P R E F A. C E. xv
„ de cette nouvelle édition, & formèrent un petit volume in folio , qu’ils donnèrent au Public„ en 1722, comme un Supplément à leur édition de 1715*.
„ Toutes ces éditions du Dictionaire Iiiftorique & Critique le cèdent à celle qui vient d’être„ publiée en Hollande (1). Outre que tout y eft rangé dans un meilleur ordre que dans les pré-„ cédentes, on trouve à la fin du quatrième volume un Recueil des Remarques Critiques d’un„ Anonyme fur l’Edition du Moréri faite à Paris en 1704 (2), & à la tête du Dictionaire on„ a placé une longue Vie de feu M. Bayle, dreffée par M. Des Maizeaux, avec cette exactitude
„ qui lui eft propre”. [Mais cette Edition même eft fort inférieure à celle qui fe fait actuelle-
ment en Hollande, & quiparoîtra au commencement de l’année prochaine 1740.]
„ Il n’eit pas nécefiaire de porter ici fon jugement fur l’Ouvrage de M. Bayle. Le Public a„ prononcé. Toutes les voix font réunies, ou peu s’en faut, lorsqu’il eft queftion de la péné-„ tration, duftile, de l’application, & de l’érudition de l’Auteur. Mais quand il s’agit de fort„ Diétionaire , les fentimens font fort partagez; les uns le louent à perte d’haleine ; & les au-„ très le traitent de Livre pernicieux, où les Libertins & les Pyrrhoniens cherchent & trouvent„ des appuis à leurs fentimens relâchez. Suivant cette double opinion que l’on a du Dictio-
„ naire de M. Bayle, on pourroit appliquer à cet Ouvrage, avec un léger changement, ce que
„ le grand Corneille dit après la mort du Cardinal de Richelieu :
JJ a fait trop Je bien pour en dire du mal ,
Il a fait trop de mal pour en dire du bien.
„ Dès que le Diétionaire Hiftorique & Critique de M. Bayle parut, les Révileurs du Morérî5 , comprirent aifément qu’il leur feroit d’un grand ulàge. M. Le Clerc s’en eft fervi le premier,
„ & cela dans l’édition qu’il donna en 1698, qui elt la huitième du Diétionaire de Moréri. Huitièmes. Dans la courte Préface qui eft à la tête de cette édition, le lavant Révifeur avoue qu’il a Edition du3, beaucoup profité de l’Ouvrage de M. Bayle, quoiqu’il ne l’ait pas liiivi aveuglément, ayant MorérL3, remarqué que le Critique s’étoit quelquefois trompé. Cela n’empêche pas qu’il ne donne de33 grandes louanges à M. Bayle, & qu’il n’avance que le Public feroit heureux fi M. Bayle, au-lieu3, de critiquer Moréri, eût compofê un Diétionaire entier de fa façon. Il y a dans cette Pré-3, face une petite fupercherie des Libraires, de laquelle M. Le Clerc le plaint dans le Parrhafia-3, na. (a) La dernière Edition de Hollande , dit-il, ef beaucoup plus exalte que les autres , mais Tm u33 il rïefl pas dbfolument vrai que le Public puille s’y fier à préfent, comme les Libraires lotit fait p. 3 96.’
33 mettre dans VAvertijfement de cette huitième Edition , à Pinju de M. Le Clerc. Un Marchand33 croit pouvoir louer impunément fa marchandife, & la foutenir fans défaut; mais un Auteur33 doit être plus confcientieux & plus modefte.
3, Le débit du Diétionaire de Moréri fut très conlîdérable en Hollande. M. Le Clerc nous33 apprend, cyie depuis Pan 1690 jufqu'à Pan 1698, il s'en ètoit vendu fept mille exemplaires (3).
33 Un débit h rapide, & qui furement étoit lucratif, fit ouvrir les yeux aux Libraires de Paris,
3, qui favent de même que ceux des autres Nations, (b) quo valeat nummus. Us engagèrent (b) Horat.
33 donc M. Vaultier à fe charger de revoir le Moréri, & à procurer une nouvelle Edition qui ef- *•
„ façât le mérite de celles de Hollande. M. Bayle loue l’efprit, le lavoir & l’application de ce„ nouveau Révifeur. (c) M. Vaultier , dit-il, eft très habile , la grande vivacité de fon efprit ne ( C ) Préface,5 P empêche pas d'être fort laborieux , £5? capable dune très longue £5? très profonde application. àeM..Bayu3, Ce lut en 1699, que M. Vaultier fit paroître fa première Edition avec ce titre: Le Diltio-^eEdftim'
3, naire Hiftorique , £«rV. par Louis Moréri, où P on a inféré le Supplément qui avoit été imprimé fa rmar-3, jéparèment , dans un même ordre Alphabétique , £3? quantité d Articles & de remarques impor -„ tantes , extraites du Diltionnaire Critique de M. Bayle , de j'es Mémoires particuliers £5? de Moréri de3, plufieurs autres perfonnes , où Pon a poli le langage , £5? corrigé un très grand nombre de fautes , Neuvième„ en quatre tomes in folio 1 a Paris 1699. Edition du „
„ Suivant la louable coutume des nouveaux Révileurs, M. Vaultier ne manqua pas de dépri- Morén *
33 mer les éditions précédentes. Il (d) avoue, il eft vrai, que celles de Hollande, la fixiéme, (d)AW-3, la feptiéme, & la huitième de Moréri, données par M. Le Clerc, étoient plus fùres que les3, cinq éditions qui avoient été faites en France; mais il ajoute que malgré cela, (e) elles font Lettres du.
„ encore femées d un grand nombre defaut es , fait dans les faits, foit dans le file. 11 donne enfui- mmdeFé -„ te un coup de bec à M. Le Clerc au fujet de la Préface détaillée qu’il avoit mife au devant °°*
3, de la fixiéme & de la feptiéme Edition, oppofânt fa méthode à celle du Révifeur Hollandois. ^
„ (f) Quelque nombreufes , dit M. Vaultier en parlant de fon édition, quelque nombreufes que (f )ib.
„ j'oient les corrections de faits dans cette édition , le Révifeur Je gardera bien de grosfir fa Pré-3, face de quinze ou J'eize pages , pour s'annoncer foi-méme , à tous moment , fous prétexte de les an-„ noncer Pune après P autre. M. Le Clerc, dans un Ecrit particulier, repouile ces deux traits,
53 (§) & I e C0U P hü étoit porté au fujet de M. Moréri, duquel on trouvoit mauvais qu’il eût ( g ) n,
„ dit,
(1) En 1730, en quatre volumes ht folio.
(2) Ces Remarques font accompagnées de diverfes Obfervations de M. Bayle ^ & d’une longue Préface de fe façon, outreplufieurs Notes que l’on doit à M. Des Maizeaux.
(3) L’Auteur de la Vie de M. Le Clerc, & de l’Hiftoire de fes Ouvrages, dit (page 75.) que les Libraires de Hollande a-vouoient que dans I’efpace de vint ans, ils avoient vendu environ dix mille exemplaires du Diétionaire de Moréri.