HOi
PHARMACIE LÉGALE.
composés arsenicaux ne soient pas vénéneux ;nous savons très-bien qu'à part les sulfuresnaturels (orpiment et réalgar) qui, en raisonde leur insolubilité, sont peu dangereux, lessulfures artificiels qui contiennent une forteproportion d'acide arsénieux non combiné, lesarseniates et arsénites solubles sont des poi-sons aussi actifs que l'acide arsénieux lui-même. Mais ces préparations sont moinsconnues, et en général plus difficiles à se pro-curer ; aussi ne jouent-elles qu'un faible rôledans les annales toxicologiques, tandis qu'ilest constant que l'acide arsénieux a figurédans plus des deux tiers des empoisonnementscommis dans des intentions homicides.
Cette préférence que les empoisonneursaccordaient à l'acide arsénieux avant la vul-garisation des allumettes chimiques s'expliquepar la facilité avec laquelle on peut se pro-curer ce corps, qui est employé dans l'in-dustrie par les indienneurs, les verriers, lesnaturalistes, Jes fabricants de papiers peints,etc.; dans l'agriculture, pour le chaulage desblés destinés à la semence ; dans l'économie do-mestique, pour la destruction des rats ; elle s'ex-plique surtout par l'absence d'une colorationdistincte (1) et de toute saveur désagréable etforte lorsqu'il est ingéré, mêlé à des alimentsun peu sapides, ainsi que par l'énergie de sonaction,et par les petites proportions qu'il suffitd'administrer.
Cette action destructive de l'acide arsénieuxest très-anciennement connue. Vacquetta diNapoli et Vaqua toffoma, poisons célèbres aumoyen âge, en Italie, étaient, à ce qu'il paraît,des préparations qui avaient pour base la sub-stance dont nous parlons.
Cette importance de l'acide arsénieux commetoxique nous fait un devoir d'entrer à sonsujet dans plus de détails que nous ne le faisonspour les autres poisons, tout en suivant lemême ordre.
Signes de l'empoisonnement. — Action•physiologique. L'acide arsénieux, dit le docteurBaude, agit sur l'économie animale d'une ma-nière délétère et avec des symptômes analo-gues, quelles que soient les voies par lesquellesil ait été introduit, soit par les voies digestives,soit par certaines ouvertures naturelles, tellesque le vagin, le rectum, soit par absorp-tion par une plaie, par injection dans les vei-nes, etc. Dans tous les cas, il a pour effetd'augmenter les sécrétions d'une manière anor-male, de déterminer des convulsions, de di-minuer la contractilité et principalement cellequi est soumise à la volonté; enfin il produit
(i) Par arrêté du 2G février 1875, l'acide arsénieux des-tiné à l'usage interne, pour le traitement des animauxdomestiques, n'est vendu que dénaturé : acide arsénieuxp. 100, colcothir p. 1, aloès p. 0,50.
l'anéantissement de l'irritabilité et la mort.La similitude de ces résultats montre que cepoison n'agit que lorsqu'il a été absorbé ; aussiles effets sont-ils d'autant plus prompts qu'ilest porté plus rapidement dans la circulation ;et celui qui est introduit par injection dansles veines ou par l'absorption d'une plaie,produit des symptômes bien plus subtils quecelui qui est introduit dans l'estomac ou ab-sorbé par d'autres surfaces muqueuses. On avu l'acide arsénieux, pris à haute dose, resterplusieurs heures sans donner lieu à des acci-dents, tandis que, dans d'autres cas, ces acci-dents se manifestaient assez promptement aprèsson introduction. Cette diversité de résultatspeut s'expliquer par les divers états sous les-quels le poison aura été pris : ainsi, on com-prendra que l'acide arsénieux vitreux, qui pos-sède une plus grande solubilité, agira avecplus de promptitude que l'acide opaque; quecelui-ci en poudre fine aura encore une actionplus prompte que celui qui est en fragments,et enfin que si dans le véhicule qui sert au poi-son, une portion de l'arsenic a eu le temps dese dissoudre, l'effet en sera encore plus rapide,puisque, toutes choses égales d'ailleurs, l'ab-sorption en sera plus facile.
Les premiers symptômes sont : des nausées,des vomissements de matières muqueuses mê-lées de sang; ces vomissements ne se manifes-tent ordinairement que -quelques heures aprèsl'ingestion du poison. Successivement apparais-sent ensuite l'anxiété précordiale, la douleuravec sentiment de chaleur, et même de brû-lure, dans la région de l'estomac, coliques avecévacuations alvines, sentiment de soif avecconstriction à l'œsophage; les boissons, mêmeles plus douces, sont rejetées; le pouls estfréquent, développé; les battements du cœursont forts ; la sueur couvre le visage et le corps ;la respiration est gênée; la peau du visages'injecte ; une démangeaison et une éruption,semblables aux piqûres d'orties, couvrent lapeau, souvent des convulsions avec d'atrocesdouleurs font que le malade se tord et s'aban-donne au désespoir. Enfin, arrive la prostra-tion ; un calme trompeur s'empare du ma-lade ; le corps se couvre d'une sueur froide ;les mouvements du cœur deviennent lents etirréguliers, et le malade meurt dans un étatd'abattement complet.
A l'autopsie, on constate une rougeur de lamembrane interne de l'estomac, des ecchymo-ses, une injection plus grande des vaisseauxde cet organe; souvent la rougeur s'observeaussi dans les intestins. Le cœur présente à lapartie interne des taches d'un rouge foncé,noirâtres, qui se remarquent quelquefois surles valvules et les principaux faisceaux charnusde cet organe.