-lition, ou d’une baffe flatterie, ou d’une médifance outrée. *Procope, de Bcllo Per J. Vend. Gotb. & in Anecdotis. Evagre,l 4. Agathias. Nicéphore. Paul Diacre & Baronius, in Annal.

JUSTINIEN, II ou le Jeune, furnommé Rbkotmétc outm Nez coupé, fuccéda à l’âge de 16 ans à fon père ConflantinPogonat ou le Barbu, au mois de Septembre de l’an 68S- U re-couvra d’abord diverfes Provinces , que les Sarazins avoientufurpées fur l’Empire Romain, & leur accorda la paix, fousla condition d’un tribut qu’on lui payoit toutes les années ;mais il rompit très légèrement ce Traité en 690, parce que lainonnoye qu’on lui donna 11’étoit pas marquée à fon image. Ilfe repentit bien-tôt de cette ridicule délicatelfe; car les Arabesdéfirent entièrement fon Armée. Ce mauvais fuccès le renditodieux aux peuples; & cette haine s'augmenta par les violen-ces qu'il fit exercer contre le Pape Sergius, qui n’approuvoitni fa foi ni fa conduite. Ses cruautez augmentèrent de telleforte, que le peuple s’étant foulcvé fous la conduite du Patri-ce Léonce, lui coupa le nez, & l’envoya en exil l’an 694 dansla Cherfonnéfc. Léonce fut fait Empereur, & fut chaffé en697 par Tibère Abfimare, qui fe mit en fa place. Celui-ci ré-gna environ fept ans ; & après lui Juftinien fut rétabli vers l’an704, ou 705 , par le fecours de Trébellius, Roi des Bulgares,qui fe rendit maître de Conftantinople, où il avoit fait entrerune partie de fes troupes par un aqueduc. Léonce, qui étoitdans un Monaftére, & Tibère Abfimare, furent punis de mort.Au refte, Juftinien ne devint que plus cruel après fon rétablif-fement; car toutes les fois qu’il tomboit quelque goutte d’eaude fon nez coupé, il ne manquoit jamais de iacrifier quelqueSénateur à fon refTentiment & à fa vengeance. Il fit auifi cre-ver les yeux au Patriarche Callinique, & oubliant les obliga-tions qu’il avoit aux Bulgares, il leur fit la guerre , mais fimalheureufement, qu’il eut fujet de fe repentir de fon ingrati-tude. Après ce defavantage, il feignit de vouloir faire péniten-ce de fes crimes, & régler quelques affaires Eccléfiaftiques. Acet effet il fupplia en 709 le Pape Conflantin de venir faireun voyage à Conftantinople, où il le reçut avec toute forte dercfpeét. Cependant après le départ du Pontife, il exerça au-tant de cruautez qu’auparavant; de forte qu’après avoir régnédix ans avant fon exil, & fix après fon retour, il fut tué avecfon fils Tibère, par Philippique Bardanès fon fucccffeur. Cefut en l’année 711. * Paul Diacre, I. 6 . Théophane & Cédré-ne, in Annal. Grœc. Anaftafe , in Confiant mopol.

JUSTINIEN , neveu de l’Empereur Juftinien le Jeune.Sophie, femme de ce dernier, avoit porté en 711, Tibèrefur le thrône, dans l’efpérance de l’époufer; mais voyant qu ilfaifoit appellcr fa femme Augufte, elle en eut tant de dépit,qu’elle confpira contre Tibère , en faveur de Juftinien, ne-veu de fon époux. Tibère reprit Juftinien avec affez de dou-ceur, lui pardonna généreufement, & fe fervit de lui contreles Perfes.

JUSTINIEN, Evêque de Valence en Efpagne, & Ecri-vain Eccléfiaftique dans le VI fiécle, étoit frère de Jufte Evê-ued’Urgel, de Nébride & d’Elpide, auffi Prélats. Saint Ifi-ore fait mention de lui dans le 20 Chapitre du Traité des E-crivains Eccléfiaftiques. 11 compofa un Ouvrage qui conte-noit cinq réponfes à des demandes que lui avoit faites un cer-tain homme nommé Rufiicus.

