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8 (1740) Lettres SEH - Z
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TAE. TAF.

flèches. Ils étaient tous couverts de cappes blanches, & fort |déliées. Celle du Chef étoit ornée de certaines houpes , d’unetoil'on différemment colorée, & celles des autres étoient toutesunies. Le Chef portoit fur fa tète une tiare d’un tiffu de jonctrès bien travaillé, & relevé d’un bouquet de diverfes plumes.Tous ceux qui l’environnoient étoient nud-tête. Les femmes a-voient des vcftes de pareille étoffe, & de petits chapeaux dejonc fur la tète. Ces chapeaux étoient aulli garnis de diverfesplumes. Elles avoient encore des bralfelets tiffus de poil, &plufieurs autres bijoux qui relevoient leur ajuflement. Ces fem-mes n’étoient pas tout à fait noires, mais biles. M. de la Sal-le leur trouva le vifage un peuplât, les yeux noirs, brillans,bien fendus, la taille alfez fine, & toutes lui parurent d’un airriant & fort enjoiié. Voici ce qu’il apprit d’un vieillard tou-chant ces Sauvages : Ils ne fe gouvernent que par la volontéde leur Chef, qu'ils révèrent comme leur Souverain, & re-connoiffent fes enfans pour fes légitimes fuccelfeurs. Lorsquece Chef meurt, on lui facrifie fa prémiére femme, fon prémierMaître d’IIôtel, & vint hommes de fa nation pour l’accompa-gner dans l’autre monde. Durant fa vie, perfonne ne mange• dans fon plat, ni ne boit dans fa tatTe , ni n’ofe pafler devantlui quand il marche. Lorsqu’il va en quelque lieu, on prendfoin de nettoyer le chemin, & on le jonche d’herbes & de fleursodoriférantes. Ceux qui ont à lui parler, commencent par fairede grands hurlemens, & ces hurlemens font des marques d’ad-miration & de refpect ils adorent le Soleil & ont leur Tem-ple, dans lequel ils entretiennent un feu perpétuel. A tous lesdéclins de la Lune, ils portent par forme de facrifice à la portede ce Temple un grand plat de leurs mets les plus délicats, dontleurs Prêtres font une offrande à leur Dieu, & enfuite ils l’em-portent chez eux pour en faire grand’ chère. Quant à leurscoutumes, ils vont en troupe tous les Printems dans quelquelieu écarté, défricher un grand efpace de terre, qu’ils piochenttous au fon du tambour. Enfuite, ils applanitfent la terre deen font un grand champ qu’ils appellent le Defert ou le Champde l’Efprit. Ils y vont entretenir leurs rêveries , & attendentlà les infpirations de leur prétendue Divinité. Comme ils re-nouvellent chaque année cet exercice, infenfiblement ils défri-chent toutes leurs terres, dont ils tirent des revenus plus con-fidérables. En Automne ils cueillent leur blé d’Inde, & legardent dans de grands paniers jufqu’à la Lune du mois de Juinde l’année fuivante. Les familles s’affemblent en ce tems- là,&chacune invite fes amis ou fes voifins, à venir manger debons gâteaux, à quoi ils ajoûtent de la viande, & paffent ainflla journée en Fête. M. de la Salle eut la curiofité de voirleur Temple avant fon départ. La ftruéture en dehors en efttout à fait femblable à celle de la maifon du Chef. Ce Tem-ple eft enfermé dans le circuit d’une grande muraille. L’efpa-ce, qui eft entre deux, forme une efpéce de parvis ou le peu-ple fe promène. Au deffus de cette muraille on voit un grandnombre de piques, fur la pointe defquelles on met les têtes desennemis ou des plus grands criminels. Il y a un gros billotextrêmement élevé au deffus du frontifpice. Ce billot eft en-touré d’une grande quantité de cheveux , & chargé d’un tas dechevelures en manière de trophée. Le dedans du Temple n’eftqu’une nef peinte ou bigarrée en haut par tous les côtez , deplufieurs figures différentes. Au milieu du même Temple eftun grand foyer qui tient lieu d’autel, où brûlent toûjours troisgroffes bûches, mifes de bout en bout, & que deux Prêtresrevêtus de cappes blanches ont foin d’attifer. C’eft autour decet autel enflammé que tous ces Sauvages font leurs prièresavec des hurlemens effroyables. Elles fe font trois fois chaquejour, le matin, à midi, & au coucher du Soleil. On remarquedans ce Temple un cabinet ménagé dans la muraille. C’eft leTabernacle de leur Dieu, & il n’y a que leur Grand Prêtre quiait permiflion d’y entrer. On n’en peut voir que la voûte, auhaut de laquelle font fufpendus les corps de deux aigles dé-ployées , & tournées vers le Soleil. Quoique ce lieu foit fortrévéré, comme étant le Tabernacle du Dieu qu’ils adorent, onne laiffe pas d’y enfermer leurs thréfors & leurs richeffeg, com-me perles fines, pièces d’or & d’argent, pierreries, & mêmeplufieurs marchandifes Européennes , dont ils trafiquent avecleurs voifins. * Nouvelle relation de l'Amérique Septentrionale 1607Th. Corneille , Dici. Géogr.

