VOYAGES DANS LA GRANDE BRETAGNE, ENTREPRIS RELATIVEMENT AUX SERYICES PÜBLIGS DE LA GUERRE, DE LA MARINE, ET DES PONTS ET CHAUSSEES, EN l8l6, 1817, 1818, 1819, ET 1820. III. DEUXIEME PARTIE, FORCE NAVALE. FORCE NAYALE DE LA GRANDE-BRETAGNE, PAR CHARLES DUPIN, Membre de l’Institut de France, Academie des Sciences; ancien Secretaire de l’Academie Ionienne, Associe etranger de i’Institut de Naples, Associe honoraire de l'Academie royale d’Irlande, et de la Societe des Ingenieurs civils de la Grande-Bretagne, Membre des Academies des Sciences de Turin, Montpellier, etc., de la Societe des Arts de Geneve, Membre du Comite eonsultatif des Arts et Manufactures de France, Professeur de mecanique au Conservatoire, Officier superieur au corps du Genie Maritime , et Membre de la Legion-d’Honneur. Fidem incorruptam professis . Tacit., hist. lib. i. TOME PREMIER. CONSTITUTION DE LA MARINE. PARIS, BACHELIER, LIBRAIRE, QUAI DES AUGUSTINS. TAB LE DES MATlLRES. Errata. ...Pag- vj faleur des monnaies , mesures et poids d’Anglelerre . vij Ouvrages publies par Vauteur . vnj Introdü'ction .... ix LIVRE PREMIER. — De l’autorite royale et de l’autorite Legislative , DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA FORCE NAVALE. I Chap. i. Coup d’ceil sur la puissance maritime des rois d’Angleterre. Do- mination des mers . Ibid. ' ir. De l’autorite royale, dans ses rapports avec la force navale bri- tannique . 16 III. Rapports du par-lement avec la force navale. Lois pcnales . 22 IV. Enquetes navales : Accusations et jugemens patlemenlaircs. ... 2c) v. Du budget de la marine .. / t o vi. Comile spe'cial pour Vexamen de la depense et du revenu du royaume-uni. .■ . . •.. '53 LIVRE SECOHD. — Commandement et personnel des forces navales. ... 57 Chap. i. Amiraute . Ibib. 11. Amiraux des flottes (ßtat-major general ). 67 Exlrait des regletneus sur le Service h la mer, sect. in, ch. 1. Officiers ge'neraux de la marine , non commandans en chef. 72 in. Grand e’tat-tnajor des bälimens de guerre. . . .. 74 iv. Officiers comp tables des bätimens de guerre . 83 v. Des equipages des bätimens de guerre . 88 vi. Royal-mai'ines . LIVRE TROISlfeME. — Offices centraex de la marine... 101 Ciiap. i. Office des paiemens de la marine. . Ibib. 11. Office et conseil naval .-. io 5 in. Conseil naval. Comile de la correspondance gdnerale ....... 117 iv. Idem Comite des comptes ... 121 v. Idem Comite des matieres . 125 T^rv. RnmiD des cnnstruclions navales. Inspecteurs de la marine. 128 vj TA.BLE DES MATlfeRES. LIVRE QUATRlfiME. — Suite des Administration^ centrales de la marine. Pag. 187 G’bap. 1. Office des transjjorls . Jbib, 11. Des marins et des soldals embarques sur les Iransports, . i/j6 ui. Administration des malades et blessis . i 5 i iv. Traitement des prisonniers de guerre . 160 v. Office des vivres . i 85 vi. Service des vivres, ä bord. . 1 go LIVRE C 1 NQUIEME. — Organisation des ports et des arsenaux . igg Chap. 1. Consideralions generales. Amiral du port . Ibib. 11. Commissioner des arsenaux . 204 iii. Directeurs des travaux . 211 iv. Clercs comptables . 21g v. Clerc de l’inspeclion . 226 vi. Personnel des diverses classes de ports et d'arsenaux . 23 1 LIVRE SIXlfiME. — Du PIED DE GUERRE ET DU PIED DE PAIX. 235 Chap. i. Du pied de guerre . Jbib. il. Levee des marins : Presse . 248 iii. Pertes et non-valeurs de Varmee navale. .. 253 iv. Prises . 261 v. Du pied de paix . 205 VI. Demi-soldes, retrailes , pensions , invalides . 272 Caisse de Chatham. . '... 275 Hopital de Greenwich. .. 276 FAUTES A CORRIGER. Page 5 ,lig. 27 , acorde lisez : accorde. 97 , — 27 , fournitnre lisez : fourniture. io 3 , — 5 , intermediaire lisez : entremise. iii, — 4 ^ k®’ 11 lisez : bien. 188, — 23 , acquerit lisez : acquiert. 192 , — 16, recus lisez : refus. 199 , — 20 , leur lisez : leurs. 224 , — 29 , il y lisez : il y a. Valeur des monnaies , mesures et poids d’ Anglelerre. Monnaies. — La livre sterling est de 20 sols ; le sol de 12 deniers. Ces trois unites se designent ainsi par abreviation l. d. s. Le sol s’appelle schelling , 1 c denicr J pewy'- an sin— gelier , pence au pluriel. Nous estimons toujours la livre sterling ä 25 francs , valeur dont eile a peu differe, tautoten plus, tanlöt en raoins , h l’epoque de nos differens voyages. Mesures lineaires: iyard =3 pieds; 1 pied=.i 2 pouces; 1 pouce —12 lignes; 1 ligne. Valeur enmillimet. : g 1 4,4 3o4,8 25,4 2 L’aune — fö pouces = 1,1 3 ^ millimetres; le fathom = 6 pieds = 1829 millimetres. Mesures de superficie, carres :yard, pied, pouce, ligne. Valeur. carres , 83 ^ de'cira. g ^ decira. 6 kk ccnt. 4 kk, niill. Mesures agraires , carres. acre : = 4 , 84 ° yards = 4>°48 metres = k liectare. Mesures de capacite , cubes : yard , pied , pouce , ligne. Valeur. cubes: 7644 dcc. 28,31 5 cent. 1 6 , 3 S 3 mill. 9,261 decimill. *13 * cent. cub. % IGrains= 33,6 pouc. cub.— 550 , 56 g; 8 pintes=i gallon; 8 gaIlons=i boisseau. 3 j Vm...=28 \ pouc. cub.= 4 7 3 ,o 64 ; 8 pintes=i gallon; 63 gallons=i hoghshead. g U 3 iere .=35 \ pouc. cub.=577,606; 8 pintes=i gallon ; 36 gallons=i baril. Poids : Hure avoirdupois , 1 dragme—k once; 1 once~k livre; 1 //we= 7 f I quintal. TT , S ram - 6 raI "- Kram. Valeur en grammes.1,771 ; 2874!; 453 -SJLl Tonneau de vingt quintaux = ioi 5 kilogrammes. Livre de troy , eile est ä la livre avoirdupois : : ii 52 o : 1 3 gg; eile est egale ä 872 TZ-k grammes , 011 simplement ä 3 7 3 grammes. Poids de la laine : 1 clove = 7 livres avoirdupois ; 2 cloves = 1 stone; 2 stones = 1 tod ; 6 -j tods == 1 wey ; 2 weys == 1 sack ; 12 sacks = 1 last. Beurre : 56 livres avoirdupois = 1 ßrkin. Observation generale Toutes les fois qu’en rapportant des valeurs de monnaies, de poids et de mesures , nous parlerons de livres, de pieds, de pouces, de lignes , d’annes, etc., c est toujours des mesures anglaises qu’il s’agira. Lorsque nous olFrirons des valeurs rappor- tccs ä des unites franjaises, nous suivrons constamment notre nouveau Systeme dans tonte sa purete , et non pas altere par l’absurdite des denominations de pieds metriques, de livres 'MOlmiTllp« otr* OUVRAGES PÜBLlfiS PAR L'AUTEÜR, Qui se trouvent cliez Bachelier. Examen- des travaux de Cesar aü siege d’Alexia , ceuvre posthume de Le'opold Vaccä Berlinghierri, avec la vie de cet auteur; par Charles Dnpin , in-8°. 1812. Reponse au discours de mylord Staniiope , sur l’occupation de la France par l’armce e'lrangere; imprime'e a Londres et ä Paris; in-8°. 1818. Essais sur Demosthenes et sur son eloquence, contenantla traductiou des olynthia- ques, avec le texte en regard , et suivis de conside'rations sur l’eloqueuce de l’orateur athenien, in-8°. 1814- Lettre a milady Morgan , sur Racine et Shakspcarc , in-8°. 1818. * I er . discours academique. Influence des Sciences sur l’humanite des peuples, in-8°. 1819. 2 e . discours academique. Progres des Sciences et des arts de la Marine francaise, depuis la paix , in 8°. 1820. 3 e . discours academique. Considerations sur les avantages de l Industrie et des MACHINES, EN FRANCE ET EN AngLETFRÜE, in-8' 1 . 1 82 I. 4 °. discours. Introduction au cours de meciianiqüe appliquee aux arts, in-8°. 1820. Essai historique sur les Services et les travaux scientieiquej de Gaspard Monge , in-8°. et iu-4 0 . Paris, 1819. Developpemens de Geometrie , avec des applications a la stabilite des vaisseaux, aux deblais et remblais, au defilemcnt, h l’optique, etc., pour faire suite a la geome'trie des- criptive et a la geoinetrie analytique de G. Monge, in- 4 °. 181 3 . Analyse du tableau de l’Architecture navale, aux 18'. et 19°. siecles, in-4 0 . t 8 i 5 . Du Retablissement de l’Academie df. Marine, in-/[°. 181 5 . Memoires sur la Marine et les Ponts et Ciiaussees de France et d’Angleterre , Gontenaut deux 1 elations de voyages faits par l’auteur dans les ports d’Angleterre, d’Lcosse et d’Irlande, dans les anne'es 1816, 1817 et 1818, la descriplion de la jctde de Plymouth et du canal Caledonien, etc., in-8°. 1818 : l’edition est presque e'puise'e. Voyages dans la Grande-Bretagne , etc. 1". Partie. Force militaire de la Grande-Bretagne , 2 vol. in-4 • avecatlas, 1820. Prix : 25 francs. 2°. Partie. Force navale , 2 vol. in- 4 °. avec atlas, 1821. Prix : 25 francs. 3 C . Partie. Force commerciale, et travaux civils des ponts et ciiaussees, 2 vol. in- 4 ”. avec atlas. Prix : 25 francs (doit paraitre en 1822). INTRODUCTION. La. preraiere partie de cet ouvrage n’a pas e'te sans quelque utilite pour les travaux et l’administration de notre force militaire. Peut- etre rendra-t-elle des Services plus etendus, lorsque les depositaires de l’autorite publique et les simples citojens, ayant appris a mieux juger' de leur interet commun , ceux-la ne craindront plus d’accorder ü~s garanties en ecbange du pouvoir, et ceux-ci du pouyoir en echange des garanties. En attendant cette epoque fortunee , poursuivons une tache ingrate aujourd’hui. Indiquons aux horames qui doivent regenerer notre force navale , quelque bien a produire, et beaucoup de maux a re'parer. Afiu cFajjpujcr 1 triomphe ; salue' fils atnc de l’Eglise , et restaurateur de la foi; rendu l’oint du Seigneur par le pontife des pontifes : enfin , ayant acquis pour subalternes j des rois*; pour courtisans , des empereursj ayant vu son amitie mendie'e par les Ce'sars, comme un bienfait des dicux **; enivre d’hommages, et monte' Irop haut dans la prosperite, il torabe. Soudain les sceptres qui s’abaissaient jusqu’ä sespieds, s’appesantissent sur sa t£te. Les cbaii'es sacre'es d’oü retentissaient pour lui des paroles de servage et d’admira- tion, retentissent, aussitöt, des paroles du me'pris et de la male'diclion. Tons ses adulateurs, tous les corrupteurs de sa fortune, lui font eprouver l’insupportable affront de deshonorer l’eloquence de leurs premiers eloges, par l’ignominie de leurs derniers outrages. Ils lui reprochent une vie qu’ils ont adore'e, tous s’indignent qu’il ne l’abrege point par le crime du suicide! Mais il meurt, et leur joie se concentre pour faire place ä l’hypocrisie de la douleur : dernier rafiinement d’un sicclc poli. Teiles sont, cependant, les moindres lecons que la chute du conqueraut presente ä la prospe'ritd des rois. Celui qui fut si fameux par ses travaux, si brillant par ses conceptions,, si grand par ses combats; celui qui crut, avec des monumens, de la gloire et des conquetes , nous payer nos libertes raviesj celui qui voulut rendre aussi des fers aux noirs d’une colonie francaise; livre lui-meme ä la traite , par les potentats qu’il avait comples au nombre de ses tributaires , apres six ans de servitude il expire sur le rocher de la proscription, entre le continent qui enfanle Jes esclaves, et les colonies qui les de'vorent. Voilä donc ce que produit cette Science du pouvoir , depuis vingt ans precliee par tant d’apotres, avec tant d’insolence. Elle frappe de mort le genie meine qui l’invente; et quel puissant genie !. * TJt haberet instrumenta servilutis , et reges. Tacit. ** L’amitie d’un grand hommt est un bienfait des dicr~ Voit. OEdipc. ERFURT» INTRODUCTION. x iij amitie maladroite, que d’artificieux detracteurs par leur savante aversion. A present, j’ose le deniander, qui donc se trompe, et qui donc a raison, au milieu de tous ces partis qu’aveuglent des passions, des prejuges et des caprices si divers? Qu’il est douloureux pour les amis de la patrie, de voir, sous toutes les bannieres , les hommes les plus eminens , au lieu de consacrer leur savoir et leur genie a recherclier, a proclamer, a de'fendre la verite, s’en servir ä la facon du vulgaire, pour prononcer toujours du cöte des evenemens ; sans daigner faire la juste part des causes et des hasards. Parce que , trop souvent, dans le cours de la derniere guerre , nos marins (mal exerce's) se sont montres mal habiles, on s’est bäte d’en con- clure qu’ils etaient incapables de devenir jamais habiles. On a pro- nonce gravement cette sentence : Les Francais ne sont pas nes pour la marine. Comme si des guerriers forts, actifs, intelligens et coura- geux, pouvaient ne pas etre nes poür tous les arts militaires. De pretendus divinateurs de la fortune des peuples, voyant depuis long-temps nos flotica malheureuses , annoncent que jamais la victoire ne reviendra s’asseoir sur nos vaisseaux. Imbus des prejuges de je ne sais quelle astrologie politique, ils croient notre force navale entrainee par un astre funeste , qui la conduit de defaite en defaite, ä sa ruine irrevocable. Un mot leur suffit pour nous prouver que le joug de la fatalite' pese a jamais sur eile , — eile est francaise. II serait plus magnanime et plus vrai de se dire, en la jugeant: Par eela seul qu’elle est francaise, eile est faite pour la victoire. D apres cette juste croyance , si je voulais expliquer ses defaites, je n’irais pas me perdre dans le dedale des causes occultes et des predestinations. J’irais droit aux fautes des organisateurs et des directeurs de cette force, pour y trouver par quel vice ou par quelle erreur, eile n’a pas remporte les triomphes ou l’appelait, en tout temps, l’heroisme du peuple fran- cais. C’est dans cet esprit que j’ai considere l’histoire de nos malheurs : histoire qui, peut-etre , trouvera plus d’un utile commentaire, dans la partie de mes voyages que je publie maintenant. J’ai tache de faire connaitre , dans tous leurs moyens d’exe'cution et dans tous leurs avantages, les regles de gouvernement et les organisa- tions qui m’ont semble devoir etre pre'sentees comme des modeles. Cependanf. on -- -'^i^it beaucoup si l’on pensait que je propose xiv INTR0DUCT10N. aveuglement, l’adoption complete et subite des institutions maritimes britanniques : meme de celles qui m’ont paru meriter le plus d’eloges. Ces institutions peuvent etre parfaites, comme elemens du Systeme dont elles font partie. 11 est probable, neanmoins, qu’elles ne pourraient pas etre adopte'es par nous, avec utilite , sans subir des modifications essentielles; parce que leur influence et leur autorite, pour refrener, sti— muler et diriger les hommes , dependent ä la fois, des eirconstances du present et des temps qui ne sont plus , du caractere national et des idees acquises, de l’esprit general et de l’esprit de corps ; toutes cboses qui different de peuple a peuple, et de generation ä generation. Lorsqu’on veut, sans cesser d’etre justes, produire des innovations qui soient en tout bienfaisantes, il ne faut point esperer d’atteindre, des le premier pas, ä la perfection. Il faut sedire, surtout, que rarement on y parvient par des renversemens subits, et par des alterations violentes. Dans le jeu de la macliine du gouvernement, ainsi que dans le jeu desmachines de l’industrie, aucun choc, aucun changement brusque, ne sont produits sans destruction de forces utiles et voilä le malheur des re'volutions. Voilä surtout le malheur qui, pendant un si grand nombre d’annees, a pese sur notre marine. Que d’organisations contradictoires, pi-eparees ä la häte , commandees par les passions, subies d’abord par la peur, un instant apres attaquees par lavengeance, et bientot renversees par la re'action ! Quelles funestes alternatives ont fait triompher, tour ä tour , les vues et les interets les plus inconciliables et souvent les plus desastreux! Des administrateurs et des ingenieurs, opprimes, expulse's par des militaires; des militaires et des administrateurs , humilie's, remplaces par des ingenieurs; d’au- tres fois, enfin, des militaires et des ingenieurs, degrades et chasses par des administrateurs! Et dans ce conflit de tous les corps se disputant les titres, les honneurs et les attributions, que de secousses fatales don- ne'es ä ledifice de notre marine, demoli et rebäti sans cesse dans toutes ses parties : sans plans , sans vues et sans principes ! Il est beau de rege'nerer la force publique ; il est beau de faire naitre l’ordre, au milieu du cliaos et jusqu’au sein du desordre. C’est la gloire de l’homme detat. Mais, en renversant les abus, necrasons point de victimes sous leurs debris Ne marchons, dans la voie du bien meme, qu’avec prudence; et ne montons vers la perfection, que par IJNTR0DUCT10N. xv lesdegres les plus convenables pour ne jamais foulcr aux pieds, l’equite', la faiblesse et le malheur. Dans tous les genres de restaurations politiques, le temps est lele- ment indispensable pour arriver a la perfection. Le seul moyen d’iita- blir et de coordonner des institutious bien combinees, et stables dans toutes leurs parties , c’est d’en poser muremeut les principes ; d’arreter sans delai, les progres du mal; d’arriver ensuite par degres, vers le bien, vers le mieux , et vers le parfait, si jamais nous pouvons l’atteindre. Veut-on , par exemple , organiser le personnel, sur de nouvelles bases? Sous pretexte que des emplois peuvent etre subitement ren- dus inutiles , il serait barbare , il serait impolitique , de chasser sans secours les hommes qui les occupaient : si leur gestion est irrepro- chable. Sans doute , tout emploi superflu n’est pas seulement une perte , c’est un obstacle. Empressons-nous de suspendre l’action des ressorts qui ralentissent le mouvement general. Mais , au lieu de les briser, sachons les mettre a leur place ; soudain ils vont concourir a la marche d’un Systeme qu’auparavant ils entravaient. Eh bien ! c’est d’apres les niemes principes qu’il faut ag i r avec les hommes; ne fut-ce que par egoisme, si notre cceur n’ajoutait rien aux preceptes de notre interet. Ainsi l’on conserve ä tous les ordres d’employe's, la securite la plus precieuse pour le Gouvernement meme : je veux dire la certitude qu’en le servant avec probile , avec zele , jamais ils n’en seront aban- donnes ni repousses. Cette marche, je le sais, ne flattera point les passions; eile n’offrira rien de brillant a l’amour-propre d’un empresse novateur , qui , pour marquer d’un sceau durable son ministere ephemere, pretendra par un re'gime improvise, frapper tous ses subordonnes , d’un fleau dont il se croira l’invenleur. Voulons-nous amener des innovationsqui soient durables; parce que, fondees sur la raison, elles seront etayees par l’opinion publique? Pene'- trons-nous d’une importante ve'rite. « Les meilleures lois neconviennent aux hommes, etn’exercent sur euxune utile influence, que quandles es- prits, comme un terrain ameubli, sont pre'pares d’avance a les recevoir et a lesrendre fructueuses. » Au lieu de commencer , a la maniere des tyrannies, par ordonner et contraindre; il vaut mieux, a la maniere des oavs libres, commencer par instruire et persuader. On peut ensuite, xvj INTRODUCTION. avec pleine confiance , accorder les lois et les instituticms dont cbacun a reconnu de lui-meme les avantages, et souhaite la cre'ation. Ce n’est plus un nouveau joug qu’on impose aux citoyens opprimes ; c’est un bienfait nouveau qu’on leur accorde, et qu’ils recoivent comme un gage de leur felicite future. Voilä comment des mesures, qui d’abord au- raient revolte des csprits ignorans et prevenus, desarment et captivent les niemes esprits, amenes a la connaissance de leurs vrais interets. La partie politique de cet ouvrage aura rempli son objet le plus important, si elleparvient a preparer l’opinion generale, sur des amelio- rations dont la valeur et les consequences ne sont encore senties que par un petit nombre d’honnnes. Les innovations et les perfectionnemens dont la partie technique of- frira les moyens et les avanlages , semblent, par leur nature , devoir eprouver moins d’obstacles. On a meme commence de les mettre en pratique, et deja la marine francaise enrecueille quelque fruit. Formons desvoeux pour que l’autorite marche a pas moins timides et moins lents, vers cette amelioration du materiel de la force navale. C’est en jetant ainsi les fondemens de notre gloire future , que cette autorite meritera l’estime et la reconnaissance des vrais amis de la patrie. Nous terminons la partie de nos travaux , la plus penible a notre coeur. Nous avions a faire connaitre les instrumens de destruction, par terre ouparmer, que presente la force publique de la Grande-Bretagne. Nous avons conside're sous toutes leurs faces, les moyens avoues par les nations, pour pre'parer et donner la mort dans les combats. Maintenant, il nous reste ä monirer par quels moyens d’echange et de production, VAngleterre est devenue la plus opulente des nations; et comment ces moyens ont ete, pour eile, les rentables elemens de la force publique et du bonheur general *. Ce point de vue sourit ä notre esperance ; il reveille notre courage ; il va redoubler nos efforts, pour ne pasrester au-dessous de notre sujet, dans les parties les plus utiles ä nos semblables, et les plus honorables pour le genie des humains. * Dans la Iroisieme partie, nous exposerons tous les moyens mis en usage par l’Angleterre , pour preparer et pour ope'rer ses Communications commerciales, durant la paix et durant la guerre. Les travaux qui se rapportent a cette division de notre ouvrage, et que nous expliquerons avec etendue, sont ceux des Ponts et Chaussees : routes , canaux, ports de commerce, pliares , etc. Nous consacrerons une qivitrieme partie, a la force productive, c’est-ä-dire, ä VIndustrie pro- prement dite. FORCE NAVALE DE LA GRANDE-BRETAGNE. CONSTITUTION DE LA MARINE. LIVRE PREMIER. DE L’AUTORITE ROYALE ET DE L’AUTORITE LEGISLATIVE, DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA FORCE NAVALE. CHAPITRE PREMIER. Coup d'cell sui' la puissance maritime des rois cVAngleterre. Dominat 'ion des mers. Pour juger, clans sesprogres,ses vicissitudes et ses pretentions, la puissance maritime des rois d’Angleterre, il faut remonter a des epoques deja fort reculees. Avant le neuvieme siede, la Grande-Bretagne , sans marine qui lui soit propre, est la proie de tous les peuples navigateurs qui daignent l’envaliir. Cette conquete du devancier d’Auguste et du heros immortalise par Tacite, est a la fin meprise'e et 2 FORCE NAVALE. clelaissee parles Cesars pi’ecurseurs d 7 Augustule. Alorsles faibles Eretons, avilis par quatre siecles d’esclavage , etaient devenus incapables de porter le fardeau de l’independance, si pesant pour les nations qui perdent leur grandeur d’ame ! Au lieu de songer a defendre eux-memes sur leurs propres mers, la propriete de leur sol et sa liberte, ils yont mendier, cbez les denii-barbares de l’Occident, un maitre qui les protege contre les barbares du Nord. Ainsi, pour navoir pas su compter sur leurs seules foi’ces, ils voient, pendant cinq autres siecles, leur territoire cnyabi et dechire par sept tyrannies ¥ contem- poraines , qui tour a tour s’attaquent, s’usurpent, s’epuisent •, et viennent eußji s’engloutir dans la monarcbie saxonne. Ici commence l’histoire de la force nayale britarmique : il faut en parcourir les epoques principales. L’Angleterre est la seule monarcbie qui comptc unc longue suite de rois pai’nii ses marins celebres. Des le regne des Saxons , en moins d un siede, eile est gouvernee par quatre priuces qui livrent et gagnent en personne des batailles navales : Alfred, Edward landen, Athelstan fds d’Edward et Edgard. Alfred instilue la marine britannique. II batit des galei'es plus grandes que toutes celles quon ayait yues depuis les beaux temps de la marine des anciens ; il triompbe des flottes comme des armees danoises, brise le joug de l’etranger qui pesait sur son royaume enyabi , purge les cotes britanni- ques des pirates qui les infestaient \ et, souyerain des mers etroites qui circonscriyent ses etats , il se fait appeler le Roi des detroits ( the King of the straights ). En traitant de la marine commercante, nous admirerons les yues d’Alfred qui, des le neuyieme siede, envoyait des vais- seaux yers le pole boreal ** pour y chercher un passage dont ¥ L’heptarchie. ** Spelman’s life of Alfr*“* ’h* n,.„ nf n , K i CONSTITUTION DE LA MAP,INE. 3 il pressentait l’importance, et que , clepuis cette epoque jusqua nosjours, on a vainement tente de decouvrir. Nous admirerons davantage encore la helle loi d’Athelstan. Par cette loi *, tont negociant qui faisait a ses frais deux longs voyages sur mer, ohtenait le rang et les titres nobiliaires accordes, partout adle urs , a la defense ou ä la conquete du territoire. Appreudre a resider sur l’Ocean, c’etait commencer l’occupation des pro- vinces hritanniques; et, decouvrir des mers inconnues, c’etait reculer les bornes d’un empire qui deja songeait a proclamer, comme son droit naturel, la domination des mers. Edgardj successeur d’Athelstan, deploie des forces encore plus formidables que celles du grand Alfred : il les divise en trois flottes permanentes, pour proteger l’Est, FOuest et le Nord de ses etats. Lui-meme, au retour de cliaque printemps, s’embarquait sur la flotte de l’Est, parcourait la cöte qui regarde la France, visitait les rades et les ports de la Manche, jusqu a l’extreme frontiere du Sud ; passait a bord de la flotte de FOuest, faisait le tour de l’Irlande et des Hebrides 5 enfxn joignait la flotte du Nord , avec laquelle il revenait dans la Tamise. Lorsqu’Edgard tint sa cour a Chester ? il obligeales souverains d’Ecosse , de Cumberland et de File de Man , avec ciuq petits rois de FOuest et du Nord de l’Angleterre , ä ramer dans une barque dont il tenait le timon. Il descendit ainsi sur le fleuve Dee, jusqu’a l’abbaye de Saint-Jean-Baptiste, ou ces princes s’engagerent par serment, ä reconnailre et a defendre sa suze- rainete sur terre et sur mer. Teiles etaient les pretenlions d’Edgard, que ses edits portaient pour protocole : « Moi, Edgard, roi d’Albion, souveraiu de toutes les lies circonvoi- sines , et de l’ocdan qui les entoure 3 etc. ** » Apres cette epoque brillante, la marine britannique, dechue * Hume , Hist, des Plantngcnets, t. I, ch. 1 . ** Entick , naval History of the british marine. Iutroduction, p. iv. 4 FORCE NAVALE. par clegres, restauree par uae loi qui semble empruntee d’A- thenes ¥ , ruinee de nouveau par les trahisons, ane'antie par les discordes civiles, laisse enfin l’heritage d’Alfred sans defense contre les rois du Danemarck, conquerans, navigateurs et pi- rates egalement redoutables. Canute, un de ces rois, usurpe l’Angleterre, conserve par les lois ce qu’il avait acquis par la force, et devient juste aussitöt qu il croit pouvoiren sürete cesser d’etre feroce: par la, dans un siede barbare, il obtient et merite le titre de Grand. Il domine sur les iners, mais sans croire comme Xerxes, commander a cet element. Pour repondre aux courtisans qui lui de'cernaient un tel empire, il fait eriger son tröne au bord de la mer, descendue par le reflux a son point le plus bas. Certain de s’en voir desobeir, il lui prescrit de reculer encore, et soudain, les llots s’avancent pour couvrir sans dis- tinction et le tröne du sage et les flatteurs du tröne. Les successeui's de Canute, imprudens comme les succes- seurs d’Edgard, negligent egalement de maintenir la marine sur un pied respectable. Or, des qu’un etat a perdu sa defense naturelle, il se presente toujours un conquerant pour renvahir : pendant dix siecles , f Angle Lerre en a fourni l’exemple. Durant ce long periode on voit cet etat, a diverses reprises, envahi par ces brigands des contrees septentrionales, qui toujours perdant par la conquete, le besoin et l’habitude des expe- ditions maritimes, s’amollissent, et deviennent la proie de pi- rates plus familiers avec les travaux et les hasards de la mer. Au contraire, les Normands, etablis sur les cötes de la France, et forces pour s’y maintenir de combattre sans relache un peuple fort et belliqueux, avaient retenu des nations dont ils descen- * La loi d’EtLelred prescrivit ä tout proprietairede trois Cents journaux de terre,d’c'quiper un vaisseau pour la defense des cotes. Hume, Ilistoire des Plantagenets, t. I, p. 288. Quant ä la loi d’Athenes , voyez Demosth. , de la Division des citoyens en tributaires ( ö Trepi cuppoptwv ) , et Isocrale sur le Remplaceracnt des tributaires. CONSTITUTION DE LA MARINE. 5' daient, cette activite , cette audace et ce besoin d’envalxir qui semblent la passion innee des barbares du Word. Apres ayoir usurpe les deux Siciles, brave le Bas-Empire, et repandu l’ef- froi dans l’Orient, ils tournent leurs vues contre l’Angleterre : ils en proclament la conquete, avant meme que de l’avoir tentee. Ils y convient tous les amis du butin et du pillage. Aussitöt, on voit de tous les etats du Septentrion, des chefs armes et se faisant appeler Chevaliers, accourir sous les bannieres de Guil- laume-le-Conquerant, pour mar eher a l’usurpation predite , et partager la future depouille du vaincu. Harold , roi d’Angleterre, apres avoir quelque temps fait garder le canal de la Manche avec sa flotte, rentre dans ses ports et desarme ses vaisseaux. Alors Guillaume aborde sans obstacle aux cotes d’Angleterre. C’est a la vue de ces meines cötes , que Harold perd a la fois la couronne et la vie, dans une bataille oü les JNormauds marcherent au combat en chantant rhymne des heros de la France : laut leur vaillauce avait pris la trempe et les habitudes de la vaillance francaise ! Le vainqueur apprend , par sa victoire meme, combien la force navale importe ä la Conservation de sa conquete, et la defense des cötes au salut du territoire. II voit dans les rivages de Kent, le boulevard de l’Angleterre, du cöte qui regarde la France. II fonde aussitöt, pour la defense de ces parages, une feodalite maritime dont les traces subsistent encore dans la Constitution britannique. Des cinq ports de Douvres, Hastings, Hythe , Romney et Sandwich ** , il forme un corps politique auquel il acorde de grands privileges : a la seule Charge de lui fournir pour quinze jours, et des quil le voudra , 5.i batimens armes, et montes chacun par 24 marins. Richard-Cceur-de-Lion, de concert avec Philippe-Auguste, L’hymne de Rolland , pair de Gharlemague. Winchelsea, Rye et Seaford furent cnsuitc ajoutes aux cinq poris. 6 FORCE NAVALE. fait voile pour la Terre-Sainte, force Ptole'mai's a se rendre, detruit la flotte des Infideles, et par ses exploits obtient le beau titre de Ccipitaine gdneral des fovces des chre'tiens dcins l’Asie * ** . Ainsi, des cette epoque, l’Angleterre annoncait aux Ye- nitiens (voituriers et fournisseurs des croises au lieu den etre les guides et les emules), la rivale qui, quatre siecles plus tard, devait leur enlever l’empire de la liier et les tresors de l’Orient. Dans les premieres annees du regne d’Edouard III, la marine anglaise remporte de grandes victoires : ce prince gagne en personne la bataille de i34o , livree contre la flotte de Philippe de Yalois. Six ans apres, il detruit tous les nayires fran- cais qu'il peut atteindre, a Cherbourg, a Barfleur, a la Hougue; fait bioquer par mer la ville de Calais , qu’illustrent egalement et sa defense et sa reddition. Enfin trois ans plus tard, Edouard et son fds , brulant de se venger d 7 une insulte des Espagnols, s’embarquent, et vont attaquer la flotte des agresseurs , qu'ils battent completement. Le regne d’Edouard, long-temps glorieux et prospere comme celui de Louis XIY, fut pareillement malheureux dans les dernieres annees. En 1872, la flotte anglaise qui voulait secourir la Rochelle fut ä son tour comple'tement battue par les flottes espagnole et francaise combinees. C’est dans les malheurs publics que la voix des peuples parvient, quelquefois , ä se faire entendre des rois belliqueux. Aussi, fut-ce en la meme annee 1872, que les communes d’Angleterre presenterent au monarque humilie, ces heiles petitions au bas desquelles il apposa ses respons favorables. Les petitions des communes et de citizens et burgeis et les respons sur ycelles faites , sont en un roulle attache et cusa a cestes * Lediard , Hist. nav. d’Anglet., liv. i, cli. 6. ** The Statutes at large , t. II, p. igi. Rotulus parliamenti de anno regis Edward! tertii quadragesimo sexlo. CONSTITUTION DE LA MARINE. 7 A lour tresdoute et graciouse seignur le roi supplient sez poures liges communes qe la Grande-Chartre et la Chartre de la Foreste et touz les autres estatuz faltz per nostre dit seignur le roi et sez progenitours en amendement de son roialme et a tranquilile et ease de son poeple soient tenuz gardez et duement executz en touz poiutz. Respons. Le roi voet que les estatutz soient tenuz et gardez. Item, prie la commune qe come les marchautz et marinersDengleterre qe xx ans passcz et touldiz adevant la navie de dit roialme estoil en toutz portz et bones rilles sur mier et sur ryvers si noble et si pleintivouse qe touz les pays tenoient et appel- loient nostre avantdit seignur le not de i.a hier et lui et tont son pays dotoient le pluis per mier et per terre per cause de la dile navie ; et ore il est ensi desencrescez et anicntyz per diverses causes qe apoy ylia demure suflicieulis a defendre la dite pays, si graut mestier estoit encontre roial poiar y fuisse a graut perille communement de tout la roialme ; les qeuxcauses serroit trop longe des toutz escrivre j raes une cause est principal la longe arrest qe sovent ad este fait sur les niefs en temps de guerre cestassavoir per un quarler dan ou pluis avant qils passen! liors de lour portz sans rien prendre pur les gages de lour mariuers durant cell temps ou les seignurs des niefs rien prendre de guerdonpur les apparailementz de lour ditz niefs et custages douut ils priercnt en eovre de charile cove- nablc remedie. — Respons. Y plest au roi qe la navie soit meintenus et gardee a greindre ease et profit qe faire sc pnet. Henri VIII ne coramanda pas lui-meme ses armees nayales, mais il fit plus pour elles qu’aucun de ses predecesseurs. Jusqu a son regne , la marine militaire n’etait form.ee que par des na- vires appartenant a des particuliers et mis en requisition au momentdu fiesoin. Henri sentit l’avantage d’avoir des vaisseaux dont l’etat meine fut le proprietaire, et pour les Commander des officiers qui restassent constamment au seryice. Il fut donc le createur de la marine royale d’Angleterre. 