JUST 1 NOPOLIS , ville capitale de l’Iftrie, dans l’E-tat de Vcnife.avec Evêché fuffragant du Patriarche d’Aquilée,appellée maintenant Capo d'Iftria. Agathias a cru qu’elle avoitété nommée Juftmopolis, parce que l’Empereur Juftin I y étoitné; mais le Cardinal Baronius remarque fort bien que ce nefut point le lieu de la naiffance de cet Empereur, & qu’elle neporta ce nom que parce qu’il la fit rétablir, après que les Bar-bares l’eurent ruïnée, vers l’an 520. * Léandre Alberti, De-Jcript. Ital. Agathias. Baronius.

JUS T IN O POLIS ou JUSTINIANE'E, ville de laBulgarie, & ville de la naiffance de l’Empereur Juftinien l'An-cien, s’appelloit auparavant Bérine, félon Agathias; Tntrézt,félon Procope; puis Acride. Cet Empereur érigea cette villeen Métropole , & lui attribua la Jurifdiétion fur les Provincesde la Dace Méditerranée, & de la Dace Ripenfe, de la Tribal-lie, de la Dardanie, de la Mœfie Supérieure, & de la Panno-

J U T. J U V.

nie. Cette ville fut nommée Juftinianée la première, à caufe défa dignité. Celle qu’on appelle la fécondé étoit dans la MœfieSupérieure, & la troifiéme étoit l’ancienne Chalcédoine.

J U T.

UT A, ville de la Tribu de Juda. * Jefué, cb. iy. v. 55.JUTES, Peuples anciens,originaires de Germanie. Aprèsque les Cimbres & les Teutons furent fortis du Septentrion,les Jutes vinrent s’établir en leur Païs, & choifirent pour RoiDams, fils de Humble Roi de Gothie. Quelques Hiitoriensrapportent que ce Prince y régna vers l’an du Monde 2909.Sa race étant éteinte, Hoter fils d’Atille I, Roi de Suède, oc-cupa le thrône dans le même païs , & fa poflérité finit en AldanHL * Audiffret , Géogr. tome 1. p. 292. édit, de Hollande1694. Th. Corneille, Dift. Géogr.

J UT LAND, Prcfqu’Ifle, qui fait une des plus confidéra-bles parties du Royaume de Dannemarck, eft la Cbcrfonejc Cim-brique des Anciens. On le divife ordinairement en SudJut-land, ou Jutiand méridional, & en Nort-Jutland, ou jutlandfeptentrional, entre les villes Vandaliques, la Mer Baltique,la Germanique & la Norvège. Le Sud-Jutland renferme lesDuchez de Holftein ou Holface & de Sleefwick. Le premiercomprend quatre petites Provinces. Le Nord-Jutland fe fub-divife en quatre Diocéfes, Ripen, Arhufen , Wiborg & Al-borg. Ceux qui habitent la côte du Jutland, bâtilfent de pe-tites maifons; parce que le vent y pouffe tant de fable, qu’ilsfont affez fouvent contraints d’en fortir par le toit. La fitua-tion de Frédéricks-Odde y eft très importante. Charles-Gufta-ve, Roi de Suède, la prit dans les guerres du XVII fiécle, &de là paffa fur la glace dans les Mes voifines. Autrefois le Jut-land fut habité par les Peuples appeliez Cimbres, & enfuite pard’autres nommez Jutes: ce qui donna le nom au païs de Jut-land. Golnits s’eft efforcé de nous faire une Defcription ma-gnifique de ce petit païs. * On le pourra confultcr, & voirPline, l. 4. c. 13. Montanus, in Mer cal. &c.

J U TT A. Vojez JUTA.