TAE rS D’AMERONGEN. Posez T A A T ■

TAF, rivière. Voyez T A V E.

T A F A L L A, anciennement Alta-Faüia , cité du Royau-me de Navarre, avec un palais de fes anciens Rois, fur la ri-vière de Cidaço , à une lieue àu deffus d’Olite. Il y a une af-fez bonne Univerfité. Elle a été honorée du titre de cité en1630, par le Roi Philippe IV. Les Efpagnols l’appellent laFleur' de la Navarre , parce que la Jeuneffe de ce Royaume yva faire fes études. Quelques Géographes y mettent un bour<*des anciens Vafcons, nommé Tttbal , Tuballa, Tubalia. * Ma^ty, Diü. Géogr. Colménar, Délices d’Efpagne, p. <57s R (tif,

T AFANIA, eft la place de l’ancienne Semi-Fons, villelibre de Tofcane. Les Florentins la prirent, la ruinèrent &en tranfportérent lesHabitans dans leur ville environ l’an 1024On voit ce lieu dans le Florentin, aux confins du Siennoisà une petite lieue de Poggiobonzi, vers le Couchant. * Ma’ty, Dift. Géogr,

T A F D A, rivière de Mofcovie. Voyez T O S 3 A

T A F F’, rivière. Voyez T A V E.

* T A F F IN (Pierre) de S. Orner, Jéfuite, enfeigna lesHumamtez en divers Collèges, profeffa [ a Philofophie à Mayen-ce, & la Théologie Morale à Mons en Hainaut. On a de luide Veterum Romanorum An.no faculari , cum Ludorum ïceculariumnova Cbronologia. * Valére André, Bibliotb. Belgica, p. 763.

X A FI (André) Peintre Italien , né à Florence vers l’an

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1213, Voulant s’adonner à la Peinture, s’affocia quelques Peiiî-très Grecs qui étoient à Florence, fous lefquels il apprit lesprincipes de cet Art; mais voyant la grande réputation de CLmabué , qu’il n’efpéroit pas de pouvoir égaler, il lui céda dan*la Peinture, pourfe diftinguer dans les ouvrages de Mofaïque ,qui étoient peu connus en Italie. Le defir de fe perfectionnerdans ce genre, le fit venir à Venife, pour en favoir les fecretade quelques autres Grecs qui travailloient dans l’eglife de faintMarc. Un de ces Grecs , nommé Apollonius, lui enfeigna en-core la manière de cuire le verre avec les couleurs ; & attirépar fes carelfes, il le fuivit à Florence, où ils achevèrent en-l'emble, dans l’eglife de faint Jean, plufieurs hiftoires de l’An-cien & du Nouveau Teftament. Tafi fit un Chrift grand defept coudées , & rendit cette figure fi parfaite, qu’elle lui ac-quit une approbation générale, avec une magnifique récompen-fe du Public. Sa réputation aaroit été plus éclatante, s’il nel’eût obfcurcie par fon avarice, qui lui failoit négliger la per-feétion qu’il eût pu donner à fes ouvrages, en les formant avecplus de loifir. 11 mourut l’an 1294. * Vafari.