11 institua pour le Service et les travaux des ports, le conseil et l’office naval; or- ganisala confrerie des piloles, connue sous le nom de la Maison de la Trinite ; fonda les arsenaux de Deptford, de Woolwich et de Portsmouth 5 fit fortifier Gravesend et Tilhury, pour proteger l’entree de la Tamise j tandis que, pour defendre la cöte opposee a la France, il fit hatir les chateaux de Portland, Hurt, Cowes, Camber, Soulhsea , Sandgate , Wahner, Deal, Sandown , Queenhorough , Pendennis et Saint-Maws. La grande Elisabeth fayorise egalement la force nayale. Elle 8 FORCE NAVALE. bätit Upnor-Castle, pour proteger l’arsenal de Chatham; aug- mente le nombre de ses vaisseaux, veille a Ia Conservation des bois de marine, introduit dans ses e'tats la fabrication de la poudre de guerre, fait fondre des Canons de fer et de bronze ; accroit la paie et rend plus doux le sort des marins, se prepare a repousser l’invasion du puissant Philippe II, presse elle-meme et les travaux et rarmement de sa flotte , enflamme un peuple entier de son enthousiasme, triomphe de la Grande-Armada , et recoit enfin les beaux titres de Restauratrice cle la gloire navale, et de Souveraine des mers du Nord *. Sous Jacques I er . et son successeur, la marine anglaise n’ac- quiertaucune gloire nouvelle. Mais cette e'poque est remarquable par les pretentions anti-sociales reproduites alors envers les puissances exterieures, et soutenues avec un meme acharne- ment, ä travers toutes les fureurs des guorres ciyilescom me au sein de la paix interieure la plus profonde. Les Anglais ne donnent pas seulement le nom de Mers Bri- Lanniques a toute cette partie de l’Ocean qui baigne les cotes de la Grande-Bretagne, de l’Irlande et des des circonvoisines. Sous cette denomination captieuse, ils comprennent tout l’O- cean qui setend jusqu’aux cotes de l’Espagne, de la France, de la Batavie , de la Suede et du Danemarck. Et parce que les Anglais appellent ces mers du nom de Bi’itanniques, ils pre'ten- dent qu eiles font partie integrante de la Grande-Bretagne 5 et ils s’en declarent les mattres absolus. Yoici quelles sont, ou du moins quelles e r taient leurs pretentions a cette souverainete. Les rois d’Angleterrepretendaientque,seuls, dansletendue des mers appeläes Britanniques, ils avaient le droit d accorder ou de refuser la peche des poissons de toute espece, et des * By which she justly acquired die title of Reslaurer of naval powcr , and Sovereign of the northern seas. Schömberg , t. I, p. CONSTITUTION DE LA MARINE. 9 produits precieux leis que le corail, les pei’les, l’amln-e , etc.; de lever des Iributs sur les peclieurs, conime sur les navigateui’s mai’cliaucls de toxxtes les nations; et d’exercer, en suzerains,la police et la juslice da ns toute l’etendue de ces mers; d’y accorder on d’y refuser a leur gre l’entree et le passage axxx batimens de gxiexre de toutes les nations; eiifin d’exiger un lxommage de toixs les pavillons etrangers *. C’est soxxs Charles I er . qu’eut lieu la fameuse discxxssion qui s’eleva sur ce sujet entre l’Anglelerre et les Provinces-Unies. E11 1629, Gi’Otixxs eci’iyit son Mare liberum , pour nxonti’er com- hien les pi'etentions de l’Angleterre a cet egai’d etaient conti’aires au droit des gens; Seiden y repoixdit par le livi’e intitxxle Mare clausum. Charles I er . ordonna qu’xxn exemplaire de ce dernier ouyrage sei'ait depose a la coxxr de l’amiraute , conxixie xxn te- moignage de la souvex’ainete des Anglais sur la 111er. Mais il laut reprendre de plus haut l’histoii-e des preteiilions de l’An- glelerre a cette souyerainete. Des le regne du roi Jean, il etait penxiis et meine enjoint aux commandeurs des flottes anglaises , de faii’e amener tout pavillon etranger, devant celui de la Grande-Bretagne ; d’atta- quer les batimens l’efractaii-es, et de s’en emparer : le seul fait de leur desobeissance sufflsait pour qu’011 les declai’at de bonne pi’ise, meine en tenxps de paix ** : voilä pour le lucratif. Yoici pour riionorilique. En i554, une flotte Espagnole de 160 voiles, amenant Philippe II qui yenait epouser la reine Marie , rencontre dans la Manche la flotte d’AngleteiTe , conxmandee par le gi-and amiral. Philippe voulait passer outre sans amener son pavillon * Et toutes ces prerogalives , dit Entick eil les rapportant , appartiennent inconle&ta- blement aux rois et aux reines de la Grande—Bretagne. Naval histoiY■ Introduction. The Sovereignty of the sea asserted and vindicated. ** Schömberg, t. I, p. g. III. 2 IO FORCE NAVALE, royal ; mais Porgueilleux amiral tirant unboulet sur le vaisseau qui porlait le lilsd’un empereur, fiance a sa propre reine, force Philippe de baisser le premier son pavillon et d’amener ses hautes voiles *:... « action, s’ecrie le capitaine de -vaisseau Schömberg, en rapportant ce trait d’un barbare orgueil, dans sa Chronologie navale d’Anglelerre, action hautement mdri- toire et digne d’iniitation ! t. I , p. 23 » ( C’est, en mil huit Cent quinze qu’un capitaine Anglais tient ce langage! ) Sous Jacques I er ., les Provinces-Unies refusent de rendre au pavillon britannique, l’hommage exige de toutes les nations etrangeres : il faut a tout prix chatier un tel acte d’indepen- dance! Une flotte anglaise renconlre six vaisseaux hollandais , l’amiraldela flotte conlraintle commandant del’escadre, d’amener par trois fois ses Couleurs nationales \ et non satisfait d’une teile soumission, oblige le Batave a lenir bas son pavillon , tant qu’il naviguera dans le voisinage des cotes de la Grande-Bretagne. La republique d’Angleterre , meme au temps de sa plus grande detresse, ne rabattit rien des prelenlions des rois quelle avait reurplaces. Yainement en i 652 , Tromp, ayant baitu la Holle des Anglais, longe leur cote avec un balai arbore en tele de son grand mat, comme pour annoncer qu’il venait de netloyer les mers des tyrans qui les infestaient. La republique anglaise, aussi perseverante queRome apres le desastre de Cannes , dicte des lois a ses rivaux, du milieu de ses defaites comme du sein de ses triomphes \ redouble ses efforts , et s’empare de nouveau du domaine des mers. En moins de deux ans , les Hollandais vaincus, etbloques dans tous leurs ports, sont forces, pour la premiere fois , de convenir par un traile solennel, que leurs vaisseaux baisseront pavillon devant ceux d’Angleterre. ¥ Sous Elisabeth , ime flotte espagnole ayant a höret Anne d’Autriche , ahorde ä Plymouth, et neglige d’amener son pavillon : un hontet lance sur le hätiment qui portaitla princesse , ayertit l’amiral etranger de rendre au pavillon anglais les hommages accoutume's. CONSTITUTION DE LA MARINE. II Sous Henri IV , Sully , duc et premier ministre , se rend en ambassade solennelle aupres de Jacques I er . Les Anglais, pour recevoir le heros des pro Les Lans, envoient a sa rencontre un vais- seau qui lui porte l’ordre de meltre bas son pavillon francais : il refuse, en atteslant son double caraclere, d’ambassadeur et d’allie j mais trois decharges d’artillerie le forcent de ceder. Henri IV n’obtint, pour la reparalion d’un tel attental aux droits des nations, que de yagues et vaines excuses * ** . Sous Louis XIII, une escadre francaise s’etait avilie jusquä rendre aux Anglais un pareil bommage, loin des mers appelees britanniques, au sein de la Mediterranee, et presqu’en vue de nos cötes. Mais Louis XIV eut plutot voue tous ses vaisseaux ä la destruction la plus certaine, que d’humilier, a ce point, ses royales enseignes. La fortune sert sa fierte. Pour la der- niere fois, les Stuarts sont replaces sur le trdne d’Angleterre : Charles II doit reconnaitre les bienfaits du potentat qui le soulint jadis et le conseille encore contre ses propres sujets; il ordonue aux capilaines de ses vaisseaux , de n’exiger des ba- timens francais, ni le salut par des salyes, ui l’abaissement du pavillon et des hautes voiles. Chose etrange! Louis XIV qui jugeait indigne de la grandeur d’un roi, de rendre un semblable hommage ä l’Angleterre, s’efl’orcait de l’exiger des aulres rois. C’est ce que montre la declaration de 1680, pour faire baisser pavillon a tous les navires espagnols rencontres par nos batimens de guerre Au recit de ces discussions, de ces combats et de ces traites, on se croit trau Sporte dans les siecles de barbarie oü d’insolens * « Il fallut, dit Richelieu , dans son Testament politique , il fallut que le roiyotre pere (c’est ä Louis XIII que ce testament s’adresse ) usät de dissimulation en cette occasion; mais avec cette resolutiou, une autre fois , de soutenir les droits de sa couronne , par la force que le tcmps lui donnerait le moyen d’acque'rir sur la mer. » Ch. i , § v. ** Consid. sur la marinefranc. 1818, p. 27. Essais sur la marine, Laserre, p. 3 i. 12 FORCE N AVALE. Chevaliers, infestant de leur orgueil et de leurs armes , les voies et les places publiques, obligeaient les paisibles voyageurs a s’abaisser devant leur force : ou sinon, les combattaieut ä outrance et les depouillaient sans merci, pour en obtenir de vaines marques de deference el de yasselage. C’elait uii sterile honneur que celui de faire ainener des voiles et des enseigues devant le moiudre batiment de la marine an- glaise. Aussi, quand la puissance britannique eut acquis plus de lumieres, chercha-t-elle a recueillir d’autres fruits de sa supe- riorite marilime. Peu contente d’etre reconnue pour suzeraine des mers, eile voulut s’en declarer proprielaire, et s’arroger le monopole du commerce. C’est a quoi tendait le fameux acte de navigation, que l’Angleterre dut moius encore au genie qu’aux passions de Cromwel *. Charles II, en montant sur le tröne, se garda d’annuler cet acte de l’usurpateur : il se con- tenta d’y placer son nom, comme a la plupart des grandes Creations de la Republique et du Protectorat. L’acte de navigation defendait d’importer dans la Grande- Bretagne, les produc Lions de l’Afrique, de l’Amerique, de l’Asie, de la Russie et de la Turquie d’Europe, sur d’autres batimens que sur des batimens anglais. Cet acte reduisait cliaque peuple du Continent a ne charger sur ses propres vaisseaux que les produits particuliers de son sol et de son Industrie, pour obtenir l’entree des ports britanniques : tandis que les Anglais se reservaient, les armes a la main, de porter * Cromwcll, pour punir l’ile de la Baibade , de son attacheinent aux Stuarts , imagina de l’assuj ettir ä n’employer que des batimens anglais au transport de ses produclions , qni ne purent plus etre vendues que dans les marchcs de la mere-patrie. Ainsi c’est a un Sentiment de vengeance , et pour ainsi dire k une loi penalc , que l’Angleterre doit l’origine de ce Systeme colonial qui a si bien tourne au proüt de la me’tropole. Quoi qu’il en soit, ä peine l’Angleterre eut-elle entrcvu les avantages qu’clle pouvait rctirer des restrictions impose'cs ä la navigation d’une de ses colonics , qu’clle se hata de les e'tendre a toutes ses pos- sessions d’outremer. CONSTITUTION DE LA MARINE. i3 leurs produits et ceux du monde entier, dans tous les ports de l’univers. Si les peuples de l’Europe eussent ete, des lors, aussi eclaires que le peuple anglais, ils auraient, par de simples represailles, fait tomber sur-le-champ cette loi prohibitive; mais, dans l’origine, eile ne parut dirigee que contre la Hollande : eile nalarma point les autres nations. Les Hollandais e'laient alors les facteurs de presque tous les peuples du Continent, et ces peuples ne surent pas prevoir tout le tort qu’ils recevraient ä la longue d’une uiesure qui ne les atteignait pas directement. Apres une guerre acharnee , 1’Angleterre triompha des Pro- vinces-TJnies. Aloi’s 1 Espagne et la France commencerent ä reconnaitre le danger du Systeme etabli par d’ambitieux insu- laires. Ces deux puissances tenterent tour ä tour, et quelquefois ensemLle , de resisior aus usurpalions maritimes de la Grande- Bretagne. Elles auraient pu radier a leur cause toutes les autres puissances, en les eclairant sur leurs vrais interets, en leur montrant tout ce qu’avait d’injuste, d’humiliant et de per- nicieux, le monopole du commerce des mers; mais guidees par un fol orgueil ou retenues par un elroit e'goisme, ces nations, apres avoir traite saus generosile, combattirent sans prudence , et succomberent dans la lutte. C’est au moment des desastres qui marquerent la cbute de la force navale espagnole, que Waller faisait entendre ces chants, ouson genie exprime, ayec taut denergie, 1’enthousiasme et la profonde ambition dont etait saisie l’Angleterre. « Depuis quelques mois notre armee navale, campee sur la mer, assiegeait 1 Espagne. Ceux qui avaient ambitionne la monarchie du monde, etaient enfermes dans leurs ports par nos flottes hardies; et de la, vayaient notre pavillon rouge flotter, sans rival, au dessus des mers. Les autres nations peu- Nent user de l’Ocean comrae d’uue route de passage j l’Anglais FORCE NAVALE. 4 senl yfait sa demeure. Nos voiles, toujours pretes, egalent la yitesse du vent le plus rapide , et sont d’intelligence avec le ciel inconstant. Les chenes de nos forets ont pris racine dans les mers, et nous marchons de pied ferme sur la vague liouleuse. » Les puissances purement continentales qui, d’abord, se croyaient etrangeres a ce conflit de la Grande-Bretagne et des puissances maritimes, ont cruellement senti les atteinles d’un pouvoir predominant sur les mers. Car, ce pouvoir donnait ä ses possesseurs le commerce du globe entier, et les ricliesses de ce commerce. Bientot, les tresors acquis par le monopole ont servi pour seiner la discorde entre les nations, et dans les na- tions ; pour armer, selon les temps , les peuples contre les rois, les rois contre les peuples, et surlout les citoyens contre les citoyens! Enlin, quand les empires, epuises par ces fureurs, ont traite,pour cicatriser leurs blessures et partagcr les lambeaux des provinces decbirees par la guerre, la puissance dominalrice de la mer, toujours a l’abri des maux dont eile ayait creuse les abimes et fomenle l’explosion, s’est trouvee tout a coup mai- tresse legitimee de 60 millions de conquis, et des clefs de toutes les mers, et d’un territoire plus vaste que l’Europe entiere (Voyezliy. yi, cb. i. Du pied de guerre). II est douteux qu’aujourd’hui l’Angleterre ait abandonne ses pretentions a la souverainete des mers. Cependant, contente d’un empire de fait, eile n’exige plus des peuples elrangers un liommage humiliant; eile s’arroge au besoin des droits plus positifs et plus utiles. On verra, cbapitre suivant, les juriscon- sultes anglais essayer de prouver que la Constitution autorise les rois d’Angleterre ä commettre des liostilites de corsaires, avant que la declaration de guerre ait rompu les pactes de la paix. Avec des allies, avec des neutres , ces rois declarent, quand il leur plait, que teile partie des cotes d’une des mers du monde, est, jusqu’ä nouyelordre, interdite aux nations, amies ou enne- CONSTITUTION DE LA MARINE. i5 mies. II n’est pas necessaii’e qu’une croisiere anglaise effeclue le blocus; il suflit que la signature tl’un minislre cle S. M. Britan- niqae ait pose d’ideales barrieres, a teile distance du rivage, ä travers lesplainesde FOcean. II suffit que, du cabinet de Saint- James, on indique ä FUnivers, sous quels degres delatitude et de longitude va cesser d’exister la liberte des mers!. Tout baliment neutre devient saisissable s’il franchit la barriere ainsi posee, pour continuer ses relations commerciales avec les peu- ples doixt il est ami. Et, parce que le mot de blocus esl tire du vocabulaire de la guerre, la puissance britannique regarde cette Suspension du droit general des nations, comme une loi sacree ä laquelle doivent Ixumblement obeir tous les peuples de la terre. Quel abus du sophisme et de la force! La mer est a la fois la place publique, le marche public et la voie publique des nations. Que les peuples soient maitres exclusifs, sur leurs propres cötes , sur les fleuves , sur les lacs formes par la nature , au milieu de leur territoii-e : rien lFest plus jusle. Ils commandent sur ces eaux au meme titre que sur la terre de leurs peres. Mais, qu’un etat s’arroge le domaine d’une mer quibaigneles frontieres de plusieurs autres empires; qu’il pretende, ä son gre, interdireauxnations, le passage d’un vaste Ocean; quil ferme, par un edit, des routes qu’on ne saurait pas meme apercevoir du haut des vigies les plus elevees de sa cote inliospitaliere! C’est attaquer la liberte des peuples, c’est entraver les relations naturelles et legitimes des nations , c’est attenter aux progres et auxbienfaits dela civilisation, c’est se declarer en liostilite permanente contre toute l’espece humaine. Quelquefois les nations opprimees ont reuni leurs moyens pour repousser, par la force , ces envaliissemens et ces oppres- sions. Telle fut la neutralite armee des puissances du Nord, au commencement de ce siede. Mais la mort de Paul I er . laissa sans resultats utiles, ce grand exemple offert aux nations. i6 FORCENAVALE. La France aurait pu, eile aurait du toujours etre au premier rang , dans les coalitions formees pour oblenir la liberte des mers. Napoleon parut penetre de cette grande verite. Mais son ambition detruisit tout le fruit qu il eut pu tirer de semblables associations. N’etait-il pas absurde, en effet, de parier saus c esse aux peuples, de leur liberte sur les mers, lorsque par la ruse ou la violence , on detruisait leur liberte dans leurs propres foyers? Yoilä pourquoi jamais Napoleon n'eut un albe sincere parmi les puissances maritimes. On a vu dans ces derniers temps, un peuple confiant dans son courage et dans la justice de sa cause, braver tous les hasards et souffrir tous les maux, plutöt que de courber la tete sous un joug humiliant. G’est ainsi que les Etats-Unis, irrite's conlre les proliibitions, les perquisitions faites a bord de leuz’S batimens, par les Anglais, ont, il y a peu d’annees , commence la premiere guerre ou la Grande-Bretagne ait du voir qull fallait mettre quelque terme a ses pretentions maritimes, CHAPITRE II. De Tautorite royale, dans ses rapports avec la force navale britannique. Apres avoir considere comme un fait la puissance maritime de TAngleterre agissant contre les autres nations, examinons les droits que la Constitution britannique attribue et les obli- gations quelle impose au pouvoir executif, relatiyement a la force navale. Le commandement supreme de cette force est mis, par la Constitution, entre les mains du Prince. A lui seul appartient d’cn’donner les armemens et les desarmemens, de diriger les CONSTITUTION DE LA MARINE. 17 expeditions, et pendant la guerre et pendant la paix. La nomina- tion a tous les emplois, l’avancement a tous les grades, Televation a tous les honneurs , sont dans le seryice de la marine, comrae dans celui de la guerre , au rang des prerogatives de la couronne. Les reglemens par lesquels sont etablis les corps et les admi- nistrations de la marine , et les reglemens generaux sur l’ordre du seryice, sont examines dans le conseil prive du Prince puis rendus executoires sousle titre d ’ Ordonnances du roi, donnees en conseil (Orders in council ). D’ailleurs, ces Ordonnances ne peuvent etre mises en execution que signees par un ou plu- sieurs ministres responsables. Le Prince exerce son autorite sur la marine, par l’organe du grand amiral qui dirige la force navale, ainsi que les travaux nautiques executes a terre, et qui preside a la repression des «lelits coinmis sur la mer. Voyez liv. II, cli. 1. Au Prince appartient de conclure la paix et de declarer la guerre maritime. Par une teile declaration, non-seulement il autorise les nayires de l’etat a combattre les navires de la puissance ennemie, mais il peut accorder a des armateurs prive's, le di’oit de combattre et de capturer les nayires qui sont la propriete des sujets de cette puissance. Il fait plus, il met au rang de ses devoirs , d’autoriser des corsaires nationaux ä courir sur les batimens d’un peuple etranger, plusieurs jours avant que la guerre ait ete declaree. Ecoutons a ce sujet le ce- lebre Blackstone , regarde par les Anglais comme l’oracle de leur jurisprudence IV. Comme un retard dans les ope'rations de la guerre peut quelcpiefois porter prejudice aux individus qui out souffert par des de'predations , de la part des potentats etrangers , uos lois ont, k quelques e'gards , investi les sujets du pouvoir de contraindre la prerogative * Cd exaraen est ordiiiairemeut fait par un comite special du conseil prive'. Nous ferons counaitrc- les Ordonnances qui tiennent essenliellement a 1’orgauisation de la force navale. ** Comm. sur les lois ang , liv. I. Du droit despersonnes, ch, 7 . Prc'rog. du roi, § 4- III. 3 18 FORCENAVALE. royale , puisqu’elles ordonncnt aux ministres de la couronne de delivrer des leltres-de- marque et de represailles, d’apres une demande düment faitc. La pre'rogalive d’accorder ces lettres a beaucoup de rapport avec cclle de faire la guerre : eile en de'rive e'videmment j ce n’est eu eflfet qu’un e'tat d’hostilite incomplet, qui ge'ne'ralement finit par une declaration formelle de guerre. Ces lettrespeuvent elre accordees conformement ä la loi des nations ¥ , cbaque föis que les sujets d’tm e'tat sont opprime's ou injuries par ceux d’un autre , et que la justice est refusee par le gouvernement auquel appartient l’oppresseur. Dans ce cas, les lettres de marque et de repre'sailles ( mots synonymes en eux-memes et signifiant une revanclie ) peuvent etre obtenues, afin de saisir le corps ou les biens des sujets de l’etat agresseur, partout oü ils sont trouve's : jusqu’ä ce que satisfaction soit faite. En effet, cet usage de represailles semble dicte par la nature elle-meme ; c’est pour cela quenous en trouvons des exemples tres-remarquables dans les lemps les plus recule's. Mais il y a ne'cessite evidente de s’cn rapporter au pouvoir souverain, pour de'terminer en quel cas on doit uscr de repre'sailles, autrement chaque particulier offense' serait juge dans sa propre cause. En conse'quence de ce principe , il est declare parmi nous , par le Statut If. Henri V. C. 7, que si quelque sujet du royaume est opprime', en lemps de treve, par des Prangers quels qu’ils soient , le roi accordera des lettres de marque , en bonne forme , k tous ceux qui se sentiront lese's. Voici quelles sont alors les formalite's k suivre : la parlie Ie'see doit d’abord s’adresser au lord du sceau prive, lequel delivre des lettres de requetc sous le sceau prive': si apres cette requete, la partie requise ne fait pas , dans un temps convenable , satisfaction ou restitution ä la partie Iese'e, alors le chancelier delivre au plai- gnant des lettres de marque sous le grand sceau. En vertu de ces lettres, le plaignant peut attaquer et saisir la proprie'te de l’etat agresseur, sans risque d’etre condamne comme voleur ou pirate. Ce qu’il y a d’incroyable , c’est qu’ici le legiste s’appuie sur l’exemple des depredations exerce'es par les Grecs, au siede meine oü leur plus sage historien * ** reconnait qu’ils n’etaient encore que des pirates. Voyez , dit Blackstone, comment Nestor enlevait les bestiaux de la nation Epeienne, afin d’indemniser ses sujets et d’obtenir satisfaction ***. C’est donc par la legisla- tion du siede d’Clysse, que Blackstone veut motiver la legis- lation des prises maritimes. Cependant, si l’exemple eite * Il’est-il pas aflligcant de voir le sage Blackstone , pour justifier les coutumes de son gouvernement, assimiler k la loi des nations , l’acte arbilraire le plus oppose aux prin- sipes universels du droit des gens ? ** Voyez Thucydides , liv. I er . *** Note de la p. 2.5g , t. I, ch. 7 , dejk eite. 7'. edit. Oxford. CONSTITUTION DE LA MARINE. 19 peut faire autorite devant les oracles de la loi britannique, ce doit evidemment etre plus encore pour la guerre de lerre que pour la guerre de mer j puisque c’est sur les terres des Epeiens que le roi de Pylos teilte une irruption pour y faire, en temps de paix, les meines prises qu’au temps des hosdlites les corsaires font sur mer. J’appuie a dessein sur ce rapprochement, parce qu’il fait voir qu’il n’est pas plus barbare de proce'der a la guerre et surtout de la faire preceder par le pillage des campagnes, qu’il ne Fest d’y proceder et de la faire preceder par le pillage sur les mers : et voila pourquoi l exemple de Nestor parait louable a Blackstone. Examinons , maintenant, quel sens le gouvernement auglais donne a ce pretendu droit de commencer les captu res de la guerre, avant de l’avoir declaree. Laissons parier les faits. II nous suffira d’nn seul exemple, et nous n’irons pas le cher- cher dans des siecles de barbarie , ui meine dans le siede der- nier, ni parier des 3 oo navires de commerce enleves a la France au commencement de 1756, en pleine paix et pendant que le ministere anglais s’epuisait en vaines proteslations pour endor- mir Fimbecile ministere de Louis XV. Arrelons-nous ä la guerre la plus recente. Le 16 mai 1 8 o 3 , le roi d’Angleterre deliberant en conseil, ac- corde ä ses ministres le droit de delivrer des lettres de marque a tous les armateurs qui desirent courir sur des bätimens fran- cais, et met sur les navires hollandais et francais, dans les ports britanniques, un embargo general. Le 17 mai, l’Ordonnance du conseil est publiee dans la Gazette officielle. Le 18 , le cabinet de Saint-James fait paraitre un manifeste qui, loin de declarer la guerre, presente au contraire d’ostensibles de'sirs de conserver la paix. Enlin, le 23 , Fox parlait encore au sein du parlement pour engager le ministere a ne pas rompre les traites; et ce jour meine, des fregates anglaises, en croisiere sur nos cötes, y cap- 20 FORCE NAVALE. turaient nos navires marchands, et nous revelaient la guerre , en poursuivant conlre nous ces lucralives hostilites. Wous demanderons maintenant a tous les hommes de bonne foi, si les lettres de marque donnees au nom du roi d’Angle- tcrre n’ont ete delivrees (avant toute declaration de guerre ) qu’ä des armateurs ayant eprouve de la part des Francais, ou quelque injure personnelle , ou quelque tort individuel ?... Et, si cetait ä defaut de toute voie legale quon employait un sem- blable moyen de reparation, pour des torts imaginaires *? Certes, meine au siede d’ignorance , ou les barons d’Angle- terre oblinrent du roi Jean les garanties de la Grande Charte, ces nobles defenseurs des libertes nationales jugerent mieux * Pour repondre ä ces mesurcs priscs, en i8o3 , par le roi d’Angleterrc (sans de'clara— tion de guerre ), non-seulement le prcmier consul ordonna de saisir tous les navires anglais qui pourraient etre dans les ports de la Re'publique franjaise , mais il de’clara prisonniers tous les sujets britanniques voyageurs ou re'sidens sur le territoire fiancais. Les Anglais, accuse’s par le premier consul de faire la guerre en pirates, l’accuserenl a leur tour de la faire en barbare. Sans approuver ni blämer ces injures, conside'rons 1’ofFense et les represailles. Soyons jnstes : s’il est loisible de capturcr des navires marcliands et d’cn faire prisonniers les e'quipages, pourquoi le serait-il raoins de de'clarer prisonniers toute autrc classe de citoyens , et d’en capturer les proprie'tes? Pourquoi les voyageurspar mer seraient-ils mis bors de la loi des nations , sans que les voyageurs par terre y puissent etre mis au meine titre ?... Vainemcnt on re'pondra que les Anglais, apres avoir pris les navires, ne gardaient que le bätiment, la cargaison et les marins, mais renvoyaient les passagers. Qu’eut-on dit de Bonaparte, s’il eüt depouille les voyageurs anglais de leurs chevaux et de leurs conducteurs, de leurs equipages, et des biens qu’ils transportaient avec eux, en s’y prenant plusieurs jours avant la guerre, pour renvoyer , dans le de'nument, les malheureux maitres qu’il aurait cxpropries ? Eh bien! voilä ce que les Anglais faisaient sur les voyageurs franfais trouve's ä bord des bätimens marchands qui naviguaient dans la securite de la paix et sur la foi des traitds. En rappelant ces tristes commencemens d’une lutte qui devait pendanl douze anne'es cnsanglanter les deux mondes , loin de nous le coupable de'sir de rallumer des passions encore trop re'cemment eteintes. Mais profitons du calme de la paix , pour re’clamer en favcur de la loi commune des nations, autant de loyaute qu’on en trouve entre des hommes d’honncur, meme alors qu’ils devieunent ennemis irreconciliables. 21 CONSTITUTION DE LA MARINE, que nos contemporains , les droits des nations •, ils en firent la reconnaissance solenneile, en posant corame un article de leur loi fondamentale : que tous les marchands (sauf prohi~ bition anteneure j auvont un sauß~conduit pour entver en 11 - gleterre,y voyager,y traßquer , et en sortir librement, exceptk pendant la guerre. C’est donc par une violation de la Grande Charte, qu’en i8o3, sans declaration de guerre prealable , un embargo general fut inis sur les navires et les equipages fran- cais, dans tous les ports de lempire britannique. Car c etait, certes, empecher les marchands francais, sans prohibhion an - Urieure , de traßquer en Angleterre , et den sortir librement. Cette genereuse disposition envers les etrangers , ne pouvait echapper a l’auteur de FEsprit des Lois *. « La Grande Charte des Anglais, dit-il, defend de saisir et de confisquer en cas de guerre, les marchandises des negocians etrangers, ä moins que ce ne soit par represailles. II est beau que la nation anglaise ait fait de cela un des articles de sa liberte. » Si le Prince s’est ai’roge le droit de saisir arbitrairement les navires dune puissance encore amie, il s’est arroge par corn- pensation, le droit d’accorder a des navires d’une puissance ennemie, la faculte de faire le commerce et de naviguer en temps de guerre, sans que ces navires puissent etre captures ni par des corsaires, ni par des batimens de Fetat. On appelle licences les sauf-conduits delivres ä cet effet. En traitant de la Force commerciale nous examinerons la nature et les effets des licences accordees par l’autorite royale. * De FEsprit des Lois, liv. xx. Des lois dans le ropport qu’elles out avec I« commerce , considere dans sa nature et ses distinctions , cli. i 3. Des lois du commerce qui cxn- portent la confiscation des marchandises. d ^fnriip^v^ '«qm* v jytvt'W’' «'«q» .