LIVRE II, CHAP. II. 79
qu’il ne peut ignorer, et des faits qui tombentsous les sens. II sait tres bien qu’nn bomnie aete souvent ä la guerre, qu’il y a eu tels ou telssucees; il est donc tres capable d’elire un ge-neral. II sait qu’uu juge est assidu, que beau-coup de gens se retirent de son tribunal Con-tents de lui, qu’on ne l’a pas convaincu de cor-ruption; en voilä assez pour qu’il elise un pre^teur. II a ete frappc de la inagnificence ou desricliesses d’un citoyen; cela suffit pour qu’ilpuisse clioisir un edile. Toutes ces clioses sontdes faits dont il s’inslruit mieux dans la placepublique, qu’un monarque dans son palais.Mais saura-l-il conduire une al'faire, connoitreles lieux, les oceasions, les moments, en pro-fiter? Non; il ne le saura pas.
Si Ton pouvoit douter de la capacile natu-relle qu’a le peuple pour discernerle merite,il n’y auroit qu’a jeter les yeux sur cette suitecontinuelle de clioix etonnants que firent lesAtbeniens et les Romains; ce qu’on n’altri-buera pas sans doute au liasard.
On sait qu’a Rome, quoique le peuple sefüt donne le droit d’elever aux charges les ple-beiens, il ne pouvoit se rcsoudre ä les elire; etqnoiqu’a Atlienes on püt, par la loi d’Aris-tide, tirer les magistrats de toutes les elasses,il n’arriva jamais, dit Xenoplion (1), que lebas peuple demandät eelles qui pouvoient in-teresser son salut ou sa gloire.
(i)l’ag. C91 etÖ92, edit. de Weelielius,deraui 5 g 6 .