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2 (1740) Lettres B - CHEG
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356 C H A.

Au refte, ce croiflânt étoit fur le cou de pié, & fervoit à ferrer lefoulier, comme nos boucles d’aujourd’hui, fi nous en voulons croi-re Baudouin, qui le prétend prouver par ce vers de Stace, Silv.I. $. Protrept. ad Crifpinum, v. 28.

Primaque Patricia claufit veftigia lutta.

Et par l’autorité de Tiraqueau, fur le livre cinquième d’Alexandreab Alexandro. LunuU, dit-il, in calceh erant JibuU eburnea, ad in-fiar luna corniculantes. Ces croiffans étoient faits de diverlès matiè-res, comme d'or, d’argent & d’y voire, ornez de diamans & d'au-tres pierres précieufes. Les grands Magiftrats Romains portoientordinairement des fouliers rouges dans les jours de cérémonie & deleurs triomphes. La plupart des Auteurs veulent, que l’EmpereurDioclétien foit le premier qui ait porté des pierres précieufes fur fesfouliers, & qu’il les donnoit à baifer à ceux qui lui fàifoient la révé-rence. Nous trouvons néanmoins qu'Héliogabale en a porté avantlui, aufli bien qu’Alexandre Sévére ; & Pline nous parle de cettecoutume, comme d’un abus fort commun de fon tems.

Les Efdaves ne portoient point de fouliers, mais marchoientnuds piez ; & on les appelloit pour cela cretati ou gypfati, des piezpoudreux. Il y avoit auiîi des perfonnes libres qui alloient nudspiez; & Tacite remarque quePhocion, Caton d’Utique, & plu-lieurs autres marchoient fans fouliers » mais ces exemples font ra-res ; & généralement parlant, toutes les perfonnes qui étoient decondition libre, marchoient toûjours chauliez. Il faut en excepterquelques occafions ; car la nudité des piez étoit une pratique ulitéeparmi les Egyptiens & les Arabes dans les a êtes de leur Religion.Nous voyons dans le livre de l’Exode, ch. 3. v. 5 , que Dieu ordon-ne à Moïfe de ne s’approcher du buiflbn ardent, d’où il lui par-loir, qu’après avoir délié fes fouliers, Solve calceamentum de pedi-bus tuis. On croit que Pythagore prit des Egyptiens cette maxime,adorez. & facrifiez, nuds piez., âvvmStiTOi; ùue xcù otfooxvvet, apud Jam-blic. in ejus vita. Les Turcs ont confervé jufqu’à aujourd’hui cettecoutume, de n’entrer dans leurs mofquées, qu’après avoir quittéleurs fouliers. Les Chrétiens d’Ethiopie ont le même refpeft pourleurs églifes ; & les Brachmanes des Indes pour leurs Pagodes.Ceux qui vouloient entrer dans le temple de Diane de Crète, quit-toient leurs fouliers, Ædem Numinis , ditSolin, ch. 19, praterquamnudus vtftigio mtllus licitb ingreditur. Théodore! allure la mêmechoie des Prêtres du temple de Jérufalem : ce qui paroît auffi par lecommandement que Dieu leur fait, Exode, ch. 30. v. 19, de laverleurs piez & leurs mains, quand ils doivent entrer dans le lieufeint. Juvénal, Sat.ô.v. 1J9, marque encore la coutume des Juifsde fon tems, de paraître dans leurs temples piez nuds,

Obfervant ubifejla rnero pede jabbata Reges.

L’Hiftoire Romaine nous apprend que quand on lavoit la GrandeMère des Dieux, on alloit piez nuds en proceffion, & que les Da-mes Romaines fe déchaufloient dans les facrifices de Vella. LesPontifes des Payens avoient de femblables cérémonies, & ordon-noient des proceflions nuds piez dans un tems de fécherelïè,lorsqu’ils demandoient de la pluye à Jupiter. Cum fiupet cx-htm, dit Tertullien, /. dejejunio, & aretannus, nudipedalia denun-tiantur.

Nous voyons qu’à la mort de Jules Céfar, les principaux Che-valiers Romains ramaflerent fes cendres, revêtus de tuniques blan-ches , & piez nuds, pour marquer tout enfemble leur refpeft &leur trifteffe. Lycurgue & la Jeunellè Lacédémonienne alloienttoujours piez nuds : & les Etoliens, comme les Herniques, peu-ples d’Italie, avoient un pié chauffé & l’autre nud, aulfi-bien queles Magiciennes dans leurs myftéres. Ovide le dit, Metam.l. 7v. 183.

Egreditur teBis, vejles indiBa remuas

Nudapedem.