««*» FORCE NAVALE. CHAPITRE m. Rapports du parlement avec la force navale. Lois penales. T out ce qu’on a dit, en trailant de la Force mililaire, sur les recompenses nationales votees par le parlement, s’applique, sens exception , aux recompenses deceniees, par ce pouvoir supreme , aux marins qu’ont illustres de grandes actions. Dans tout le cours de cet ouvrage , on Terra l’autorite, la surveillance du parlement, eclaii’er, guider, stimuler les agens de la force navale. On verra jusqu ä quels details le legislateur a cru devoir descendre dans la llxation des bases de l’institution maritime , et quelles pai’ties de l’autorite regiementaire il acru devoir laisser ä la discretion du pouvoir executif. On compren- dra facilement l’esprit et les motifs des actes du parlement et du Prince, ä mesure que nous expliquerons les institutions ou les operations auxquelles ils se rapportent. Au contraire si nous reunissions ici tous ces actes, pour donner l’ide'e precise des limites que le legislateur impose a sa propre puissance , nous ne serions plus intelligibles que pour le pelit nombre d’hommes qui connaissent a la fois, et les operations de la marine, et les lormes compliquees du gouvernement britannique. Bornons-nous donc , maintenant, a faire connaxtre fesprit des lois qui, s’appliquant a tous les genres de Service maritime, n’exigent, sur aucun, des connaissances speciales; et ne deman- dent, pour elre appreciees , que les l'egles de la logique et les principes de l’equite : telles sont les lois l’epressives et les actes judiciaires qui forment la jurisprudence et le code penal de la mai’ine britannique. Le premier acte du parlement, qui servit de code criminel CONSTITUTION DE LA MARINE. a3 a la marine militaire de la Grande-Bretagne , parut sous Charles II*; cet acte et quelques autres qui en ont complete les me- sures, furent ameliores et reunis en un seul qui date de 1749 **, et qui n’a suhi depuis lors que des modifications secondaires : celui-ci definit ayec precision la nature des delits et le maxi- mum des peines ; tandis que pour l’armee de terre, les peines et les delits qui ne sont pas capitaux, sont definis par une simple ordonnance que le Prince peut changer chaque anne'e. Des tribunaux temporaires appeles cours martiales, pronon- cent, sans appel, sur les crimes et les delits preyus par la loi penale qui regit la marine militaire. Cette loi distingue quatre especes de crimes ou delits. Les pre- miers punissables par la rnort, sans commutation ; les seconds par la inort ou par une moindre peine, a la discretion du tribu- nal; les troisiem.es par un cliatiment non Capital, a la discretion du tribunal; les quatriem.es par la degradation du condamne. Plusieurs des grands jurisconsultes d’Angleterre se sont ele- ves contre le pouvoir qu ont les cours martiales de condamner un militaire a rnort, pendant la paix aussi bien que pendant la guerre. « Si un lieutenant ou tout autre ayant Commission de la loi martiale, dit sir Edward Coke, met a rnort un komme, en alleguant cette loi, il comnaet un meurtre 5 car il viole la Grande Charte: 3 . Inst. 52 . » Haies, celebre legiste, partageait la meine opinion. Cependant il faut remarquer qu a l’epoque ou ces deux jurisconsultes ecrivaient, ce qu on appelait la loi martiale, ne reposait que sur des Ordonnances du Prince, tandis quelle est aujourd’hui transformee en acte regulier du parlement. Mais l’observation de ces sages magistrats n’en conserye pas moins toute sa force, contre rinconvenient et le danger de juger ( en temps de paix) des militaires, d’apres d’autres lois que celles ■ )< i3'. Statut. cL. 9 . ** ?i . Geo. II. cli. 33, ^ FORCE NAVALE. qui sufllsent au chatiment des crimes commis par les simples citoycns. Voici quel cst , d’apres les lois martiales, le nombre des cas puuissablcs de mort-: Sans commutatton; armee kavale g , Armee de terre 2. Avec comrmtlalion; » n , » 17. Quelque grand que soit pour l’armee navale, le nombre des cas punissables de mort sans commutation, il etait plus conside- rable encore, d’apres le Statut de George II. On regarde comme une amelioration importante d’ayoir diminue ce nombre. Autrefois, le Prince ne pouvait pas mitiger la sentence d’une cour martiale maritime , meme pour commuer la peine de mort, ä moins qu’une recommandation a cet effet ne fut ex- primee dansla sentence. Mais, depuis quelques annees , le par- lement a mis au rang des prerogatives royales, le droit de remettre en tout ou en partie les peines prononcees en vertu de la loi martiale *. Le roi peut meme ( s’il juge une sentence trop peu equitable ), prescrire ä la cour qui l’a rendue, de sieger de nouveau et de reviser son 3ugement : « Certes , dit Blackstone avec une noble eloquence , un des grands avantages de la monarebie, sur toute autre forme de gouvernement, c’est d’etre regie ]tar un magistrat suprenxe qui jouisse du pouvoir d’etendre sa misericorde [inercy] partout ou. il la croit meritee; pai- un magistrat qui tienne en son cceur une cour d’äquitä, pour adoucir la rigueur de la loi generale, dans les cas qui me- ritent l’exemption du chatiment » Aucun delit ne peut etre poursuivi par les cours de l’a- miraute, plus d’un an apres le retour dans les ports de la Grande-Bretagne , du navire qui porte le delinquant, ni plus de trois ans apres l’epoque ou le delit fut commis. * St. 37. Geo. III. ch. 14. * ¥ Commentaries, liv. iv, ch. 3 i , § 2. CONSTITUTION DE LA MAU INE. 2 5 Parloul oü la loi nayalc ne statue pas la peine de mort, ou la confiscaliou, ou la degradation incommutable, eile laisse le chatiment a la discretion de la cour martiale : pourvu que ce chatiment, si c’est la reclusion , n’excede pas deux annees *. (Fest ä coup sür un vice Capital dans une loi,. que de laisser une aussigrande latitude ä desjuges mililaires. Cependant, ilne faut pas croire qu il n’y ait ni regles, niprincipes, pour guider les cours martiales dans Fattribution des peines infligees pour chaque espece de delit. Ces regles et ces priucipes, tires de la loi commune ( common law ) et de la jurisprudence anglaise , for- ment un code traditionnel qui sert de guide aux cours martiales : on peut voir dans l’ouvrage de MacarlUur sur la legis - lation et la jurisprudence des cours martiales, navales et mililaires , la collection raisonnee des principes , des usages et des exemples propres a servjr de Lases ä cet egard. La loi navale confie a FAmiraute la convocation immediate des cours martiales maritimes, et la dele'gation des pouvoirs necessaires pour convoquer ces cours j eile fixe le nombre des membres dont ces tribunaux doivent etre composes. Lorsqu’on instruit un proces, le juge-avocat (procureur du x’oi) transmet au pre'venu, non-seulement l’acte d’accusation, mais la liste des temoins qu on se propose de produire contre lui, tandis qu’il recoit en ecbange la liste des temoins que l’accuse veut appeler pour sa decbarge. Cette mesure fait bon- neur a la jurisprudence britannique. Aussitöt qu une cour martiale est instituee , le president nomme un marecbal-prevdt, cliarge de la garde des accuses pen- dant le temps du proces et jusqu a l execution de la sentence. Excepte dans les cas urgens de rebellion, aucune sentence * En traitant de la discipline , au livre de la Force morale divers chätimens en usnge dans la marine anglaise. nous ferons conualire les 4 2 Ö FORCE N AVA LE. de mort n’est execute'e avant d’avoir ete transmise aux Lords de l’Amiraute, et renvoyee, par eux, avec un exequatur. II importe de bien connaitre la juridiction exercee, par les tribunaux civils,sur les tribunaux mililaires maritimes. Dans un pays libre, les premiers sont toujours les plus puissans : un seul lait suffira pour montrer leur preponderance en Angleterre. En 1743 , un lieutenant de vaisseau refuse d’amener a bord un prisonnier, a moins d’en recevoir l’ordre ecrit du capitaine. Juge sous un faux prelexte de desobeissance, le lieutenant est condamne a quinze annees d’emprisonnement et ä la degrada- tion : le roi fait grace. Bientöt, l’accuse traduit, devant les juges civils , le president de la cour martiale qui l’avait condamne : il obtient en dedommagement 1,000 1. st., et le tribunal lui declare qu il peut de meme mettre en cause tous les membres de cette cour. Il les poursuit judiciairement. On arrete deux de ces membres, ä leur sortie d’une autre cour martiale tenue ä Deptford; cette cour reclame a 1 ’amiraute, l’amiraute au roi. Le lord chef de la justice en est informe, ordonne sui’-le-champ d’empi’isonner cliacun des membres de la cour martiale de Deptford, et fait solennellement consigner dans les archives publiques ( Remembrctnce office ), cet acte du pouvoir civil: pour informer les äges präsent etfutur, dit ce Her magistrat, que quiconque se mettra en Opposition avec les lois, ou se croira au-dessus de la loi, sera decu dans sa coupäble espdrance *. Considerons, enfin, les cours martiales maritimes dans la limitation et l’extension de leurs pouvoirs , relativement aux diverses classes de personnes. Exceptions . Une exception bien remarquable, et qui semble directement contraire aux principes de la Constitution britan- nique , c’est qu un pair d’Angleterre peut etre juge par une cour * MncarthutS On naval nncl mililarj courls marlial , t. I , p. 270. CONSTITUTION DE LA MARINE. 27 martiale maritime. Aussi, le bill qui doune a l’amiraute ce pouvoir extraordinaire , ne passa-t-il a la chambre haute, qu ä la majorite de deux voix seulement ; et malgre la protestation formelle de dix-sept pairs *. Les batimens de transport n’e- tant pas des batimens de guerre, les delits qui s’y commettent ne sont point justiciables par la loi penale militaire. Tout marin ä la demi-solde, officier ou non, n’etant plus en Service effectif, est hors de la juridiction des cours martiales. Assimilations. Chaque annee le parlement, par un acte special, declare que le mutiny act et les Articles de guerre , decretespour Farmee de terre, regiront pareillement les troupes de marine , lorsque ces troupes seront ä terre. II s’est eleve de violentes discussions sur la maniere de juger les troupes de terre embarquees. Les militaires pretendaient n’etre juges que par des eonrs martiales de terre , tandis que les marins pretendaient les soumettre aujugement des cours maritimes. En 1795, le duc d’York, Commandeur en chef des forces britanniques, üt paraitre un regle ment pour enlever aux cours maritimes, le jugement de ces troupes. Les offi— ciei’s de marine reclamerent avec energie, et protesterent contre un tel regiement, qui, disaient-ils, emane du Commandeur des forces de terre, ne pouvait avoir aucune autorite sur la flotte, ni violer un acte du parlement : afin d’obvier aux dif— ficultes, Famiraute fit debarquer les troupes de terre, et les remplaca par des troupes de marine. Cependant, pour faire ä Farmee navale une concession qu’exi- geait Finteret de 1 etat, on insera dans les Articles de guerre de 1812,la mesure suivante : « Toutetroupe de terre, embarquee surun baliment en Commission, doit se conformer strictement aux lois et reglemens etablis pour le gouvernemeut et la discipline * Journal of ilie House of Lords, ißgo. 28 FORCE NAVALE. des navires; et doit, quant aux l’egles necessaires du Service, ä bord, se considerer comme etant sous le comm andement du plus ancien officier du navire, et de 1’officier commandant la flotte dont ce navire fait partie. » Telle est, depuis long-temps, l’independance etla Suprematie des ofüciers de marine sur leurs vaisseaux, qu’on voit la cham- bre des pairs, en 1699, censurer un amiral pour avoir admis des officiers de terre embarques, dans le conseil de guerre oü Fon agitait la question de savoir s’il fallait ou non livrer une ba- laille navale *. 11 y a vingt ans, 011 vit naxtre des discussions semblables ä celles dont nous venons de parier, entre le departement de l’ordonnance et l’amiraute, au sujet des artilleurs embarques sur des bombardes **. Pour mettre un terme a ces disputes, l’amiraute a cree quatre compagnies d’artillerie de marine, alin de remjjlacer les artilleurs de terre qu’on embarquait au- paravant sur les brulots et les bombardes. * Journal of the House of Lords. An. 1699, t. XVI, p. 420. ** A ce sujet je dois | citer comme un modele les remontrances adressees par Nelson , k l’ltn des lords de l’amirautc : « On veut cncore violcr l’acle du parlement sur la discipline des vaisseaux ; mais je l’espere on n’y parviendra jamais : si l’on j parvenait , adieu notre supc'riorite maritime. Mais si la troupe , dira-t-on , ne doit pas commander la marine , la marine aussi ne doit pas commander la troupe, h bord des vaisseaux. Laissez une fois les officiers de terre gagner ce premier point, d’etre inde'pendans ä notre bord , et bientöt ils auront gagne cet autre , de nous y donner des ordres. Quand les soldats se conduiront mal , dira-t-on encore,ils seront juges ä terre par une cour martiale. —Et quand cela se pourrait, de quels membres serait composee cette cour? — En grande partie de subalternes qui, malgre toute l’improprie'te de la conduite des delinquans, jugeraient qu’ils se sont conduits tres-conveua- blemcnt envers nous bnttes de la mer. Mais , gräce a Dieu , eher amiral, le roi lui-meme ne peut pas annulcr un acte du parlement. Quoique ma carrieresoil ä peu pres parcourue, ce serait empoisonner mes jours a venir et les momens de ma mort, d’entendre dire que notre marine est sacrifiee aux forces de terre. Je conjois facilemeut les tentatives de l’armcc, dans ce moment oü eile se croit d’une grande importance (1804): l’amiraulepourrait egarcr ceu.v qui ne savent pas epiun acte du parlement peut seid annuler un acte du parlement: » CONSTITUTION DE LA MARINE. 2 9 CHAPITRE IV. Enquetes navales : Accuscitions et jugemens Parlementaires. Ijorsqüe le parlement a lieu de supposer qu’une des branclies de l’administration , confiee au pouvoir executif, recele des abus, des fraudes, des mal versa tions, il cree par un Rill special des commissions temporaires chargees d’informer contre ces vices ou ces fautes d’administration, et d’y remedier. Sur le compte rendu par de telles commissions, le parlement avise aux moyens de reparer ou de prevenir les desordres consommes ou pres de Fetre. II examine en meine temps , s’il y a lieu de mettre les delinquans en eiai cl’accusaiiou, et de les poursuivre devant les tribunaux ordinaires , ou devant le parlement meine, constitue en haute cour de justice : ce dernier mode d’accusa- tion est ce qu’on appelle un Impeachment. (Test ainsi qu’en 1802 , un acte du parlement cree une Commission de cinq membres eh arges de presenter au roi et aux cbambres, sur cbaque oflicc * dela marine, un rapport special signe d’au moins trois d’entreeux, et faisant connaitre : i°. les irregularites, les fraudes, les abus qu ils parviendront a decou- vrir et constater ; 2 0 . leurs observations, leurs vues et leurs plans , pour abolir , ou corriger et ameliorer les divers offices. A cet effet, les commissaires peuvent s assembler autant de fois, en tel temps , et en tel lieu des trois royaumes que bori leur semblera. Ils peuvent demander aux particulicrs coinmo au gouvernement , les registres, les pieces de toute espece , re- ♦ Le mot office est consacre par le gouvernement ariglais, ä de'signer mie odministratiou specialc : par consc'quent im bitreau n’ost que la partie ecriyantc d’un ojjice. FORCE NAVALE. latives ä des transaclions , a des contrats passes enlre la marine et les particuliers. Enfin, tout habitant de l’empire britan- nique est amenable devant la Commission, en recevant une indemnile fixee par eile *. II doit repondre , sous serment, a tous les interrogatoires. Un faux temoignage serait puni des peines reservees au par jure yolontaire et venal ( wilful and corrupt perjurj). _ Siquelqu’un rel’use de comparaitre ou de preter serment ou de fournir des documens, des pieces et des explications necessaires a l’enquete, il estjete dans les prisons, sans pouvoir etre elargi, meine sous caution, jusqu’a ce qu’il satisfasse aux demandes legales des commissaires. Cependant, par une re- serve bien honorable pour la legislation anglaise, personne ne peut etre force de repondre a des questions, ni de produire un compte, une piece qui lui appartiennent, lorsqrifi la reponse ou la production des pieces tendrait a s’accuser soi-meme, et a s’exposer ä quelque peine afflictive. Les commissaires pretent, entre les mains du cbancelier de lechiquier et du garde des arcbives ( master of the rolls) , le serment d’user fidelement, impartialement et sincerement des pouvoirs dont ils sont inyestis. S’il vient a vaquer une place dans la Commission d’enquete, le roi peut la remplir, mais par une personne qui ne soit pas de la chambre des communes. La duree des pouvoirs de la Commission fut ßxe'e a deux ans. Neanmoins le parlement se resei’vait de modifier l’acte dont nous faisons connaitre les principales dispositions, et den pro- longer ou d’en diminuer la dux’ee s’il le jugeait convenable. Suivons cet acte dans son execution, et montrons les beureux resultats quil a produits pour la marine anglaise. Les commis- * L’acte de 1802 , assigne ä la commission 2,000 1 . st. ( 5 o,ooo f.), pour )e salaire des clercs , et les inderanites qu’il sera necessaire d’accorder afm de poursuivre les enquetcs. ** Excepte les quakers , crus en justice sur leur simple adirmation. CONSTITUTION DE LA MARINE. 3 l saires de l’enquete navale procederent avec le plus grand zele a l’accomplissement des penibles devoirs qui leur etaient im- poses. En moins de trois annees, ils presenterent douze rap- ports extremement etendus. Les neuf premiers ne parurent pas exciter dans le public une Sensation extraordinaire 5 mais le dixieme souleva l’indignation de toutes les classes de citoyens: ce rapport devoilait des abus graves, comniis dans les bureaux du tresorier de la marine. Le iS fevrier 1806, le dixieme rapport de l’cnquele navale est presente, par les com- missaires,- ä la chambre des communes. Le 8 avril, M. Wbitbrcad propose de mettre cn jugement lord Melville et les principaux agens du tresor de la marine. Le io avril, apres beaucoup de debats , cette questiou est mise aux voix , et presente le meme noxnbre de votes pour et contre : Alors lepräsident des communes, considerant que Vintdret public reclame Vcxanicn de la, coneluitc des ministres, dcins tous les ccis ou il nj cl meine qiiun simple doute sur leurs prevarications, se declare pour la mise en accusation, etdonne son vote decisif (Casting vote ). On reproduit d’abord les resolntions de 1782 , qui constataient : 1". la ne'cessite de prendre de nouvelles mesures pour diminner les fonds habituellement remis entre les inaius du tresorier, et remplacer les bonnes mains ou fees par des salaires fixes j 2 0 . la ne'cessite de defendre au tresorier de la marine , d’employer les deniers de l’e'tat ä des inle'rets prive's. C’est d’apres ces resolutions qu’on avait fixe les appointemens du tresorier de la marine , ä 4,ooo 1 . st. par an , en remplacement de toute espece de bonnes mains. Le premier tresorier de la marine qui dut executer ces reglemens s y conforma strictement. Mais d’apres le rapport soumis ä la chambre des communes, il parut que M. Dundas (lord Melville) ayant exerce sans interruption cette fonction depuisle i er . janvier X 784 jusqu’au I er . janyier 1800, pendant presque tout ce temps, une partie considerable des fonds de la marine avait ete employee ä l’escompte de billets prives, a 1 aebat d’aetions de la Compagnie des Indes, ou de la Ban- FORCE NAVALE. que, etc., pour des interets et des benefices e'trangers ä lelat. En consequence, la chambre des communes declara que lord Melville s’etait rendu coupable d’une grande violation de la loi, et d’une infraction capitale de son devoir (high brecich of dutj). Deux jours apres, les meines resolutions etant lues a la cliambre, eile decide ä Yunanimitd: i°. qu’une liumble adresse sera pre'sente'e ä S. M. pour qu’il lui plaise, gracieuseinenl , que lord vicomte Melville soit eloigne de tous les Offices qu’il occupait sous le bon plaisir du roi \ ainsi que de ses conseils et de sa presence , pour toujours y 2°. que cette adresse sera pre'sentee ä S, M. par toute la chambre ; 3 °. que les membres de la chambre qui sont du conseil prive, consulteront le bon plaisir de S. M. sur l’epoque et le moment de la presentation. Desle lendemain, le roi fait savoir qu’il admettra la chambre ce jour meine. 11 repond en personne a la depntation : « Je rc- cevrai toujours avec la plus grande attention, les vceux et les representations de mes communes : je sens pleinement l’impoi- tance du sujet de vos deliberations. « L’aj ournement des fetes de Paques suspend les seances, du ii au 24• Desle 25 , les petitions des comtes, des villes et des bourgs arrivent a la cliambre des communes , pour lui te- moigner la reconnaissance publique, et les vceux, et battente de tous les bons citoyens, au sujet d’une cause sur laquelle la Grande-Bretagne toute entiere a fixe son attention. « Wous vous felicitons, disaient les petitionnaires de Soutliwark, nous vous felicitons au sujet du resultat si glorieux pour le caractere du parlement, qu’ont eu vos clebats, sur les malversalions re- velees par le dixieme rapport cle l’enquete navale. Poursuivez cette conduite vertueuse cpii a repandu dans toute la patrie la satisfaction la plus eclatante ! Nous implorons la chambre pour qu’elle atterre le crime, quels qu’en soient les protecteurs 5 et pour qu’elle sauve de la rapacite , de la fraude et du peculat, un CONSTITUTION DE LA MARINE. 33 peuple qui contribue avec tant cle joie et de bonheur, aux besoins reels de Fe Lat 5 uu peuple qui jamais ne murmure, s’ilne voit son caractere genereux, abuse et trompe. » — « Eh quoil disaient les petitionnaires de la eite de Londres, nous avons fait con- stamment tous les sacrifices exiges pour le bien et le Salut de Fempire \ nous avons porte avec allegresse des ebarges qu’au- cun peuple na vait portes encore, dans Fespoir que les ressour- ces de la nation seraient fidelement administrees; et voilä que des sommes immenses sont detournees de leur usage legitime! eiles sont detournees de Futilite publique, en faveur d’interets prives ! Et pour aggraver Foffense, ces bonteuses transactions ont lieu dans un temps dune penurie Sans exemple, alors que l’existence meme de la patrie est compromise, alors que le fonctionnaire abusant ainsi de la confiance publique et vio- lant la loi, jouit d’emplois multiplies, eminens et lucratifs 5 alors meme que cet bomme s’avance toujours aux premiers rangs, pour accroitre les fardeaux que le peuple Supporte, et Fassujettir aux privations les plus dures et les plus douloureuses! Pe'netres d’admiralion pour l’integrite, l’energie, la vertu de la chambre, nous partageons les sentimens et la reconnaissance dont les citoyens de tous les rangs sont animes, et que Font naitre la prudence, le zele et la lidelite, deployes par les com- munes en remplissant leur plus sacre devoir. « Nous regarclons la chambre cles communes , commele sanctuaire des gardiens des hbertds et de la propriete du peuple. » Le jour meine ou ces petitions etaient presentees, des plaintes sont faites a la chambre, qu’un journaliste vient d’imprimer sur le proces intente par eile, des reflexions injurieuses et qui violent les privileges du corps legislatif. Ordre au folli- culaire de comparaitre des le lendemain. II comparaxt, avoue son article , est a l’unanimite declare coupable d une haute in- fraction des privileges de la chambre. Ordre au sergent d’armes III. 5 34 FORCE NAVALE. des communes, de saisir le libelliste et de le tenir sous sa garde. Enfm le folliculaire, au bout de huit jours d’emprisonnement, mande a la barrc et reprimande, obtint sa grace de la chambre, apres quelle eut recu de lui les plus humbles excuses. Tel est le respect et la force dont la loi couvre et munit le legislatcur d’un pays libre. Cependant, des le 25 avril, la cbambre des communes pro- cede au cboix d’un comite de yingt-un nlembres, alln d’exa- miner le 1 o e . rapport de l’enquete navale , et les mesures qu il Conv'ient d’adopter pour commencer et suivre l’accusation : parcourons tous les actes de cette grande procedure. i 8 o 5 . Avril. 29. Ordre a rattorney ge'ne'ral de proce'der iudiciairement au recouvrement des sommes que lord Melville et son agent Alex. Trottcr, peuveut devoir au tresor public. Mai . 3 . Le chancelicr de l’echiquier pre'sente un bill pour prorogcr jusqu’ala ßn de la sessiou de 1806, lespouvoirs des commissaires de l’enquete navale. Yote solcnnel d aclions de gräces, en bonneur de ces commissaires, pour de'clarer qu’ils onl deplopä une activite , wie habile te , wie energie egalement grandes ; el que leur conduite , dans l’exicution des devoirspenibles qui leur sont conjies , leur donne un liire ä Vapprobalion ei aux encouragemens les plus ardens de la chambre. Mai. 6. Les communes dcmandent aux lords la penhission de faire comparaitre le lord Melville , pair , devant le comite d’instruction du proces. i 3 . D’aprcs un considerant tres- remarquablc , sur les droits et les privileges de la pairie , concilie's avec l’interet public ct le devoir des communes , les lords permettent au vicomte Melville de se soumettre ä l’intcrrogatoirc d’un comite des communes. 16. Ce comite presente k la cbambre , un comptc e'crit de l’examen du to e . rapport del’enquele navale. 23 . Les communes procedent par l’organe d’un comite' spe'cial ä l’examen du i i c . rapport de l’enquete navale. On suit a cet e'gard les memes formalite’s que pour le io e . ; mais la partie relative aux de’penses sc- cretes, est examinee par un comite secret compose de sept membres , la plupart ministres. Juin. n. Lord Melville admis sur sa demande , ä la se'ance des communes , fait on- tendre ses motifs de justification. 12. Resolu par la chambre que l’attorney ge'ne'ral le poursuivra par la voie civile, pour les delits que, d’apres les rapports de l’enquete navale, il semble avoir commis. a. 5 . Ordre de le poursuivrc criminellement (bj~ -waj of impeach- ment) et non plus par la voie civile. — Resolu que lord Melville soit accuse criminellement par-devant les pairs ( impeached) pour hauts crimes et mefaits ( high crimes and misdemeanors ). — Resolu que M. Whitbread , l’accusateur primitif, aille ä la chambre des pairs declarer l’accusation de ce lord. M. Whitbread ä la barre de la chambre des pairs : « Milords, CONSTITUTION DE LA MARINE. 35 au nom de la chambre des comniunes, et de toutes les com- munes de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, j’accuse lord vicomte Melville de hauts mefaits 5 et je vous informe qu en temps et lieu la chambre des communes produira contre lui ses charges , afin den prouver la validite. » Juiti. 26. Comite des communes choisi pour dresser les articles d’accusation : pouvoirs donne's ä ce comite de poursuivre l’accusation, nonobstant tout ajoumement de la chambre. Juillet. 4. Acte d’accusation de lord Melville, presente par ce comite. 5 . Proposition d’un bill d ’indemnile {of indemnily) pour mettre les employes de lord Melville qui seraient ap- pele's a deposer contre lui, al’abri de toutes vengeances ultericures. 8. Examen des articles de l’acte d’accusation. 9. Ordre ä M. Whitbread de porter l’acte aux lords. 10. Proposition d’un bill ordonnant que la proeddure , en ce qui depend des communes , continuera nonobstant touteprorogalion ou dissolution duparlement. 12. Prorogation du parlement. 1806. Janvier. 21. Ouvertüre de la nouvelle Session. 22. Ordre au comite d’accusation de poursuivre ses ope'rations. 24. Re'ponse de lord Melville aux charges de l’acte d’accusation , adressee par les pairs ä la chambre des communes. 11 proteste de son innoccnce sur tous les articles, ct demande decharge de son accusation : renvoye par les communes , au comite institue pour suivre le proces. Ferner. 12. Le bill d ’indemnite des te'moins , propose dans la derniere Session, passe a la chambre des communes. Les membres du comite continuent de rechercher toutes les preuves qui peuvent etre utiles ä l’accusation. Ils dressent de nouveaux articles k mesure que de nouveaux faits, ä cliarge du pre'venu , leur semblent suffisamment appuyes: ces articles soumis ä la chambre des communes, modifies s’il y a lieu , puis approuves , sont aussitot transmis ä la chambre des pairs. Mars. 25 . Les pairs annoncent aux communes qu’ils ont de'signe le 2g avril suivant , pour l’ouverture du proces. Les communes procedent ä la nomination des directeurs de l’accusation. Elles placent deux hommes de loi ( sollicitors ) aupres du comite' d’accusation. 26. Resolu , qu’elles assisteront, en comite gene'ral, au proces de lord Melville. Les preparatifs acheves, les temoins clesignes et cites , le proces s’ouyre, enfin, ayec toute la solennite consacree ä ces graves circonstances. La salle de Westmiuster , reservee pour l’inauguration des rois , etait seule assez vaste pour contenir les juges , les temoius et les spectateurs. U11 tröne yacant etait Vembleme de la majeste royale dont l’impassible puissance presidait, invisible, dans ce grand proces du peuple contre un des ministres de la couronne. Les memlires des communes 36 FORCE N AVA LE. viennent en ordre , suivant les rangs des comtes qu ils represeu- tent• ils se rangent äla droite du Lrdne. Au-dessous de la harre, un vaste espace est rempli par lelite des citoyens. Les pairesses par droit liereditaire , les veuves, les femmes et les lilles des pairs, occupent des trihunes speciales. Enlin, precedes par leurs plus jeunes /ils, par leurs fds aines, par les douze grands juges du royauine, les pairs, revetus de la toge senatoriale, arrivent et se placent suivant les rangs de leur hierarchie. Les accusateurs (nommes d’oflice par les communes) sont a la harre du trihunal \ l’accuse et ses defenseurs sont au has du siege occupe par le cliancelier. C’est aux pairs et non pas au chancclier que les uns et les autres devront adresser la parole. Au nom du roi, sous peine d’emprisonnement, le silence est commande dans l’assemblee. Alors , commence l’audition juridique de la cause. Quinze seances consecntivcs y sont consa- crees. En/in, le 17 inai, la chamhre des pairs, jugeant l’affaire suffisamment eclairee , interrompt ses audiences puhliques, et se dispose ä passer aux opinions, en comite secret. Mai. a3. Les communes ayant decide qu eile rendraient des actions de graces aux directeurs de Faccusation de lord Melville, Forateur de la chamhre annonce qiFil va remplir ce devoir. Aussitöt les directeurs selevent, et restant decouverts, ils ecou- tent avec le reste de l’assemblee, dans un pro Fond silence , ce discours remarquable par la dignite des pensees. « Messieurs, d’apres les resultats d’enquetes importantes et graves , faites sur l’administralion des depenses puhliques, la chamhre resolut d’exercer la plus solenneile de toutes ses fonc- tions , en recourant ä son pouvoir supreme pour livrer a la justice, les mefaits des plus hauts serviteurs de la couronne , et pour venger par la voie la plus efücace, tous les envahissemens consommes ou seulement tentes contre les lihertes du peuple. » C’est ä vous, Messieurs, que fut deleguee la direction et CONSTITUTION DE LA MARINE. '67 Fexercice de ce pouvoir, pour demeler, ordonner et preparer les preuves de delits qui semblaient inextricables; et pour rendre valide une accusation de grands crimes , intentee contre un noble personnage, dont la Situation elevee et brillante, rendait les aclions, ou vertueuses, ou criminelles, dun exemple egale- ment puissant sur tous les depositaires des deniers de 1 etat. » Nous avons vu avec une satisfaction speciale, Finstruction et les debats du proces poursuivis ayec une activile exem- plaire, et conduits a leur terme, avec une rapidite qui a retire les accusations parlementaires de l’abjection ob elles etaient presque tombees. Oui, Messieurs, vous les avez rendues ä leur force premiere , ä leur premier honneur. Nous avons admire comme temoins, et la rare sagacite avec laquelle vous avez recherche , suivi, etabli toutes les preuves; et cetle genereuse hardiesse , si ptopro au caractere , a la dignite des communes, avec laquelle vous avez soutenu Faccusation : enfin, ce develop- pement energique d’argumens et de savante e'loquence, qui ont repandu la lumiere du jour sur des transactions tenebreuses , secretes et criminelles. L’issue du proces est maintenant ehtre les mains des lords ; l’acquittement ou la condamnation du prevenu depend dun tribunal qui nous assure, autant que peu- vent Fassurer des institutions liumaines , les plus belles espe- rances d'une justice finale. Mais, quelle que soit cette issue , votre part est accomplie. En remplissant votre clevoir, vous avez satisfait l’attente des communes. Vous avez obtenulaplus haute recompense qu elles puissent decerner ; et je dois maintenant vous faire connaitre leur resolution , la voici : » Seance du a3 mai, an 4G de Georges III, hesolu : que les actions de graces de cetle charnbre , soient rendues aux membres quellea nonimes directeurs du proces intente contre Henri, lord vicomte Mehüle, pour leur fidele conduite dans Vaccomplisscment des devoirs qui leur ont eie confids. » 38 FORCE N AVA LE. Ne-croit-on pas lorsqu’on entencl de tels discours, ecouter les oracles de cet Areopage que Minerve presidait? Et lorsqu’une chambre remplit ainsi le devoir le plus redoutable aux ministres, peut-on dire quelle est en tout,et toujours, vendue auministere? Remarquons ici la sagesse des usages du parlement britan- nique. La chambre des communes, justement satisfaite de ses fondes de pouvoirs, et voulant leur temoigner sa reconnaissance, a de'vance l’issue de la cause. Elle a saisi l’instant des deliberations secretes qui suiyent les debats et precedent le jugement, pour donner un suffrage impartial en faveur des magistrats accusa- teurs, suffrage qui doit elre toujours independant de la sentence portee sur l’accuse ; suffrage, enfin, qui dans ce moment meine a d’aulant plus de prix, que l’opinion sur l’issue du proces n’est pas encore legalement fixee. Le devoir de la cliambre des communes n’est pas d’etre infaillible dans les accusations qu’elle intentej mais de ne decouvrir ni delit politique , ni seulement l’apparence d’un delit politique, Sans livrer cette apparence ou cette realite, au plus severe examen des consei’vateurs et des vengeurs de la Constitution. Aussi, l’acquittement d’un accuse n’dte rien au respect, a la reconnaissance que le peuple doit eprouver pour la chambre des communes et pour les promo- teurs de l’accusation. C’est ce qu on vit arriver lorsque l’acquit- tement de lord Melville eut ete prononce par les pairs. II parait que lord Melville, comme la plupart des ministi’es anglais, etait personnellement pur de tout peculat j mais il etait certainement coupable d’une negligence pernicieuse pour les interets publics, et d’une facilite reprehensible, en laissant ses employes tirer des deniers de l’etat un lucre defendu par la loi. Neanmoins, il fut completement absous 5 parce que les Lords formant un tribunal aristocratique, penchent toujours pour la douceur et l’indulgence envers des coupaliles qu’ils comp- tent dans leurs propres rangs , ou qu’ils doiyent un jour y rece- CONSTITUTION DE LA MARINE. £9 voir. C’est la meine indulgence que les patriciens de Rome avaient pour tous les delits, pour tous les crimes tVun grand magistrat qui nattaquait pas le patriciat meine. Cependant , peut-on penser que lord Melville, dans le cas pris Lei pour exemple, ait en tout evite son juste chatiment? Les des- ordres de son administration exposes aux regards de tout un peuple •, la perte du poste important de premier lord de Fami- raute ; la honte de subir un jugement ou Felite des citoyens siegeait en silence ayec les pairs, et prononcait tout bas plus se- verement qu’eux, contre l’accuse, Firrevocable sentence de l’opi- nion publique: enfin, pour un grand fonctionnaire qui ne trouve de digne recompense ä ses travaux, a son ambition, que dans Festime universelle, cette indignation nationale excitee contre lui par la publicite de l’accnsation, n’est-ce pas un chatiment assez severe, inflige pour des delits qni, certes, semblcnt legers, si nous les comparonsaux dilapidations exercees par les ministres des gouvernemens despotiques?.Lord Melville est dechu de ses emplois et traine comme un criminel, devant le tribunal su- preme de la nation, pour avoir laisse ses commis jouir de Yinteret de quelques millions de francs; et Mazarin, sous Louis XIV, apres une longue existence passee dans la fraude et le peculat, meurt en paix, en laissant un heritage de 20 millions de francs. Neanmoins, le despotisme est pour les ministres , ainsi que pour le monarque, le regime le moins sur et le moins fortune. Un favori peut s’engraisser quelque temps de la depouille des sujets et desbiens de son prince 5 il peut tout ä coup sortir de la pauvrete, pour eclipser jusquau faste des rois, et regnerdansl’in- solence. Mais ä l’instant ou le peuple indigne, les grands irrites, le tröne humilie, forcent le maitre ä deployer son orgueil et sa vengeance, il reprend contre ses favoris memes, tout l’arbitraire qu il leur avait confie : l’exil a vie, la prison eternelle, la spo- liation, et 1 assassinat ou militaire, ou populaire, ou judiciairc, FORCE NAVALE. 