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ART DE FORMILEH.
<[u'à l'appui du premier sophisme, un jourviendra où le fameux aphorisme de la doctrinephysiologique, modus umts in omnibus mot-bis,appliqué aux maladies, et dont aujourd'hui onreconnaît toute la fausseté, ne soit repris parun réformateur de la matière médicale, qui, laréduisant à une expression plus simple encoreque celle où l'avait réduite Broussais, la bor-nera à un seul élément chimique, qu'il érigeraainsi en une panacée universelle.
Que l'on blâme le mélange inutile des mé-dicaments, nous l'approuvons hautement, sur-tout dans le cas de mélange non encore expé-rimenté. Car il pourrait arriver que des asso-ciations nouvelles amenassent les résultats lesplus funestes. Tel médicament, en effet, quiisolément rend de très-grands services, peut,étant associé à un ou plusieurs autres, donnernaissance à des poisons redoutables ; et si au-jourd'hui on est arrivé à prévoir un assez grandnombre de réactions dangereuses, on peut as-surer malheureusement qu'elles.ne sont pastoutes prévues. Les annales de la médecinerenferment des exemples déplorables d'empoi-sonnements occasionnés par des réactions decelte nature. Axant l'empoisonnement qui eutlieu il y a quelques années en Allemagne, parsuite de l'emploi d'un mélange de cafomel etde sel ammoniac (avec un autre chlorure alca-lin, c'eût été ta même chose), on ignorait l'ac-tion chimique que ces deux corps ont l'un surl'autre : on croyait, d'après l'ordre des affini-tés, qu'aucun phénomène chimique ne pouvaitrésulter d'un pareil mélange, tandis que c'étaitune source de sublimé corrosif. Tout le corpsmédical connaît le déplorable accident arrive,il y a quelques années, à Montpellier, et qui acoûté la vie à une jeune fille ; cet empoison-nement eut lieu par suite de l'association ducalomel à l'eau de laurier-cerise dans laquelleil se forma deux poisons redoutables: du su-blimé corrosif et du cyanure de mercure. Mais,il faut le dire, ici l'accident aurait pu êtreévité, si le médecin avait été plus au courantde la science; car, à cette époque, on connais-sait déjà, en partie, la réaction qui se produitentre le calomel et l'eau de laurier-cerise, en-tre le même sel et l'émulsion d'amandesamères. Les travaux que quelques chimisteset nous-même avons entrepris depuis sur cettematière, n'ont eu pour but que de mieux con-naître le phénomène.
C'est surtout dans le mélange des substancesorganiques entre elles qu'il est quelquefoisdifficile de prévoir les réactions auxquelles ildonne lieu. Qui aurait dit, à -priori, avant lesrecherches des savants sur cet objet, que parle mélange de deux solutés aqueux, l'un d'é-mulsine (albuminoïde des amandes douces,l'autre d'amygdaline (principe particulier aux
amandes amères), on donnait naissance à deuxpoisons des plus énergiques, à de l'acide cyan-hydrique et à de l'hydrure de benzoïle? Onpeut en dire autant de la myrosine et du fny-ronate de potasse, produits obtenus de lamoutarde noire. Voila des effets remarquablesproduits par des substances en apparence in-différentes et don! les caractères physiques nerévélaient point de réactions saillantes.
Si le mélange inconsidéré de substancesmédicamenteuses peut, par suite de réactionsinattendues, donner lieu à des composés d'uneactivité dangereuse, il peut arriver, au con-traire, que, par des mélanges de ce genre, onannihile l'action des composants. Ici nous nevoulons point parler de ces faits ordinaires quel'on peut prévoir, jusqu'à un certain point, àl'aide des données générales dont nous noussommes occupé en parlant des substances in-compatibles, mais de réactions tout à fait inat-tendues, et même pas toujours saisissables,une fois qu'elles sont effectuées. Ainsi, qui au-rait pu dire encore à priori, avant la remarquequi en a été faite, que le musc perd son odeuret probablement aussi ses propriétés eurativesau contact des préparations amygdalines, tellesque le sirop d'orgeat, l'émulsion d'amandesamères, l'eau de laurier-cerise et toutes lessubstances qui renferment de l'acide prussique;qu'avec l'asa-fœtida, le même phénomène sereproduit avec presque autant d'intensité (1)2Ici la réaction a pu être reconnue par la des-truction de l'odeur de l'agent thérapeutique;mais ne peut-on pas supposer que, dans biendes cas, certaines réactions restent inaperçues,et que tel médicament qui, employé isolément,aurait produit un effet déterminé, n'en produitaucun par suite d'un mélange intempestif'?
Que l'on blâme encore la mixtion des mé-dicaments faite dans des idées polypharmaques,et l'on aura parfaitement raison. En effet, quoide plus ridicule que ces assemblages mons-trueux de drogues de toutes espèces que l'es-prit et la raison repoussent? Les anciens phar-macologistes, dans ces pêle-mêle de sub-stances médicamenteuses, espéraient obtenirdes composés précieux, qui possédassent desvertus extraordinaires, que des médicaments
(1) Nous disons que probablement les propriétés médi-cinales du musc et de l'asa-fœtida doivent être détruitesen même temps que l'odeur. Il ne faut pas donner à nosparoles plus de certitude qu'elles n'en ont, car nous de-Tons dire qu'il n'est point prouvé par l'expérience qu'ilen soit ainsi. C'est donc une simple hypothèse de notrepart. Nous dirons même que l'effet des composés prus-siques, considérés par nous comme nuisibles au musc età l'asa-fœtida qui paraissent devoir leurs propriétésnntihysteriqnes à leur odeur, pourrait être mis à profitdans l'emploi de quelques substances à odeur forte etdésagréable, comme la créosote, le popahu, les huilespyrogénées. sur lesquelles la même action parait êtreexercée. Ce sont donc des expériences à faire. L'ergotannihile aussi l'odeur du musc
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