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2 (1740) Lettres B - CHEG
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tombeau. On ne voit pas trop bien de quelle manière iis pou-voient recueillir les cendres, 8c empêcher quelles ne le mèlafièntavec celles du bois 5 c des autres chofes que l’on brûloit avec lecorps. Pline fait mention d’un lin qui croit dans les Indes, nom-mé par les Grecs Asbefle, «9j3sç©*, c’elt à dire, incom'ouftible , donton faifoit de la toile qui ne brùloit point, quoiqu’on lajettàt dansle feu. L’on pouvoit en envelopper le corps, ôc ramalfn* ailémentles cendres du défunt, fans qu elles futîènc mêlées avec celles dubois ; mais peu de perlonnes pouvoient s’en fervir, puisque le mê-me Pline allure, que cette toile était tore rare, & quon la gardoitpour les Rois du pais. Peut-être le lervoient-ils d'une autre toilelaite de la pierre d’Amiante, qu’on avoit alors le fecret de filer aurapport de Pline. Et Plutarque nous aflûre, qu’il y avoit de fonte ms une carrière de cette pierre dans 1 ifle de Négrepont; on entrouve même dans l’ifle de Chypre, dans celle deTmes, 8c ail-leurs. Ils pouvoient encore avoir quelque autre invention, commede mettre le corps fur le bûcher dans un cercueil d’airain ou de fer,d’où il étoit fort ailé de recueillir les cendres 8c les os qui n’étoientpoint brûlez. * Rofin , Ar.tïq. Rom. Demptter. Danet. Perle,Sat. 3. v. 103. Lucain, /. $.v. 442.

Les Grecs 8c des Romains avoient coutume de fermer les yeux àleurs morts. Iis rçmettoient tous les membres dans leur fituationnaturelle, quand ils avoient été dérangez par quelques convulfionsou par les derniers efforts du malade. Ils lavoient leurs cadavres&les embaumoient, loit qu’ils dûflènt les enterrer, ou les brûler.C’eft parce, difent quelques Auteurs, que l’ulàge étant de garderles corps pendant longtems, on vouloir par ce moyen faire cefïèr,ou du moins diminuer l’infèétion du cadavre. Les Grecs habil-loient foigneufemenl leurs cadavres que l’on devoit enterrer, dansla fàuffe perfuafion où ils étoiênt, que les morts étant fenfibles aufroid, ils feroient incommodez par les rigueurs de lhyver. Leshabits mortuaires n’étoient pas uniformes, par rapport à la qualitéde l’étoffe, chacun ne confultoit que l'on amitié pour le mort, oul’envie qu’il avoit de parôitre, en lui donnant des habits magnifi-ques. Enfin les Magiftrats Romains étoient diftinguez par la ri-cheffe de leurs parures, qui étoient quelquefois de pourpre 6c mê-me enrichies d’ors mais ils étoient femblables quant à la façon ; car.c’étoit toujours une robe qui enveloppoit le mort depuis la tête jufquesaux piez. Les pauvres commè les^iches mettoient une couronnefur la tête des morts; parfemoient leurs bières ou tombeaux defleurs, avoient également foin de mettre une pièce de monnoyedans leur bouche, pour obliger Caron à leur faire paffer, dans fabarque, ce fleuve fi renommé chez les Grecs 6c les Romains. Ilstiroient enluite le mort de fon lit, 6c le mettoient en quelque autreendroit de la maifon. Dans les funérailles des Princes, les Dôme,fliques du mort avoient coutume d’entourer le cadavre 6c d’exciterl’air, afin d’en éloigner les mouches. On les expofoit auffi dans deslits de parade, les piez tournez du côté de la porte. Quand lamort avoit défiguré le cadavre, on fubllituoit en fa place une figurede cire. Ils s’.adrefloient par trois fois 6c parloient au mort, com-me s’il avoit été encore vivant, 6c n’en ayant point de réponde, ilspublioient fon décès avec des pleurs 6c des lamentations extraordi-naires. Lorsqu’un homme avoit fait des dettes, fes Créancierss’emparoient de fon cadavre, 6c ne le rendoient qu’après le paye-ment entier de leurs créances. On regardoit comme une infamiele peu de cas que les héritiers ou les amis du défunt auroient taitd’aquitter fes dettes. L’Empereur Sévére fut obligé de rendre unEdit contre la dureté des Créanciers, qui détenoient les cadavres,& qui ne les vouloient rendre qu’après avoir été payez. Les enter-remens fe fàifoient prelque toujours la nuit. Il n’y avoit rien de fixéfur l’heure, mais la coutume étoit'de prendre celles qui précédoientimmédiatement l’aurore. On gardoit les cadavres plufieurs joursaprès leur mort, foit pour les préparatifs des funérailles, qu parune prudente précaution, de peur qu’ils ne fuirent dans quelqueléthargie, 6c qu’ils n’eufl’ent pas encore rendu l’amp. Quelques unscependant, pour ôter un l’peftacle auffl trille de devant leurs yeux,faifoient enterrer leurs cadavres fur le champ. Les parens ou lesplus proches héritiers, les amis ou les Domefliques portoient lemort en terre : parmi les gens du commun, on fe fervoit de gens àgages; mais011 tranfportoit fouvent dans des chars les perfonnes dediftinétion depuis leur porte, jufqu’au lieu de leur fépulture. Lesmères enfeveliffoient leurs enfans, 6c les portoient elles mêmes enterre. Dans les funérailles des perfonnes de diftinétion, on pôrtoitleur ftatueà la tête du convoi, 6c on lapofoit dans la place publi-que avec celles de leurs parens, qui seraient rendus recommanda-bles dans la République. On portoit auffi la marque des charges,dont le mort avoit été honoré. Cela étoit accompagné de Joueursd’inftrumens.