4o voila le sort que le souverain reserve au ministre disgracie : voilä la fin des Wolsey, des Fouquet et des Olavides, des Concini, des Guise et des Acomat. Ainsi, les ministres egoistes mais eclaires, doivent eux-memes trouver que leur sort, plus modeste sans doute mais Lien plus assure sous uu regime constitutionnel, est, par la, preferable au precaire eclat des destins de tout autre regime. CHAPITRE Y. Du budget de la marine. L’art de composer un hudget pour un Service public aussi complique que la mai ine militaire , n’est point un simple me- canisme de comptabilite. Un budget bien fait est le tableau methodique et raisonne des besoins et des moyens du Service pour lequel il est prepare j sadisposition est le fruit dun esprit d’analyse qui, rapportant cbaque espece de depense ä des unites bien cboisies, parvient a la division generale et particuliere la plus avantageuse et la plus intelligible. II faut que les bases de ce travail soient tellement posees, et presentees dans un tel ordre, que la validite de chacune d’elles, Fensemble qu’elles presentent et les rapports naturels qui les unissent, puissent etre facilement saisis par le legislateur : meme en ne lui supposant pas des connaissances speciales et profondes, dans le Service et dans les arts relatifs a la force navale. S’il est aussi difficile de produire de semblables budgets, en y consacrant les efforts les plus soutenus et l’intention la plus devouee, combien ne doit-il pas etre rare d’en voir qui presentent pour caractere , cette simplicite, cette evidence , propi’es sans doute ä faire ressortir le merite des operations concues avec CONSTITUTION DE LA MARINE. /pi sagesse, dirigees avec talent, executees avec economie ■ mais non moins propres ä devoiler les prodigaliles, les bevucs et les malversations d un ministere imprudent, aveugle ou perlide. Ne'anmoins, quand un Service public est organise d’apres une sage division des devoirs et des attributions, des travaux et des comptes; cette division s’introduit d’elle-meme dans le budget, les recettes et les depenses y sont mieux classees, leur examen est plus simple et leur reclilication plus facile. Pour developper completement le Systeme linancier de la marine anglaise , nous allons d’abord presenter le plan du budget tel qu’il existait pendant la derniere guerre, ensuile nous examinerons les modilications qu’il a subies depuis la paix. On distingue avec soin les depenses qui tiennent immedia- tement a la force navale sons les armes , et les depenses du departement des transports, qui n’ontpour butque de preparer des moyens ä cette force effective. Une autre branclis de la depense est celle des travaux des ports et des operations faites a terre , pour preparer le materiel et conserver le personncl de la force navale. Cette derniere branche se subdivise : i°. en depenses conmies , certaines ct toujours assignables a Tavance; c’est ce qu’on appelle le Service de Yordinaire ; 2°. en depenses qui varient d’une anne'e a Fautre, avec les circonstances politi- ques, les evenemens de la guerre et les projets formes pour l’avenir; c’est ce qui constitue le Service extraordinaire. Yoici quel est le detail technique de cette division. I. Service de la mer. Solde , -vivres des marins embarque's , entretien des bälimeus qu’ils montent, artillerie de ces bätimens. II. Service des ports : i°. ordinaire. Depenses fixes des burcaux , des ports, des ar- senaux; solde des marins cliarges de la garde ct de l’entretien des bätirpens de'sarme’s ( ships in ordinarj) , dcmi-solde, retraites, etc. ; 2.°. extraordinaire. Constructions , l’cfontes, radoubs, et tous les travaux neufs pour les e'difices des ports. III. Departement des transports , entretien et garde des prisonniers de guerre. IV ct V. Depenses de Vadministration des vivres et de Vadministralion mddicalc. HI. 6 4a FORCE N AVA LE. Examinons lc Systeme de ce budget. Le gouvernement anglais n’estime sa marine qu’en raison de la force navale effec- tive quelle peut presenter : il isole donc avec beaucoup de sagesse, la depense faite ä la mer, de toutes les depenses faites ä terre et qui ne sont que des preludesde l’autre. Le rapport de Famiraute de'cide du nombre d’hommes qu’on doit employer, chaque annee, pour le Service de la flotte. II est presque Sans exemple que la cbambre des communes se pro- nonce pour une reduction dans le nombre des marins : parce que la chambre ne redoute pas ce genre de forces dont eile sent, au contraire, toute l’importance pour la defense et l’ambition de la Grande-Bretagne. La depense de solde , d’entretien et d’armement de la flotte, n’est plus quune consequence de cetle decision, ainsi qu’on le verra bientot. Le budget du Service des ports, tant pour l’ordinaire que pour Fextraordinaire, est dresse par le conseil naval *, et signe par tous les membres de ce conseil. Le budget du Service des transports et des prisonniers est de meme redige et signe par les membres du conseil des transports **. Le premier soin du parlement, ä l’ouverture de la session, est de s’occuper des moyens de subvenir aux depenses publiques, pour l’annee dont Fexercice est pres de commencer. La chambre des communes ayant l’initiative de toutes les mesures que com- porte la fixation legislative de ces depenses , n’atlend pas que le ministere, apres un nombre quelconque de mois ou de trimes- * Voyez liv. III, ch. 2 , les atlributions ge'ne'rales de ce conseil. * ¥ Une chose remarquable , c’est que dans les budgets de la marine les comptes sont faits par mois lunaires. On compte dans l’annee treize mois lunaires de quatre semaines, ce qui fait trois cent soixante-quatre jours pour l’annee financiere de la marine. Lorsque le parlement vote quelques depenses pour une partie de l’annee , il accorde des fonds pour un certain nombre de mois lunaires : si par exemple , au bout du premier trimestre , le gouvernement de’sire augmenter la force navale , il demande ä la cliambre des communes un nouveau subside pour dix mois lunaires, afiu de comple'ter l’anne'e. CONSTITUTION DE LA MARINE. 4°) tres, vienne lui proposer de voter librement sur des depenses dejä faites, et par consequent impossibles ä rejeter. La chambre ordonne au ministere de lui soumettre, Sans delai, cbacun des budgets des depenses publiques. Prenons pour exemple la premiere session qui eut lieu pendant la derniere guerre. i 8 o 3 . Novembre. Le 22 , la session est ouverte. Des le 24 > la motion est faite k la chambre des communcs, pour accorder au roi les subsides necessaires au Service de 1804. Le 25 , k cet effet, la chambre se forme en comite ge'ne'ral des subsides; puis s’ajourne au 28 ob eile prend les rc’solutions suivantes : Ordonne qu’il soit soumis ä la chambre, pour l’excrcice de 1804 , l’estimation des de'penses : 1“. de l’ordinaire; 2°. de l’extraordinaire; 3 °. du Service des transports. Resolu qu’une humble adresse soit presentee k S. M. , pour qu’il lui plaise , gracieusement, de donner des ordres aux ofiiciers compelcns, .alin de presenter a la chambre ces diverses estimations. Ordonne que cette adresse sera pre'sente'e k S. M. par les membres de la chambre qui sont, en meme temps, membres du conseil prive. — 2g. Un lord de l’amiraute , membre de la chambre , pre'sente les trois esli— mations demandees pour la marine. Ordre de deposer ces estimations sur Je bureau. — 3 o. La chambre des communes prend de nouvelles resolutions pour demander au roi de faire presenter les estimations distinctes pour le Service de 1804 : 1“. du loyer des ncivires de Iransport; 2 de l'entretien desprisonniers de guerre en sarite ; 3 °. de l’entretien et de la eure des prisonniers malades. Des le lendemain , i* r . decembre , ces trois estimations sont presentees a la chambre et de'pose'es sur le bureau. —Le 2 , la chambre se forme en comite gene'ral des subsides, pour l’examen des ddpenses des travaux de la marine. — Le 3 , le rapporteur du comite ge'ne'ral pre'sente k la chambre des communes , constituee en corps legislatif, les resolutions suivantes, prises la veille comme simples opinions. du comite'. Resolu qu’une somrae n’ex- cedant pas 1,020,6^0 1 . 9 s. g d. , soit accorde'e ä S. M. , pour l’ordinaire de la marine ( y compris les demi-soldes) pour le Service de 1804. Resolu qu’une somme n’exce'dant pas 948,520 1 . soit accordee k S. M. pour les constructions , les refontes , les radoubs des batimens de guerre , et tous les travaux des ports et arsenaux , en sus de l’entretien des batimens arme's, et des depenses de l’ordinaire. Ces re'solutions apres avoir ete Iues de suite, une premiere fois, sont rclues une k une , mises aux voix , adoptees par la chambre , comme actes legislatifs, et enfm transmises aux pairs qui, suivant l’usage , les adoptent sans amendement. Le 5 , la chambre se forme en comite , pour examiner les estimations des transports et des prisonniers de guerre. — Le 6 , en suivant la inarche que nous venons de traccr pour les depenses de la marine , le comite ge'neral des subsides pre'sente k la chambre , des resolutions de depenses qui sont arretees k des sommes n’exce'dant pas 709,249 1. st. 9 s. 8 d. pour les transports, 220,166 1. st, 8 s. 1 d, pour les prisonniers en sante , et 42,000 1. st. pour les prisonniers malades. 44 FORCEN AVALE. Teile est 1 a marclie des delibe’rations et des re'solutions, pour le Service des ports et des arsenaux. On suit une marclie exactement pareille pour la presentation , l’examen et le vote des depenses de Fadministration des vivres et de Fadministra- tion des höpitaux de la marine. Quant aux armemens qui composent la premiere parlie du budget , la meme marclie est suivie par le ministere et la cliam- bre des communes : on vote separement sur le nombre des marins, leur solde, leurs vivres , Fentretien des navires qu ils montent, et l’artillerie de ces batimens. II nous suffira de citer les re'solutions prises, en consequence de Fexamen du comite general des subsides. Eesold : i“. que 100,000 hommes soient employesau Service de la mer , pcndant 1804, savoir : 78,000 matelots et 22,000 soldats de marine, appeles marins-royaux ou royalmarines ; 2°. qu’une sonime n’excedant pas 2,405,000 I. soit accorde'e ä S. M. pour les salaircs de ces 100,000 hommes pcndant treize mois lunaires , sur le picd de r 1 . 17 s. par homme et par mois ; 3 °. qu’unc somme n’exce'dant pas 2,470,000 I. s,oit accorde'e ä S. M. pour les vivres desdits 100,000 hommes pour treize mois lunaires , surle prix de t 1. 18 s. par homme et par mois; 4 °. qu’une somme n’excedant pas 3,900,000 h soit accordee a S. M. pourle service etl’use* des navires dans lesquels ces 100,000 hommes doiventservir, sur le le pied de 3 1 . par homme et par mois; 5 °. qu’une somme n’excedant pas 325 ,000 1 . soit accordee ü S. M. pour les de’penses de l’artillerie des batimens que monteront lesdits 100,000 hommes , k raison de 5 sh. par homme et par mois. Remarquons, encore une fois, avec quelle simplicite et quelle clarte les comptes presentes ä la chambre des communes, dis- tinguent la force effective, celle qui doit pi-endre la mer et qui doit composer Farmee navale \ de la solde des ,officiers non em- barques et de tous les travaux preparatoires executes a terre. Tout decoule d’une seule base, d'une base essentielle , et sur laquelle l’autorite legislative a seule le droit de prononcer. C’est * TVear and Tear. C’est la depense necessaire pour remplacer tous les objets d’inven- taire, en estimaut leur degre d’usure pour le temps que dure l’armement; ahn de remetlre le bätiment dans le meme e'tat qu’il etait au moment ou l’on commcnja de le montcr. CONSTITUTION DE LA MAItlNE. 4$ le nombre des marins qui seront appeles au Service de letat. Ensuite, on admet comme un fait d’experience, resultant d’un grand nombre de supputations, qu’il faut maintenant par mois, pour chaque homrae embarque (valeur moyenne), tant de shellings pour Ia solde*, les vivres, l’entretien, rartillerie des navires armes j des lors, la fixation de loutes les sommes a voter n’est plus qu’une affaire de simple multiplication. 11 faut avouer que de tels comptes ne sont qu’approximatifs : car les vivres varient de prix avec les saisons et les annees ] l’en- tretien des navires armes varie de meine avec le prix de lamain d’ceuvre et des matieres premieres **. G’est un perfectionnement introduit dans la comptabilite parlementaire de la marine , que d’avoir mis, au lieu de la de'- pense ideale de 4 ou 7 1- st. par mois pour chaque marin, la depense reelle evaluee chaque aunee, d’apres les bases fournies par l’experience de l’annee precedente. II est meine etonnant que pendant un si grand nombre d’annees, la chambre des communes se soit contentee d’un mode de presentation des de- penses, qui les faisait successivement paraitre d’un liers, de moitie et des trois cinquiemes au-dessous de leur valeur reelle. * Cette moyenne compreud la solde de tous les grades depuis l’amiral jastpi’au malelot. ** Depuis le commenccment du i8 e . siecle jusqu’ä l’anue'e 1797 , 011 a constamment accorde' pojir le Service de Ia mer 4 1 . par homme, pour chaque mois lunaire , c’est-ä-dire, 1 1 . st. par semaine. Mais dans les dernieres anne'es cette somme e'tait devenue tres-insuf- fisante : alorsla marine contractait une delte annuelle pour le surplus de la de'pense : dette qu’on amortissait, ou du moins qu’on diminuait de temps k autre par des subsides. En 1798 on estiraa de uouveau la de’pense d’entretien des marins et du materiel de toute espece, occasiouee par leur embarquement:cette de'pense fixce , k 140 sh. par mois,resta la merne jusqu’a 1807. Depuis lors eile a graduellement suivi raccroissemcnt et la diminulion du prix des objets dont eile se compose : eile fut fixe'e : E11 1807 , 1810 , 1814 et 1817 , k 142, i66|, i 35 fet 126 shellings. Ecs 126 shellings aecordes pour 1817 , e’taient ainsi repartis : solde , 38 ; vivres , 41 entretien des navires armes , 43 ; artillerie et mate'riel , 4- 46 FOB CE N AVA LE. Cependant, ce n’etait lä qu’un defaut de formes dont l’inconve- nient principal etait de ne pas offrir une idee nette des depenses $ effectives. L’essentiel pour le parlement, en temps de guerre comme en temps de paix, c’est qne teile annee, il accorde au Prince des subsides pour embarquer, par exemple , 100,000 hommes sur la flotte, et que les 100,000 liommes y servent effectivement. Si ce nombre de marins est indispensable a la defense ou aux projets hostiles de la Grande-Bretagne, la solde, l’entretien et l’armement de ces marins, sont des eonsequences necessaires da premier vote. Ainsi, l’intention du legislateur est suivie , quel que soit le montant de ces depenses : pourvu que l’administration ait agi ayec sagesse et loyaute. Or, le legislateur ayant le pouvoir supreme d’examiner et de juger la con- duite du ministere, il peut dans tous les instans, soit par les simples comptcs quil a droit d’cxiger, soit par une enquete speciale , s’assurer si le gouyernement dispose, en effet, avec economie et fldelite des ressources pecuniaires confiees a sa discretion. Les observations que nous yenons de presenter s’appliquent egalement a la maniere dont les Anglais estiment dans leur budget, la depense moyenne d’entretien des nayires et de l’ar- tillerie nayale ^, par homme embarque. Il est impossible de prevoir a l’avance avec exactitude , ce que coutera cet entretien et cette artillerie pour un nombre de marins determine 5 puis- * En 1Ö18 , le budget de la marine , en ce qui se rapporte ä l’artillerie , a reju des arae'liorations importantes. On a cesse' d’evaluer sur ce budget, les de'penses d’artillerie, ä tant par homme et par mois j on a cesse parcillement de porter au compte de la marine, la moitie dont eile a besoin , et d’en solder la valeur sur les fonds qui sont faits pour cet objet avec ministeres sont devenus plus simples , leur examen plus facile et par consequent leur sur- veillance plus efficace. J^ojez 9“. rep. select. comm.fin. , p. ^ 3 . des de'penses des administrations du departement de l’Ordonnance. L’amiraute' n’a plus d’autre rapport avec ce departement que d'y prendre les armes et les munitions de guerre le plus d’cxactitude possible , sur le budget de la marine. Par-lä les comptes des deux CONSTITUTION DE LA MARINE. kl que cela depend de la nature des navires, ainsi que du genre et de la duree des expeditions nayales, et des tempetes , et des combats qu’ils auront a soutenir. Si nous comparons le plan d’apres lequel on dresse les Budgets de la marine , en France et en Angleterre , nous verrons qu’en France , le legislateur est plus certain qu’on ne depassera pas les sommes donl il pennet la depense; mais qu il n’a pas les meines lumieres et les meines garanties sur la force effective employee a la mer, c est-ä-dire, apres tout, sur l’objet Capital, sur l’objet auquel se rattachent, connne moyens preparatoires, tous les genres de travaux et de depenses. En Angleterre ( et c’est un vice qui diminue chaque annee), le legislateur est moins certain du montant des depenses qui seront faites pour la marine , pendant l’anne'e dont il vote le budget. Mais il con- nait ayec certitude, la foree navale quil autorise le gouvernement a deployer pour proteger le commerce general et le revenu public pendant la paix, et de plus pour defendre letat pendant la guerre. Il nous semble qu’il serait possible, sinon d’obtenir completement les avantages presentes par les deux modes de comptabilite , au moins d’approcher beaucoup d’un resultat si desirable. Les budgets de la marine ont subi, depuis la paix, des changemens qui meritent d’etre examines. L’administration des prisonniers de guerre a du disparaitre avec la guerre. L’ad- ministration du service medical est maintenant reunie a l’ad- ministration des vivres pour une partie du Service, et a celle de l’office nayal pour l’autre partie. Enfin, le budget des depenses de toutes ces administrations rdest plus signe que par les membres du conseil naval. Offrons le sommaire du budget de 1820. 48 FORCE N AVA LE. F'. DIVISION. Etablissement ordinaire et constanl, quelles que soientles construclions neuves , les raboubs et les annemens. I *. Depenses de l’arairaute, des bureaüx , des ports , ctc. . . 964,1881.14 s. 6d. II Demi-soldes, retraites, pensions, etc. , de Ia marine navigante.1,150,370 g 9 III ***. Demi-soldes, retraites et pensions des officiers des ports. 102,186 19 8 Le tableau des cliapilres dont se compose chacune de ces divisions suffira pour en faire connaitre les de'tails et le plan. * i re . partie. — Ddtails. 1. Office de l’amiraute, appointemens , frais de bureau, etc. 59,181 1 . 5 s. 1 d. 2. Office du payeur de la marine. 3 y, 3 1 3 4 10 3 . Office naval. 76,73g 18 6 4. Office des vivres. 46,017 5 8 5 . Arsenal de Deptford. 28,975 5 9 6. . ... Wool'vvich. . .. 3 o ,237 io » 7. —— Chatham. 36,487 i 5 5 8. --Sheerness. . . .. 24,707 6 » 9. Portsmouth. 5 o ,468 » 2 10. - ' -Plymouth.. 43 ,g 3 o 3 8 11. Ports exte'rieurs. 10,259 6 1 12. Ports elrangers. 44 ) 47 ° 9 6 13. Etablissemens des vivres. 52,270 11 6 14. Etablisscmcns medicaux. 73,498 2 >i 1 5 . College naval , ecole d’arcliitecture navale. 7,220 7 10 16. Salaires des ofiiciers , gardiens et matelots des batimens desarmes ( in ordinarj) .i27,55o 14 8 17. Vivres des idem . 90,681 9 1 18. De'pcnsesdegreement etdemouillagedes vaisseauxde'sarme’s. 79,000 » >■ 19. Reparations ordinaires des bitimens de l’e'tat , dans le port; ainsi que des docks, des quais, etc. 3 io,ooo » » 2 c , partie. Retraites et pensions. 1. Demi-soldes des officiers de marine. 982,000 » » 2. Retraites et pensions des officiers, pensions des veuves , etc. 146,1 5 1 2 6 3 . Gratifications des chapelaius. i, 7 °° " " 4. Liste de compassion (secours de cliarite). 6,000 » >> 5 . Etablissement de l’asyle naval. ‘ 4 > 6 i 9 7 3 3 '. partie. Retraites et pensions des gens des ports. 102,186 ig 8 *** Cette partie est sans division de chapitres. En France les retraites ct les pensions CONSTITUTION DE LA MARINE. l\<) Nous observerons seulement que dansla deuxiemeet latroi- tjieme partie de cette premiere division du budget, ou consi- dere : i°. le montant des traitemens de non-activite de 1’annee precedente $ 2 0 . le montant des exlinctions qui ont eu lieu dans le cours de cette annee \ 3°. les nouveaux traitemens de non- activite portes sur le compte de la nouvelle annee. Dans ce meme budget on consigne le nom de chaque ofßcier retraite et le montant de sa retraite *. y/. divxsiow **. 1 . Depenses des travaux des ports. DESIGNATION, DAKS LES ARSENAUX DE; L’ETAT. MARCHANDS« PEMBROKE. il 3 M H CT o s» o 3 o 3 3 Ci > w V) CT n so El CT v> PORTSMOUTH. CT r *< s 0 a H TOTAUX. •Main d’ceuvre. Maticres. . . Greement et art. d’invcnt. - TOTAUX. . . 3 iji 5 ^ ‘ßr'lV T 2,QD0 38 , 02 ^ i i4>o66 i 5 , 8 oo 66,976 100,927 17,45° o,-M 20,202 2,800 5 o,oo 8 | 5°,024 20,780 5 q, 55 q I7 8,e 7 4 3 o ,2 20 12,920 3 9 . 76 o 240.643 721,935 100,000 i 3 ;, 5 7 8 i6j,888 i 85,353 29,8lG 220,8l2 268,453 62,680 I,o 62 , 58 o 80,000 ! Daks les chantiers marohands (constructions des Indes-Orientales ). 8 TOTAL DEFINITTF..... r,l 42 , 58 o de tonte espece sont paye'es par le ministere des finances : il faudrait qn’elles fusscnt dis— tinctes par ministere et que cette somme fut neanmoins aioute'e (pour memoire ) au budget du ministere de la marine : par-Ia , les chambres et la nation toute eutiere connaitraient ce que la marine coute recllement a la France. * P° ur les olliciers-mariniers , tels que les patrons de clialoupe , canonniers, charpen- tiers , les cuisiniers et les pilotes , on se contente de les indiquer nume'riquemeut avec lc montant des retraites de chaque classe. ** Cette seconde division a subi, depuis 1818, un changement complet, dont nous ap- precierons les motifs. Maiutenant nous nous contentonsde pre'senter le tableaudes depenses telles qu’elles sont indique'es dans le budget. III. ? FORCE NAY ALE. 5o 2. Travciux archüectoniques ( on sera surpris de leur etendue ) Woo! wich. . . . . .. 12,000 1 . St. Isle Ilaulbowline. . . 1 5,000 1 . st. Chatham. . . . Bermude. 20,000 JaniRique. i 5 ,ooo Poitsiiioiitli. . . Kingston (Canada ). . I 0,000 Plymouth. . . . Gibraltar. . 4,000 Petnhroke. . . . . . . 27,000 Malte. 400 Lcilh. Trinquemale. 20,000 451,900 Departement des vivres. Piovisions pour l’armec , les forfats , etc . . 372,000 h » S, >, d. Travaux architectoniques. O O » » Departement des Iransports . 2.45,914 ” 1> Rapports generanx des depenses. Etablissemens des ports. . 1,228,008 .4 6 Non-activite des gens de guerre. . 1,150,370 9 9 Idem des agens civils. 102,186 *9 8' Constructions navales.. . 1,142,580 » P Aineliorations des arsenaux. . . . . . 451,900 )) » TOTAL. • 4,7 1 °; 47 ° 3 t I A deduirc : vente de vieux materiaux . 263,820 )> )> RESTE A SOLDER POUR DEPEXSES CIYILES. . . . 4 , 44 d, 65 o 3 1 I En tcinps cic guerre , los demi-soldes diminuent prodigieusemcnt , los travaux augmen- teut , ct probablement la depense totale reste ä pen pres la merae pour les depenses ä terre. Mais les depenses a la tuer deviennent cinq ä six fois plus considerables. Un changement fort remarquahle dans les budgels de la marine anglaise , c’est qu’on a depuis deux ans cesse d’y porter par batiment le detail des depenses en constructions neuves et en reparations. Pour justifier cette innovation , le president du conseil naval, dans une note explicative adressee aü comite des communes , observe , i°. que dans tous les budgels precedens, il n y avait pas la moindre relation entre les sommes portees pour chaque construction ou pour chaque radoub, et les de- O CONSTITUTION DE LA MARINE. 5i penses effectives de ces radoubs et de ces conslructions ¥ ; 2°. que souvent meine on n’appliquait rien de la somme affectee a teile coastruction , a tel radoub 5 et qu’on reportalt cette somme sur des travaux non speciiies dans le budget; 3 °. que ces irregularites etaient necessitees par les evenemens imprevus d’une guerre e'tendue , et variable ä chaque instant, dans son aspect coinme dans sa nature 3 4°- enlin, que ces details ne sont propres qua fournir aux ennemis de la Grande-Bretagne , des documens dont ils peuvent tirer un parti dangereux. Si, coinme on l’ose avouer, les etals detailles des constructions et des radoubs, sont faux, quelles lumieres pourraient-ils lburnir aux etrangers ? Si les etrangers, au contraire, peuvent y recon- naitre et les vues et la marche du gouvernement anglais, ä plus forte raison la cbambre des communes , toujours ä meine de faire eclaircir ou completer par le ministere, ce qu’il y a de ® louche ou d insufüsant, pcut-elle reconnaitre dans ces documens l’esprit de cette marcbe, et son progres ou sa decadence. Est-il bien vrai d’ailleurs que des etats du nombre des constructions neuves et des radoubs, soient propres a deceler aux yeux de l’etranger, les secretes intentions du ministere anglais, sur les operations hostiles de sa marine? Chaque annee, famiraute laisse imprimer dans tous les jour- naux, le nombre de marins qu’on doit embarquer sur les vaisseaux. Chaque mois, lamiraute publie, eile meine, la liste de tous les bätimens de guerre, en faisant connaitre ceux qui sont armes, ceux qui sont desarmes, ceux qui sont en con- struction. On juge, avec raison, que cette publication , loin d’etre nuisible a l’Angleterre, sert beaucoup a sa puissance na- vale, parce qu’elle en fait connaitre la superiorite, sur toutes lesautres marines j et Fonpretend qu’il serait, dangereux de don- ¥ Cet avcu n'cst-ii pas singulicr ? 5 2 FORCE NAVALE. ner au parlement cle semblables details. Ou ne croit pas pour cela que les secretes intentions du minislere cessent d’avoir leur effet; et Fon affecte de croire que les coustructions et les radoubs reveleront, ce que n’apprend pas la connaissance meme des moyens d’armement. Onne croit pasdangereux de publier partout le vote total des depenses de l’ordinaire et de l’extraordinaire de la marine, et l’on craint que les etrangers n’acquiei ent, sur les projels et les moyens de la marine anglaise, des lumieres dange- reuses ; parce qu’on publiera que c’est au Britannia plutöt qu’au Formidable, a la Meduse plutot qu’au Mercure, que teile ou teile partie dun total connuest appliquee.En verite, il laut comp- ter prodigieusement sur la simplicite d’un parlement britan- nique , et sur la devotion d’un comite Charge d’examiner le budget, pour oser lui presenter de semblables motifs, et les faire adopter sans reclamation. 11 importe beaucoup au parlement de connaitre en detail Fapplicalion de depenses aussi considerables que celles des tra- Yaux de la marine. II importe a la chambre des communes de voir quels sont les accroissemens successifs du prix de ces tra- vaux \ de voir quelle est la duree des batimens de chaque rang, la frequence et l’etendue de leurs grandes reparations. Si, dans la derniere guerre, le parlement n’avait pas eu de semblables lumieres, il n’aurait pas appris si vite les defauts des nouvelles coustructions, il n’eut pas ete si fortement frappe des ravages qu y faisait annuellement la contagion vegetale, connue sous le nom de dry rot (pouriture secbe) ; enfin les vives reclamations de l’opposition n’auraient pas contraint le minis- lere ä faire d’incroyables et d’heureux efforts ^ pour rendre plus durables et plus solides les batimens de guerre. Quant a nous , sans doute , il nous importe fort peu que le parlement d’Angleterre obtienne encore ou n’obtieune plus des lumieres indispensables ä la suryeillance supreme qu’il a droit CONSTITUTION DE LA MARINE. 53 d’exercer sur lVlministrationbritannique. Mais il nous iraporte beaucoup que le ministere francais , si jamais il pouvait etre egare par un dangereux amour du mystere et de la dissiinula- tion, n’emploie pas des argumens captieux pour retirer a nos legislateurs la connaissance des priucipaux details , et par consequent de l’ensemble des operations. C’est donc par pru- dence , et daus la vue des interets futurs de mon pays, que j’ai cru devoir refuter completement les sophismes de l’administra- tion britannnique, au sujet de la publicite des parties essentielles du budget de la force nayale. CHAPITRE VI. Comite special pour Vexamen de la depense et du revenu du royaunie-uni, iAous venons de voir ayec quelle simplicite, avec quelle rapi- dile les divers comptes du budget de la marine, etaient examines et regles par la cbainbre des communes. C'est que ces comptes, bien divises , rendent lacile la comparaison des depenses dune annee, avec celles des anneesprecedeutes^ c’est que ces comptes, rappoi’tes a des bases universellement reconnues , ne sont pas un objet interminable de discussions dans les diverses parties. La marche suivie par lacbambx'e des communes est digne ä cet egard d’etre citee comme un modele. Ce n est pas uniquement lorsqu un ministere presente son budget que cette chambre entreprend les travaux ne'cessaires pour approfondir les moyens d’ameliorer les revenus et de re- duire les depenses. Un travail aussi grave, aussi difficile , aussi complique , ne peut etre le resultat de quelques joui’s, ni de quelques semaines. Des annees entieres ne paraissent pas trop FORCE JN'AVALE. longues ä ces sages legislateurs pour examiner les depenses et les reyenus publics, dansleurs accx oissemens ou leurs diminutions. Aux epoques importantes, soit loi'sque la guerre accroit lout a coup letablissement et la depense des Services publics, soit au temps plus lieureux des reductions commandees par le retour de la paix , un comite special des linances ( select Committee ) est chai’ge, par la chambre des communes, d’examiner tous les budgets des Services publics et les moyens de subvenir avec le plus d’economie aux besoins de l’elat, par la yoie des impöts ou par celle des emprants. A mesure que le comite passe en revue les divers Services publics, il presente a la cliambre, des rapports sur chacune des grandes bixuiches de radminisli’ation et des linances : ces rapports sont dignes d’etre medites par les honxmes qui veulent connaxlre la nature et l’organisalion du gouvernexnent axxglais , ainsi que les ameliorations introduites dans ce gouvernement par le temps et par 1’experience. Parmi ces vastes travaux, nous citerons comme les plus i’e- marquables par leur etendue et leur importance, les rapports du comite de 178a*, ci’ee sur les eloquentes reclamalions de Bui’ke, avant sa desertion des rangs amis de la liberte \ les rap- ports du comite de 1797 , qui seuls foi’ment uue colleclion de sept volumes in-lolioj enlin , les rapports de 1810 et de 1817. Dans ces i’appoi’ts , on compare les depenses des annees pi’e- cedentes et de celles dont il laut regier l’exercice. De pai’eils rap- prochemens sont toujours lasoui’ced’obsei'vations importantes: ils font de'couvrir d’anciens abus, et souvent aiTetent les nou- veaux, avant qu’ils aient eu le temps de prendre l’acine. Ils font connaxtie le degre d’importance que le parlement attache a cbaque branche de Service. En 1817 , par exemple, au momeixt ¥ Ces rapports sootinsercs dans la collcction des journaux de la cliambre des communes. CONSTITUTION DE LA MARINE. 