INTRODUCTION t
pour s'appliquer à ses besoins matériels et qui, pour cette raison, doit tôt outard entrer dans l'enseignement populaire, s'universaliser, la chimie, à laquellela plus grande partie de ces progrès sont dus, a vu le jour, s'est développée,ainsi que l'indique son nom (1), dans les laboratoires de la pharmacie. Sansles recherches pharmaceutiques, sans cette multiplicité de médicaments em-ployés dans la médecine ancienne et sans les opérations ainsi variées aux-quelles on les soumettait, elle n'eût point pris naissance. Le grand oeuvre desalchimistes, ces pharmaciens-médecins d'un autre âge, qui se montrèrentd'abord en Asie et en Afrique vers le vni e siècle, puis pénétrèrent, au tempsdes croisades, au centre de notre Europe, où ils jouèrent un si grand rôlejusqu'au xvn e siècle, c'est-à-dire pendant tout le moyen âge et la renaissance,leur grand œuvre, disons-nous, fut originairement la recherche d'un médica-ment doué de propriétés miraculeuses, en un mot, de la panacée universelle.L'idée de la transmutation des métaux, qui paraît leur être venue plus tard, neleur fit point déserter la recherche de médicaments doués de vertus surnatu-relles. Si cette étude n'était pas déplacée ici, partant de Geber, le magistermagistrerum, l'auteur de la Summa perfectionis, ouvrage de chimie le plusancien que l'on connaisse, pour arriver à Paracelse, l'incomparable, l'en-thousiaste Paracelse, qui, dans l'admiration de son génie et son horreurdes travaux de ses devanciers, brûla tout ce qu'il put de leurs ouvrages, afinque l'on ne crût plus qu'à sa science, nous aurions à rapporter les noms et lestravaux d'une brillante et à la ibis obscure pléiade d'hommes dont les nomssont universellement connus du monde scientifique, et nous verrions quedepuis le premier qui présente son élixir rouge, dissolution d'or, comme moyende prolonger la vie et de rajeunir la vieillesse (2), jusqu'au dernier, qui pré-tendant posséder le secret de l'immortalité mourait néanmoins à 48 ans, tousrecherchèrent et vantèrent une panacée (3).
Si les philosophes par le feu, les souffleurs, les disciples d'Hermès, commeon appelait encore les alchimistes, ne trouvèrent point la pierre philosophale,
(1) Letymologie du mot chimie vient du grec -/y{i/jz, suc de plantes, dont la racine est %iu> (x^wo),je coule, je fonds.
(2) Dumas. Philosophie chimique. — Hœfer. Histoire de la chimie.
(3) L'alchimie, dit Roger Bacon, dans son Thésaurus chimicus, est spéculative lorsqu'elle cherche àapprofondir la génération, la nature et les propriétés des êtres inférieurs; elle est, au contraire, pra-tique lorsqu'elle s'occupe artificiellement d'œuvres utiles aux individus et aux États, comme de latransmutation des métaux vils en or et en argent, de la composition de l'a&ufur et autres couleurs, dela dissolution des cristaux, des perles et autres pierres précieuses, mais surtout de la préparation desremèdes propres à la conservation de la santé, à la guérison des maladies et ad prolongationem vitiemirabilem et potentem.