Lucien dans fon Traité du Deuil décrit agréablement les cérémo-nies qui fe pratiquoient lorsque quelcun étoit mort. ,, Après, dit-„ il , que le plus proche parent a recueilli l’Ame du Mort, 6c qu’il lui„ a fermé les yeux, on a foin de lui mettre ura pièce d’argent dans„ la bouche pour payer le Batelier des Enfersjvtoui eft Caron, fans„ confidérer fi c’eft une monnoye qui ait couisdans le pais; joint„ qu’on feroit mieux à mon avis, de ne rien donner, afin qu’on,, tut contraint de le renvoyer ici. Après cette cérémonie on lave„ d’eau tiède le corps du défunt, comme s’il n’y avoit point d’eau„ là-bas, ou qu’il dût affifter a quelque têftin en arrivant: car outre„ cela, on le parfume, on le couronne de fleurs, on l’habille de., tes plus beaux habits, foit qu’on ait peur qu’il ne meure de froid„ en chemin, ou qu’on ne le traite pas félon fa condition. Tout,, cela eft accompagné de plaintes & de regrets, de larmes 6c de„ fanglots, pour répondre à un Màitre de cérémonies, qui préfide„ à l’aélion, 8c qui rapporte d’un ton lugubre les anciennes calami-,, tez, pour faire pleurer, fi 1 on n’en avoit point d’envie. Les uns,, donc s'arrachent les cheveux, les autres fe frappent l’eftomac ou„ s'égratignent le vifage : il y en a qui déchirent leurs habits, 8c qui., mettent de la poufiiére fur leurs têtes, ou qui fe couchent par ter-„ re 6c fe heurtent contre les murailles ; fi bien que le Mort eft le

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,; plus heureux de la bande ; car tandis que fes amis & fes pareils fé„ tourmentent, il eft placé en quelque lieu éminent, lavé, net^>, toyé, parfumé 8c couronné, comme s’il vouloit aller en compa-» gnie. Enfuite fbn père 6c la mère, s’il en a, fortent de la trou-„ pe 6c le viennent embrafièr avec des lamentations fi ridicules -,,, que cela feroit capable de le taire crever de rire, s’il avoit quel-„ que fentiment.. Il y en a, qui à la mort de leurs parens, égor-„ gent leurs chevaux 6c leurs efclaves, pour les aller fervir en l’au-„ tre monde ; 6c brûlent ou enterrent avec eux ce qu'ils ont de plus„ précieux, comme fi cela leur devoit être fort utile. Cependant„ tout ce que ces gens-là difent, ce n’eft ni pour le mort, qui ne» les fauroit entendre, quand ils crieroient dix fois plus haut; ni,, pour eux-mêmes, car il fuffiroit de parler tout bas : fi bien qu’il,, ne refte, finon que ce foit par coutume, de peur qu'on ne les„ croye fans amitié 8c fans fentiment pour leurs proches. S’il les„ entendoit donc, voici ce qu’il pourrait dire, jghiavez vous tant„ à pleurer & à vous tourmenter pour moi, qui fuis plus heureux que,, vous ? Eft-ce que les ténèbres ou je fuis vous font peur, & que vous„ appréhendez, que je ne fois fujfoqné par la pefanteur de monfépulcrei

„ Mais un Mort ri a rien h craindre, puis qu'il ne fauroit plus mourir.,, ép mes yeux pourris ou brûlez, n’ont plus befoin de voir la lumière ?,, D ailleurs, quand je ferois miferabls, à quoi me ferviroient toutes vos,, plaintes, & tous ces coups donnez, contre ieftomac a la cadence des,, inftrumens, & cette tombe couronnée, ces ejfufions (y ces lamenta-,, fions de femmes ? Croyez-vous que ce vin que vous répandez., defeende” j u f‘l ,tes aux enfers, ou quil foit encore bon à boire en l'autre monde ?,, car pour les bêtes que vous brûlez, enfacrifice, une partie s’en va en„ fumée, & le refte ri eft que cendres, qui feroit un fort mauvais ali-„ ment. Voilà donc les plaintes que l’on fait pour les Morts, 8c,, qui font femblables à Rome 6c en Grèce ; mais les fépultures font„ différentes félon les différentes nations. Car les uns les brûlent,„ les autres les enterrent 6c les embaument. J’ai affilié à des feftins„ en Egypte, où on les place au bout de la table, 6cquelquefois„ un homme par néceffité prête la carcaflè de fon père ou de fa„ mère pour fervir à cet ufage. Pour les monumens, lescolom-„ nés, les pyramides, 6c les inferiptions, y a-t’il rien de plus inu-„ file? Il y en a qui célèbrent des Jeux à la mémoire du défunt, 8c,, qui font des Oraifons funèbres lur fon fépulcre, comme fi cela lui„ devoit fervir là-bas de certificat 6c d'atteftation de vie 5 c de„ mœurs. Après fout cela on traite l’Aifemblée, où les amis vous„ confolent, & vous convient à manger, Jufques à quand, difent-„ ils, voulez-vous pleurer ui) Mort ? vous ne le rappellerez pas envie,, par vos larmes. Voulez-vous vous faire mourir, pour defefpcrer vos,, amis, & laijfer vos enfans orphelins ? Il faut pour le moins manger,„ quand ce ne feroit que pour faire durer vôtre deuil. Voilà ce que dit,, Lucien. * Pttleus, Lexicon Antiquitatum, (ffc.