T A F I L E T, Royaume de Biledulgérid en Afrique , au de-là du Mont-Atlas, eft un païsextrêmement fablonneux, & fté-rile prefque par tout, à caufe des chaleurs exceffives qui yrégnent pendant la plus grande partie de l’année. Le blé n’ypeut venir; & l’orge qu’on y féme le long des rivières, n’jfcroît qu'avec beaucoup de peine. Les Chérifs ou Princes, &les Alcaïdes ou Gouverneurs, font les feuls qui en puiffencacheter; & le peuple ne vit que de dattes & de chair de cha-meau. Les Provinces, qui dépendent de ce Royaume, fontcelles de Touet vers l’Orient, & de Dras au midi ; avec les dé-ferts de Sara, qui contiennent les peuples de Ferquéla , deToudéga, de Léguérilfi, de Touguédout, de Sédrat, de ,VI on -gouna, de Sécoura & de Iladet, lefquels habitent chacun prèsdes rivières de ces noms. Il n’y a que la feule ville de Tafi-let dans le Royaume. Les peuples de cet Etat font de troisfortes, & font compofez de Chérifs, d’Arabes & de Barbares.Les premiers fe difent defeendus du faux Paophéte Mahomet,& demeurent dans les châteaux. Les Arabes font venus d’A-rabie, avec leur Prince Mouley Méhérès, & campent dans lesplaines fous des tentes. Les Barbares font les anciens Habi-tans, & demeurent dans des villages. Ce font des gens fecs,grands & bazanez, qui nourriffent quelques beftiaux entre lesmontagnes, & qui les échangent avec les Arabes pour des dat-tes. Ce païs abonde en dromadaires , qui vont avec tant devîteffe qu’ils font quelquefois en vint- quatre heures le cheminqu’un bon cheval ne pourroit faire qu’en fept ou huit jours.Mouley Archy, Roi de Tafilet, s’eft rendu célébré par fesgrandes conquêtes dans le XVII fiécle, & s’eft emparé desRoyaumes de Fez & de Maroc. * Mouette, Hifi. des Royau-mes de Maroc.

TAFILET, ville capitale du Royaume du même nomdans le Biledulgérid, eft défendue par un fort château, & eftpeuplée d’un grand nombre de Bérébéres , qu’on nomme Fide-tis. Le païs des environs eft affez fertile, & rapporte d’excel-lentes dattes. Il y a toute forte de bétail & quantité de cha-meaux. On fait aulli grand commerce d’indigo pour les tein-tures, & de maroquin; ce qui y amène plufieurs Marchandsd'Europe & de Barbarie. C’eft là que fe font les belles ronda-ches de cuir de bufle, ou d’animaux femblables ; des toilesfines rayées de foye à la Morefque; & de riches cafaques, qu’011nommé Fidüis , avec de beaux tapis, femblables à ceux de Tur-quie. Voyez D A R H A. * Marmol, de l'Afrique , /. 7.

TAFILET, (Muley Archy) fameux Roi en Afrique dansle XVII fiécle. Son furnom lui vint du Royaume de Tafiletdont fon père avoit été Roi. Du vivant de fon père, qui avoiteu ce fils d’une concubine de Mauritanie, il fit déjà paroîtrele goût qu’il avoit pour le métier de la guerre & donna d’heu-reufes preuves de fon habileté contre les voifins. Après lamort du père, le frère ainé de Tafilet lui fuccéda, & aimadansle commencement beaucoup ce cadet, qui lui fauva un jour lavie dans une bataille. La diffenfion fe mit bien-tôt entre cesfrères, on en vint aux mains & le frère de Tafilet perdit la viedans un combat. Tafilet craignit le reffentiment du fils de fonfrère & fe retira auprès d’un Prince d’Abyffinie. 11 le paya ce-pendant d’ingratitude en foulevant fes Sujets contre lui, en l’é-tranglant de fa main pendant le repas & en s’emparant ainfi defes Etats. Il fubjugua enfuite divers païs voifins, foit par rufe,foit par force, & fongea à la domination de toute l’Afrique.Il commença par la défaite des Princes, qui s’étoient partagezle Royaume de Maroc. 11 époufa enfuite une très belle per-fonne , fille d’un riche & puiffant Prince , fur les côtes de laMer Atlantique, lequel il réduifit enfuite à être fon Vaffal. Ilvainquit le Roi de Fez dans une bataille rangée, fubjugua fontRoyaume, & le contraignit à fe retirer dans les montagnes &de là dans la ville de Salé. U remporta aulli une viaoirecomplette fur le fameux Prince Gailan, ravagea fon païs parlafer & le feu , & força la ville de Tétuan à fe foumettre. Gai-lan s’étant réfugié à Arzilla, Tafilet mit le fiége devant cette vil-le avec une puiffante armée, mais les Anglois fournirent fi bienles Affiégez de troupes & de munitions, que Tafilet fe vit ob-ligé de fe retirer fans pouvoir rien faire. II obtint cependantpar ce fiége, que Gailan fortît de la ville & fe retirât dans desendroits d'où il ne lui pouvoit porter aucun préjudice. Il tâcha,enfuite de mettre fon Royaume en meilleur état dans tout cequi regarde la guerre & particuliérement dans Part de fondreles Canons, en y employant des Chrétiens experts, & de fai-re fleurir le commerce de fes Sujets, en faifant des traitezavec les Anglois & les Hollandois. S’étant ainfi rendu formi-dable à tous fes voifins & même aux Turcs, il forma le deffeinde s’emparer d’Alger, mais fa mort arrivée en 1670, prévint

Pexé-