122
DE l’ESPRIT DES LOIS.
se hater de mettre fin aux vengeances , auxpcines , et aux recompenses meine.
Oil ne peut faire de grandes punitious , etpar consequent de grands eliangements, sansmettre dans les mains de quelques citoyensnn grand pouvoir. II xaut donc niieux dans eeeas pardonner beaucoup que punir beaucoup,exiler peuqu’exiler beaucoup ,laisser les biensque multiplier les eonfiscations. Sous pretextede la vengeance de la republique, on etabliroitla tyrannie des vengeurs. II n’est pas questionde detruire celui qui domine, mais la doinina-tion. II faut rentrer, le plutot que l’onpeut,dans ce train ordinaire du gouvernement oules lois protegent tout,et ne s’arment contrepersonne.
Les Grecs ne mirent point de bornes auxvengeances qu’ils prirent des tyransoudeceuxqu’ils soupconnerent de l’etre. Ils firent mou-rir les enfants (i), quelquefois cinq des plusproclies parents (2); ils chasserent une infinitede familles. Leurs republiques en furent ebran-lees; l’exil ou le retour des exiles furent tou-jours des epoques qui marqüerent le cliange-ment de la consLitulion.
Les Romains furent plus sages. LorsqueCassius fut condamne pour avoir aspire ä latyrannie , on mit en question si Ton feroit
(1) Deuys d'Halicarnnsse, Antiqnitcs romaines,1 i V. VIII.—(2) Tyranno occiso , quiuque ejus proxi-inos ongnalioiie, magistratus necato. Cicerou , deinvenlione, lib. II.