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2 (1740) Lettres B - CHEG
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par ordre du Roi en différens endroits de la terre, &, ce qui eft leplus remarquable, c'elt quelle fut en quelque lorteprophétique.Elle contenou fur de certaines conjeétures de Mr. Caffini des cor-rections anticipées 8c tort importantes, qui ont été juitifiées de-puis , par des Gbfervations inconteliables. En 1683, l'Acadé-mie continua vers le leptentrion 8c vers le midi le grand ouvragede la Méridienne, commencé en 1670, 8c M. Caiïini, à qui lecôté du midi étoit tombé en partage, aliôcia a ce travail M. deChazelles. Ils pouflërent cette ligne jufqu’à la campagne de Bour-ges. M. de Chazelles, après avoir pris des leçons de M. C alliaial’Obfervatoire pendant cinq ans, étoit devenu un excellent Maî-tre. Le Duc de Mortemir le prit pour lui enfeigner les Mathéma-tiques, & le mena avec lui à la campagne de Gênes en 1684. Illui fit avoir une nouvelle place de Profelfeur d'Hydrographie,pour les galères, à Mtrfetlle ; car il y en avoit depuis longtems uneancienne remplie par un Jéfutte, à qui il falloir donner du fecours,parce que la Marine de France s’étoit conlidérablemeut fortifiée.Ces Ecoles font des efpéces de petits Etats allez difficiles à gouver-ner. Tous les Sujets, qui les compolënt, font dans la force deleur jeunellê, impétueux, indociles, amoureux de l’indépendanceavec fureur, ennemis prefque irréconciliables de toute application,&, ce qui eft encore pis, ils font tous gens de guerre, & leur Maî-tre n’a lur eux aucune autorité militaire. Cependant, on rend cetémoignage à Mr. de Chazelles, qu’il fut toujours refpeétê, 8c,même, aimé de les redoutables Sujets. Il avoit cette douceur fer-me & courageufe, qui fait gagner les cœurs avec dignité. Le fuc-cès qu’il avoit eu l'encouragea à fe charger dans cette place d’unenouvelle école de jeunes Pilotes deftinez à fervir fur les galères.Elle a fourni, & fournit encore tous les jours un grand nombre debons navigateurs. Pendant l'été de 1686, les Galères firent quatrepetites campagnes, ou, plutôt, quatre promenades, où elles ne fepropofoient que défaire de l'exercice. M. de Chazelles s’embar-qua toutes les quatre fois & alla tenir fes Ecoles fur la Mer. Ilmontroit aux Officiers la pratique de ce qu’il leur avoit cnfeigné.M. de Chazelles fit plufieurs obfervations géométriques 8c aftrono-nnques, par le moyen defquelles il donna une nouvelle carte de lacôte de Provence. Il fit deux autres campagnes plus conûdérables& plus longues fur mer en 1687 8c 16S8. Elles produifirent toutesdeux un grand nombre de plans qu’il leva, foit des ports 8c des ra-des, où il aborda, foit des places qu’il put voir. On lait allez queces Plans ne font pas de ûmples curiofitez, & qu’étant dépofez en-tre les mains des Minières d’Etat, ils deviennent en certains temsla matière des plus importantes délibérations, 8c les règlent d’au-tant plus sûrement, qu’ils ont été faits de meilleure main. U y alongtems que l’expérience, maitreflè fouveraine de tous les Arts, afait entre les deux efpéces de Bâtimens de mer un partage, où tousles Peuples de l’Europe ont foufcrit. Elle a donné l’Océan auxvailïèaux, 8c la Méditerranée aux galères. Elles ont trop peu debord pour foutenir une vague auffi haute, que celle de l’Océan.Mais auffi les vaiflèaux ont ce défaut elfentiel, qu’ils ne peuventrien fans le vent. Ce font de grands corps absolument dépendansde cette ame étrangère, inconfiante, & qui les abandonne quel-quefois entièrement. Au commencement de la guerre terminéepar la Paix de Ryfwick, quelques Officiers de Marine, 8c Mr. deChazelles avec eux, imaginèrent qu’on pouvoir avoir des Galèresfur l’Océan, qu'elles y ferviroient à remorquer les vaiflèaux, quandle vent leur feroit contraire, ou leur manquerait, qu’enfin elles lesrendraient indépendans du vent, 8c, par conféquent, beaucoupplus agiflkns que ceux des ennemis. Elles dévoient auffi aflürer 8cgarentir les côtes du Ponant. Ces fortes d’idées hardies, pourvuquelles le foient dans certaines bornes, partent d'un courage d’ef-prit, rare même parmi ceux qui ont le courage du cœur. Sans cet-te audace, un faux impoffible s'étendroit prefque à tout. Commeil avoit beaucoup de part à la propofition de cette entreprife, il futenvoyé au Ponant au mois de juillet 1689, pour vifiter les côtes parrapport à la navigation des