55 oü la detresse generale et le lnecontentement de la plapart des classes de la societe , forcaient le ministere a s’occuper serieu- sement de reduire les depenses, le comite special qui fut alors institue, d’apres la demande meme du ministere, s’elevait ainsi contre toute reforme exageree dans les depenses de la marine *, et reprodnisait en 1818 ** les meines protestations, exprimees dans les meines termes. (f Nous regardons la superiorite nayale de ce pays comme la base sur laquelle repose essentiellement son pouyoir au deliors, sa surete au dedans, et sa. prosperite generale. Ainsi, la necessite des economies , en considerant sous leur yrai jour les interets de letat, ne doit pas mettre d’obstacle au soutien de la force navale qui sera jugee necessaire en temps de paix, non plus qu’aux preparatifs d’une augmentation convenable en temps de guerre. Et, comme les depenses de la marine , en temps de paix, consistent principalement dans l’acliat et la preparation des materiaux pour les besoins futurs , il n’est aucune brancbe du Service public , dans laquelle une economie temporaire mal entendue, puisse produire, en definitive, une depense aussi considerable. » Jusqu’en 1810, les estimations detaille'es de la marine n’e- taient jias imprimees. Mais cette annee, il fut decide qu’elles le seraient ayec tous leurs details, avant d’en voter les depenses. Cette mesure, disent les commissaires, tend a rendre plus fa- miliere au public, cette partie importante et compliquee de la comptabilite des subsides 5 eile fournit les moyens les plus ef- ficaces qu il soit possible de trouver , pour mettre la cliambre en etat dexaminer et de Controler les divers Services auxquels se 1 apportent cesestimalions. Aussi, depuis 1810, cliaque annee + Prearalmlc du (>. rajipot f. ** b e . rapjioit. >J /)6 FORCE NATALE, a produit quelque amelioration dans la forme des Budgets ¥ . (fest un bienfait de la publicite. Le6 c . rapport du comite special de 1817 fait connaitre des relations importantes, regularisees depuislors, entre les minis- teres de la tresorerie , de l’ordonnance et de la marine , rela- tivement aux depenses extraordinaires et d’innovation : nous les exposerons en traitant des attributions et des devoirs de l’a- miraute, Le 3°. rapport du comite special de 1819 , fait observer qu’on peut encore ameliorer la redaction des budgets tels qu’ils ont ete presentes dans les dernieres annees, relativement aux trayaux extraordinaires. En effet, ils indiquent seulement, la depense proposee pour l’annee qui va s’ouvrir , et la depense necessaire ä facbevement de l’ouvrage. Le comite demande qidil y ait trois colonnes de depenses faisant connaitre ; i°. Le budget original, pour exdcuter en entier l’om>rage ; 2 0 . Le budget de la somme a depenser dans l'annee • 3°. La somme a depenser pour compleier Voiwrage. Et toutes les fois que le budget original ne pourra probable- ment pas couyrir la depense de l’ouvrage commence, le minister e sera tenu de justilier, par un memoire special, des raisons qui font presumer cet exces de depense. Je rapporte a dessein Cette mesure qui merite d’etre adoptee dans notre comptabilite parlementaire. Dans le cours de cette partie de nos voyages, nous ferons connaitre les ameliorations particulieres que chaque brauche de l’administration maritime doit aux travaux des comites des finances , nommes par la chambre des communes. * ß' 1 '. Rep, sei. comm.fin. 1817. CONSTITUTION DE LA MARINE. 5 7 • mvivvivM%wvi vMwtwtu«ttww*Mv«tt<«iw«vi^»»\v«viUH«v«iww\wu»miu»ww^ LIVRE SECOND. COMMANDEMENT DES FORCES NAVALES. CHAPITRE PREMIER. Amiraute. La place de grand amiral * de la marine britannique ( high admiral ), est au rang des principales dignites de Tetat. Long- temps eile fut reservee aux plus proches parens du monarque; des rois memes en ont exerce les fonclions. C’est ce qu’ont fait les plus illustres princes de la maison des Plantagenets. Des le regne de Charles I er ., le grand amiral fut remplace par un conseil de sept lords commissaires de Vamirautd. Trois sont officiers de vaisseaux, trois officiers ciyilsj et le president, qui a le titre de premier lord, peut appartenir au civil ou au mili- taire. Aucune resolution de ce conseil iTest valide sans la signa- ture d’au moins trois membres. L’amiraute preside a ladirection de la marine militaire, ainsi qu’au jugement des delits et des crimes commis sur les mers, sur les cötes, dans les ports, dans les havres , et sur tous les fleuves, au-dessous du premierpont a partir de l’embouchure: * Le titre d’amiral fut emprunte', par les chre'tiens, aux Sarrasins et aux Arabes, a l’e'poque des croisades. C’est de 1190 ä 1192 qu’cut Heu I’expe'dition de Richard-Coeur-de-Lion , ä la Terre-Sainte , et c est en 1286 seulement, qu’il est question d’un amiral de la mer d’An- glcterre: dans 1 assemblee tenue a Bruges, sous Edouard I er ., Luburez y est appele admirallus maris anglia;. III. 8 58 FORCE NAVALE. Elle norame les officiers, les juges, les commissaires qui doi- vent remplir ces divers Services. Les cours de Tamiraute, dans toutes les affaires civiles qui sont de leur ressort, jugent d’apres laloi romaine. Depuis Henri VIII, les causes criminelles, telles que la piraterie, le meurtre, la tra- hison, etc., au lieu detre soumises uniquement a des juges, sont decidees par un jury, pres duquel les juges de Tamiraute n’agissent plus que pour prononcer Tapplication de la peine. Dans ces causes, les accuses sont juges d’apres la loi du pays ( the law ofthe land, or common law ). Sur les cötes , la limite des lieux soumis a Tamiraute, est au point oü la mer s’avance sur le rivage, au moment ou le delit est commis. Ainsi, toute la zone de territoire, comprise entre les plus hautes et les plus basses mers, est alternativement sous la juridiction des tribu- naux de terre ou de mer, suivant l’etat de la maree *. Arretons-nous a ce qui concerne le Service de la marine militaire. CTest de Tamiraute qu’emanent directement et les missions, et les instructions delivrees aux officiers de tout grade qui commandent ä la mer j ainsi que les ordres pour construire, equiper, armer des vaisseaux, et generalement pour tous les travaux relatifs a Tarmee navale. On a vu, cependant, une exception a cette hierarchie du Service. Lord Chatham, apres avoir rempli l’Europe de tous les le- vains de la discorde , et fait preceder la guerre de 1^56 par le plus grand acte de piraterie dont aucun peuple civilise se soit * Au grand amiral ou aux lords qui le repre'sentent, appartenaient autrefois loutes les confiscations faites par l’amiraute, a lamer, et dans les ports ■ ce qui comprenait: les Liens des pirates, une part des bonnes prises, des bris de naufrages , des effets de sauvetage, et des grands poissons jete's par la mer sur le rivage ( cxceple' seulement les baleines et les cstur- geons, parce que, disait-on , ces poissons sont appeles poissons rojaux). Depuis pres d’un siede , la couronne retire aux lords de Tamiraute , la jouissancc de ces droits, par une re- serve qui accompagne l’acte de leur Institution. The laws , ordinances and instilutions of the admiralty of Great Britain , vol II , p. 328. CONSTITUTION DE LA MARINE. rendu coupable, obtint du roi Georges II, de diriger seul et di- rectement la force nayale. Suivant la regle ordinaire, le premier ministre transmet au conseil de Famiraute, les ordres supremes relatifs ä la marine, arretes par le cabinet ; ensuite, le secretaire de Famiraute transcrit ces ordres, en forme d’instructions adres* sees par ce conseil, aux commandans pour qui elles sont desti- nees. Mais le despotique Chatham, ecrivait lui-meme ces in- structions, et les envoyait ä signer aux lords de Famiraute, en ordonnant a son secretaire particulier , de couvrir l’ecriture avec unefeuille de papier blcinc *. Ainsi, les directeurs naturels de la marine anglaise, demeuraient dans une entiere ignorance d.es operations dont ils devaient neanmoins preparer tous les elemens. Leur activite, leur experience et leux’S lumieres etaient perdues pour l’etat j parce qu’un premier ministre, habile sans doute, mais plus orgueilleux encore , envahissait , a lui seul, toutes les branches du pouvoir executif. A coup sür, on n’osera comparer la guerre de sept ans ** avec les vingt-un ans qu’ont dure les guerres de la revolution francaise, ni pour le danger des circonstances, ni pour l’etendue des operations, ni pour les difficultes compliquees des eve“ nemens politiques et des evenemens militaires. Neanmoins, pendant la derniere guerre, Famiraute, non-seulement a connu toutes les expeditions importantes projetees par le cabinet, mais eile a puissamment contribue ä rendre ces expeditions, et bien combinees, et rapides, et decisives. Parmiles instruclions donnees par Famiraute, il faut distin- guer celles qui varient avec la nature de chaque mission , et celles qui sont permanentes. Ces dernieres etablissent Fordre * Yie du comte de Chatham , p. 3o^. ** Observons meine que c’cst ä l’ouverture de cetle guerre maritime , exchisivement dirigee par Chatham , qu’eut licu la defaite la plus honteuse que les flottes auglaises aicnt essuyee depuislors : cclle de l’amiral Byng dcvant Minorque. 6o FORCEN AVALE. general et constanl de la disciplinc, du seryice et de la compta- bilite des armees navales. Elles sont reunies en un seul volume, et classees methodiquement par cliapitres et par sections : ce qui donne aux ofüciers de marine, le moyen de retrouver avec promplitude et facilite, tous les preceptes auxquels ils doivent se eonformer. C’est au duc d’Yorek , frere de Charles II, qu’on doit d’avoir forme cette helle Collection , completee depuis en certaines parties, perfectiomiee en quelques autres; mais res- pectee dans son ensemhle , et conseryee avec la sagesse et la constance qui preparent les succes certains et durahles. C’est aussi l’amiraute qui donne aux corps ciyils de la marine, les instructions generales qui fixent la marche de leur Service. Quoiqu eile xi administre pas le detail et fexecution des depenses, eile seule peut fixer le montant des sommes consacrees tant au Service oi’dinaire, qu’au sei'vice exti’aoi’dinaire. A cet egai’d, les diverses hranches du ministere anglais agis- sent avec un concert qui nous parait digne d elre presente pour modele. Les mesures dont nous allons parier, si elles etaient adoptees dans notre administration, y produii’aient les ame- lioralions les plus importantes. Le comite special des fmances de 1817, pour obtenir dans la fixation generale des depenses publiques, un ensemhle qui seul peut constituer un bon gouvernement, avait emis le vceu formel de voir tous les budgets des differens ministei'es, soumis a la tresorerie, avant d’eti’e presentes au parlement. On va con- nailre quels ont ete les l’esultats de ce vceu, par f extrait des resolulions prises ä cet egard, entre le premier lord de la ti’eso- rerie, le chancelier de l’ecbiquier , le premier Lord de l’cimi- rauU et le maitre general de l’ordonnance : les mesures sont les memes pour Vordonnance et pour l’amix'aute. Chaque annee , il faut maintenant que la marine adresse a la tresorerie, afin d’en obtenir l’approbation pre'alable : x°. le budgct du seryice ordinaire , ä soumettre au CONSTITUTION DE LA MARINE. 6 1 parlcmcnt; 2 °. pour les travaux ncufs, l’etat des depenses extraordinaircs qui, dans quelques cas incertains seraient necessaires , quoiquc non comprises dans le budget ; 3°. tonte proposition pour de nouveaux salaires, ou pour un accroisseraent futur de salaires dejü fixe'sj et pour les gratifications , les pensions de retraites , et les allocations de toute espece : exccpte' cellcs qui sont accordees en vertu d’un acte du parlement, ou d’une ordonnance royale , donnee en conseil. — Le z5 de'cembrc de chaque annee , au plus tard, l’amiraute rcmet ä Ja tresorerie, l’ctat de tous les travaux neufs dont la valeur egale ou depasse 5oo 1. st., en justifiant de l’ulilite des travaux et de leur economie; en indiquant l’e'poque oü ils serout entrepris et flriis ; en distinguant soigneusement les de'penses dejä faites , celles qu’on pro- posc de faire dans l’annc'e qui va s’ouvrir , et celles qui serout necessaires pour l’achevemcnt coraplet des ope'rations proposees. Dans un cas urgent qui ne'cessiterait, au milieu d’une anne'e, un travail dontla depcnse devrait passer 5oo 1. st. , il faudrait que la tre'sorerie en fut instruile , et qu’elle donnät son assentiment , pour que cette de'pense anticipee püt etre portcc sur le budget de l’annee suivante. La tresorerie, en suivant ce mode ofliciel de correspoudance , n’a voulu mettrc aucune restriction , aucun obstacle ä la correspondance verbale ct confidentielle qui doit loujours exister entre le premier lord de la tresorerie , le chancelier de l’e'cbiquier, le premier lord de l’amiraute et le mailre ge'ne'ral de l’ordonnance, sur les vues et sur les plaus relatifs aux inte'rets ge'ne'raux , ä la force exterieure , k la securite' , ä la protection de l’cmpire. Pour haler la marche des affaires, et pour e'pargncr une correspondance qui fait perdre un temps prccieux , le tresorier de la marine, le controleur et les commissaircs du conseil naval, ainsi que les membres du conseil de l’ordonnance, peuvent etre envoyes ä la tieso- rerie , afin d’y donner tous les eclaircissemens desirables sur les objets du Service conraut. Malgi’e ces Communications, necessaires ä rensemble ainsi qu a l’expeclition des affaires, le premier lord de l’amiraute n’en reste pas moins Charge de toutes les relations officielles avec les divers ministeres. Seul de tous les lords, il est membre du cabinet. Initie dans les mysteres du gouvernement, cest a lui quest confiee rexecution des mesures secretes de la marine *. Apres la place du premier lord, la plus importante est celle du premier secr&tciire de lamirautd y les bureaux sont sous ses ordres immediats j c’est lui qui transmet ä tous les chefs de la marine, les ordres du ministere $ c’est ä lui que sont adresse's tous les rapports, tous les comptes rendus, toutes les depeches Nous ferons voir par quelle (iliatiou sont Iransmis les ordres necessaires ä la prompte et sure cxe'cution des Services secrets. 6a FORCE NAVALE. que ces chefs doivent transmettre ä l’amiraute *. II est ä pro- prenient parier le sous-secretaire d etat de la marine. Pour donner une ide'e de la prodigieuse extension qu’ont prise les bureaux de l’amiraute, et de la depense qu ils necessitent, nous allons offrir le tableau compare de ces bureaux a trois epoques bien remarquables : en 1792, temps de paix; en 18 13 , au fort de la derniere guerre; en 1817, apres deux annees de paix. Yoyez le 6 e . rapport du comitd special des finances, imprime par ordre de la chambre des communes (en 1817). Etablissemens * O g 1792. O 3 i 8 t 3 . a: 0 1817' de l’amira.ute. CS 33 w SALAIRES. es SB B SALAIRES. 33 ff SALAIRES. I er . lord. 1 !• st. 3,000 I 1 . 5 t. 5 ,ooo 1 1 . 5 t- 5,000 Lords. 6 6,000 6 6,000 6 6,000 I er . secretaire. 2 1,600 I 4,200 I 3,200 2 e . idem . I 2,000 I i, 5 oo Secre'taire du 1 er . lord. , . . . 1 3 oo I 3 oo Clerc du secretaire **. 1 200 I i,t 5 o I i,x 5 o Clercs ordinaircs. 6 58 o 21 q, 38 o i 5 8 , 5 io Idem : extra .. 9 92° 14 1,810 x 3 3 ,o 5 o Hydrographe. I 5 oo I 5 oo Clerc d 'idem . I IOO I IOO Inspecteur des tele'graphes. . . . . I 5 oo • . . . Clerc ä’idem . 1 4 ° • ... Garde des actes. I 55 o . , , , Messagers , portiers, etc. IO 345 16 2 , 2 ü 5 i 5 1,375 Secre'taire du bureau des longitudes.. . I 80 I 120 i 120 Inspecteur des re'paralions de Eliotel de l’amiraute'. i 3 o Clercs surnume'raires. • ... 6 660 . . . TOTAUX . 3 7 12,755 74 34 , 5 x 5 57 3 o, 8 o 5 Solde moyenne d’un employe de l’a- miraute'. 345 466 54 o * Ainsi les amiraux meines correspondent ofllciellement, non pas avec le premier lord , mais avec le secretaire de l’amiraute. Ce secre'taire regoit en temps de paix 3 ,200 1 . st. et 4,200 en temps de guerre. 11 est aide' par un second secre'taire qui touche , en temps de paix , i, 5 oo I. st. , et 2,000 en temps de guerre. * ¥ Dans cet etat fourni par l’oflice naval et souscrit par le contrölcur de la marine , 011 CONSTITUTION DE LA MARINE. 63 Si Ton reflechit quen 1792, les objets de premiere necessite eoutaient moitie moins qu en 181 3 , 011 trouyera sans doute que la clepense moyenne de 181 3 nestpas tropxonsiderable. Mais comment se rendre compte de la depense moyenne de 1817 (ä peu pres egale ä celle de 1820)5 lorsquon saura que, de i 8 i 3 ä 1817 et ä 1820, les objets de premiere necessite sont devenus moins cbers de plus de 20 pour 1005 lorsquon saura que les employes sont affranchis, depuis la paix, d’une retenue de guerre fixee a 10 pour 100, sous letitre de taxes des revenus? Certes, ou les employes de l’amiraute etaient beaucoup trop mal payes en i 8 i 3 , ou maintenant ils le sont beaucoup trop bien. observe que les secrelaires et les clercs de la marine avaient des allouances , des bonnes mains 011 fees et d’autres e'molumens. En 1796 , on fit disparaitre ccs supple'mens sinon illicites, toujours plus ou moins ille'gaux et sujets ä des abus. Mais , alors, on commit la faute e’norme d’e'tablir la compensation d’apres le casuel tres-conside'rable produit par une guerre active et vaste ; sans stipulcr qu’au retour de la paix, la solde de tous les clercs serait, comme celle des secre'taires, reduite a un taux moins exhorbitant : cela , pourtant, e'tait de toute justice , puisqu’en supposant le casuel existant encore , il ne serait peut- etre plus que le quart ou le cinquieme de ce qu’il etait au fort de la guerre. Les totaux de l’e'tat prccedent ne repre'sentent que la moitie des depenses de l’amiraute : nous nous con» tenterons de faire connaitre l’autre partie pour l’anne'e 181g. Frais de bureau de l’hydrographe. 2 , 5 oo 1 . st. Idem du secre'tariat. a, 5 oo Bureau du payeur des royal-marines. 2 , 34 o Avocats consultans et frais de procedure. 8,000 Juge et avocat ge'ne'ral de l’amiraute, etc. 3,342 Yice-amiral et contre-amiral de la Grande-Bretagne et de l’ßcosse (sinecures). i ,840 Astronome de Greenwich , deux aides et un manoeuvre. 652 Commissaires des longitudes. 880 Calculateur et surintendant de ralmanach nautique et des chrenometres. . 1,100 Taxes et depenses diverses. 2,5oo Recompenses , experiences, etc.,pour le progres de la marine . . 2,000 27,654 * Ce dernier article , montant ä 5 o,ooo francs , est tr'es-digne de remarque , et fait voir que Vamiraute ne neglige pas d’encourager les travaux et les decouvertes qui tendent ä perfectionner les Sciences et les arts de la marine. 64 FORCE N AVALE. Pour expliquer le peu de reductions que presente le tableau compare des depenses de Famiraute, pour i8i3et 1817, le co- mite special des finances fait observer que c’etait lusage dansla marine, d’employer pendant la guerre ( en cas durgence ) un certain nombre de commis surnumeraires, dont le salaire etait compris sous le nonr de depenses contingentes : au lieu d’etre mis en evidence dans les budgets. Le comite special des finances s’est assure qu en comptant ces surnumeraires, il y avait en tout cinquante-sept clercs employes ä Famiraute en i 8 i 3. Ici, remarquons la marche tortueuse de Fadministration. Lorsque la guerre eclate, et multiplie les affaires, on commence par employer des commis surnumeraires qui suffisent a l’ac- croissement du travail, et Fon tient secrete cette augmentation du personnel. En meme temps, on expose au parlement que ( vu la surcharge des devoirs pendant la guerre) il est juste d’ac- corder un accroissement proportionnel de salaires aux employes officiels qui, malgre leur petit nombre , suffisent ä ce redoublement de travail : le parlement se rend a la justice appa- rente dune teile demande. La paix revient. On renvoie les sur- uumeraires, on garde les employes reconnus; on conserve , sur- tout, le montant de la depense. Enfin, quand le parlement se plaint du peu de reductions que presente le personnel; l’admini- stration se decide ä reveler qu’elle a congedie pres de la moitie des employes : moitie que le parlement soudoyait sans le savoir. Au reste, pour annuler l’effet de ces facheuses reductions, depuis 1815, malgre la paix, le salaire des employes n’a pas cesse d’aug- menter, regulierement,’pour chaque annee de Service des commis *. Y. Iw. vi, Du pied de paix , les resultats dun tel Systeme. * Les clercs de l’arairaute sont divise’s en trois classes; dans chaque classe on avance par anciennete; dans la i re . et la 2 e . , la solde croit de io 1. st. chaque anne'e, jusqu’ä une certaine limite. La promotion d’une classe ä la classe supe’rieure est entierement ä la discretiou du preraier secre'taire de ramiraute, •> ’-wanjr CONSTITUTION DE LA MARINE. 65 Lorsqu’on attaqua l’amiraute sur l’enorme accroissement de ses depenses administratives, eile produisit pour sa justification un tableau compare, qu’on doit regarder comme un resultat de statistique administrative , extremement curieux, et que pour cette raison nous allons rapporter ici. Travaux compares de Vqffl.ee de Vamiraule. AU l . JANVLER. Nombre rlü bdlimens en Commission. Idem affretes. Idem cn ordinaire. . Nombre d’officiers de la flotte brevetes. Idem d’officiers de Royal-Marines. . Idem d’officiers mariniers. Pensionnaires externes de Greenwich. . Nombre des clercs de l’amiraute'. Idem de messagers de l’amiraute. Nombres d’enregistremens de pieces 1 79 2 - i 1800. 181 3 . CO CO CO 120 585 642 .34 111 100 24 65 7 2 322 >79 335 5'|8 507 44 2 864 1,001 747 690 2,095 3 ,l 67 i, 168 4,853 5 , 86 7 5 , 8 oi 692 - ,449 1,309 1 ,283 1 , 4°9 2,336 3 , 3 o 8 3,099 2,627 6,671 9,610 10,270 9 , 7 " 4,374 io,oS3 EN VI HON ENVIKO 17,582 35,000 35,000 1Ö 26 * 56 * 3o 3o i 5 >7 27 18 l l 99 8 3 , 4)7 8,068 4 , 7^7 4 , 9 6 9 Nous terminerons ce chapitre, en presentant sur l’expedition et sur l’ordre de la correspondance de Tamiraute, des details qui nous semhlent d’un grand interet : ils peuvent offrir des modeles au Service de nos ministeres. Tous les ordres adresses et tous les comptes rejus par l’amiraute , sont sous la forme de lettrcs. Les lettres sont repondues le jour meine de leur re'ception : pendant la guerrc , leur nombre moyen s’eleyait par jour a 3oo. Pour couduire, en tout temps, un aussi vaste service avcc une teile rapidite , voici comment on s’y prend. II n’y a que les affaires les plus importantes qui soient decidees par le conseil complet de l’amiraute. Par exemple , le mouvement des flottes, Ja fixation des forces navales etc Quant aux de'tails de la direction du Service , ils sont re'partis entre les divers lords. * Avcc divers clercs temporaires. ** U1 -' l’annee qui precede celle qu’indique cliaque colonne. 111. 9 ■PYi 11 -' 66 FORCEN AVA LE. Lc premier lord s’est reservu tout ce qui regnrde Ies nominaticns et les appoinfemens. Un autre lord a la direction de tout ce qui regarde l’armemcnt des flottes, en personuel j un troisieme la direction des arseuaux; uu quatriemc l’inspection des de'pcnses des ports , etc. Chacun de ces lords examine, Sans delai, toutes les lettres qui conccrnent la brauche du Service qu’il doit plus spe'cialement survciller. II plie une large corne ä l’angle inferieur de la lettre; cnsuite, sur le revers de cette corne , ll indique eu tves-peu de xnots le sens de la re'ponse ä rc'diger par le clief du bureau que regarde l’affaire dont il s’agit. La plupart du temps, les lords ne lisent pas les lettres expediecs en conformite de leurs ordrcs; mais , le clicf de bureau qui les ledige en est responsable vis-a-vis du lord ordonnateur, comme ce lord vis-a-vis du conscil. Les arcliivcs sont parfaitement tenues. Une division syste'matique de toutes les branclics- du Service , presente cent quatre ebapitres , subdiviscs en un certain nombre de sections nume'rote'es, ainsi que les ebapitres. Par consequcnt, deux nombres suflisent pour de'ter- miner une section quelconqne : les comniis des arebives savent, ces nombres par cceur. A mesure. que les lettres sont ouvertes et le sens de la reponse indique sur le pli d’cn bas (comme nous Pavons explique), eiles sont envoye'es au bureau des arebives ; on les- enregistre immediatemeut dans un enorme in-folio , appele Digeste. La marge du Digeste , ä Pextc'rieur , est tranchee par e'chelons qui correspondent a chacun des ebapitres de la division ge'ne'rale. Le numero du chapitre est sur la premierc page de chaque echelon. En correspondance avec cet echelon, il y a des pages pour toutes les sections du chapitre. Un commis lit rapidement chaque lettre envoye'e aux arcliivcs , enregistre chaque sujet different qu’elle contient, au chapitre et ä la section de ce sujet : en relatant tres-brievement ce sujet particulier , la date de la lettre et son nume'ro. 11 y a maintenant un second travail ä faire. Si les lettres se rapportent ä quelques indi- vidus , on fait une croix eu marge vis-ä-vis leur nom , et vis-ä-vis le nom du signataire. Ensuite on prend un gros registre alphabe'tique appele 1’ Index, oii I’on inscrit a son rang chaque nom marque de la sorte , ainsi que la date de la missive. Toutes les lettres, ä l’instant oü eiles sont refiies , sont marque'es, comme celles de la poste , avec un tirnbre indiquant le jour et Pannee. Par ce moyen , Pamiraute peut prouver elEciellement le jour oü eile a refti chaque lettre. On classe les papiers d’apres la premierc lettre du nom des signataires, en numerotant les pieces range'cs sous la meine initiale pour former une se'rie particuliere. Trois Cents lettres consecutives de la meme serie , composent une liasse qui, serre'e par des cordons entre deux cartons, forme un volume. Par ce moyen , en cherchant le nom de la meme personne dans toutes les anue'es de son Service , on peut trouver sans difficulte toutes les lettres qui la concernent, et les retirer momentane'ment de leurs Hasses rcspectives. Afiu de facilitcr les rechercbes , on distingue les lettres en trois classes : x°. celles des amiraux; 2 °. celles des capitaines et des lieutenans; 3°. celles de toutes les autres personues qui peuvent avoir affaire a 1 amiraute. Ces lettres sont enrcgistre'es sur trois colonnes dans P Index. On a soin de laisser assez d’espace , entre ces divers noms, pour inscrire un nombre süffisant de lettres. Quand les lords de Pamiraute veulcnt consulter quelque lettre , s’ils connaissent seulement CONSTITUTION DE LA MARINE. 67 le Sujet, on cherclie dans le Digeste ; s’ils connaissent seulement le nom du signataire, on clierclie dans Y Index. On ledige un yolume Digeste et un volurae Index par anne'e On a commence en 1809 ; 011 est remonte par la meme methode jusqu’en 1792. Ainsi , mainte- nant, on a toute la periodc des deux dernieres guerres. On garde dans la salle des arcliiyes , les lettres des deux dernieres anuces : parce que c’est ä peu pres dans ce laps de temps que se trouve la tres-grande partie des pieces a con- sulter pour Je Service courant : le reste est dans un de'pot du palais de l’amiraute. Avec un ordre aussi parfait, il est irapossible qu’aucune lettre soit e'garee, ce qui est cl’une graude importauce , surtout quand des re'clamans preteudent avoir e'crit ofliciellement. A cliaque instant , les lords et les sccre'taires de l’amuaute renvoient aux arcliives les lettres rejues, avec demande de renseignemens sur ces lettres meines , ou sur les personnes' dont elles traitent: en quelques rainutes les documens requis sont trouves; un des arcliivistes en ecritla substance , si cela peut se faire en peu de mots; mais si le sujet n’est pas susccp- tible d’unc analyse succincte , on fait passer sans retard les pieces originales. Lorsque les lords de l’amiraute changcnt, les nouveaux ont, du premier abord , autant de facilite que les anciens pouvaient en avoir acquis , par une longue habitude , pour rc- courir aux jdocumeus ofliciels de chaque espece d’afTaires; ils n’ont qu’ä demander les pa- piers raarques daus le Digeste sous le titre unique de l’objetqui les occupe. O11 tient un registre special des noms et des Services de tous les ofliciers de la marine, Par ce rnoyen , quand le premier lord a quelques avancemens ä faire , ou quelques destina- tions ä donner , il peut savoir quels sont les ofliciers qui me'ritent la pre'fe'rence. M. Finlaison , auquel 011 doit l’organisation actuelle des archives , n’a pas obtenu , pour cet eminent Service , la plus le'gere re'compense. CHAPITRE II. Amiraux des flottes. ( Etat major general. ) V 01 ct quels sont les grades des ofliciers generaux de la marine, et leur assimilation aux grades de larmee de terre. i cr . amiral ¥ ■ amiral; vice-amiral ■ contre-amiral; cornmodore. Marechal; ge'ne'ral ; licut. gene'ral ; major general ; brigadier general. Les ofliciers generaux de cliaque rang sont diyises par ordre * On l’appelle Yamiral de la flotte. C’est maintenant un prince du sang ( sindcuriste), qui n’a jarnais eommandc d’armee navalc , et n’excrce aucune fonction h terre. 68 FORCEN AVA LE. d’auciennete, enlre les Irois escadres appelees rouge, blanche et bleue, d’apres le pavillon qui les dislingue. L’amiral en chef porte le pavillon imperial de l’union arbore au grand mat. Les autres generaux portent un pavillon de la couleur de Fescadre dont ils Fontpartie, suivant leur rang d’anciennete. D’ailleurs les amiraux, vice-amiraux et coutre-amiraux, portent respecli- vement leur pavillon au grand mat, au mat demisaine, et au mat d’artimon, corame d^ns nos armees navales. Le commo- dore prendrang apres les contre-amiraux, mais porte le meine pavillon : c’est un capitaine de vaisseau temporairement invesli d.’un commandement general. On comptait en 1820 : 67 amiraux; 63 vice-amiraux ; 69 coutrc-amiraux. Total 199 olficiers generaux. Quelque formidable que soit encore la marine britannique, un tel etat major est au-dela de lout rapport avec le reste de la force navale 5 et nous sommes bien loin de presenter, comme un modele, une pareille disproportion entre les hauts grades et les grades inferieurs. La marine anglaise a deux grades d’officiers generaux, que n’a pas la marine francaise : Fun permanent, c’est celui des amiraux^ lautre temporaire, c’est celui des commodores, qui correspond au rang de nos anciens cbefs de division. Ainsi l’a- vancement est plus certain et plus rapide sur la flotte de la Grande-Bretagne que sur la notre; i°. parce quele nombre des hauts grades est plus grand • 2 0 . parce que le nombre des places dans cbacun de ces grades est plus considerable, proportion gardee avec les places dans les grades inferieurs. L’avancement des amiraux anglais est d’ailleurs invariablement fixe par l’anciennete : en concurrence de Service, et a grade egal, c’est toujours eile qui donne le commandement.- Lorsque Nelson, par une vaillance et des talens extraordi- naires, eutenleve, pour ainsi dire, de vive force les suffrages CONSTITUTION DE LA MARINE. Gg de l’amiraute d’Angleterre, onlui confia, quoique simple conlre- amiral, le commandement del’escadre qui remportala victoire d’Aboukir. Cependant, malgre ce beau triomphe, il ne recut aucun avancement extraordinaire. Le jour meine ou il vainquit a Trafalgar, quoiqu il commandat la plus grande armee navale que FAngleterre eut alors, il n etait porte sur la liste de la marine, que comme Yavcint-dernier des vice-amiraux. Pour respecter la regle de l’anciennete, il avait fallu ne mettre, sous les ordres de Nelson, que les plus jeunes officiers generaux : cela servit prodigieusement a donner ä ses operations cette rapidile, cette vigueur et cette audace qui les ont rendues si memorables. L’officier general qui commande une flotte, ou une Station, prend le titre de commancleur en chef. Il ne recoit d'ordres que de Famiraute, par la voie du premier secretaire, auquel il adresse ses rapports et ses depeches officielles. Il correspond avec les grandes administrations maritimes, pour les diverses branches du Service : comptabilile , travaux , vivres , etc. Le commaudeur en chef est Fintendant de sa propre flotte : les lettres de change tirees sur le tresorier, pour le paiement des gens de mer et des officiers, sont signeespar lui, sous s a resp ans ab ili/e pecuniaire. Les billets passes pour des acliats, sont tires sur le Conseil naval, par le commandeur en clief, et sous sa responsa- bilite. Le regiement prevoit tous les cas qui peuvent se presenter dans les ports etrangers ou exterieurs *, pour le radoub des ba- ¥ Dans les ports diriges par iin commissioner du conseil naval, les commandeurs en chef n’exercent aucune autorite. Mais dans les autres ports , ils ont ä la fois l’autorite d’amiral et celle de commissioner. Ils dirigent les travaux et la coraptabilite' de l’arsenal, rendent compte au conseil naval pour ce qui concerne ces operations , et sont oblige's de se con- former aux regles etablies pour ce genre de Service. D’apres ces motifs , lorsqu’un amiral prend le commandement en chef d’une force navale , il demande et rejoit copie de tous lesreglemens generaux des ports et arsenaux, ainsi que de tous les marche's neccssaircs ä connaitre par un commissioner du conseil naval dirigeant un arsenal. Vovez livre suivant, et liv. v. 70 FORCE NAVALE. timens de la flotte , l’affrelement d’embarcations et de navires, et tous les details importans de l’adminislration maritime. Des qu un commandeur en chef a sous ses ordres dix vais- seaux de ligne, il a le droit d’avoir , pour le seconder, un chef d’elat major general, appele capitaine de la flotte : c’est un oflicier general, ou l’un des plus anciens capitaines de yaisseau. Meine s’il n’est que capitaine, il a le rang et la solde d’un contre- amiral. Les ordres qu’ il donne au nom du commandeur en chef doivent efre executes par tous les officiers de la flotte, quel que soit leur grade. C’est ä lui que doivent etre adressees les de- ftiandes extraordinaires de vivres, de matieres, de travaux, etc., que le commandeur en chef a seul le pouvoir d’accorder ¥ . Observons, comme une chose importante, que le capitaine de la flotte tient un journal hahituel et regulier des operations de Farmee navale; il suit pour cela la forme iudiquee par le commandeur en chef, qui, tous les trois mois, adresse ce journal au secretaire de Famiraute. Une arme'e navale se compose d’un certain nomhre d’escadres, et chaque escadre d’un certain nomhre de divisions , comman- dees respectivement par des vice-amiraux ou des commodores. Ce qui me parait caracteriser l’excellence de la distrihu- tion des pouvoirs de la flotte anglaise, c’est la grande etendue donnee aux attrihulions des ge'ne'raux d’escadre et de division. Ils ne sont pas seulement charges, comme en France, de repe'- ter les signaux du commandeur en chef, et de guider, oupour parier plus coi’rectement, d’aller devant les colonnes de marche ou de combat. Ils sont les inspecteurs immediats de la disci- pline, du hon ordre, de la proprete, de l’instruction de tous les batimens places sous leurs commandemens respectifs ¥¥ . * Tous les e'tals de Situation des divers batimens, des divisions et des escadres, sont remis- au capitaine de la flotte , pour qu’il les mette sous les yeux du commandeur en chef. ** Les instructions qui conccrncnt le Service des commandac» d’escadre et de division CONSTITUTION Df- LA MARINE. 