45
On â reproché à la tragédie de rendre les pas-sions aimables. Il est vrai qu’elle les pare; maiscomme on pare des victimes avant de les menerà l’autel. Il ne peut s’agir de les faire haïr, il fal-loit donc les faire craindre. Ce sont leurs at-traits qui les rendent dangereuses ; pour en pré-venir la séduction, il faut les peindre avec tousleurs charmes. On tenteroit en vain de rendreodieux des sentiments dont un bon naturel estbien souvent, et la cause, et l'excuse. Le res-sentiment des injures, la colère, l’ambition,l'a-mour, les foiblesses du sang, le désir de la gloi-re sont funestes dàns leurs effets, quoiqu’inté-ressants dans leur cause. C’est avec ce mélangede bien et de mal qu’ils doivent Se montrer surle théâtre; car c’est ainsi qu’on les ( voit dans lanature; et la ressemblance seule rend l’exemplesensible et frappant. Ce ne sont pas des acci-dents inévitables que la tragédie nous fait crain-dre; c’est en nous-mêmes qu’elle nous montreles ennemis que nous avons à combattre, et lasource des ma'heurs que nous avons à prévenir.
Le sentimeut de crainte qui quelquefois s’em-pare involontairement de nous, par un effet
13