galères. Enfin, en 1690, quinze galèresnouvellement conftruites partirent de Roçhefort prefque entière-ment fur fa parole, 8c donnèrent un nouveau fpeftacle à l’océan.Elles allèrentjufqua Torbay en Angleterre, 8c fervirent à la def-cente de Tingmouth: M.de Chazelles y fit les fondtions d’ingé-nieur , fort différentes de celles de Profeflèur d’Hydrogaphie.Quoi qu’il ne fût pas dertiné à la guerre, 8c qu'il ne foit guéres na-turel , qu’un Soldat ait été élevé à l’Obfervatoire, il marqua 8c encette occafion, 8c en plufieurs autres pareilles, toute l’intrépiditéque demande le métier des armes. Les Officiers Généraux, fousqui il a fervi, attellent, que, quand ils l’avoient envoyé vifiterquelque pofte ennemi, ils pouvoient compter parfaitement fur lbnrapport. Il n’eft que trop établi, que ceux qui font chargez de cesfortes de commiffions, n’y portent pas tous, ou, n’y conferventpas une vue bien nette. Mr. de Chazelles n’étoit originairementqu’un Savant, 8c les Sciences même en avoient fait un homme deguerre. Ce qui éleve l’efprit devrait toujours auffi élever lame.11 s'étoit aquis une grande confiance, on le crut 8c elles montèrentheureufement. Une grande habileté ne fuffit pas, pour fe chargerd’un événement confidérable ; il faut encore un zélé vif, qui veuil-le bien courir les rifques de l’injuftice des hommes, toujours por-tez à ne donner leur approbation qu’aux fuccès. Les Galères, aprèsleur expédition, revinrent â l’embouchure de la Seine dans les bal-fins du Havre 8c de Honfleur : mais elles n’y pouvoient pas hiver-ner; parce qu’il étoit néceflàire de mettre de tems en tems ces baf-fins à fec, pour éviter la corruption des eaux. M. de Chazellespropofa de faire monter les galères à Rouen. Tous les Pilotes ytrouvèrent des difficultez infurmontables: il foutint feul quelles ymonteraient. Elles hivernèrent donc à Rouen, 8c celui qui les yavoit amenées, devoir naturellement les préfer ver des accidens dontelles étoient menacées dans ce féjour étranger. Auffi M. de. Cha-zelles, pour les y conferver, inventa-t’il une nouvelle forte d’amar-rage, 8c une petitejettée de pilotis, qui les mettoient à couvert desglaces qu’on craignoit, 8c cela à peu de fiais, au lieu que de toute

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autre manière , la dépenfe eût été confidérable. Pendant qu'ilétoit à Rouen, il mit en ordre les obfervations, qu'il venoit de îai-re fur les côtes du Ponant, 8c en compofa huit cartes particulièresaccompagnées d’un Portulan , c'elt a dire, d'une ample delcnpuonde chaque port, de la maniéré d'y entrtr, du fond qui »’y trouve,des marees, des dangers, des reconnoillances, 8tc. Les nouvel-les cartes de M. de Chazelles furent miles dans le Nef tune Frm~feis, qui fut publié en 1602. Dans cette même année ù nt la cam-pagne d’Oneille, 8c fervit d'ingénieur a la delcente. En 1Ô93, M»de Pontchartrain, alors Secrétaire d’Etat de la Marine, puis Chan-celier de France, ayant rélblu de faire travailler à un lècond volu-me du Nef tune François , qui comprit la Mer Méditerranée, M. deChazelles propolà d’aller établir par des obfervations aftronomiquesla polition exaéte des principaux points du Levant, 8c il ne deman-doit qu’un an pour fon voyage. Il eût été difficile de lui refufer unegrâce fi peu briguée. 11 parut, 8c parcourut la Grèce, l'Egypte, laTurquie, toûjours le quart de cercle 8c la lunette a la main. IIeft vrai que ce n'eft là que recommencer, perpétuellement les mê-mes opérations, fansaquérirde lumières nouvelles; au lieu qu'unSavant de Cabinet en aquiert tous les jours avec volupté 8c avectranfport. Mais plus ce plaifir eft dateur, plus il eft beau de le la-crifier à l’utilité du Public, qui profite plus de quelques faits biensûrs, que de plufieurs fpécuiations brillantes. Le voyage de M.de Chazelles donna fur l'Altronomie un éclairciflèment important8c longtems attendu. Pour la perfeétion, il eft néceflàire de compa-rer lés obfervations des Anciens 8c des Modernes; ôcafin qu'ellesfe rapportent, il faut fuppofer qu’ils ont calculé fuivant les lieux oùils étoient, 8c que nous calculons fuivant les lieux où nous fommesjSc par conféquent favoir exactement la longitude 8c la latitude deces lieux. On ne doit pas trop s'en rapporter aux Anciens eux-mê-mes , parce qu’on obferve préfentemeru avec des inllrumens 8c uneprécifion qu’ils n'avoient pas, 8c qui rendent un peu fufptift tout cequi a été