ART DE FORMULER.
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simples ne pouvaient jamais avoir. Selon eux,chaque substance qu'ils faisaient entrer dansun composé avait son utilité, et, clans le corps,chacune se rendait au poste qui lui était assi-gné. En effet, ils accordaient aux médicamentsdes propriétés curatives absolues et positives;mais, comme ils ne considéraient leur aclionsur nos organes que comme un accessoire ja-mais utile et presque toujours nuisible, ilscherchaient à prévenir ce dernier effet en fai-sant suivre chaque substance entrant commebase, d'un grand nombre d'autres qui, suivantle rôle qu'elles devaient remplir, prenaientdifférents noms. On les nommait auxiliaireslorsqu'elles aidaient l'action d'une base. Ainsi,dans un composé, lepolypode était l'auxiliaireobligé delà scammonée; celui-ci incisait lesviscosités que celle-là expulsait ensuite; onajoutait aux drastiques des substances acresqui attiraient les humeurs des parties éloignéesdu corps et les livraient à l'action expulsantede ceux-là. Les correctifs servaient à modérerl'action trop vive des uns, à exciter la lenteurtrop grande des autres. D'autres médicaments,qui avaient une longue route à parcourir avantd'arriver à leur poste, pouvant s'égarer enroute, on leur associait des dirigeants. De sortequ'à mesure que les agents principaux ou basesd'un composé étaient plus nombreux, les auxi-liaires de différents noms se multipliaient àleur tour, et celui-ci et ceux-là étaient d'au-tant plus nombreux, que l'on s'attendait à voirsortir de ces mélanges de médicaments simplesjouissant chacun de la faculté de guérir unemaladie déterminée, un tout propre à guérirun plus grand nombre de maladies. En effet,ces mélanges devaient présenter toutes les ver-tus des bases qui y étaient contenues, et parconséquent être aptes à guérir plusieurs affec-tions morbides existant soit sur différents indi-vidus, soit sur un seul. De sorte qu'ils en con-cluaient qu'une préparation qui aurait renfermétous les médicaments aurait été un remèdeavec lequel le diagnostic devenait inutile, puis-qu'elle atteignait tous les maux ; en un mot,qu'elle constituait une panacée universelle. Cequi confirme la deuxième partie de la proposi-tion que nous établissions tout à l'heure, sa-voir, qu'à force de simplifier on arriverait,comme par la voie contraire, à l'absurde. Que l'onblâme, nous le répétons, l'emploi de tels faragosdans de pareilles vues, et les idées qui pour-raient les faire renaître, nous nous joindronsaux critiques. Mais autre chose est la mixtiondes médicaments d'après les préceptes d'unesaine thérapeutique, et la mixtion d'après lesidées surannées dont nous venons de fairel'historique. Autant une polypbarmacie fas-tueuse et ses prescriptions gothiques annon-cent le charlatanisme et la diffusion de l'esprit,
autant l'affectation de simplifier décèle l'étroi-lesse de l'esprit ou la paresse dans l'élude. Ily a en thérapeutique comme en toutes chosesun terme moyen que les esprits justes saventseuls prendre : c'est ce médium que nousavons cherché à faire prévaloir dans tout cetarticle.
Mais rentrons au fond de la question. Pourrépondre à la fois aux objections faites contrele mélange et la multiplicité des médicaments,qu'on nous permette d'établir un raisonne-ment des plus simples, mais qui, étant plusfacilement compris, n'en aura que plus deforce.
Que l'on nourrisse pendant un temps, quine sera même pas très-long, un individu avecune même substance, sans additions d'autres,à litre de condiments ou sous tout autrerapport, et, pour rendre l'expérience plusévidente, que celte substance soit priseparmi les plus nutritives, comme le gluten,la viande, et l'on verra bientôt l'individu,homme ou animal, perdre l'appétit, dé-périr et même succomber; variez, associe/,au contraire, ces substances, et la nutri-tion deviendra normale. C'est donc bien àtort, selon nous, que l'on a conclu de ce quedes animaux soumis à une alimentation entiè-rement constituée par la gélatine, dépéris-saient, que celle substance n'était pas assimi-lable. Les organes d'un animal renferment desmatières azotées, non azotées, des sels inor-ganiques, etc., les aliments qui servent à lareproduction de ces organes doivent nécessai-rement en contenir tous les éléments. Or celtecondition indispensable peut se, trouver touteremplie exclusivement dans une seide matière,ou bien dans plusieurs matières réunies, oùl'une d'elles contient alors fout ce qui manqueà l'aufre. Puis (elle substance, qui remplit ce-pendant toutes les conditions d'assimilabiliténe sera pas supportée, pas digérée par tel in-dividu, qui le sera très-bien par tel autre. C'estl'histoire des médicaments. En effet, l'expé-rience clinique a prouvé qu'en associant desmédicaments d'une même classe, des toniquesavec des toniques, des purgatifs avec des pur-gatifs, on obtenait une somme d'effet plusgrande que celle qu'on obtiendrait en em-ployant ces médicaments d'une manière isolée.C'est que, sans doufe, dans les associations dece genre, l'une des substances cède à l'aufredes principes qui lui manquent, d'où résulte untout dans des conditions bien plus avanta-geuses pour remplir l'indication. Les purgatifsrésineux ont une action bien plus douce, n'occa-sionnent pas de coliques lorsqu'on les associeà du savon ou à un alcali. Un mélange d'opiumet d'ipécacuanha est un diaphonique puissant,et cependant ni l'une ni l'autre de ces sub-