ART DE FORMULER.
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physique et thérapeutique. Sous le premierpoint de vue, la forme la plus agréable, cellequi flattera le plus le goût du malade, seracelle à kiquelle le médecin devra donner lapréférence toutes les fois que cela ne contra-riera en rien l'action thérapeutique du remède.Notre tache pour faire prévaloir les médica-ments agréables, sera d'autant plus facile queles médecins de nos jours ne pensent plusqu'il faille nécessairement que leurs maladessoient pris de la diarrhée, et encore moinsqu'ils meurent, comme le rapporte avec am-pliafion le satirique Martial, à la seule idéedes médicaments, pour que ceux-ci exercentune influence salutaire. Du reste, ce serait envain que l'on chercherait a ressusciter les an-ciens arcanes, les gosiers modernes ne lessupporteraient pas.
C'est une chose bien digne de remarque,que la manière de médicamenter change enquelque sorte comme la mode, mais avec cettedifférence que pour celle-ci c'est le plus sou-vent une affaire de caprice, tandis qu'en thé-rapeutique, si cela tient en partie à ce simplemotif, cela tient aussi à des causes plus sé-rieuses. 11 semblerait vraiment que nos orga-nes se modifient avec les générations, et celaà l'insu des anatômistes. En effet, à part leschangements qu'ont pu amener, dans la ma-nière de médicamenter, la connaissance de,nouveaux remèdes et les perfectionnementsapportés dans leurs formes, il nous paraît évi-dent que beaucoup de médicaments, adminis-trés autrefois sans obstacles, ne pourraientplus l'être aujourd'hui, non par affaire de goûtseulement, nous le répétons, mais aussi parceque l'organisme s'y opposerait. Bien plus, sicela n'était pas hors de notre sujet, peut-êtrepourrions-nous établir, non que les médica-ments changent insensiblement de propriétés,ainsi qu'on l'admet quelquefois à tort, maisque les maladies se transforment, se modifientavec le temps. Nous savons bien que cetteopinion n'est pas généralement admise, etpeut-être eussions-nous dû, à cause de cela,la présenter sous une forme plus hypothétique.Cependant, n'a-t-elle pas pour l'appuyer depuissantes considérations, et pour n'en rappe-ler qu'une seule, n'est-il pas prouvé aujour-d'hui par des faits irrécusables, que notre cli-mat s'est modifié, qu'il n'est plus ce qu'il étaitil y a quelques siècles, et que cependant c'està peine si les physiciens, les astronomes, peu-vent, à l'aide de leurs savants calculs, accusercette modification ? N'est-ce pas ha presque lecas des anatômistes que nous citions tout àl'heure? Mais laissons cette digression.
Sous le point de vue thérapeutique, la formea une importance positive; tel médicamentagira bien mieux administré en pilules qu'en
soluté; tel autre, sous forme de lotion que souscelle d'emplâtre, et vice versa.
Médicaments internes. — C'est surtout pourcette classe de médicaments que le médecinapportera tous les soins possibles afin d'épar-gner aux malades le dégoût des remèdes. Onne risque rien de chercher à satisfaire le goûten fait de médicaments, car, outre que per-sonne ne prend plaisir à rester malade, lesmédicaments emportent avec eux un certaincachet, qui, fussent-ils exquis au goût, lesrend toujours clans le monde l'objet d une ré-pugnance originelle. Recherchons donc quellessont les formes qu'il convient de faire revêtiraux médicaments. La substance médicamen-teuse est-elle, soluble, n'a-t-elle rien de re-poussant par elle-même? on la fera prendre ensolutés, potions, tisanes, limonades, qu'on re-commandera de filtrer, clarifier, afin de lesavoir aussi limpides que possible ; a-l-elle, aucontraire, une odeur ou une saveur désa-gréable, mais néanmoins facile à dissimuler?on la fera disposer sous forme de sirops, depastilles, de biscuits, de gelées: est-elle toutà fait repoussante par l'odeur ou la saveur? onl'administrera sous forme de dragées, de pi-lules recouvertes de gélatine. Cette méthodeest assurément bien préférable à l'emploi desélectuaires, des apozèmes épais et indigestesde l'ancienne médecine.
Cependant il est des cas où ce serait nuireà l'effet thérapeutique que de dissimuler l'odourou la saveur désagréable d'un médicament :tel est le cas de l'asa-fœtida, du musc, ducastoréum, employés dans les affections hys-tériques. Mais, hors ces circonstances et lesanalogues, non-seulement, selon nous, on oc-casionnera aux malades un dégoût inutile, maisencore nuisible. Un médicament pris avec ré-pugnance se trouve dans le même cas qu'unaliment pris dans la même condition, il n'estpas toujours digéré, ou mieux absorbé; il estsouvent indigeste et ne donne pas ordinaire-ment la somme d'effet qu'il produirait dans lecas contraire.
Dans le même but, on aura soin de, choisirla forme la moins volumineuse, en évitant tou-jours la causticité et la trop grande énergiequi pourraient résulter de l'état de concentra-tion de la substance active ; aux poudres vé-gétales presque inertes, on préférera, autant quepossible, les alcaloïdes ou les extraits. Nousdisons autant que possible, car c'est un faitavéré, que le principe actif isolé d'une sub-stance médicinale ne représente pas toutes lespropriétés de cette substance elle-même. Aussi,quoique plus héroïque dans nombre de cas,en est-il d'autres dans lesquels il est moins effi-cace et où il cède le pas à son association na-turelle. Le quinquina, en effet, réussit là où le