C A D D É E. Voyez C A D E E.

CA DE, (Jaques) fameux Rebelle contre Henri Tl, Roid’Angleterre. C’étoit un Irlandois qui avoit beaucoup d’efprit 6cde courage. Richard, Duc d’Yorck qui prétendoit à la Couronne,l’engagea à porter le nom de Mortimer 6c à faire foulever le peupleen 1450, fous prétexte qu’on l’avott trop chargé. Il eut dans peuun grand nombre d’adhérens, principalement dans le pais de Kent.Il conduifitfa troupe d’abord à Blackheath, 6c en pilla 6c faccagea lesenvirons pendant un mois. Comme un grand nombre des Bourgeoisde Londres, auffi-bien que plufieurs des Grands du Royaume lefoutenoient par les fecours qu’ils lui fourniffoient, il ne s'émut pointlorsque le Roi 6c le Parlement le déclarèrent Rebelle 6c envoyèrentcontre lui une armée de 15000 hommes. Il rencontra une partiede cette armée près de Sévenoacke 6c la battit. Humphred 6c Guil-laume Stafford qui eommandoient cette troupe relièrent tous lesdeux fur la place, 8c Cade s’étant armé de la cuiraflè du premiermardha vers Londres. Dans la route, fon armée groffit par le mon-,de qui lui vint de Surrey, de Suflèx 8c d’Eflex, ce. qui le rendit ûfier que, lorsque le Roi lui envoya l’Archevêque de Cantorbéry 6cle Duc de Buckingham, il leur répondit, qu'il ne poferoit point lesarmes, à, moins que le Roi ne vint en perfonne lui accorder ce qu'il deman-doit. Henri VI trouva ceux, fur qui il fe fioit le plus, fi mal in-tentionnez, Qu’il fe retira au Château de Killingworth, ne laiffantde muni, que la Tour de Londres. Cade en étant informé s'avan-ça, fans aucune réfiftance, jufques à Southwarck qui eft un Faux-bourg de Londres, 6c le deuxieme juillet on fe vit obligé de luiouvrir les portes de la ville. Dans les deux premiers jours iln’exerça aucune violence contre les Habitans de cette Capitale,mais ilfit décapiter Jacques Fines, Lord Say 6c Thrélbrier d’An-gleterre, 8c le Chevalier Jaques Cramer Shérif de Kent 6c gendredu précédent. Il les fit exécuter fous prétexte qu’ils avoient oppri-mé le peuple. On porta enfuite leurs têtes au bout de deux perchespar toute la ville, Le troifiéme jour les adhérens de Cade commi-rent plufieurs violences, de forte que la Eourgeoifie le déclara hau-tement contre lui 8c empêcha que d’autres Rebelles n’entraflènt en-core dans la ville. Ce changement fit perdre courage aux Rebel-les, 8c après que l’Archevêque de Cantorbéry, qui étoit en mêmetems Chancelier, eut fait publier une amniftie générale pour tousceux qui s’en retourneraient chez eux, Jaques Cade fe vit tout d’uncoup abandonné de toute fa bande. Il envoya tout ce qu’il avoit deprécieux par eau à Rochefter ôc fe fauva mafqué dans la Provincede Suflèx, efpérant d’y attrouper du monde. Mais le dixiémejuillet 1450, le Roi ayant mis fa tête à prix, 6c promis mille marcsd’argent à qui le livreroit mort ou vif, Alexandre Eden, Gentilhom-me de Kent, le trouva dans un jardin à Hothfield en Suflèx, febattit contre lui 8c le tua. On tranfporta enfuite fon cadavre fur unchariot à Londres, où on le mit en quatre quartiers, qui furent ex-pofez en tout autant de différens endroits du Kent. Sa tête fut pla-cée fur le pont à Londres. Le Parlement s’étant affemblé à Weft-minfter le fixiéme novembre 1450, Cade y fut déclaré coupablede haute trahifon, tous fes biens confifquez au profit du Roi 8etoute fa poftérité pour toùjours infâme. * The Comfleat hiftoty of En-gland, tome i.p. 403. 404. 405. Holinshead.

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