71 En France, le moindre capitaine d’un batiment de guerre se croit le roi, ou plutot, le despote de son bord. II ne concoit pas qu un officier general ait le droit de s’y transporter pour s’enquerir par ses yeux de la maniere dont s executent les detads du seryice ; et c’est deja beaucoup si, dans les evolutions, ce capitaine veut bien s’abstenir de ne pas desobeir aux signaux qui lui tracent la conduite de son batiment. Ce fatal esprit d’insu- bordination, plus grand avant la revolution que depuis cette epoque, a besoin d’etre deracine de la marine francaise pour quelle obtienne jarnais des succes dune grande etendue. Solde. Le i er . janvier 18x7 , on a un peu cbange les appoin- lemens des officiers generaux , et porte leur Supplement de solde a la mer, comme commandeurs en clief, de 3 a 6 1. st. Ils recoivent d’ailleurs comme Amiral cn clief , arairal , vice-amira] , conlrc—amirat. L. st. 2,190.- i, 835 . 1,460. 1)095.. Croira-t-on que pendant le dix-huitieme siede, le gouvernement britannique allouait aux officiers. generaux de mer , la solde du nombi’e suivant de domestiques ?- Amiral de la flotte f amiral , yice-amiial , contre-amiral. 5 o. 3 o. 20. i 5 . Eil 1806 011 fit cesser cet abus; rnais 011 augmenta, par com- pensation, la solde des officiers generaux. Dans, le rapport adresse par ramiraute , au prince regen t, pour provoquer le regiement da I er . janvier 1817, on fait voir que, lualgre Taug- mentation qui re r sulte des fixations proposees, les officiers generaux de mer ne jouissent pas d avanlages pecuniaires plus grands que ceux qui leur etaient accordes plus d un siede au- nous semblent d’une teile importance, que nous croyons devoir les presenter dans toute leur etendue, a la fln de ce chapitre. FORCE N AVALE. 72 paravaat, lorsque l’argent avait une valeur presque double de la valeur actuelle. Malgre cette augmentation , les amiraux jouissent d’appoin- temeas et de supplemeas de solde beaucoup moins forts que ceux des officiers generaux de terre ayaat des grades et des commandemens correspondans : c’est ua fait qui merite detre remarque. L’amiraute motive cette inferiorite, ea faisaat voir qu’il y a , proportion gardee, beaucoup plus tVamiraux que d’officiers generaux , commandant pendant la paix ; et que pendaat la guerre, les parts de prise des amiraux formeat une ample additioa a leurs emolumens. Quant aux traitemeas de table, l’amiraute obserye qu’oa etait souvent oblige d’allouer a des contre-amiraux les appoin- temens d’amiraux, pour qu'ils pussent suffire k cette depense. « Si notre proposition n/elait pas adoptee, disent les lords de l’amiraute dans leur rapport au priace regeat, nous serioas obliges de proposer ä votre altesse royale, d’eteadre la meine iaveur a tous les commaadans ea chef des statious exterieures. » Ces observations font connaitre quelles depenses enormes les amiraux aaglais se croient obliges de faire pour leur table car, ä luxe egal, la depense dun amiral aaglais, francais ou hollandais commandant une Station daas les mers d’Afrique , d’Amerique ou de rinde, deyrait etre la meine : or celle des ofliciers geaeraux des autres nations est inüniment moins considerable. Extrait des r'eglemens surle Service ä la mer, sec. m, ch. 1. CJ/iciers generaux de la marine, non commandans en chef. 1. Chaque oflicier general de la marine scrvant dans une flotte , mais ne la commandant pas en clief, doit surveiller avec grandc attention tous les yaisseaux de l’escadre 011 division sous ses ordres. II doit veiller ä ce que leurs equipages soient convenablement disciplines j ä ce que tous les ordres , tous les reglemens soient ponctuellement executes; ä ce que le ma- * Lorsqu’on nommc un amiral ä quelque commandement e’loigne , on lui paie »ix mo*s de solde en ayance , pour qu’il puisse suffire ä ses frais d’installation. CONSTITUTION DE LA MARINE. ^ tdriel, les provisioas et l’eau soient tcnues autant au complet, et les vaisseaux sous tous les rapports , autant en e'tat de Service , que les circonstances le permeüent; ä ce que les ma- telots et les soldats de marine soient souvent exerces dans leurs dcvoirs respectifs; a ce que les vaisseaux soient parfailement propres ; ä ce que toulcs les prccaulions convcnaliles soient prises pour conserver la sante des e'quipages. 2 . Chaque officier general de la marine e'tant responsable , envers le commandeur en chcf, du bon ordrc et de la discipline de l’escadre ou division qu il commande , toutes les presen- tatious de rapports sur l’e'tat des vaisseaux et sur leurs defauts , toutes les demandes de reparatious ou de radoubs, de mate'riel ou de provisions; enfin, toutes les representations sur la Situation des equipages, ou sur la conduite des officiers et des matelols, doivent etre faites ä l’officicr ge'ne'ral commandant immediat de la division. Cet officier en rcnd compte au commandant de I’escadre dont la division fait partie , ct le commandant de l’escadre au commandeur en clief: cxcepte' pourtant les cas ou ce commandcur autoriserait l’un de ces ge'nc'raux ä donner immediatcment les ordres que les circonstances rendraient necessaircs. 3. Chaque officier general doit enjoindre aux capitaiues sous ses ordres , d’observer la plus stricte economie dans l’emploi du materiel; il doit examiuer avec soin toute demande de fourniturcs , et les causcs qui Font ne'cessitee. Il doit rendre compte au commandeur en clief, de toute profusion ou negligence qu’il aura remarque'e; alin que l’officier qui en est coupable puisse etre traite comme sa conduite l’aura merite. 4 . A la mer , chaque officier ge'ne’ral doit veiller specialement ä ce que le vaisseau qui porte son pavillon , et les bätimens de l’cscadre ou de la division sous ses ordres, conservent cxactement leur poste : quel que soit l’ordre de marclie ou de combat. Il doit etre tres- attentif ä la maniere dont les diverses evolutions sont execulees par les vaisseaux sous son commandement spe'cial , et redresscr toujours imme'diatement par un signal , ou par une autre voie qu’il jugera plus convenable , tout manque apparent d’aetivite ou d’cfforls, et toute marque de ne'gligence ou de meprise. 5. Le commandant d’une escadre ou d’une division, peut redresser , par un signal ou au- trement , la me'prise ou la negligence d’un vaisseau , dans une escadre ou division autre que la sienne , chaque fois qu’il est probable que , d’apres les positions relatives, ce vaisseau ne peut pas etre vu distinctement par l’officier ge'ne'ral commandant l’escadre ou la division ä laquelle il appartient; ou chaque fois qu’e'tant en pre'sence de l’ennemi, l’officier general commandant cette escadre ou cette division (quelle que puisse etre sa Situation), ne redresse pas lui-meme immedialement cette ne'gligence ou cette me'prise. 6 . Dans un combat, chaque officier general doit observer tres-altentivement la conduite des vaisseaux qui l’avoisinent, qu’ils soient ou ne soient pas de son escadre ou de sa divisiou. Il doit, ä la fin du combat, en rendre compte au commandeur en clief, pour que chaque officier puisse etre loue ou censure comme sa conduite l’aura merite reellement. Si quelque officier gdneral ohserve qiiun vaisseau esquive evidemment le combat , ou ne fait pas bien son devoir , il doit imme'diatement envojer un officier pour süspendre le capi- laine dece vaisseau et pour en j)rendre le. commandement ä sa place. Si pourtant le vaisseau n est pas sous ses ordres, il devra en meine temps (lorsque les circonstances lein. IO 74 FORCE NAYALE. permettront ), en donner avis ä l’officier general de l’escadre ä Jaquelle appartient ce vais- seau ; afin que celui-ci puisse , s’il Je juge convenable , envoyer un de ses ofliciers pour en prendre Je commandement. 7. Si quelque officier est tue dans le combat , son pavillon doit etre tenu flottant, et les signaux necessaires doivent etre repe'te's et donnes de Ja meme maniere que s’il etait encore en vie : jusqu’ä ce que le combat soit termiue , et que le commandeur en chef ordonne d’a- mener ce pavillon. Mais on doit informer , avec toute la diligence possible , Je commandeur en clief et l’officier gene'ral le plus yoisin , que tel amiral vient de mourir ou d’etre mis bors d’etat de Commander. CHAPXTRE III. Grand etat mafor des bälimens de guerre. La hierarchie des grades et la repartition des emplois, sur les Lälimens de guerre, differant essentiellement dans les marines de France et d’Angleterre , il importe de bien connaitre la na- ture et les effets d’une teile difference. Dans la marine anglaise, le rang et le traitement des capitaines et des ofliciers subalternes , dependent essentiellement de la Classification du nayire sur lequel ils sont appeles a servir. II y a sept rangs de bati- mens de guerre : les six premiers rangs sont appeles bätimens cle p oste / parce quils donnent ä ceux qui les commandent un poste invariable dans la liste d’avancement. Le commandement des navires des quatre premiers rangs qui comprennent les vaisseaux et les grandes fregates, est re- serve aux capitaines qui ont au moins trois ans d’anciennete dans leur grade, et leur donne un rang assimile a celui de Colonel. Le commandement des navires des 5 e . et 6 e . rangs, c’est-a-dire, des petites fregates et des corvettes, ne donne aux capitaines ayant moins de trois ans de Service , que le rang de lieutenant colonel. Les ofliciers appeles au commandement CONSTITUTION DK LA MARINE. 7 5 des navires de la 7°. classe, quand ils sont commandeurs , sont assimiles aux majors. Enfin, viennent les lieutenans de vaisseau qui sont assimiles aux capitaines de Iroupes. Nombre et solde mensuelle des marins embarques sur des bätimens de haut-bord. RANGS DES VAISSEAUX. GRADES. I. I Capilaine. . . . f i cr . lieutenant *. . II. < Tous les autres lieut I Maitre. Second maitre. . . Chapelain. Boursier. Chirurgien . . Canonnier *** (t). Contre-maitre passe' Idem non passe Aspirant passe'. . . Idem non passe. Aide-chirurgien ** Giere du capit. (3) Maitre es-armes ( 3 ' Aide-canonnier (4 Tonneliier ( 5 ). . . Aide-voilier (6). . »Cook du navire. . 'Volont. i re . classe. Gens du canoun. (7' Matelot habile (8). Idem ordinaire (rp Idem novice (10). 1 Mou sse. 2°. classe. VII. < Idem. 3 e . idem. . Veuves. III. IV. V. VI. } 8 ( SOLDE, f. C. l 534 ,l 7 287.50 23 o.OO 3 a 5 , 8 o 187,15 3 o 6,65 I34; I 5 2 e . 2 2 SOLDE. es f. C. I i 34 a, 5 o • 7 - 287,50- 23 o,' 0. I 3 1 6,45 I j 3 7,15 I 3 o 6,65 I r i 5 , 8 o I SOLDE, f- C T91,06 «{ ’$S) "{ 172,50 io5,4o-v 86 . 25 } 86 , 25 . 57,50) l6{ 1 i?o,S3 287,00 2 ^ 0,00 287.00 137,i 5 306,65 11 5 .00 t53,3o io5,4o ■ 76,65 f 86 , 25 -, 87,60) g cd 4 e - SOLDE. f. c. V , 0 » 5 \ SOI-üE f. 0. 1 9 «. 75 I 767,05 5 2jO,no 255,80 4 23o-00 ] 1 23 o ,00 I 137.1 5 i 1J 5.00 I 3o6,G5 1 3.16.65 I io 5 , 4 o 1 io 5 4 ^ 1 )) I 1 3 j. t 5 1 r24. iS , oi>,8o^ r 86,25-t , 76,65. I0 { 47-9''} SOLDE 200 . f 210 3 o 6,06 ! l 5,00 • 86,25 67,05 76,65 3 » 3 )) 3 » 2 I )) I 1 11 5 ,00 I io 5 ,oo 1 io 5 ,oo I 95,80 I 86 a 5 I 1 62,5o I 60,00 1 57, 5 o 1 55 ,oo 1 52, 5 o I 5 55,00 4 53,75 3 5i,25 2 48 75 2 46,25 2 1 55 ,on I 53,75 1 5i a5 I 48.75 1 46,25 1 1 48,75 I 47.60 T 46 a 5 1 4500 I 43,75 T 1 63,75 T 64,35 I 64.35 1 64,35 1 (> 4,35 T 8 25,00 7 25,00 6 25,00 4 25.00 4 25,00 3 25 42. 5 o 40.00 3 0.00 26.25 22 I 42, 5 o )ans tous Idem Idem 20 Les ra 4a, 5 o ngs. i 3 42, 5 o TO 4a, 5 o 8 i 3 i 5 , 3 o 12 i 5 , 3 o 10 i 5 , 3 o 7 i 5 , 3 o 6 i 5 . 3 o 5 18 i 3 , 4 o !7 i 3 , 4 o 16 i 3 , 4 o 11 13,4,1 10 1 3,40 91 9 4o,oo H 0 0 0 6 4o,oo 5 4'),00 3 40,00 2 * Apres 7 ans de Service. Paye d’apres des reglemens spe’ciaux. Assimilation : Dans les notes suivantes nous indiquerons de son nom simple chaque officier et petit affiner qui est seul de son rang • six chiffres ecrits ä la suite du nom des autres mdiquent leur nombrepour les six rangs de bätimens. (1) Boatswain , charpentier. — ( 2 ) Maitre d’ecole. — ( 3 ) Armurier , calfat , cordier , voiher , aide-charpentier, 2 pour chaque batiment. —(4) Aide-boatswain, 8, 7, 6, 4 , 3,2; caporal du navire , 2 pour chaque bätiment; quarlier-maitre 12,12,9,6,5,3; patron du capitaine , 1 pour chaque batiment; idem du grand canot , 1 pour idem j patron FORCE NAVALE. 76 Dans ce tableau les clxiffres romains places en ayant des divers grades, designent aulant de classes instituees pour le par- tage des prises faites a 1’ennemi ( Voyez liv. yx , ch. 4- ) Ainsi qu’on Ie voit par le meine tableau , dans la plupart des grades , la paie est d’autant plus forte que le rang des vais- seaux est plus eleve. Par consequent, sans changer le grade d’un officier, il suffit de le faire passer sur un plus grand bä- timent pour ameliorer sa Situation. II resulte de la que les of- liciers anglais doivent toujours tendre a monier des navires d une plus grande force. Par desreglemens bien differens , aucun avantage particulier n’est attacbe, dans la marine francaise , au Service des plus grands batimensj au contraire, il y a des desavantages qui en eloignent les officiers habiles. Un capilaine de fregate, com- mandant en second un yaisseau du premier i-ang , est beaucoup moins bien traite que s’il commandait un brick. Que dis-je! il est moins bien traite que l’enseigne qui commande une goelette ! Un capilaine de yaisseau ä trois ponts, ayant a bord un officier general, est moins bien traite qu’un lieutenant commandant une corvette. Aussi, choisit-on pour capilaine de pavillon, le plus novice ou le moins protege de l’escadre : yoilä connnent nos amiraux sont secondes. D’apres ces considerations, on peut juger quel est celui des deux systemes qui fournit les meilleurs officiers aux yaisseaux de la pinnace i , I, I; gardien des signaux , i pour les cinq premiers rangs ; capitaine de la cale, i pour les cinq premiers rangs; capitaine du gaillard d’avant, 3 , 3 , 3 ,2, 2, 2. — ( 5 ) Aide-armurier, 2,2,2, 1, 1 , 1; aide-calfat, 1 pour les quatre premiers rangs. — (6) Capitaine de la hune de misaine , 3 , 3 , 3 , 2,2,2; idem de la grande hune ( meme nombre); capitaine de l’arrierc ( idem ,); capitaine du mät ( idem). — (7) Gens du charpentier, 18, 16, 14, 12,8,6; idem du voilier, 2,2,2,2, 1, 1; idem du tonnelier (meme nombre). — (8) Gardien du canonnier ; idem du boatswain ; idem du cliarpentier. — (g) Aide-cook , barbier, Steward du boursier ; idem du capitaine ; cook du capitaine. — (10) Aide du Steward. CONSTITUTION DE LA MARINE. 77 de ligne, c’est-ä-dire , en definitive, aux seuls hätimens qui de- cident du succes dune guerre maritime ?... Revenons a la marine anglaise. A l’amiraute seule appartient de nommer les lieutenans, les commandeurs et les capitaines: cependant, lorsqu’un amiral doit remplir une mission importante et lointaine, l’amiraute lui delegue parfois une partie de ses pouvoirs ä cet egard. Pour etre nomme capitaine, il faut avoir rempli, pendant au moins une an nee , les fonctions de commandeur. Pour etre nomme commandeur, il faut avoir servi, pendant deux ans au moins, comme lieutenant. Enfin, pour etre recu lieutenant, 011 doit etre äge d’au moins dix-neuf ans , avoir navigue sur des hätimens de guerre pendant six ans complets , dont deux avec le rang de contre-maitre ou d’aspirant *. 11 faut en outre que le candidat ä la lieutenance produise des certificats de honne con- duite et de hon Service, delivres par tous les chefs sous lesquels il a navigue , et qu il soutienne les examens prescrits par l’ami- raute. Cependant, lorsquun officier est ohlige de partir avant de les avoir suhis, il peut les suhir ä la mer, d’apres les ordres du commandeur en chef. Alors, le candidat est examine par trois des premiers capitaines deTarmee navale. Le plus ancien des lieutenans employes sur un hätiment, a le titre de premier lieutenant; il est charge des details du Service, ä peu de chose pres, comme le sont nos lieutenans en pied. Ainsi, les Anglais n embarquent pas de capitaine de fregate pour servir de second sur les vaisseaux. Le capitaine est cense tenir lui-meme la comptahilite generale de son vaisseau. A cet effet, l’etat lui donne un secretaii’e (clerk ) pour le seconder dans ses fonctions. Mais, le capitaine * Pour l’avancement des elevcs du College royal de Portsmouth, voyez liv. I er ., ch. 6, & Indes et travaux. 78 FORCE NAVALE. reste personnellement responsable de la tenue des comptes et des reglstres d’ordre , de i-evue, etc. Le maitre du batiment, qnoique subordonne ä chaque lieu- tenant, lorsque celui-ci coramande le quart, est Charge d’un Service special pour lequel il ne prend que les ordres du capitaine ou du premier lieutenant *. * Le maitre pre'side a l’arrimage : les cables , les volles, le grccment, etc. , sont les objets materiels soumis ä son inspection directe et constante. La timonerie est sous sa di- rcction; c’est lui qui, chaque jour , de'termine la longitude et la latitude ; il pre'side aus sondes et survcille le pilote du batiment; preparo tout pour les mouillages et les appareil- lages , etc. Un maitre instruit , tel qu’il doit l’etre pour remplir les fonctions qni lui sont confie'es, est un homme tres-rare, et qui n’a que le nom de commun avec nos maitrcs d’e'quipages, dont la plupart, surtout dans la Mediterranee , sont d’une extreme ignorance. Les reglemeus prescrivent au capitaine d’ordonner au maitre, lorsqu’on jette l’ancre dans un port ou dans uue rade qui n’est pas parfaitement connue , et dont on n’a point une carte exacte , de sonder tout autour du batiment, au moins ä trois cncäblures de dis— tanee , pour voir si le fond ne pre'sente pas de rocbers, etc. Pour donner une ide'e de l’importance des fonctions du maitre d’un navire, et de cet espril du gouvernement anglais , qui lui fait saus cesse diriger les opc'rations de sa force navale vers des objets utiles au commerce britannique , nous extrairons les articles suivans des reglemens du Service ä la mer. Sect. v, eh. 4- Capitaine. La rechercbe d’une connaissance exacte de toutes les cotes elrangeres , et des harbours, baies et rades qui s’y trouvent; la fixation precise de leurs longitudes et latitudes; la Variation de la boussole , les venls et courans qui y regnent, les dangers que presente leur ahord , et les moyens d’eviter ces dangers ; la disposition des habitans , les productions du pays , et les fournitures qu’il peut faire aux vaisseaux et aux flottes : toutes ces connais- sances doivent tendre sensiblement ä ame'liorer le commerce national, et devenir d’une grande importance pour le Service de sa majestc. Il est expressement enjoint a cbaque capitaine , dans quelque partie du monde qu’il soit employe , de s’appliquer a obtenir les meilleurs renseignemens possibles sur tous ces points, et suf tout autre sujet qui puisse en quelque maniere tendre ä perfectionner la navigation , ou ä augmenter. les conuaissances nautiques. Il doit donner l’ordre ä tous les ofliciers sous son commandement, qui cn sont capables , de delerminer avec la plus grande precision la latitude et la longitude de chaque port ou l’on arrive , de chaque promontoire que l’on rencontre , et d’observer les hauteurs et, les directions des tnare'es et des courans. Il doit ordonner au maitre de tenir un livre conforme au modele prescrit par l’amiraute , et d’inserer dans les diverses colonnes le rap- port le plus exact et le plus eirconstancie qu’il pourra obtenir sur les sujets auxquels sont destinc'es ces colonnes. Afin de le mettre en e'tat de s’aequitter de ce devoir ; il doit lui donner CONSTITUTION DE LA MARINE. 79 Les mailres, comme les officiers de beaucoup cFautres gracles, sont d’autant plus payes qu ils servent sur des batimens plus forts ; et ce sout les plus anciens, comme plus experimentes , que l’on prefere pour ces batimens : le maitre d’uu vaisseau du premier rang est plus paye que le premier lieutenant. O11 ne parvient au grade de maitre qu’apres ayoir servi comme aide et comme second maitre; il laut, pour chaque tle- gre cVavancement, subir des examens speciaux sur la pratique et la theorie des fonctions dont nous yenons de donner Fid.ee . O11 peut passer du rang de maitre au grade de lieutenant, et ordre de visiter toutes les cötes oü l’on aborde, chaque fois que le Service le permettra ; il doit en outre ordonuer ä quelques habiles ofliciers, d’aider le maitre a faire cetle yisite, a dresser des cartes et ä dessiner des yucs de la cöle ; il doit pour cela mettre des canots k la disposition du maitre , toutes les fois qu’ils seront disponibles. Le capitaine doit lüi-mcme examiner les rapports consigne's dans le registre d’observalions; les corriger, les ame'liorer, les augmenter , autant que ses propres observations le mettront en e'tat de le faire , et signer ce registre coujointcment avee le maitre. Quoique les sujets speciaux des renseignemens a fournir soient de'signes dans le modele , on ne doit point borner la les observations; il est prescrit de les etendre k tous les autres objets qu’on croira pouvoir etre utiles pour les flottes de sa majeste, ou avautageux pour le commerce. Le capitaine doit faire scs observations , non-seulement sur les cötes qui, visite'es rarement, ne sont que peu connues mais encore sur celles que l’on frequente beaucoup et qui de'jä ont ete e'tudie'es; il doit verificr l’exactitude des cartes qu’il peut avoir en sa possession, donner son avis a cet e'gard, et marquer les erreurs qu’il y pourra decouvrir. Lorsqu’il obtient des renseignemens sur l’un de ces sujets , de quelqu’autre personne , il doit noter de qui il les tient et ses raisons pour croire qu’ils sont vrais ou faux. 11 doit avoir soin de faire lui-memc , et donner ordre au maitre de faire toutes les observations possibles sur la navigation de la Manche , et sur les cötes du royaume-uni. 11 doit envoyer ä l’amiraute', dans un paquet bien cachete , une premiere copie du registre d’observations, lorsqu’il envoie son livre de loch, k la fin de chaque trimestre; et une autre copie lorsqu il envoie un double de son livre de loch : copies qui doivent etre accompagnees de toutes les observations , cartes , vues , etc., faites pendant le trimestre auquelse rapporte le livre envoye. Comme l’accomplisscmeut de ce devoir est d’une trop haute importance pour qu’on puisse s’eu dispenser , -excepte dans les cas de necessite absolue, le capitaine qui ne remplira pas cette täehc devra donner les raisons les plus sa- tisfaisantes sur chaque cas oü il serait en defaut. Mais dans l’execution de ce devoir, il doit, avee grand soin , e'viter de donner aticun sujet d’offcuse, a une puissance quelconque ainic de sa majeste. FORCE N AVA LE. Ho parvenir de la Sorte ä toutes les dignites de la marine militaire. C’est un tres-grand et tres-bel avantage offert a lemulation de tons les liommes de 1 equipage , qni sont studieux et qui tachent de joindre les connaissances theoriques ä leur savoir pratique. Si nous considerons la filiation ge'nerale du Service, parmi leS ofliciers, nous verrons que dans chaque grade on suit invaria- hlement l’ordre d’anciennete, quant a la preseance et au com- mandement. Mais, on peut etre avance du rang de Lieutenant au rang de commandeur, et de ce rang ä celui de capitaine , sans egard a l’ordre d’anciennete. II suflit pour cela de recevoir suc- cessivement, a un an d’intervalle, le commandement d’un petit batiment de guerre et d’un batiment de poste ( post ship ). Des qu’un oflicier arrive a ce dernier commandement, par ordre de l’amiraute, il prend in variablement son poste dans la liste des ofliciers superieurs, et suit son rang d’anciennete jusqu’a ce qu’il devienne a son tour contre-amiral, vice-amiral et amiral. Pour elever en grade des capitaines qui jouissent d’un me- rite ou d’une faveur extraordinaire, il faut avancer ou renvoyer du Service tous les officiers incapables qui se trouvent avant ceux-la, sur la liste de leur grade; enfin, le seul moyen qu’ait l’amiraute pour arreter l’avancement des capitaines incapables, ou qui deplaisent, c’est de les mettre en retraite. Le tres-petit nombre d’ofliciers ainsi remercies du Service, montre que le gouvernement fait, de ce moyen violent, un usage fort modere. L’ordre invariable d’anciennete presente, commeon voit, de bien graves inconveniens : cependant, il n’estpas sans avantages. Il rend cei’tainement les passe-droits plus difficiles et plus rares que dans tout autre Systeme. Il ote , il est vrai, un moyen puissant d’emulation : celui d’un avancement immediat et cer- tain , accorde corame re'compense ä de belles actions. Mais le gouvernement possede encore un grand moyen de reconnaitre des Services signales, et de mettre en e'vidence les talens ou CONSTITUTION DE LA MARINE. Bl les courages extraordinaires : c’est d’accorder des commande- mens plus ou moins imporlans aux ofüciers generaux et supe- rieurs. Ainsi, par exemple, un capitaine qui se sera distingue dune maniere eclatante , pourra , quoique peu ancien dans son grade, recevoir le commandement d’un vaisseaude ligne j tandis que des ofüciers tres-anciens, mais moins marquans, n’auront a commander que des fregales ou des corvettes. Or, cette re- compense n’est pas purement honoriüque \ car, ainsi que nous l’avons dit, la solde des capilaines est proportionnee a la force des batimens qu’ils commandent. Si nous comparons le sort des ofüciers de la marine et des ofüciers de Farmee, en Angleterre , nous verrons d’abord que l’a- vancement n’a rien de venal dans Farmee navale oü les grades ne s’achetent pas. Le marin le moins riebe peut donc parvenir, Sans obstacle, du rang le plus bas au rang le plus eleve. Nelson, mousse ä bord d’un baliment ebarbonnier, peut passer sur un batiment de guerre; y devenir officier , non par son argent, mais par sa yaleur 5 s’elever au rang d’amiral, et mourir pair d’Angleterre. Dans Farmee de terre, il se füt certainement eleve jusqu’au grade de sergent, mais il l’eüt difücilement depasse. II faut cependanl mettre dans la balance, comme un avan- lage moindre pour les capitaines de vaisseaux ( mais beaucoup plus grand pour les equipages ) , que les batimens de guerre ne sont pas pour ces capitaines, comme les regimens pour les colonels, des fermes exploitees a viager, d’apres un achat legal. Conyenons, lout balance, que, malgre ses graves defauts, l’avancementest regle dans la marine anglaise, suivant un ordre preferable a celui qu 011 observe dans Farmee de terre. Anciennement, la solde des ofüciers de yaisseau presentait une foule de deiluctions et d’additions temporaires, connues sous le nom de compensations; ce qui rendait la comptabilite des salaires, dune administration aussi difücile que compliquee. HI. Tt 82 FORCENAVALE. Par ordonnance royale du i cr . janvier 1817, on a beaucoup simplifie cette partie importante du Service. On a fixe des ap- pointemens nets , francs de deduction , et remplacant tonte compensation. On a d’ailleurs, dans cliaque grade, diminue de Leaucoup les diverses classes d’appoiutemens *. Le nouveau tarif de la solde semhle, a Leaucoup d’egards, proportionner avec plus d’equite les salaires de cliaque grade, a l’importance et ä la difiiculte des fonctions de ce grade. Pres- que tous les officiers ont gagne quelque cliose aux nouvellcs fixations. Mais ceux qui, proportion gardee, etaient les mieux payes, ont recu tres-peu d’augmentation, taudis que le sor! des autres est tres-sensiblement ameliore. O11 embarque un cbapelaiu sur tous les bätimeus de baut bord **. Tout cbapelaiu entrant dans la marine , n’y est admis pour aucune Station speciale , ni pour aucun navire exclusive- ment, mais pour le Service en general. S’il refuse, ou seulement s’il neglige de remplir ses devoirs, quelque destination quil ait recue de l’amiraute, on eflace son 110111 de la liste d’activile. Pour etre cliapelain entretenu de la marine , il faut apjiar- tenir a Teglise-unie d’Anglelerre et d’Irlande} avoir recu la pretrise, et produire des certificats de bonne conduite et de ca- pacite. A defaut de pretres, on admet aussi des diacres, pourvu qu’ils s engagent a recevoir la pretrise, dans 1111 temps fixe. + Autrefois, par exemple, la solde des capitaiucs se composait d’un premier salaire, egal pour tous , et d’une haute-paie qui ne variait pas seulement pour les six classes de biltimens dejioste , mais pour les diverses subdivisions de cliaque classe : il y avait, par exemple , six subdivisions dans la 3'. classe. ** Sect. v, ch. 4' Capitaine. Aucun vaisseau ne doit aller en mcr sans avoir de cliapc- lain , si l’on peuttrouver un ccclesiastique recommandable et d’une bonne moralite, desireux d’etrc attache ä ce vaisseau. Le capitaine doit veiller soigneuscment a ce que les officiers et les inarins sous son commandement, aient pour le cliapelain rattention et le respect dus au caractere de cet ccclesiastique. Il doit doriner des ordres pour que, tous les dimanchcs , si le Service du vaisseau ou l’e'tat du temps n’en empeclie pas absolument, il y ait offne CONSTITUTION DE LA. MARINE. 83 CHAPITRE IV. Öfficiers comptables des bätimens de gaerre. Jj es ofüciers comptables, appeles aussi w arrant-öfficiers , parce qu’ils exercent leurs fonctions en vertu d’ordres appeles *warrcmts , sont, le canonnier, le boatswain, le charpentier, le boursier, et le Chirurgien dont nous parlerons en traitant du Service medical (Liv. iv, ch. 3 ). Le canonnier est Charge de l’entretien et de la Conservation de tout le materiel de l’artillerie du bord; il preside aux exercices des canonniers; l’armurier est sous ses ordres. Le boatswain est le maitre de manceuvre; son Service est a peu pres le meine * que celui de nos maitres d’equipage : le voilier et le cordier sont immediatement sous ses ordres, parce qu’il a Finspection des voiles, ainsi que du greement *. Le charpentier, outre les fonctions de notre maitre charpentier, a Finspection des pompes, du calfatage, de la Ventilation : le calfat est sous ses ordres. Ces trois öfficiers mariniers ne sont pas seulement chefs d’un Service actif: ils sont depositaires responsables des munitions relatives a ce Service. Ils rendent habiluellement des comptes de recettes et de de'pcnses, au maitre et au capitaine. A la Fm de divin et sermou , auxqucls il doit assisler avcc ses öfficiers et son equipage. Les dimanches, il ne doit faire executer que les travaux absolument indispensables au Service naval ; il doit, autant qu’il est en lui, crapecher toutc malediction et tout jurement profane, ainsi que l’ivresse, le jeu, la debauche , les querelles ; et en general tout cc qui peul etre contraire a la religion , en portant au vice et a l’iinmoralite. ' y II est prescrit au boatswain d’examiner , au raoins une fois par jour , l’e'tat du gree'- mcntj afin de decouvrir , aussitöt que possible , les raanocuvres qui manquent et cellcs qu’il laut repaver, Boatswain , ob. 3 ( TVarrant-oßiccrs). Hegulalions for the Service al sea. 84 FORCEN AVA LE. cliaque annee, on passe la revue des articles a leur cliarge. Si l’un d’eux meurt a Lord d’un baliment servant en escadre, le capitaine du batiment en previent aussitöt le commandant de l’escadre, qui yeille ä ce quon passe immediatement la revue du materiel dont le defunt etait depositaire * ** . Le boursier est a la fois l’agent de la direction des vivres, et le garde-magasin d’haLillement : il est seconde par un commis appele Steward. Coiiime garde des vivres, il doit presenter deux caulions sures, pour une sonime qui, suiyant les vaisseaux, du 1 er . 2°. 3 e . 4'- et 5 e . 6°. rang, s’cleve ä i ,200 1,000 800 600 4 00 t s *- Outre sa solde, des quon a verifie son decompte annuel, il recoit, suivant que l’eqnipage nionte au moins a 800, 700, 600, 55o, /,5o, 35o , 5 o , 4o, 3o, 25, 20, i5, dco.i 15 honmies. a5, 227, 20, 19, 161, i-L >4» 12 ) 11 > 10 i 9’ 7 !iv - st - Si, lors de la reddition des Comptes, il y a deficit dans le materiel a la Charge du boursier, on lui fait solder ce deficit au plus haut prix que les objets dont il se compose puissent couter a la couronne. Au contraire, s’il presente un boni, en le remettant a la direction des vivres, il recoit une gratification proportionnelle au tiers ou au quart du prix d’aehat, suivant la nature des provisions economisees. Outre sa solde fixe et cette gratification, il recoit io pour 100 sur le montant des sommes qui reviennent a lequipage pour epargne de provisions. Ainsi, les boursiers ont toujours * L’installation des vaisseaux anglais, comrae nous le verrons, Etudes et iravaux , liv. IV, est parfaitement disposee pour faciliter aux ofllciers comptahles, la surveillance , Ja Conservation et la distrihution des objets confie's a leur charge. ** Si les surnumeraires joints ä l’equipage depassent en nombre le contingent du vais- scau, le boursier rejoit un demi schelling par mois lunaire, pour chaque. komme exce'dant le complet du baliment. * “tr CONSTITUTION DE LA MARINE. 