trouvé par d’autres voyes. Les Altronomes, dont ilétoit le plus important de comparer les obfervations aux nôtres,étoient Hipparque, Ptolomée, 8c Trcho Brahé. Les deux pre-miers étoient à Alexandrie en Egypte, 8c iis la rendirent la capitalede l’Aftronomie. Ticho étoit dans l’ille d’Huè'n, fituée dans laMer ■Baltique, entre le Danemarc 8c la Suède 8c il y fit bâtir ce fa-meux Oblèrvatoire, qu’il appelloit Urunibourg, ville du Ciel. L’A-cadémie des Sciences prefque encore naillànte avoit formé le nobledefièin d’envoyer des Obfervateurs â Alexandrie 8c a Urambourg,pour y prendre le fil du travail des grands hommes, qui y avoienchabité : mais les difficultez du voyage d’Alexandrie firent que l'onfe contenta de celui d’Uranibourg, que M. Picard voulut bien en-treprendre en 1671. Il y traça la Méridienne du lieu, 8c fut foreétonné de la trouver différente de 18 minutes, de celle que Tichoavoit déterminée, 8c qu’il ne devoit pas avoir déterminée négligera*ment, puis qu’il s'agitloit d’un terme fixe où fe rapportoient toutesfes obfervations. Cela pouvoit faire croire , que les Méridienschangeoient, c’eft à dire, que la terre ne tourne pas toûjours furles mêmes Pôles; car, û un autre point devient pôle, tous lesMéridiens qui doivent palier par ce nouveau point ont nécefiàire-ment changé de polition. On voit allez combien il importoit auxAftronomes de s’afl'urer de la variation ou de l'invariabilité des Po*les de la terre 8c des Méridiens. M. de Chazelles, étant en Egy-pte, mefura les Pyramides, 8c trouva que les quatre côtez de laplus grande étoient expofez précifément aux quatre régions du mon-de. Or, comme cette expoûtion fi jufte doit, félon toutes les ap-parences poffibles, avoir été affeétee par ceux qui éievérent cettegrande mafle de pierres, il y a plus de 3000 ans, il s'enfuit quependant un fi long elpace de tems, rien n’a été changé dans le Cielâ cet égard, ou, ce qui revient au même, dans les Pôles de la ler-re, 8c dans les Méridiens. Se lèroit-on imaginé que Ticho, fi ha-bile 8c fi exaét Obfervateur, aurait mal tiré fa Méridienne, 8c queles anciens Egyptiens fi groffiers, du moins en cette matière, au-raient bien tiré ia leur ? L’invariabilité des Méridiennes a été enco-re confirmée par celle que M. Caffini a tirée en 1655, dansl’égli-fe defaint Pétrone à Bologne. M. de Chazelles rapporta auffi defon voyage de Levant, tout, ce que l’Académie fouhaitoit fur la pofi-tion d’Alexandrie, Âuffi Mr. de Pontchartrain crut-il lui devoirune place dans une Compagnie à laquelle fes travaux étoient utiles.Il y fut affbcié en 1695. Il retourna enfuiteà Marfeille reprendrefes premières fondions. Il fit des campagnes fur mer prefque tousles ans, foit en guerre, (oit en paix, quelques unes feulement con-fidérables, comme celle de 1697, où Barcelone.fut prife. Ilpro-fitoit de tous ces voyages çn prenant des plans de tous les lieux qu’ilvoyoit, enfailànt les fonéfions d’ingénieur. Après,fes campagnesil revenoit à fon Ecole de Marfeille. Il ne s’en dégoutoit point}pour avoir eu quelques occupations plu? brillantes, jamais il ne fon-gea à la quitter. Les plus grandes Ames font celles, qui s’arran-gent le mieux dans la fituation préfente, 8c qui dépenfent le moinsen projets pour l’avenir. Lorsqu’en 1700, M. Caffini par ordredu Roi alla continuer du côté du midi la Méridienne abandonnéeen 1683, M. de Chazelles fut encore de la partie. Il ne put join-dre qu'à Rodez M. Caffini, qui, pour ainfi dire, filoit la Méri-dienne en s’éloignant toûjours de Paris; mats depuis Rodez, M.de Chazelles s’attacha fi fortement à ce travail, 8c cela pendant laplus lâcheufe failon de l’année, que fa fanté commença à s’en alté-rer conlidérablement. La ligne étant pouflee julqu’aux frontièresd’Efpagne, il retourna à Paris en 1701, 8c il fut malade ou languif-fant pendant plus d‘une année. Ce fut alors qu’il communiqua àl’Académie le vafte defliin qu’il méditoit d’un Portulan général dela Méditerranée. On peut compter que dans les cartes géographi-phiques 6c hydrographiques des trois quarts du globe, le portraitde la terre n’eft encore qu’ébauché, 8c que même dans celle del’Europe il eft allez éloigné d 1 être bien fini ni bien reflemblant,quoiqu’on y ait beaucoup plus travaillé. Malgré plufieurs foins di£térens, 8c les infirntitez même, qui deviennent les plus grands dei tous les foins, M. de Chazelles ne perdoit point de vue fes galères‘ ¥y 3 Éga?