Et Virgile, Enéide, I.4.V. 5 18.

Unum exut a pedem vinclis.

Horace dans la 8. Satyre du l. i.v. 24, parlant de Canidie fameufeMagicienne, nous apprend quelle marchoit piez nuds,

, __ pedibus nudis , pajfoqut capillo.

Quant aux chaulfures des Orientaux, elles étoient ordinairement àjour par le delfus du pié, & n’avoient qu’une femelle attachée au piéavec des cordons, à caufede la chaleur du païs. A l’égard deschaulfures que portoient les Dames Romaines, & dont les Afteursfe fervoient fur le théâtre, que l'on appelloit Cothurne. Voyez, CO-THURNE. * Pitifcus, Lexicon Antiq. Danet, Antiq. Gréq.& Rom. Jean Rofin. Thomas Dempfter.

CHAUVEAU (François) habile Dellinateur & Graveur.Il commença à graver au burin, fous la conduite de Laurent de laHire, habile Peintre, dont il gravoit les ouvrages, & prit une ma-nière fixe & agréable; mais la vivacité de fon imagination ne s’ac-commodant pas de la lenteur du burin, il fe mit à graver à l’eauforte, & à ne graver plus que fes propres penfées: ce qui lui a faitproduire une infinité d’ouvrages de toutes fortes de caraftéres. Sagravure n’a pas la douceur ni l’agrément de celle de plufieurs autresGraveurs ; mais pour le feu, la force, les exprelfions, la variété,& l’efprit qui s’y rencontre, on croit que perlbnne ne l’a furpaffédans cette partie. Peu de tems avant fa mort, il commença à gra-ver l’hiftoire de faint Bruno, peinte au couvent des Chartreux de Pa-ris par le Sueur. Il en a fait les delfeins ; mais il n’en a gravé qu’u-ne partie. Il avoit commencé une fuite de fujets de l’Hiftoire Gré-que & Romaine, qui devait compofer un ouvrage confidérable. Il

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peignoit auffi fort agréablemgnt, de forte qu’on pouvoir le regar-der , comme ayant les talens de trois proleflions différentes, celuide Peintre, celui de Graveur, & celui de Delfinateur. 11 a eubeaucoup de Peintres au deffus de lui, il a eu des graveurs à l’eauforte, qui lui ont été égaux; mais peu de gens l’ont furpafië dansl’abondance, la variété, & le tour ingénieux du delfein : perlbnnen'a peut être jamais eu une imagination plus féconde pour trouver& dtfpofer des fujets de tableaux. Non feulement il étoit inventeurde la plupart des chofes qu’il gravoit; mais quantité de Peintres s’a-dreflbient à lui fecrettement pour en tirer des deflèins de tableaux,dontenfuite ils fe fàifoient honneur. Quand on lui propofoit quel-que ouvrage, il prenoit une ardoife, fur laquelle il deffinoit la pen-fee qu’on lui avoit propofée en autant de façons différentes qu’on le(buhaitoit, jufqu’à ce que l’on fût content, ou qu’il le lût lui- même ;car on i’étoit fouvent, qu’il ne l’étoit pas encore. Il mourut enl'année 1674. Un de fes fils, habile Sculpteur a paffé en Suède:il a hérité de fon père cette fécondité. * Perrault, des Hommes 11 -luftres qui ont paru en France.

CHAUVEREUX. Voyez. CHAUVREUX.

•CHAUVIGNE ou CHAVAIGNES, bourg deFrance dans le Poitou, fur la rivière de Maine, eft à peu près aunord de Luçon, dont il efi éloigné d’environ dix lieues.

CHAU VIGNY, bourg ou petite ville de F rance, dans lePoitou, fur la Vienne, à trois ou quatre lieues de Poitiers, ducôté du Levant. * Maty, DiB.Géogr.

