52 DE l’eSPRIT DES LOIS.
de si grandes promesses, que, lorsqu’elles sontpresentes ä notre esprit, quelque chose que lemagistrat puisse'faire pour nous contraindreä la quitter, il semble qu’on ne nous laisse rien,quand on nous Töte, et qu’on ne nous ote rien,lorsqu’on nous la laisse.
Ce n’est donc pas en remplissant l’ame de cegrand objet, en l’approcliant du moment ou illui doit etre d’une plus grande importance,que Ton pai-vient ä l’en detacher: il est plussur d’attaquer une religion par la faveur, parles commodites de la vie, par l’esperance de lafortune; non pas par ce qui avertit, mais parce qui fait que l’on oublie; non pas par ce quiindigne, mais par ce qui jette dans la tiedeurlorsque d’autres passions agissen t sur nos ames,et que celles que la religion inspire sont dansle silence. Regle generale: en fait de cliange-ment de religion, les invilations sont plus for-tes que les peines.
Le caractere de l’esprit humain a paru dansl’ordre meine des peines qu’on a employees.Que l’on se rappelle les persecutions du Ja-pon (i); on se revolta plus contre les supplicescruels que contre les peines longues, qui las-sent jdus qu’elles n’effarouchent, qui sont plusdifficiles ä surmonter parcequ’clles paroissentmoins difficiles.
(i) Voyc/. le Recueil des voyages qui ont servi äretablissement de la compaguie des Indes, tome V,pari. I, p. igu.