J UT URNE, Divinité du Paganifme , étoit particuliére-ment révérée des filles & des femmes Romaines , parce que lesunes & les autres croyoient en être beaucoup aidées ; fuivantl’étymologie de fon nom Juturne, du mot juvare, aider. Lesfilles croyoient obtenir d’elle un prompt & heureux mariage,& les femmes en attendoient un accouchement favorable. Ontenoit à Rome que Juturne avoit été une fille d’une rare beau-té; que Jupiter l’avoit aimée, & s’en étoit fait aimer, & quepour récompenfe il lui avoit donné l’immortalité,& l’avoit mé-tamorphofée en fontaine. Cette fontaine de Juturne étoit dans\e Latium, païs auprès de Rome; & fon eau étoit celle donton fe fervoit dans tous les Sacrifices, fur-tout dans ceux de laDéeffe Vefta, pour lefquels il étoit défendu d’employer d’au-tre eau que celle de cette fontaine, qu’on nommoit communé-ment eau virginale, aqua virginca. Cette fontaine étoit un reftedu petit fleuve Numicius, qui couloit dans le Latium, & quiétoit defféché, & la fontaine fe deffécha auffi dans la fuite desteins. Selon quelques Auteurs, Juturne étoit fille de Daunus,& fœur de Turnus, Roi des Rutules. Le Roi Latinus en étantdevenu amoureux, elle s’abandonna à fon amour, & fa honteayant été découverte,elle fe précipita de défefpoir dans le fleuveNumicius. Virgile parle d’elle dans l’Enéïde, & dit que Jupiterfit une Nymphe du fleuve Numicius. * Virgile, Enéide 12. O-vide, Fajks, l. 1. & 2. Eeltus.

J U V.

T U VE N AL, (Decius Junius.) Poète Latin du premier fié-J cle, étoit natif d’Aquin, ville d’Italie , bien que quelquesAuteurs, comme Pierre Pithou, ayent cru qu’il étoit Gaulois.On a prétendu que fa Vie, qui eft au commencement de fesSatires, eft un Ouvrage de Suétone; mais cela eft auffi incer-tain que ce qu’on dit, qu’il étoit fils d’un Affranchi, ou dumoins qu’il fut Affranchi; car fes trois noms de Decius JuniusJuvénal, font voir que fa naiffance étoit affez illuftre. Juvenalvint à Rome étant encore jeune, & y employa la moitié de favie à faire des Déclamations. Enfuite flatté par le fuccès dequelques vers qu’il avoit faits contre Pâris, Comédien de Né-ron, il compofa des Satires, dont nous avons encore feize,qui le firent eftimer;maisil fe rendit ii peu complaifant,qu’onle rélégua, fous prétexte de lui donner une charge honorabledans l’Armée, & qu’on l’envoya dans la Pentapole , fur lesfrontières d’Egypte & de Libye. On croit qu’il vécut jufqu’Al’an de Jéfus-Chrift 128. Ce Poète a beaucoup de force & d’ef-prit; mais il n’eft prefque jamais naturel , & les obfcénitezqu’il a répandues par-tout, rendent fa leéture infupportable.

* Jufte Lipfc, Epifi. Quœfi. I. 4. Epifi. 20. Scaliger , PoèticceJ. 6 . c. 6 . Lilius Giraldus, in Dialog. Poètic. Voffius, de P dit.Lat. &c.

JUVENAL, (Gui) Manceau, Religieux de l’Ordre defaint Benoît, & Abbé de faint Sulpice de Bourges,fit imprimeren 1522, trois livres fur la réformation des Moines. Dès l’an1505, il avoit publié une Traduétion Françoife de la Régie defaint Benoît. La Croix du Maine le nomme Jouveneaux; maisil eft appellé Juvénal, au titre de la Traduétion qu’on vientd’indiquer. L’Auteur de l’Apologie pour les Poètes Latinsdans Gifanius, p. 507. met Gui Juvénal, entre ceux qui ontpouffé à la perfeélion l’Art de commenter, & qui ont apportéles conjeétures les plus fures pour l’explication des endroits