CHAUVREUX ( Claude ) Confeiller au Parlement,chargé par des informations, d'avoir été témoin dans une procura-tion prétendue fauflè, au moyen de laquelle l’Evêché de Saintesavoit été réfigné en Cour de Rome, il lui fut enjoint par Arrêt du29 novembre 1496, de s’abftenir de venir en la Cour, & de de-meurer en fa maifon jufqu’à ce qu’autrement en eût été ordonné.Ayant été conftitué pnfonnier le premier décembre fuivant & dé-bouté de fa cléricature par arrêt du 22 du même mois, quoique l'E-vêque de Paris l’eût requis comme Clerc, fut par Arrêt du 23 duditmois qui fut exécuté le 24, mandé de venir au parquet en habit deConfeiller, vêtu d’une robbe d’écarlate & chaperon fourre pouraffiHer à la prononciation de l’Arrêt, qui.fut faite par M. de la Vac-querie, premier Préfident, préfens les autres Préfidens en leursmanteaux & habits, & toutes les chambres affemblées, pendant la-quelle prononciation il fut tête nue & â genoux. Par cet Arrêt, ayantentre autres chofes été convaincu de plufieurs faufiètez par lui com-mifès, fubornation de Notaires & de témoins touchant l'Evêché deSaintes, il fut privé de fon office de Confeiller, de tous officesroyaux, & autres offices de judicature. Cet Arrêt lui ayant étéprononcé, il fut mené par les Huifliers de la Cour fur la pierre demarbre en la Cour du Palais, & là dépouillé de fa robbe d’écar-latte ; lui fut auffi ôté fon chaperon & ceinture ; puis vêtu d’uneautre robbe, fut mis nuds piez & nue tête, & de là fut ramené auparquet, en tenant une torche de quatre livres, & à genoux fitamende honorable, & cria merci à Dieu, au Roi, à la juftice, Scaux parties intéreflëes, & fut la note de la faufiè procuration dontétoit mention au procès, lacérée ; ce fait, fut ramené en la Courdu Palais, & livré au Maître des Hautes-Oeuvres, qui le mit dansune charette: de là il fut mené par le Châtelet, & là fit fon cri,& du Châtelet au pilori & tourné trois tours, puis lui fut appoféune fleur-de-lys ardente au front : ce fait, fut defcendu, & conduitpar les Huifliers jufqu’à la porte-Saint-Honoré, ayant été banni duRoyaume. * Regîtres du Parlement.

C H A X A N, Cité du territoire de Chingyang, dans la pro-vince de Huquang à la Chine. Elle eft célébré dans l’HiftoireChinoife, à caufe de la montagne de Nuiqua, qui en eft proche,où il y a un temple magnifique, bâti en l’honneur d'une femmenommée Nuiqua, laquelle, difent les Chinois, eutl’adreflè de re-parer un endroit du ciel qui étoit rompu: Cette fimplicité a quelquerapport à celle des Mahométans, qui aflùrent que Mahomet foudala lune, & en rejoignit les parties qui s’étoient écartées. * Mar-tin Martini, Defcription de la Chipe, dans le Recueil de M. Thevenot,•vol. 3.

C H A X U M. Voyez. A X U M.

CHAYANTA, Province du Pérou dans le Diocéfe de laPlata. Elle a vint lieues de longueur, & prefque autant de largeur.Garcilajfo dit que de la vallée de Cochabamba, on entre dans cetteProvince par un défert fort ftérile qui a prefque trente lieues delarge, dans lequel on ne voit que des rochers & des précipices.* Laët, Indes Occidentales, l. u v e. 7. Th. Corneille, Dicl.Géogr.

C H A Z A L G. Votez. C A S C A R.

CHAZELLES (Jean-Matthieu de) naquit à Lyon le 24juillet 1637, d’une famille honnête, qui étoit dans le commerce.Il fit toutes fes études dans le grand Collège des Jéfuites de cetteville, après quoi il fe rendit à Paris en 1675. La paflion qu’ilavoit d’y connoître les Gens de mérite, le conduifit chez feu M. duHamel, Sécretaire de l’Académie des Sciences, qui, de fon côté,favorifoit de tout fon pouvoir les jeunes gens, dont on pouvoir con-cevoir quelque efpérance. Il remarqua dans celui-ci beaucoup dedifpofition pour l’Aftronomie ; car le jeune homme étoit déjà Géo-mètre. Il le préfenta à M.Caffini, qui le prit avec lui à l’Obfer-vatoire, Ecole où Hipparque & Ptolomée auraient encore pu ap-prendre. La Théorie & la Pratique, toujours fi différentes, lefont peut-être plus en fait d’Aftronomie, qu’en toute autre matière,& le plus habile Aftronome, qui ne le ferait que par les Livres,ferait tout étonné, quand il viendrait à manier la Lunette, qu’il neverroit prefque rien. Les Obfervations font une manœuvre très-fi-ne & très-délicate. Mr. de Chazelles étudia cet Art à fonds, &en même tems il embraflà toute cette vafte Science, dont il eft lefondement. Il travailla fous M. Caflini à la grande Carte Géogra-phique en forme de planifphére, qui eft fur le pavé de la tour occi-dentale de l’Obfervatoire, & qui a 27 piez de diamètre. Elle avoitété drefiëe fur les obfervations que l’Académie avoit déjà fait faire

par