85 le plus grancl int er et a ce que les vivres fournis parl’etat ne soient pas dilapides , et meme ä ce que lequipage mette , dans ses propres consommations, une economie dont les resultats sont souvent si precieux pour le succes d’une Campagne de long cours. Le boursier est comptable de tout le materiel dependant des vivres*. II pourvoit le vaisseau de charbon, de bois, de chandelles, de lanternes, etc. Pour cette depense, il recoit une somme lixeepar un tarif, d’apres la force des equipages. Le boursier doit tenir un registre de revue, ou l’embarque- ment et le debarquement de tout individu du bord soit fidele- ment inscrit. II note sur ce registre, les desertions, les conge's et leurs motifs, les absences avec ou sans permission; en un mot, toutes les mutations qui peuvent afiecter la comptabilite. Dans le meine registre, il lient un coinpte exact du commen- cement et de la ün des vivres de Campagne, ainsi que des re- ti’anchemens ** ordonnes par le capitaine, de leur valeur et de * Tonneaux , cercles , sacs, jarrcs : on lui passe comme de'chet (par ioo hommes ), un tonneau, trois cercles de fer et quatrc sacs. Tout deficit en sus de ce dechet est ainsi paye': tonneau, 2 1 .; cercles, i sh.jsac, i sh. j; jarre, 10 d. Le boursier a droit de refuser tonte piece de vin ou de liqueur dont les cercles et le tonneau ne seraient pas cu bon e'tat; mais aussi le gouvcrnemeut met ä sa Charge tonte espece de coulage et de deficit de ces liquides. ** Solde des retranchemcns (short allowance money ). Quand , pour des raisons cjuclconques de Service , le capitaine d’un bätiment fait des rctranchemens sur les vivres de l’e'quipage, il ordonne au boursier de tenir , pcndanl le temps que durent ces reductions, trois listes alphabetiques contenant les 110ms des offieiers et des marins. Il coinpare re'gulierement ces listes au registre de preseuce et des malades , puis les envoie signc'es par lui, le boursier et le maitre , pour etre solde'es par l’ofüce des vivres. Afin de comple'ter les movens de ve- rification , il tient en outre un registre special des hommes de'barques pour raisou de sante' : ce registre est finalement de'pose' dans les bureaux du controleur de la marine. Lorsque le bätiment se trouve en des cotitrees e'trangeres oü roflice des vivres n’a point de delegue , le capitaine fait preparer tous les trois mois ces listes d’indemnites; et les fait le'ga- liser, apres avoir ecrit en toutes lettres les sommes dues a l’dquipagc (suivant le taux alloue aux bottrsiers pour valeur representative des rations). Ensuite, il pre'sente ces listesau commaudeur en clief de la Station ou de la flotte. Celui-ci donne son warrant au boursier , pour l’autoriser ä se procurer le montant de la somme , en argent , et au meilleur change : en tirant sur les commissaircs des vivres, pour la valeur de cette somme. 86 ' FORCE N AVA LE. l’argent ä solder pour en tenir lieu. Le registre de la deliyrance des vivres doit exactement concorder avec le registre des revues. Le boursier, comme comptable, a le di’oit de veiller ä ce qu ou inscrive fidelement sur le registre de loch tout ce qui est ä sa cliarge \ il doit rendre , par trimestre , des comptes tres-exacts sur toutes les parties de ses depenses. Les trimestres sont cen- ses finirle 3i mars, 3o juin, 3o septembre, 3i decembre. II faut maintenant considerer le boursier comme depositaire et dislributeur des effets de bord. II doit, pour ce materiel, four- nir une caution speciale et süffisante. Mais , il recoit 5 pour xoö d’indemnite sur la yaleur de tous les effels conlies ä sa chai'ge. Les fournitures de lits et les habits de boi’d, sont delivi’es aux batimens par le garde-magasin du port oü se fait rarmement *. Dans les Imtructions sur le Service ä la mer, les devoirs dn boursier relalivement ä l’achat et ä la receplion des vivres de supple'ment , partout oü il n’y pas d’employes de la direction des vivres, sout de'taille's avec le plus grand soin , pour prevenir les irre'gularite's et les fraudes qu’il est si facile de comraettrc dans les contrees lointaincs oü le gouverue- ment n’a pas d’autorite surveillante. Le corumandeur en cbcf ou , s’il n’y en a pas , le plus ancien des capitaines, ct si le bä- limcnt est seul , le capitaine , doit attester les traitcs et ccrliüer le cours du cbange. Le capitaine assiste au paiement de l’equipage ; il le certifie au bas des listes, ainsi que l’argent qui peut rester a payer : et ce n’est point une vaine formalite. Le boursier doit transmettre au conseil des vivres , par deux occasions conse'cutives , les plus prochaines et les plus süres, une premierc et une seconde liste de paiement. Defense est faite aux officiers ou a toute autre personne , d’acheter directemcnt ou in- dircctement des matelots les indemnitc's de vivres : nonobstant toute dctte , tout engage- ment ante'rieur, cbaque marin touclie directemcnt et sans rctenue ces indemnitc's. Paiement pour economics volontaires sur les vivres. Assez souvent les hornmes qui mangent au meine plat conviennent deconomiser sur la consommation de certaines parties de leur ration. Le boursier tient soigneusement compte de ces economies ; puis tous les un , deux ou trois inois , en solde la valcur, d’apres une liste dressee en triple , comme pour les iudemnites de retranebement ( short allowance money ): on evalue alors cbaque parlie d’unc ration , conformement au taux fixe par le conseil des vivres. 11 scrait superdu d’cx- pliquer encore ä cet eilet toutes les formalite's ne'ccssaircs pour tirer sur ce conseil , par des traites dont la valcur est delivrec aux marins suivant le cours du cbange. On doit entendre maintenant ce genre de comptabilite. f Eü cas d’urgente necessitc, le capitaine peut faire achetcr des effets de bord dans uh CONSTITUTION DE LA MARINE. 87 Lorsque cles marins volontaires ou leves par la presse , arri- venl a bord, le capitaine leur fait fournir les effets qui leur manquent, et cette fourniture ne doit jamais valoir plus de deux mois de gages. Les matelots pressäs ne doivent recevoir que 1’ indispensable necessaire pour etre propres et garanlis des injures du temps. Ensuite, on ne leur delivre de nouvelles fournitures d’effets que de deux mois en deux mois, au plus tot: et, cliaque fois, pour une somme qui n’excede pas 10 scliellings (12 f. 5o c.). Lorsque des liommes en subsistance a bord d’un batiment sont transferes sur un autre, le capitaine du premier batiment doit adresser au capitaine du second , la liste de ces hoinmes et la valeur des effets de bord qu’ils ont recus, sans quoi cette valeur serait retenue sur les appointemens du capitaine. A la fin de cbaque semestre, le capitaine rend compte au Conseil naval de tous les effets de bord recus, puis delivres a l’equipage, ou pretes ä d’autres bords, ou remis en maga- sin, etc. Le capitaine, le maitre et le boursier, signent cet elat dont la copie est inseree dans un registre du capitaine et dans un registre du boursier : ces copies sont signees par les trois principaux comptables du bord. Toute perte du tresor public, par defaut d’exactitude dans l’accomplissement de ces forma- btes, serait portäe h la Charge du capitaine. La vente a l’enchere des effets des decedes, et les precautions prises pour empecber les heritiers et les acbeteurs detre du- pes, sont dignes de remarque, et font honneur a Tesprit de ladministration britannique. Lorsquun homme est congedie, on ecrit en toutes lettres , au bas de son bil de paiement, la valeur des effets de marins decedes qui lui ont ete fournis. 1'01-t ctranger oü il n’y aurait pas d’officier delegue par le conseil naval. Le capitaine ensuite, par la premiere occasion , adresse au conseil naval une facture expriraant la date et le heu de l’achat, le nom du vendeur , les quantitc's achete'es et ä quel prix; enfiu , il joint a ces comptes les recepisscs du hoursier pour les ohjets recus en nature. 88 FORCE N AVA LE. Observons, d’ailleurs, que dans un registre general appele slop book , le boursier inscrit tous les effets de bord et le tabac fournis a chaque marin. Lors du desarmement, le boursier * remet en magasin tous les effets de bord qu’il n’a pas delivres, et i’end un compte general de ceux qu’il a delivres. Si des effets sont avaries, il doit prouver, avec des eertilicats de visites faites en temps utile, que cet accident n’est arrive ni par sa faute ni par sa negligenee. II doit affirmer, sous serment, que tous les effets qu’il remet en magasin sont les meines que ceux qu’il a recus de la marine. Ce n’est qu’apres avoir rempli ces formalites, qu’il peut etre paye. D’ailleurs ses comptes, avant d’etre liquides, sont soumis ä i’examen du capitaine, qui est le premier l’esponsable du bord. Nous avons presente, avec detail, le mode de comptabilite du materiel des batimens de guei're, confxe au petit etat major, sous la sui’veillance du capitaine. II nous semble que cette comptabilite presente des mesui’es qui sont faites pour assui’er ä l’etat toute la garantie desii’able , au ti-esor public une sage economie, et aux marins une administration paternelle. CHAPITRE Y. Des equ.ipages des batimens de guerre. En traitant du grand etat major, nous avons donne les deno- miuations et la solde des divei’ses classes de petits officiers et de matelots de tous les batimens de haut-bord. Ne nous arretons pas a deci’ire les fonctions speciales de * Dans les quatre mois qui suivent le desannement d’un bätiment ou le debarquement du boursier , il doit avoir arrete toutes ses pieces comptables et les ayoir remises avec tous fcs registres aux Offices des vivres et du conseil naval. CONSTITUTION DE LA MARINE. 8y chaque petit officier: la clesignation cle cliacun d’eux (tableau, p. 75) a du sufiire aux ofliciers de marine, pour voir immedia- tement quelles peuvent et quelles doivent etre ces fonctions. Dans presque tous les grades subalternes, comme dans les grades plus eleves, la paie est d’autant plus forte, que le ba- timent est plus considerable : il en resulte de meine que les ofüciers subalternes ont le plus grand interet ä passer sur des batimens d’uti rang superieur. Lorsquun capitaine recoit un nouveau commandement, qui presque toujours est un batiment plus fort que celui dont il debarque, il peut conserver un certain nombre des subalternes et des matelots qui servaient avec lui *. Il cboisit naturellement l’elite de ses anciens serviteurs. Il doit trouver dans cette mutation le moyen de recompenser efficacement les hommes dont il est le plus satisfait, sinon par un avantage immediat, au moins par Tespoir certain qu’ont ces hommes (une fois distingues par leur capitaine) , delre appeles ä suivre partout un clief egalement pret a recompenser leur conduite presente * Reg. sen>. ü la mer. Sect. v, cli. 4 ‘ Capitaine. Lorsqu’un capitaine (juitle un vaisseau pour cn rcprcndrc un autrc , si les deux vaisseaux sont dans le meine port , et que cela se puisse faire sans iuconvcuient pour 1 c Service , on lui permet d’emmenc-r avec lui le nombre d’hommes spe'cilie ci-dessous; mais il ne doit jamais le faire sans l’ordre expres de l’amiraute ou du commandeur cn clief. En de'barquant d’un vaisseau de ioo, 98, 80, t 64 , 5 o , 44 canons. Ayant un equipage de 85 o, 738 , 65 o, 5 go, 491 > 343 , 294 hommes. 12, 10, 10, 8, 7, 6, 6 sous-officiers. 23 , 20, 20, 17, i 3 , 12, 12 matelots. Ces hommes sont en sus de son palron de canot , de son maitre d’hdtel et de son cui- sinier. Il peut emmener son secretaire , d’un vaisseau ä un autre, sans aucun ordre. Mais si nn capitaine quitte un vaisseau sans etre noinme a un autre , il ne doit emmener qui que ce soit, ä moins d’une autorisation formelle. Quelque soit le nombre d’hommes que le capitaine prenne avec lui, il doit faire passer du vaisseau qu’il va monter dans celui qu’il quitte, le raeme nombre .d’hommes du meine grade et du meme rang que ceux qu’il choisit pour le suivre. Il peut emmener. III. 12 yo FORCE NAYALE. et leurs Services passes : Services cpii probablement seraient comptes pour rien ou pour peu de chose, par un nouveau capi- taine, ä la gloire duquel ils n’auraient pas contribue. Mais, un plus grand bäliment offre plus de cbances d’avance- ment aux sujets distingues, et l’avantage d’une plus forte paie a tous les petils officiers : il en resulte que lebte de lequipage a l’interet le plus direct al’avancement du capitaine. Gest un noyau quis’attache a sa personne, et qui grossit a rnesure que cet offi- cier parvient a des commandemens plus eleves. Cette disposi- tion offre beaucoup d’avantages, et meriterait d’etre imitee dans la marine francaise *. Mais eile ne deviendra vraiment efflcace , que quand la solde augmentcra , dans tous les grades , avec la force des batimens. Le sort du matelot anglais, embarque sur des batimens de guerre, est singulierement ameliore depuis 1797. A cette epo- que, la solde des marins e'tait encore bxee sur le meine pied qu’au temps de Charles II. Les commis de tonte espece avaient trouve le secret d’accroitre leurs einolumens, ou par des aug- mentations directes , ou par des bonnes mains, et d’autres moyens plus ou moins illicites. Mais le pauvre matelot ne re^ cevait aucune indemnite pour ameliorer son sort, qui devenait au contraire , de plus en plus miserable , par l'accroissement progressifdu prix des objets de premiere necessile. Lorsqu’enlin les marins reconnurent qu’ils attendraient en vain de la generosite du gouvernement, une augmentation vo- lontaire de leur solde, ils se determinerent ä reclamer, d^auto- rite, ce qu’ils ne pouvaient obtenir par la voie des supplications. Tel fut le motif des insurrections quon vit eclater presque en meme temps (en 1797) ä Portsmouth, ä Plymouth, au * Si l’on retablissait des cadres d’equipages de haut-bord , on pourrait obtenir tous ecs avantagcs, et meme evitcr des inconve'niens attacbes aux mutations d’une partie du personne] des vaisseaux angiais. CONSTITUTION DE LA MARINE. 9* mouillage du Nore eu avant de Sheerness, et sur la flotte de l’amiral Duncan, en croisiere devant le Texel. Dans cette circonstance critique, au milieu d’une guerre ou les Francais et leurs allies obtenaient chaque jour, sur le con- tinent, de nouveaux avantages ; tandis que les inariues de France, d’Espagne et de Hollande commencaient ä reprendre une attilude menacaute ■, le gouvernement de la Grande-Bretagne deploya toute la prudence et tonte l’energie que l’on pou- vait attendre de ses talens et de son patriolisme. L’opposition et le ministere fireut ä l’instant cesser leurs discordes; tous les papiers publies, sans distinclion de parti, reunirent leurs efforts pour agir sur l’esprit des citoycns, de l’armee et de la marine j et cet accord admirable rameua bienlöt la flotte a sa fidelite accoutumee. Alors fut ameliore le sort du matelot. Sa solde lut augmenlee. II se plaignait aussi de la trop grande dispro- portion des parts de prises; on a diminue ce qui revenait aux rangs superieurs. Mais, ce qui merite surtout d’elre examine dans le regime actuel de la marine anglaise, c’est le soin qu’on prend pour tout ce qui peut contribuer a donner des forces au matelot, et a le preserver de l’atteinte des maladies. La proprete des vaisseaux anglais est admirable. Or, dans un espace aussi resserre, aussi peuple que l’interieur d’un batiment de guerre, la proprete est le plus puissant preservatif d’une foule de maladies, et surtout de maladies contagieuses *. ¥ Reglemens pour le Service ä la mer. — Devoirs du capitaine. Sect. v , cii. 4. « Corame la proprete, la secheresse et le bon air sout esseutiellemeut ne'cessaires ä la sante, le capitaine doit employer tous les moyeus pour en faire jouir son e'quipage. II doit donuer ordre de bien laver, chaque matin , les ponts les plus eleves , et les autres aussi souvent que le temps permettra de les secher convenablement. Les hamacs doivent etre apportes sur le tillac , et les sabords ouverts, lorsque le temps le permettra. On ne doit point garder sur le premier pont plus de coffres ni de sacs qu’il n’en faut pour le comfort des hommes; afiu de laisser ä l’air une libre circulation. Les veulilateurs doivent etre coulinuellement mis en ceuvrc , et la cale et les magasins aere's par des manches ä vent. Le vaisseau doit toujours etre etanche , et la pompe souvent ncttoyc'e. Si l’e'tat de la mer empechait pendant long- Q2 FORCE N AVA LE. La nourriture du matelot anglais est parfaitement calculee pour la Conservation de sa sante. On a soin de varier cette nourriture, en distribuant tour ä tour des vivres frais et des yivres sales, de la viande et du poisson ou des legumes. Les salaisons, surtout celles du beeuf d’Irlande, sont renommees pour leur perfection. On fait a bord des vaisseaux anglais un grand usage de la choucroute , mets agreable au gout, et de plus anti-scorbutique. La ration de rbum accordee au matelot est toujours melangee d’eau et de jus de citron: c’est un veri- table puncb, qui retient assez de force pour servir de tonique, mais pas assez pour troubler la raison et produire sur les sens une trop grande impression. Enlin , l’eau meme, aujourd’bui conservee dans des caisses en fer, devieut par-la d’une purete vraiment inalterable, et conserve toute la fraicbeur qu’elle pourrait avoir en sortant d’une source limpide Aussi doit-on citer la marine anglaise comme une de celles oii le nombre des malades est le moins considerable. C’est un pbenomene qu’un homme embarque sur un batiment de guerre, y meurre autrement que par suite de blessures Si l’on accorde beaucoup au matelot anglais, on exige aussi beaucoup de lui. II est perpetuellement occupe, ce qui l’em- peclie de s’enerver jamais j on le preserve ainsi d’une foule de vices comme d’une foule de maux. Les equipages sont partages en autant de divisions qu il y a de lieutenans a bord du batiment. Ces divisions sont egales en force, et doivent contenir un meme nombre d’officiers subal- temps d’ouvrir les sabords du premier pont , on devrait faire du feu dans lespoeles fournis a cet cffet, et l’on pourrait frotter les bordages de ce pont, avec du sable chaud. » * En 1816 , lorsque I’auteur de cet ouvrage fit connaitre au gouverncment francais I’usage des caisses en fer , dont il eut le bonheur d’obtenir l’adoption pour notre marine , le gouvernement anglais faisait cxecuter sept mille caisses de ce genre , contenant chacune environ deux tonneaux d’eau. ** Yoyez liv. VI , ch, 3 , Pertes et non-valeurs de Varmee, navale. CONSTITUTION DE LA MARINE. ternes cle chaque grade. Chacune presente autant de subdivi- sions qu il y a de contre-maitres et de miclshipmen capables de les comraander , sous les ordres du lieutenant chef de la di- vision. La conduite et la discipline , l’exercice , l’inspection des effets , la proprete des hommes et des hardes, sont sous la surveillance speciale de ce lieutenant. Les details des memes devoirs sont remplis par les chefs de subdivision. Ainsi les equi- pages de la marine anglaise sont, par le fait, divises en compa- gnies militaires dont les ofliciers de vaisseau dirigent tout le Service, excepte la comptabilite. Separation tres-bien entendue*. Terminons ce chapitre par le tableau numerique des hommes de tout grade , embarques a bord des batimens de guerre. FOKCES NUMliUIQUES. RANGS ET CLASSES ETAT MAJOR. TOTAUX. . classe. . rang. 2 e . idem. j re . classe, i rc . classe. . . 2 °. idem. . . i re . classe. . . 5*. rang. * Rappelons-nous que le boursier est le de'positaire et le dislributeur des vivres et de l’argent des vivres , ainsi que des effets d’habillement et d equiperaent. 11 ne peut donc pas eomme un sergent-raajor, despote et fripon , voler les marins et les assommer ä coups de fouet, ou les faire languir dans un cachot, s’ils reclament ce qui leur est du. Sous ce point de vue le sort du matelot est bien prefe'rable a celui du soldat anglais. 94 FORCE N AVA LE. CHAPITRE YI. Royal-marines. JLes royal-marines forment la garnison des vaisseauxel la garde des ports. C’est, en 1791, qu’il en est pourla premiere fois fait mention, sous le nom de marines. E11 recompeuse de leurs Services pendant la guerre contre la republique francaise, ces troupes ontete mises au rang des corps royaux. Elles sont sous la direction immediate de l’amiraute , quant au personnel, au materiel, et meine a la comptabilite; voilä pourquoi l’office du payeur des royal-marines, fait partie des bureaux de l’amiraute. Le corps est cominande par trois amiraux, ayant les titres de general, lieutenant general, et major general des royal-marines. Quatre capitaines de vaisseau, sont colonels honoraires. II y a d’ailleurs un certain nombre de colonels , de lieutenans colonels, etc., qui proviennent des rangs de la troupe , et dans laquelle ils avancent par anciennete. Les royal-marines forment aujourd’hui quatre divisions d’in- fanterie, ayant leurs quartiers ä Chatham, a Portsmouth, ä Plymouth et ä YYoolwich. Ces divisions sont composees äpeu pres d un meine nombre de compagnies. Les quatre compagnies d’artillerie des royal-marines, desti- nees au Service des brulots et des bombardes, sont chacune commandees par deux capitaines et huit lieutenans : nombre d’ofliciers rendu necessaire par la multiplicite des detachemens qu exige ce genre de Service. Le gouvernement anglais paratt s’applaudir beaucoup de cette nouvelle Creation. La force des royal-marines a tenir sur pied chaque anne'e, est votee par le parlement, d’apres la proposition d’un membre du ministere, et sur le pied d’un royal-marine pour quatre ma- CONSTITUTION DE LA MARINE. g!> telots, en temps de guerre. L’excellence de ces troupes, en a fait successivement augmenter la force a bord des bälimens.* Yoici quel estl’etablissementlixepar l’ordonnance du I er janvier 1817. O11 voit par cet etat, qu 011 n’embarque pas d’officiers supe- rieurs des royal-marines. Tous les officiers, une fois a bord, doivent obeir, non-seulement au capitaine du batiment, mais au lieutenant de quart. Quoique les lieutenans des royal-marines ne soient assimile's pour les parts de prise, quaux warrant-officiers, ils doiyent neanmoins etre consideres et traite's sous tous les rapports, comme des ofliciers brevetes. * Sur 20,000 hommes votes pour la marine , en 1820 , i! y avait 12,000 matelots seu- lement et 8,000 Royal-marines. Mais cette grande disproportion tenait ä des motifs politi— ques, et principaleme.it au desir qu’avait Je ministere de s’assurer une force de terre süffisante pour iniposer aux radicaux. i)6 FORCE N AVA LE. Quant aux soldats, ils sont exerces a bord, au maniement des armes, par leurs propres officiers. Ils peuyent etre em- ployes a toutes les manceuvres basses; mais non pas etre en- voyes de force dans les hauts. 11 est expressement defendu aux matelots, petits officiers et officiers de vaisseau, de frapper un sergent, ni meine un caporal des royal-marines. Loi’squun bätiment est stationne dans les mers de la Grande-Bretagne, un sergent, un caporal de ce corps, ne peuvent etre degrades ä bord, sans l’assentiment de l’amiraute : dans les stations lointaines, il suffit, pour prononcer cette degradation, que le capitaine du bätiment obtienne l’assenliment de l'officier qui commande les royal-marines , a son bord. Lorsqu’il est necessaire d’embarquer des royal-marines , l’a- miral du port oü s’effectue l’embarquement, fait par ecrit sa de- mande au commandant de ces troupes a terre, en indiquant lo nombre d’officiers , de sous-officiers, de lambours et d’adoles- eens ( boys ) dont on a besoin. Si le capitaine d’un bätiment trouve quelques-uns des militaires envoyes ä son bord , impropres au Service, il peut les renvoyer a terre : en faisant connaitre au cbef de ladivision dont ils proviennent, les motifs de ce renvoi. L’habillement des royal-marines n’est pas fait ä Fentreprise par les coloneis, comme celui des troupes de terre ¥ : c’est le gou- vernement qui s’en Charge. L’administration du petit equipe- ment est conliee aux capitaines. Les effets d’habillement et d’e- quipement sont fournis par un adjudicataire general, ä Lon- dres, et d’apres un modele uniforme , transmis ensuite dans les quatre ports affectes au sejour a terre des royal-marines. Le garde-magasin de Farsenal est, dans ces ports , le deposi- taire de l’habillement, ce qui previent le brigandage exerce trop * Ed general, l’organisation inte'rieure des royal-marines est plus simple, plus e'cono- mique et ndcux entenduc que celle des regimeus anglais d’iufantcric de terre. CONSTITUTION DE LA MARINE. 97 souvent entre les chefs cle corps et les officiers charges de l’habillement. Les royal-marines recoivent chaque annee, ä jour fixe , comme les troupes de terre, l’habit-veste rouge ä collet et ä pa- remens bleus (marque distinctive des corps royaux) , la culotte et le gilet blancs, une paire de guetres noires, une paire de souliers, une paire de bas, une cbemise , un col noir 5 enfin un chapeau rond retrousse par une ganse, au lieu de schakos. Une des causes de l’insucces et de la Suppression des equi- pages enregimentes ä bord de nos vaisseaux etant le mode d’ad- ministration de ces corps , je crois important de presenter comme un modele dont l’experience a justifie la honte, le mode adopte pour les royal-marines embarques. Quand les royal-marines arrivent ä bord, le capitaine du batiment leur fait delivrer par le boursier une fourniture de lit et deux chemises ä carreaux. II leur fait ensuite delivrer de temps ä autre de nouvelles fournitures de lit, des vetemens de bord (slop clothes ), des liabits provenant des decedes, et du tabac j suivant que le liesoin lui en est demontre pour cliacun d’eux, par l’officier qui les commande : mais en ne depassant pas la yaleur de 5 fr. par homme et par mois. On tient compte de ces fournitures, sur les registres de presence et d’habillement. Chaque annee, lors du renouvellement de l’uniforme des troupes, le capitaine du vaisseau fait sa demande au garde-ma- gasin du port ou il se trouve, ou dont il est le plus proche, pour les nouveaux habillemens dus aux royal-marines embarques. Il envoie un officier de ce corps recevoir cette fournitnre et en donner recu au garde-magasin • ce meme officier delivre les habillemens aux militaires qui lui en donnent leur recu personnel. Enfin le capitaine vise le recu general, et le transmet immediatement au conseil naval. Si le navire est en voyage, ou en Station loin de la Grande- HI. ' i3 9S FORCE N AVA LE. Bretagne, les effels sont conlies en partant a un officier du Lord qui en devient garde, et ne les delivre qu’avec des formalites bien determinees. Le capitaine du batiment fait dresser, sui- vant la forme qu’on vient de faire connaitre, deux röles des effets delivres, pour etre envoyes au conseil naval, par deux occasions differentes. Quand les royal-marines reviennenl des slalions exterieures, si rhabillement annuel leur est du, ils le recoivent de la ma- nierequi vient d’etre expliquee. S’ils ont a reclamer plus dune fourniture complete, ils touclient, pour cliacune , en sus de celle qui leur est delivree en uature : Le scrgent , Le lambour , Le caporal et le soldat. 52 f. 5o c. 3^ f. 5o c. 26 f. 25 c. L’oflicier commandant des royal-marines, a bord, doit exa- miner au moins une fois par semaine, l’liabillement et l’equi- pement de sa troupe. S’il neglige de remplir ce devoir, le capitaine du batiment en previent le seci’etaire de l’amiraute. Lorsqu’un royal-marine meurt a bord, 011 vend ses effets a l’encliere, au pied du grand mät j le produit de la vente esl; porle sur son decompte 5 et quand ce de'compte est arrete, ce qui reste est paye aux executeurs testamentaires ou adminis- trateurs des biens du decede. Dans cet encan , cliaque liomme du bord ne peut aclieter d’effets, qu’avec les 5 f. qui lui sont alloues, chaque mois, pour accoulremens de bord (slop clothes). Si l’uniforme du decede est en etat de servir, on l’envoie au quartier-maitre des royal-marines du port ä proximite duquel le batiment se trouve; lorsque le batiment est trop eloigne de la Grande-Bretagne, on attend pour cela qu’il soit de retour. Quand on debarque un royal-marine pour l’envoyer ä l’bö- pilal, on fait porter avec lui ses habits, ses effets et ses armes. Dans les ports etrangers, quand 011 envoie des royal-marines a terre, pour raison de sante, on garde ä bord leurs armes, leur CONSTITUTION DE LA MARINE. 99 Luffleterie , -etc., pour s’en servir si 1’liomme ne revient pas. Fassons maintenant aux details qui concernent la comptabi - lite. A la fin de chaque mois, Fofficier commandant a Lord les royal-marines, adresse au secretaire de l’amiraute, l’etat de sa troupe. Si eile aj>partient a differentes divisions, il dresse un e'tat par division, pour qu’on puisse , x°. transmettre cet etat aux quartiers centraux des divisions respectives ; 2°. connaitre et verifier dans ces quartiers, le nombre etla Situation des royal- marines servant a bord , et le temps de leur dernier equipement 5 3°. de ces meines quartiers, rendre ä Famiraute et a l’office naval, des comptes generaux aussi corrects quepossible. Le capitaine du batiment doit attester au bas de tous les etats envoyes de son bord , par Fofficier commandant les royal-marines , qu’ils sont conformes aux registres du navire. Les royal-marines ( excepte les officiers ) sont payes a bord , d’apres les registres, comme les matelots. Lorsque des royalmarines debarquent avant 1 epoque des paiemens , le capitaine fait dresser cinq listes de decompte de ces liommes , les envoie au conseil naval pour qu eiles soient soldees dans le plus bref delai possible apres le debarquement. On retient 7 5 f. par tete, pour masse de petit equipement ä terre : s’il n’y a pas en tout 7 5 f. ä solder, la moitie seulement est reservee pourla masse. On evite donc tout achat ^ toute vente d’effets par des officiers; et le vol ne peut pas etre organise sous le manteau trop souvent protecteur, ni sous la garantie presque toujours illusoire d’un conseil d’administration preside par un colonel arme dun double despotisme, et comme clief de corps, et comme capitaine de batiment. Le commandant du vaisseau ne pouvant prendre aucun in- teret pecuniaire, dans la gestion de la solde des equipages, est a Fabri des tentations. II ne peut plus signaler son zele et mon- trer son autorite, qu’en refusant les effets d’habillement et d’e- IOO FORCE NAVALE. quipement qui ne seraient pas excellens ou conformes au modele. 11 n'a point directement affaire aux Fournisseurs, mais au garde-magasin de la marine. Ainsi, ni lui, ni son quartier- maitre, ni son capitaine d’liab illement, ne sauraient etre exposes ä des seductions qui, comme on sait, tournent toujours au detriment du malheureux militaire. II nous semble qu’il serait possible, et facile , d’organiser des equipages de haut-bord, d’apres un Systeme, analogue ä celui dont nous venons de parier. II faudrait pour cela que l’admi- nistration de ces corps eüt lieu par compagnies et non par equipages; que la solde ä la mer n’eüt rien de commun avec la solde a terre : celle-ci serait reglee comme pour l’infanterie, et l’autre suivant le mode de paiement de l’administration maritime. La direction de l’habillement ne serait donne'e ni aux ca- pitaines de vaisseau, ni ä leurs subalternes : il ny aurait point de conseil de gestion abord, mais bien un conseil d ’inspection. La seule autorite des officiers de marine s’exercerait pour exi- ger des garde-magasins la fourniture de bons habillemens : enfm ces habillemens seraient fournis sur marches passes de- vant le grand conseil de chaque port, auquel seraient appeles les chefs des troupes ä terre, avec voix consultative seulement. Ce plan aurait dailleurs un grand avantage : comme il lais- serait ä l’administration beaucoup d’attributions, ce corps si puissant cesserait d’etre ennemi d’une Institution qui convient specialement au caractere francais : et Finstitution renaitrait. D’un autre cöte, les vrais officiers de marine, qui preferent consacrer tout leur temps aux etudes , aux travaux , aux fonc- tions de leur etat, plutöt que de palir sur d’arides details dune comptabilite qu on avait compliquee avec un machiavelisme sans exemple; ces officiers seraient beaucoup plus portes a remplir les devoirs de lieutenans et de capitaines, si ces devoirs se reduisaient ä des fonctions purement militaires. CONSTITUTION DE LA MARINE. 101 LIVRE TROISIEME. OFFICES CENTRAUX DE LA MARINE. CHAPITRE PREMIER. Office despaiemens de la marine. Dans un pays oü toutes les sommes qui ne sont pas au-dessous d une liyre sterling, se paient en billets de banque j oü l’on na, pour ainsi dire, pas de monnaie dans les caissesj rien ne devrait etre plus simple, plus expeditif et moins dispendieux, qu’un Office des paiemens de la marine. Mais, des raisons politiques ont rendu cette administration beaucoup plus onereuse, que ne semble le comporter l’extreme facilite de ses operations. Loffice des paiemens est dirige par le tresorier de la marine , que le ministere a toujours soin de faire elire ä la chambre des communes; il est, par consequent, un ministeriel oblige: il en recoit la juste recompense. Avant 1782, il cumulait des ap- pointemens considerables, avec des bonnes mains et des inte'~ rets de fonds si copieux, que l’etat, en supprimant la partie in« directe de tels revenus, lui fit, par dconomie , centmille francs de fixe par an *! Les bureaux du tresorier sont etablis sur un pied qui correspond parfaitement a l’extravagance de ses ap- pointemens. On peut en juger par le budget de 1820, dont voici le sommaire : * Ordonnance du roi du 26 juiu 1782. 