CANTHARIDES.
333
{M. autumnalis, M. punctatus, etc.), des hui-les par infusion, employées comme rubéfianteset vésicantes. En Sardaigne, on écrase lesinsectes vivants ; on les presse dans une toileépaisse, on recueille le liquide visqueux quien découle, on le mêle avec une matièregrasse, et on en fait un onguent très-employécomme épispastique, surtout dans l'art vétéri-naire. La Cantharide noue; Meloe algiricus,Sulz. insecte qui vit surtout dans la luzerne,et dont les paysans de quelques localités seservent, écrasé" et délayé dans du vinaigre,pour former des vésicatoires. Le Cantharis vit-tata de l'Amérique du Nord et le Meloe trian-themum de l'Inde servent aux mêmes usagesdans ces pays. Enfin nous citerons encore leCérocome de Scheffer (Cerocoma Shefferi), lesCoccinelles ou bêtes à bon Dieu ; Coccinellaseptempunctata et Coccinella bipunctafa, qui,de môme que les précédents, paraissent devoirleurs propriétés vésicantes à la cantharidine.L'araignée médicinale et d'autres animaux(Zonilis, Notoxus, Dasytes) possèdent aussiune propriété vésicante manifeste, mais onignore à quelle substance ils la doivent.
Les anciens ont connu et employé la cantha-ride et les autres vésicants ; c'est ce qui résultedes écrits de Dioscoride et de ce passage dePline (livre XXIX) : « Les cantharides naissentsur les rosiers, mais fta undissimos in fraxino. »Archigène, d'après Aétiûs, et ensuite Arétée,paraissent être les premiers qui aient employéles cantharides à l'extérieur. Pline les a indi-quées à l'intérieur contre la lèpre.
K.*v<tapk est un mot grec qui signifie insectedont les ailes sont cachées dans un étui. Epis-pastique vient de toi, sur, et de n-ia, j'attire.
C'est Hobiquet qui découvrit, en 1818, leprincipe actif de la cantharide, désigné depuispar Thomson sous le nom de Cantharidine. Onattribuait jadis la propriété vésicanle aux poilsdont cet insecte est couvert; c'était l'opinionde Borrichius, Lemery; Baglivi, Spielmannn'avaient pas d'idées plus justes sur ce sujet.
Les cantharides deviennent avec le temps laproie de différents insectes (antkrcnes, der-mestres, ptincs, gibbies, acarus) , qui, d'aprèsM. Farines, en mangent les parties mollesdans lesquelles réside le principe actif, tandisque les élytres, la tête, les pattes ne seraientpresque pas vésicantes ; selon d'autres, lesparties molles seraient presque inertes. Cettequestion ne nous semble pas parfaitement ré-solue, et, en attendant qu'elle le soit, on nedoit employer que des cantharides saines.
La cantharide est un des plus violents poi-sons irritants que l'on connaisse. A l'extérieur,c'est le vésicant' par excellence; aussi sespréparations sont - elles journellement em-ployées comme telles dans une foule de cir-
constances où une dérivation est utile, et aussicomme simple rubéfiant pour aviver les ulcèresindolents, entretenir la suppuration, etc. Al'intérieur, c'est un stimulant dangereux, qu'ona employé à doses très-faibles, dans la para-lysie de la vessie, sur laquelle elle a une actionpuiss.mte, dans Pépilepsie, l'hydrophobie, lesmaladies squammeuses de la peau (lèpre), lesflueurs blanches, la gonorrhée chronique, l'in-continence d'urine, et comme aphrodisiaque.Mais c'est surtout à titre de vésicant qu'onl'emploie journellement. Pour rendre la vési-cation indolore, M. Picdagnel mêle la poudrede cantharides (3 p.) avec le chlorhydrate demorphine (1 p.). Son action sur les voies uri-naires est si manifeste chez certains individus,soit qu'on l'emploie à l'intérieur, soit qu'onl'emploie à l'extérieur, que pour prévenir ceteffet on est obligé de l'associer au camphre.Les auteurs anglais,' qui mettent en doute cettepropriété du camphre, conseillent plutôt deprendre un opiacé par la bouche ou en lave-ment.
Forme pharm. et doses. — A l'intérieur:poudre*, 2 à o centigrammes; infusé (pp.
5 : 1000) ; teinture alcoolique * et teintureéthérée, 1 à 10 gouttes; extrait alcoolique *,aqueux, éthérô ou acétique, 5 à 50 millig.(1/10 de grain à 1 grain). Les cantharidesentrent dans quelques préparations aphrodi-siaques, antidartreuses, etc.
Pour l'extérieur on fait des onguents *,des emplâtres*, des taffetas*, des papiers*vésicants ou épispastiques*, une huile par in-fusion. La teinture alcoolique, et du restetoutes les préparations que nous avons indi-quées comme employées à l'intérieur, le sontbeaucoup plus encore à l'extérieur. L'huile parinfusion, suspendue dans l'eau à l'aide d'unmucilage, sert quelquefois en potion.
Jusqu'à présent la cantharidine n'a pas étéemployée, ou du moins d'une manière un peugénérale. Le D r Dieu, de Metz, estime que
6 centigrammes de cantharidine équivalentà 1 gramme de cantharides, au point de vuedes effets produits sur l'économie animale. Lacantharidine est vénéneuse à la dose de 5centig.; la poudre de cantharides, à celle de1 à 2 gr.
Nous devons faire connaître une remarquedes pharmacoiogistes anglais, qui n'a pas en-core été faite par les auteurs français ; c'estque dans toutes les opérations où l'emploi dela chaleur est nécessaire, comme dans la pré-paration des emplâtres, pommades et onguentsde cantharides, la température ne doit pas dé-passer 100° et en outre ne pas être soutenuelongtemps, à cause de la volatilité de la can-tharidine. L'emploi de vases à couvercles estaussi nécessaire.