XIV
Di&ion.de M. Bay-le.
fa) Préfacede la pre-mière Edi-tion.
(b) pag. 6 .
(c) Mémoi-res pourferviràF bifi. deshommes il-lufires,t. 6 .p. 290.
PREFACE. *
habiles Auteurs de ce fiécle; par M. Le Clerc , dont toute VEurope admire la profonde érudi*3, tion , foutenue d'un efprit jujle £5? pénétrant £5? d'un jugement exquis. Il y a corrigé un nom -,, bre infini de fautes , £5? il y a fait de très belles additions; & perj orne d auroit été plus propre,, que lui à perfellionner cet Ouvrage , fi des occupations plus relevées & plus importantes lui a*j, voient permis de prendre ce foin.
3, Puisque le Dictionaire Hiftorique & Critique de M. Bayle eft comme un Supplément de ce-3, lui de Moréri, & qu’on s’eft fervi utilement du premier pour corriger & augmenter le fécond,3, il eft naturel de dire ici un mot de l’Ouvrage de ce fameux Auteur. M. Bayle fit publier en3, 1692, (1) un Projet du Diétionaire qu’il méditoit, dans la vue d’apprendre le fentimentdu3, Public fur fon deffein. Son but étoit de compofer un Diétionaire de fautes ; c’eft a dire, un3, recueil de différentes fautes qu’il avoit découvertes, & qu’il pourrait découvrir dans les Die-3, tionaires Iiiftoriques & Géographiques, & fur-tout dans celui de Moréri. Cet Ouvrage, il„ eft vrai, aurait été fort fec, mais d’une très grande utilité pour les Révifeurs des autres Dic-3, tionaires.
„ Le Public ne goûta pas le Projet. On fouhaitoit que M. Bayle donnât des articles de fa fa-3, çon, & qu’il fit un recueil que tout le monde pût lire avec utilité & agrément. 11 plia fous la3, décifion fouveraine d’un Public, qui parle toujours en Maître. Voici, dit-il, (a) de quelle ma-3, niére fai changé mon plan, pour tâcher dattraper mieux le goût du Public, fai divijé ma corn -3, pofition en deux parties ; lune efi purement Hiftorique , un narré fuccindi de s fait s; l'autre eft un„ grand Commentaire, un mélange de preuves £«? de difeuffions , où je fais entrer la cenfure de plu-„ fieurs fautes , £5? quelquefois même une tirade de Réflexions Philofophiques , en m mot ajfez de3, variété pour pouvoir croire , que par un endroit , ou par un autre , chaque efpéce de Le [leur3, trouvera ce qui laccommode.
„ Ceft ce deflr de s’accommoder au goût de tout le monde, defîr peu digne de ce grand Phi-3, lofophe, qui lui a fait mettre dans fon livre tant de citations de Brantôme -, de Montagne , &c.„ qui contiennent des adions £5? des réflexions trop galantes, comme il l’infinue lui-même dans3, fa (b) Préface. Cette démangeaifon de vouloir plaire à tout le monde, ne parait pas alfortir„ les grands fentimens que M. Bayle étale fur la fin de fa Préface, pour rendre raifon de ce que,„ malgré fa répugnance, il avoit mis fon nom à fon Ouvrage. Molière s’en trouva mal, d’avoir3, voulu parler le langage du peuple pour être applaudi du Parterre (2);& la réputation de M.„ Bayle auroit été plus Brillante & plus pure, s’il eût négligé l’approbation des Libertins & des„ Débauchez.
„ Dans l’examen du Didionaire de Moréri, M. Bayle fe fixa à l’édition de Lyon de if>88,„ qui eft la cinquième, & qui étoit alors la plus complette de toutes celles que les François a-„ voient données. Il n’entreprit pas de fuivre cet Ouvrage pié à pié; le travail auroit été infini.3, Il i è borna à un certain nombre d’articles, fur lesquels il avoit de nouvelles remarques à com-„ muniquer au Public; & il plaça, dans une Note à part, les différentes fautes que Moréri a-3, voit commifes dans l’article qu’il examinoit. Cette édition parut en 1697, en deux volumes3, in folio, & fut reçue avec cet applaudiffement que chacun fait.
„ Cependant on ne doit pas s’imaginer que l’approbation fût univerfèlle. Divers articles fean-„ daliférent ceux qui n’aiment point que l’on tourne la Religion en ridicule, ni lire des obfcéni-„ tez. Le Synode Wallon examina & cenfura l’Ouvrage. M. Bayle fut cité, il comparut, &„ promit d’enlever les pierres d’achopement dans une fécondé Edition, comme il l’écrivoit à,, Mr. D. E. M. S. en 1698. La fécondé édition parut en 1702 , en trois volumes in folio (c);„ mais il ne corrigea que d’une manière imparfaite les articles qui déplaifoient, puisque l’on,, trouve dans les éditions fuivantes, tout ce qu’on avoit condamné dans la première. L’article„ de David fut corrigé entièrement, mais on eut foin de le mettre à la fin, tel qu’il étoit dans„ la première édition. L’Auteur favoit trop bien que ces morceaux lui valoient l’eftime de cer-„ taines gens à qui il vouloit plaire, pour qu’il pût fe réfoudre de les effacer entièrement.
„ Quelques Libraires de Genève donnèrent en 171 , une édition en trois volumes in folio,„ du Diciionaire de Bayle, qui n’étoit qu’une copie de la fécondé édition de Hollande. L’on„ ajoûta fimplement à cette édition la Vie de l’Auteur. Cet Ecrit a paffé, pendant quelque3, tems, pour être de M. de la Monnoye; mais M. Des Maizeaux a publié que cette Vie étoit3, de la compofition de M. l’Abbé du Revefl, & qu’elle étoit très fautive (3). L’édition de Ge-„ néve fut fort traverfée, d’un côté par la Compagnie des Pafteurs, & de l’autre par les Li-3, braires de Hollande, mais par des motifs bien différens.
3, Les Libraires de Hollande , qui voyoient avec chagrin qu’on avoit contrefait leur Ouvra-3, ge à Genève, réfolurent de faire tomber cette édition qui les choquoit. Dans cette vue ils3, mirent au jour en 1720, une nouvelle édition du fameux Dictionaire en quatre volumes in3, folio. Ils enrichirent cette édition de quantité de corrections & d’articles nouveaux que M.3, Bayle, qui étoit mort dès l’année 1706, avoit laiffés dans fon cabinet, s’étant propofé de3, donner lui-même un Supplément à fon Ouvrage. Les Libraires de Genève firent un extrait
„ de
(O C’eft un oftavo de 400 pages, avec ce titre , Projet & fragment d'un DiBiotmaire Critique. * 'Biblioth. Univ. toia.23. pag. 1.
(2) Voyez ce qu’en dit Boileau dans fon Art Poétique, chant 3. v. 393. &c.
(3) Lettre de M. Des Maizeaux à M. de la Motte, qui eft à la tête de la quatrième Edition du Ditt, de Bayle.