CONSTITUTION DE LA MARINE. 179
Meine dans les pays oü les prisonniers de guei’re, laisseslibres au sein des cites, y recoivent un traitemojit plein dedouceur, nous voyons les citoyens, lorsqu’ils sont conünesdans quelque maison d’arret, devenir aussitot la proie de leursavides geöliers. Nous voyons ces barbares, malgre le credit desaanis et des parens des detenus, leur derober une part de cequ’on leur envoie, et les ranconner apres, en leur vendant cequi leur manque. Quel doit donc etre le sort de prisonniersetrangers, de prisonniers de guerre , objet de liaine et d’hor-reur pour tout un peuple passionne; de prisonniers, cnlin,livres au despotisme, ä la cupidite, a la cruaute des geöliers
militaires ?. Je crois bien qu’aux jours peu nombreux oü
des commissaires du parlement ont visite les pontons, les ra-tions etaient completes et mangeables. Je crois meine faci-lement que peu de prisonniers aient ose re'clamer contre desbommes qui pouvaient, a tout instant, les re'duire au cachotet a lafamine, sous le plus leger pretexte. Mais d’en conclurequ’aucun prisounier n’avait droit de seplaindre, et qu’ils jouis-saient tous, en entier, des moyens de subsistance que le legisvlateur avait votes pour soutenir leur misere, ce serait abuserde la credulite publique. Ce serait, au meine instant, se mon-trer par trop incredule, en voyant tant de victimes deposer deleurs propres soufirances, par leur sante delabree, sans ad-mettre au moins la realite d’une partie de leurs maux et deleurs privalions.
Je ne puis, je l’avoue, ajouter une entiere foi au tableaurevoltant qu’a trace le general Pillet, dela famine, de la misereet des malheurs des prisonniers francais. J’ai peine a croire,comme il l’assure, qu’un visiteur dune prison de terre, ayantlaisse son cheval dans la cour, 11’en trouva plus que le sque-lette decharne, lorsqu’il eut fini sa visite \ parce que les prison-niers, mourant de faim, s’etaient jeles sur la pauvre bete qu’ils