102 FORCE i tresorier *.75,000 f. 1 payeur maitre.25,000 S commis de i re . classe. . i 5 o,ooo 10 idem de 2°.119,450 24 idem de 3 e .210,000 N AVA LE. 22 commis de 4'- classe. . 110,000 f. 4 idem de 5 '. 17,875 27 serviteurs. 53,786 Frais de bureau , etc. . 171,819 TOTAL .932,880 Observons que Foffice des paiemens des royal-marines, place dans les bureaux de l’amiraute, coüle ä lui seul 69,1 56 fr. : cela fait donc en tout r,oo 2 ,o 36 fr., et ce million est devore par 7 4 commis ! C’est avec douleur, je l’avoue, que je rapporte ici ces lionteuses prodigalites. Je crains qua Favenir, aussitöt qu’on youdra parier de reformes et d economies dans la comptabilite de la marine francaise, les partisans de la profusion, ne comparent avec empbase nos depenses de toute espece, avec celles du tresorier de la marine britanniquej et ne fassent entendre des cris de vic- toire, en montrant combien nous sommes loin encore de cette admirable dissipation des deniers de la patrie. Mais j’ose espe- rer qu’alors les amis du bien public eleveront une voix coura- geuse. Ils pourront dire, a leur tour , que c’est pour avoir laisse la plupart des administrations tomber dans des prodigalites aussi demesurees, que le pays le plus industrieux, le plus commer- cant et le plus riche de l’Europe, s’est vu litteralement ruiner par son gouvernement, dans la courte periode de 25 annees! et cette ruine est aujourd’hui la cause du mecontentement pro- fond qui menace la Grande-BreLagne d’une revolution terrible. Cet ouvrage ayant surtout pour but de faire connaitre dans les institutions anglaises, ce qui nous a semble' digne d’imita- tion, nous nous garderons de nous etendre sur le Service du * Depuis la paix , les vives rc'clamations de l’opposition contre Ja profusion des depenses ministerielles , ayant fait arreter en principe qu’ä la de'mission ou ä Ja mort du tresorier en fonctions , son successeur n’aurait plus que 75,000 f. d’appointement ; commc la place est venue ä vaquer depuis lors , le financier qui l’occupe actuellement est re'duit a ce salaire. CONSTITUTION DE LA MARINE. lo 3 tresorier de la marine. Nous nous bornerons a presenter quelques observations sur les paiemens en general. Les ofliciers de yaisseau sont payes par trimestre. A cet effet, lorsqu’ils servent au loin, ils peuvent par l’intermediaire de leur capitaine, tirer sur le tresor de la marine, par lmtermediaire de bauquiers connus, et d’apres le cours des clianges, dument certifie. Les equipages des batimens de guerre ne sont payes que quand les vaisseaux reviennent dans les ports d’Angleterre. Actuellement, les ouvriers des arsenaux sont payes a l’en- treprise, d’apres un devis general et detaille pour cbaque es- pece de batimens, soit pour les travaux neuls, soit meine pour les reparations. Celte uniformite de prix dans tous les ports de l’etat, introduite seulement pendant la derniere guerre, est une des grandes ameliorations de la comptabilite des travaux. C’est au comite de revision des affaires civiles de la marine , qu on doit d’avoir execute cette belle Operation. Ce qu’il faut admirer dans la comptabilite de la marine an- glaise, c’est la ponclualite des paiemens *. Des qu’un fournis- seur a fait quelque livraison, et que le certilicat de recette est delivre, non-seuleinent la valeur de cette fourniture lui est ac- quise, mais cette valeur porte interet a dater du jour meme de la recette. Le billet ä ordre qu il recoit, a cours dans le commerce , de preference aux effets des maisons les plus sures. E11 Angleterre , un marclie legalement passe entre un parti- culier et la marine, est irrevocable , quels que soient les bene- * Je puis citer le fait suivant, comme un exemple de la fidelite mise par Tadministration anglaise, a remplir ses engagemens. Lorsque j’arrivai a Dordrccth , en iSo5, j’eus ä rece- voir de MM. Bonn une fourniture de bois pour la marine franfaise , et voiei ce que m’ap- prirent ces ne’gocians rccommandaLles. 11s avaient fourni de grandes quautites de bois de construction a la marine anglaise , qui leur devait plus d’un demi-million lors de la de'cla- ration de guerre de i8o3. Malgre l’etat de guerre , MM. Bonn rejurent un sauf-conduit de 1’ ’amiraule. L’un d’eux vint ä Londres, et'sans aucune diffieulle, touclia sur-lc-chainp la somnic qu’il reclamait. Honneur u cet esprjt d’equite ! FORCE NA VA LE. io 4 fices, meine imprevus, que puisse faire le foui’nisseur, il n’esl jamais soumis ä l’arbitraire cles administrateurs ni des minis- tres. Si quelque agent du gouvernement neglige ou refuse de remplir certaines parties des engagemens conyenus, cet agent est poursuivi par la voie civile, devant les tribunaux ordinaires; et les poursuites intentees contre lui n’ont jamais besoin d’etre autorisees par un conseil ministeriel. C’est-a-dire qu’en Angle- terre on ne fait pas prejuger les affaires, par des autorites a la fois juges et parties. II en resulte, il est vrai, que si 1’administration fait une faute dans ses calculs, eile la paie •, et les fournisseurs en profi- tent. C’est en apparence une perte pour l’etat. Mais par com- bien d’ayantages n’est pas compensee cette pei’te locale, perte d’aulant plus rare quelle tire plus ä consequence! De tous les consommateurs de l’Europe, 1’administration de la marine anglaise est le plus riche, le plus sur, le plus equi- lable. C’est donc ä lui qu’on yend de preference; c’est pour lui qu’on reserve les munitions nayales les plus parfaites. J’ai yu, dans plusieurs contrees, des munitions de ce genre, remarqua- liles par leur beaute j j’ai demande pour qui elles etaient desti- nees : « C’est pour la marine anglaise. » Me repondait-on ayec emphase. Ces mots voulaient dire que la marchandise etait necessairement excellente. Non-seulement cette marine est par- faitement servie; eile lest ä plus bas prix que toute autre, parce quelle acbete plus en grand, et surtout quelle inspire plus de confiance. TJn Systeme directement contraire a produit des effets direc- tement opposes; c’est ce que nous pourrions montrer jusqu’a l’evidence, en retracant ici les maximes , les fraudes et la mau- yaise foi du Systeme suiyi dans la gestion des affaires conten- tieuses de la marine imperiale francaise. Depuis letablissement du gouyernement conslitutionnel en CONSTITUTION DE LA MARINE. io 5 France, la fidelite de la marine ä remplir ses engagemens pe- cuniaires a fait beaucoup de progres. C’est un des points sur lesquels l’amelioration du gouvernement a commence de se faire sentir. Cependant, il reste encore des perfectionnemens ä produire ä cet egard. II faut, comme les Anglais , ou payer comptant, ou faire courir l’interet de l’argent, aussitot que la fouvniture est recue ; il faut simplilier les formalites, etc. mu ,ni utvimni CHAPITRE II. Office et conseil naval. .Tous les navires et tous les etablissemens de la marine mili- taire sont compris dans ce que les Anglais appellent the navy , la navie ¥ . L’ensemble des bureaux de la marine, relatifs aux travaux, au materiel, ä la comptabilite, constitue l’offlce naval, the navy office. Enfin, le conseil naval qui dirige ces bureaux a le nom de navy hoard. Ce conseil est compose d’un officier de marine, president, appele controleur y de trois inspecteurs des constructions navales (surveyors of the navy') \ et de plusieurs autres commissaires (commissioners), pris a nombre egal dans le civil et dans le militaire. C’est au mois de mai 1660 que Charles II revint en Angleterre, et des le 4 juillet de la meme annee, il donna sa sanction aux reglemens ¥¥ qui sont encore la base de cette Organisation. Il y a donc, a present, plus d’un siede et demi que le gouver- * Les Nonnands disaient dans leur vieux gaulois, la navie : il est fachcux que l’on n’ait pas couserve ce mot qui manque a nolre laugue : il vient, comme on sait, du grecva-j;, navire. ** O11 les doit au duc d’York , alors grand amiral , et qui rögna sous Je nom de Jacques II: c’e'tait un des marins les plus braves et les plus habiles de son temps. Les rc- glernens dont il s’agit ont ete recueillis dans un petit livre fort rare aujourd’hui, ei qui porte pour titre : The OEconomj of the english Navy. HI- Ij ioö FORCE NAVALE. nement anglais, marchant toujours sur les meines erremens, profitant cles lecons que lui fournit une experience nouvelle, Sans jamais abandonner les lecons de Fexperience des temps pas>- ses, se contente sagement de completer et de perfectionner les diverses parties de son Institution maritime : ä mesure que le developpement des forces et des operations contraint d’aug- menter le personnel et le materiel. Le principe fondamental de l’administration anglaise, est de diriger par des commissions de plusieurs membres , toutes les affaires des grands Services publics. Ainsi, les lords com- missaires de la tresorerie forment un conseil ordonnateur et regulateur supreme des linances \ ainsi, les commissaires de l’or- donnance forment un conseil Charge de l’administration de cetle branche importante de la force militaire; ainsi, les lords commissaires de l’amiraute forment un conseil superieur duquel emanent les oi’dres principaux relatifs ä la force navale. Ainsi, finalement, les commissioners * de la marine forment un conseil naval, auquel appartient l’administration et la direction spe- ciale des travaux et des comptes de la marine militaire. L’aristocratie venitienne administrait sa marine suivant des principes semblables. Le conseil des sciges de mer avait, a fort peu pres, les meines altributions que le conseil naval d’Angle- terre \ tandis que le Senat remplissait les fonctions plus elevees, devolues, dans la Grande-Bretagne, aux lords de l’amiraute **. Dans certains gouvernemens, on trouve peu simple et peu naturelle cette maniere d’operer. 11 n’y a qu’un cbefpar ser- * Nous conservons pour les membres du conseil naval cette de'nomination anglaise de com- missioners; parce que le mot de commissaire , tel qu’il est employe dans notre marine, donnerait une idee tres-fausse de l’existence et des fonctions de ces ofliciers. Dans la marine anglaise , il y a des commissiotiers qui sont ofliciers de vaisseau , d’autres qui sont ofliciers de genie , et d’autres qui sont des comptables : il suffit que tous soient membres de la meme Commission pour possedcr , sans distinction , le titre de commissioners. * ¥ Voyez Forfait, Memoire sur la marine venitienne ; et Daru , Histoire de eni.se. CONSTITUTION DE LA MARINE. 107 vice; chaque sous-chef principal est lui-meme exclusivement Charge d’ua detail. De Sorte que les ministöres les plus vastes presentent bien des pouvoirs collateraux, des autorites egales dans chaque degre de la hierarcliie administrative-, mais toujours, et partout, des pouvoirs isoles. Chacun repousse les autres et ne permet (pour employer Fexpression vulgaire mais consacree) ne permet pas que d ’autres se melent de son affaire. Malgre tout le zele et le talent des employes, il y a donc peu d’ensemble dans le Service, et peu d’activite dans la marche dun Systeme en- trave' par tant d’obtacles. Sansdoute, lorsqu’un homme doue d’une grande force d’esprit et de caractere, arrive au timon d’un gouvernement ou d’un minislere ainsi constitue, il y produit de grandes choses, en donnant de nombreuses et fortes impnl- sions ä ces ressorts isoles qu’il plie sous sa volonte, pour les faire agir vers un seul et meme but. Mais, ä peine est-il ohlige de remettre en d’autres mains la direction du Service, que lemou- vement imprime perd son ensemhle \ les resistances renaissent, une sourde anarchie se reveille, et bientöt tout retombe dans le chaos et la nullite accoutume's. Lors meme que le souverain s’efforce d’instituer des conseils qui rendent la marche des affaires plus constante et plus eclairee, la jalouse ambition des ministres, et le sentiment de leur omni- potence, comme premiers delegues du despotisme et deposi- taires immediats du pouvoir arbitraire, ne leur permettent pas de suivre en cela les volontes du maitre. Le gouvernement imperial nous presente un exemple frappant de cette impuissance du despotisme supreme, pour agir sur ses propres instrumens. Lorsque Napoleon tenait encore d’une main ferme les renes de l’empire, il tenta d’arreter le cours desastreux des affaires de la marine francaise, en placant, pres du chef de ce departement, des conseillers recommandahles par leur savoir et leur experience. Mais bientöt le ministre eut l’art 108 FORCE NAVALE. de reduire ä la nullite un conseil quil abreuva de degouls , et qui l’ut enfin dissous comme inullle. Ainsi fut sauvee la toute- puissance du ministre, et le droit precieux de n’elre jamais force d’entendre la yoix imporlune de la sagesse et de l’expe- rience. * Je reviens au conseil uayal d’Angleterre. En 1788, il etait compose desept membres **, savoir : i°. le coutroleur ; 2 0 . l’inspecteur des conslructions uavales ; 3 ". le clerc des actes : 4°. le coutroleur des comptesrlu tresorirr ; 5 °. le coutroleur des comptes des yivres ; 6°. le controleur des comptes du garde-magasin ; 7 0 . un extra commissaire. Cette division des fonclions et des trayaux, entre les membres du conseil uaval, avait eprouye tres-peu d’alteralions depuis 1’organisation definitive de 1688. Mais, par le grand accroisse- ment de la marine, pendant le dix-huitieme siede, ces membres ne pouvaient plus suflire a la direction complele et a la surveillance du Service qui leur etait conlie. La surintendance de chaque branche du Service etait donc forcement abandonnee a des subalternes qui n’offraient ni responsabilile ni garanties ***. Pour remedier a ces inconyeniens, le comite d’enquete na- vale de 1785 proposait ( en 1788 ), i°. d’elever a dix le nombre des membres du conseil nayal, 2 0 . de ne plus donner a chacun d’eux une portion isolee des affaires, 3 °. de diviserle conseil par comites cliarges respectivement des principales brancbes du Service : eu soumettant d’ailleurs les operations, les doutes et les diflicultes de chaque comite, aux decisions du conseil complet. II fallut huit ans pour que ce nouveau plan, muri dans toutes les tetes, recut enlin son application. C’est ce qui fut execute par l’ordonnance royale du 8 juin 1796 , qui diyisa le conseil * On avait reduit les membres de ce conseil ä mettre leur opitiion , au crajon, sur la marge de la plupart des pieces qu’on voulait bien leur coramuniquer. Le crayon a tous les avantages de la parole , et pas un inconvenient de l’e'criture : vcrba volant , scripta manent. ** Yoyez le 5 e . Rapport du comite cree' en 1^85 , par acte du parlement, pour con- naitre des bonnes-mains ou fees. *** /j e - Rapp, des comm.pour la revision des affaires civiles de la marine (1806). CONSTITUTION DE LA MARINE. 109 naval en trois comites, de correspondance , des comptes, et des mati'eres *. « Depuis 1796 ( disaient en 1806 les commissaires cle revi- sion, d’apres 1’observation des effets dune experience de dix annees, deux de paix et liuit de guerre ), depuis 1796, les affaires du conseil naval, ont ete conduites en suivant ce nouveau Systeme. Toutes les recherches que nous avons faites nous au- torisent a dire que le benefice qui en est resulte pour le Service, a pleinement repondu aux esperances qu’on avait concues. Nous pensons, neanmoins, qu’il est encore possible de pousser plus loin les ameliorations. » On s’est empresse d’adopter les vues nouvelles qui tendaient a ce perfectionnement. Nous traiterons d’abord des Operation s du conseil naval complet, et de ses rapports generaux avec les comites dont nous developperons, ensuite, les operalions speciales. Les membres du conseil naval ont pour devoirs generaux, de consulter et d’aviser de concert, sous la direction supreme de ramiraute, sur les moyens d’executer toutes les operalions qui tendent a 1’amelioration de Tetablissement civil de la marine. II leur est enjoint de decider en conseil commun, d’apres la pluralite des voix, toutes les affaires relatives aux approvi- sionnemens, aux marches, ä la repartition et a Yemploi des munitions navales \ de preparer les budgets de la marine; de faire verserles fonds du tresor public, dans les mains du treso- rier de la marine : enün, d’examiner et de constater les re- cettes el les depenses de ce tresorier. La presidence du conseil naval appartient toujours au con- * Cette division a suLsistc pendant tonte Ja derniere guerre ; raais depuis 1817 , pour ope’rer quelques re'ductions dans les depenses de la marine , on a joint au conseil naval le conseil des transports qui forme actuellement un coinite' special. Nous ferons connaitre avec detail, quelle c'tait radministration des transports aumoincnt des plus grands elForts de la guerre derniere , voyez liy. IV. HO FORCE N AVA LE. tröleur; non-seulement il peut voter sur toutes les queslions debattues, mais quand les voix sont partagees, la sienne comple , double et decide ainsi la majorite. II a le droit de contröle et de suryeillance sur l’execution convenable et fidele de tous les or- dres du conseil, auquel il doit d’ailleurs soumettre les per- fectionnemens dout la marclxe du Service lui parait suscep- tible. C’est sur lui que le gouvernement se repose, quant ä la directiou generale des affaires et a l’ensemble des operations. C’est lui qui communique personn ellement avec la tresorerie, l’amiraute et les grands ofliciers de l’etat, pour tous les rap- ports exterieurs du conseil naval. C’est lui seul qui, d’apr^s la communication confidentielle du premier lord de l’ami- raute, dirige l’execution des operations secretes, et passe tous les marches qu’exige une teile execution. Mais, aussitöt que le secret n’est plus necessaire ä garder, il est tenu de commu- niquer au conseil les ordres qu’il a recus, et les mesui’es qu’il a prises en consequence. Alors, si la majorite des membres desapprouve quelque partie de la condüite du controleur, l’affaire entiere, avec les motifs d’une teile desapprobation, doit etre soumise ä l’amiraute qui decide en dernier ressort Voilä par quel moyen les Anglais ont su concilier le secret necessaire ä beaucoup de grandes operations navales, et la responsabilite des chefs charges temporairement d’un pouvoir discretionnaire, indispensable pour assurer le succes de ces operations. Le controleur preside tous les comite's auxquels il juge convenable d’assister. Mais, des occupations multipliees rempechant souvent de remplir ce devoir * **, il est habituellement remplace * Ordonuance du 8 juin i 796. ** Pendant la derniere guerre on avait nomtne un depute controleur (supple'ant); afm de seconder cet oüicier dans ses fonctions devenues trop etendues pour que son activite put y suflire. 111 CONSTITUTION DE LA MARINE. clans cbaque comite par un president special. Neanmoins, dans les affaires importantes et compliquees, on a coutume de recourir ä son avis, afin d’obtenir une decision immediate; ou bein on porte la connaissance de ces affaires au conseil general qui decide en dernier ressort *. II faut que les presidens des comite's soient des homraes qui reunissent, ä beaucoup d’habilete, des connaissances pratiques fort etendues. Aussi les commissaires de revision des affaires de la marine ont-ils demande qu’au cas ou la presidence d un des comites viendrait ä vaquer, eile fut donnee au clioix des lords de l’amiraute, fait entre tous les membres de l’oflice naval: sans avoir egard a d’autres titres quciu mdrite et ci Vexperience. D’apres l’ordonnance du 8 juin 1796, la signature du contrö- leur est indispensable pour rendre executoire toute piece offi- cielle, emise par un comite dont un membre est absent: si deux membres etaient absens, on leur donnerait un Suppleant uni- que et temporaire. Depuis la paix, le nombre total des com- missioners ayant ete reduit, quoiquil y ait toujours trois membres par comite, deux suflisent pour expedier les affaires or- dinaires. Yoici quelle etait la diyision du conseil naval pendant la guerre derniere ** : Comites. . . Presidens. . Membres. . . de corvespondance ; 1 depute contröleur ; l inspect. du genie ; 1 corainissaire civil ; des comptes; 1 commiss. civil; 1 idem militaire; 1 idem civil ; des matihres, 1 inspecteur du genie. 1 commiss. militaire. 1 idem oivil. La principale difficulte, dans les administrations collectives, est de faire peser la responsabilite sur quelque personne. Le gou- * Alors la decision doit etre signe'e par trois membres , au rnoins, j compris le contröleur. ^ £ '*‘ Depuis la paix on a farme deux nouveaux comitds , savoir : le comite des construc- tions , compose de trois inspecteius du genie; et le comite des transports , compose' comme le comite des matieres. 11 y a donc aujourd’hui dans le conseil naval quatre commissioners militaires , quatre civils, et trois iuspecteurs du genie. Le contröleur a par an 2,000 1 . st., et clwcun des autres commissioners 1,000 1 . st. : les six plus anciens sont loge's par l’etat. 112 FORCE NAVALE, vernement anglais a parfaitement atteint ce but dans l’organi- sation du conseil naval. D’abord, lous les signataires de chaque resolution prise par ce conseil complet, ou par un comite, sont responsables de cette inesure. Ensuite, le plus jeune des signataires est Charge, sous sa responsabilite' personnelle, de s’assurer que 1’execution de la meine mesure est en tout con- forme aux intentions et aux ordres de ceux qui Font prescrite : il devient de la Sorte un surveillant attentif de tous les bureaux qui doivent concourir ä Fexecution des volontes du conseil et des comites. Efforcous-uous de bien faire connaitre les moyens par les- quels on parvient ä mettre de Fensemble, de la simplicile, de la facilitc, dans un Systeme en apparence assez complique. Deux fois par semaine, les minutes de cliaque comite sont lues au conseil ge'ne'ral, pour en obtenir Fapprobation delini- tive, si eile est necessaire. Par ce moyen, chacun des commis- sioners prend connaissance de ce qui se passe dans les diverses branches du Service j il peut discuter toute Operation d’un comite qui lui parait fournir matiere a quelque objection , ou qui demande un eclaircissement. Jusqu’a l’epoque de la revision des affaires civiles de la marine, les minutes des deliberalions ne contenaient pas meine les motifs des decisions les plus importantes. Les commissaires de revision, d’accord avec ceux de l’enquete navale , demanderent et obtinrent que dans les cas graves , les decisions speciales du conseil naval, et des comites, avec les circonstances et les raisons motivant ces de'cisions, fussent consignees dans le registre des deliberations. Sous Fan eien ne Constitution de la marine, ainsi que nous l’avons deja dit, beaucoup de comptes et de travaux importans etaient examines trop legerement par le conseil naval. Les rap- ports, rediges par les cbefs de bureau, etaient confirmes par les commissioners directeurs des departemens auxquels ces rap- CONSTITUTION DE LA MARINE. n3 ports appartenaient, et surleur signature ou les simples initiales de leurs noms, les comptes passaient sans plus ample examen. Mais les commissioners n’avaient aucuti pouvoir pour arreler definitivement des comptes, sans la concurrence du conseilnaval preside par le contröleur ou par son depute. Äujourdhui les comites suflisent ä faire ce qui etait au-dessus des forces de commissioners isoles, et d’ailleurs trop peu nombreux. Les commissioners ne dirigent, exclusivement, aucune brauche speciale et permanente du Service •, parce qu’on veut qu’ils connaissent toujours Fensemble des affaires du comite auquel ils appartiennent. On prefere ne confier que certaines por- tions de chaque brauche de Service, aux divers membres de chaque comite. On a soin , d’ailleurs, que toules les pieces adressees au conseil naval, ou bien emanees de ses bureaux, soient soumises a l’examen d’un commissioner : il doit contre- signer avec ses initiales, les rapports, et les comptes qu’il a verifies. On distribue ces travaux de teile sorte que toutes les pieces relatives a la meme Operation , passent par les mains d’un meine examinateur qui suit, ainsi , depuis le commencement jusqu’ä la fin , l’affaire dont il est Charge. Cela lui permet d en rendi-e, au comite dont il est membre, un compte unique, beaucoup plus satisfaisant que la reunion des comptes partiels qui seraient rendus sur la meme affaire, dans le cas ou divers commissioners en auraient examine des portions diverses. Pour tout ce qui n’est pas autorise par des reglemens ou sanc- tionne par Fusage, pour tous les doutes qui naissent dans l’esprit d’un commissioner auquel la revision d’un compte ou la direc- tion d’une certaine brauche d’affaires aurait ete confiee, il en refere au comite qui doit en connaitre. L’admission de charges insolites, sur les comptes et sur les depenses de malieres, ainsi que les decisions a prendre pour des paiemens qui sortent du cours ordinaire, exigent que les resolutions d’un comite soient HI. ID FORCE NAVALE. souscrites avec les initiales des noms de tous les membdes pre- sens : deux suffisent a la rigueur *. En cas de maladie ou d’absence d’un des commissioners, ses travaux sont repartis enlre ses collegues. Comite visiteur. Une des mesures les plus importantes et le plus soigneusement suivies, depuis ladoption des projets de la Commission chargee de la revision des affaires civiles de la marine, est de faire visiter periodiquement les ports et les ar- senaux, par un comite du conseil naval. Ce comite, compose de trois membres, estpreside par le contröleur ou son depute. 11 ne doit jamais s’ecouler plus de trois ans, sans qu’une sem- blable tournee soit faite dans les ports : meme aux epoques ou le conseil naval est surcharge d’occupations qui requierent la reunion complete de ses membres. En toute autre circonstance, les tournees doivent avoir lieu chaque annee. Elles sont faites d’ailleurs ä des epoques impre'vues, afin que les inspecteurs puissent mieux juger de l’etat habituel des arsenaux. Le comite visiteur ve'rifie, 1 par ses propres yeux, si les in- structions donnees aux officiers des arsenaux, et les ordres permanens emis depuis la derniere visite, ont ete mis a execution dans tous les etablissemens, avec intelligence et ponctualite j si ces ordres ont produit des effets utiles ou pernicieux; s’ils pre- sentent des irregularites, des incoherences, relativement au Systeme general du Service : afin de remedier le plus tot possible ä tous les inconveniens. Le comite visiteur doit, en outre, examiner, si les officiers des arsenaux sont capables de remplir les devoirs de leurs places respectives, etde'signer ceux qu’il faut mettre en retraite. II doit assister aux revues generales des employes et des ouvriers, veiller a ce qu’on reforme les infirmes ■, les invalides, et les hommes * II faut que tont bill de liquidation ( Clearing bill), qui est le bill par lequel tous les comptes de caisse sout passes , soit toujours signe' par trois commissioners. CONSTITUTION DE LA MARINE. 11S inutiles; enfin, s’enquerir avec detail de tout ce qui concerne l’ordre, leconomie, et la discipline des arsenaux. Les resultals de chaque yisite, les observations auxquelles eile a donne lieu, les mesures nouvelles, la rectification des mesures existantes et vicieuses, la mise eu vigueur des mesures existantes et bonnes, mais negligees et tombe'es eu desuetude : teile est la matiere du rapport redige par le comite visiteur, apres l’inspection de chaque arsenal. Ce rapport, adresse d’a- bord au conseil naval, est transmis ensuite ä l’amiraute. Si l’on observe qu’un comite compose de trois lords de l’a- miraute , effectue aux niemes epoques, la visite de tous les ports; que dans l’intervalle de ces grandes revues du materiel, du personnel et des institutions, un des inspecteurs du genie est specialement Charge de faire des tournees dans tous les arsenaux oü sa presence peut etre utile; que le contröleur et le pre- mier lord de l’amiraute vont souvent dans ces etablissemens, prendre eux-memes connaissance de l’ordre babitüel et des innovations du Service; que pour toute affaire exlraordinaire , les autorites centrales ne decident rien sans ayoir envoye, sur leslieux, des commissaires speciaux del’amiraute ou du conseil naval,. alors on verra que le ministere de la marine anglaise doit avoir une connaissance parfaite de tous les objets quil dirige, et lFelre jamais reduit ä juger des cboses d’apres d’a- veugles traditions. Nous allons maintenant presenter le tableau de Fetablisse- ment des bureaux de la marine, ä trois epoques bien remar- quables; la premiere en 1792 , au commencement des guerres de la revolution francaise; la seconde en 18 r 3 , au fort de la derniere guerre ; la troisieme en 1817, apres deux ans de paix. A la vue de ce tableau, on sera frappe sans doute de l’accrois- sement presente, dans Fespace de yingt-cinq ans, par les de- penses des bureaux de 1’oflice nayal. FORCE NAVALE. 116 BUREAUX DE L’OFFICE NAVAL. i secretaire du conseil naval. i er . assist.-secre't. du comite de correspondance. i ". secretaire du comite des comptes *. . . i cr . secre'taire du comite des matieres *. . . Bureau du secretaire general. . . . Clercs. Inspection des construct. navales. . Assistans. Idem., dcssinatcurs ** . Bureau d’enregistrement.Clercs. Idem des marches.Clercs. Idem des bills el des comptes. . . . Clercs. Idem d’examen des compt. etrangers. Clercs. Idem gages des gens de iner.Clercs. i ldem de l’inspect. des conslructions. Clercs. Idem des matieres.Clercs. Idem des allocations.Clercs. Idem d’exam.des compt. dugarde-mag.Clercs. Idem d'babilleinens. ..Clercs. Idem de l’architccte civil.Assistant. Idem .Dessinateurs. Idem d’exam. des compt. dutresorier. Clercs. Clercs du controleur , par Supplement. . . VIessagers , gargons de bureau , etc. . . . totaux. I 79 2 - i 8 x 3 . 1817. ■?, Z 0 SALA1UES. O SJ SALA1RES. O salaires 5 C 3 55 1. fit. 1. st. s. 1. st. s. 1 3 oo i 1,200 >■ I I ,200 »' » » 1 800 » I 800 » ■» » 1 800 » 1 800 » » M 1 800 » I 80 0 » >4 780 22 4,870 >1 23 5,8 t 5 » 2 58 o 2 1,18210 1 600 » w 4 1,000 » 4 1, 35 o » ■8 I ,2.3o 20 4 ,B 5 o » 20 5,645 » » » 2 600 » 2 94° iS 9 ° 16 3,910 »i >7 4,855 » » )> r? 1,680 » 7 2,025 W I I 1 700 iS 3 ,i 5 o » 1 5 3 , 77 ° »1 I 5 33 o 5 1,260 » 5 I ,320 n >1 „ 6 1,620 11 6 1,900 n » » IO 2,440 .. 10 3,320 » 8 45 o 9 1 ,8 10 i> 9 2, 100 » 5 5 oo 6 1, 5 go 11 b 2,080 » U » I 600 11 1 7OO » n )l 3 63 0 " 5 1,253 1 8 53 o 8 1 , 83 o n 8 2,0 I 5 )> >* 2 76 n 2 125 » 10 36 9 9 961 4 9 9 56 * 6,669 37,648 14 . 44,368 1 -■S nmrmjimnmT'"" Independamment des clercs entretenus, il y a des clercs extraordinaires ou temporaires. En voici la ccnnparaison pour les trois epoques citees ci-dessus : 1792. i 8 i 3 . 1817. Nombre de clercs. 10 So 22 Salaires ( livres Sterlings ). . . 5t2 6, 33 o Solde moyenue (par individu.). 5 1 7 ^ 79 i 2,840 129 ~ Ainsi Fon yoit que, de 1792 ä i 8 i 3 , la solde de ces clercs s’e- leve d’environ cinquante pour Cent, a cause de Faugmentalion * Ces ofiiciers ont e'te ajoutes par ordonnance royale , le 28 octobrc 1807 , en con- scqucnce du plan des commissaires de revision. Ces dessinateurs , en 1792, etaient des contre-maitres payes sur !c rdle des ouvricts des arsenaux , avcc une haute paie de 7 i scliellings par jour. constitutio;n de la marine. 117 du prix de toutes choses ; et que, de i8i3 ä 1817 , cette solde s’eleve encore plus haut, de soixante pour cent, malgre la di- minution du prix de toutes choses. CHAPITRE III. Conseil naval. Comite de la correspondance generale. X out es les pieces adressees au conseil naval, lorsqu’elles ne sont pas du ressort special de quelque autre comite, sont examinees, discutees et repondues par le comite de correspondance : excepte dans les cas importans que l’on juge convenable de soumettre ä la deliheration generale du conseil naval. On a place sous la direction de ce comite : i°. le secretariat; 2°. le ticket Office; 3 °. le contract Office , 4 0 . l’allotment ofTice. i. Secretariat. Ses travaux de'rivent du conseil naval ou des comites, et sont diriges par un secretaire general appele secrd- taire de la marine. II doit assister aux seances du conseil naval, rediger et enregistrer les minutes des deliberations et des reso- lutions, surveiller l’execution des decisions en ce qui concerne la fidele, prompte et secrete expedition des affaires , dans les bureaux qu’il dirige * ** . II correspond avec tous les pouvoirs civils, militaires et maritimes, ainsi qu’avec les particuliers qui ont affaire au conseil naval * Afin de soulager dans ses travaux le secretaire general, il y a maintenant un secre'taire spe'cial pour cliaque comite. Voyez le tableau de la page prece'dcnte. ** II est aussi charge d’examiner les leclamations et de dresscr les certificats ou ltons de sccours (bilts of gratuities ), pour les parcns des officiers ou des gens de mer tue's dans les combats. II fait et delivre les certificats de rcfus despriscs offertes ä la marine de l’etat, et jugces impropres au Service. Enfm, il accepte leslettres de cliangc tircessur le conseil naval. FORCE N AVALE. 118 C’est au secretariat de l’oflice uaval que sont enregistres les actes de nomination de tous les officiers de la marine, tant civils que militaires: depuis le premier lord de l’amiraute, jus- qu’au dernier midshipman. Les pieces ä l’appui des nomi- nationSj engagemens, cautions, etc., * y sont pareillement enregistrees et deposees. On y conserye la Collection originale de tous les ordres permanens et de toutes les instructions ex- pediees pour le Service de la flotte, des ports et des arsenaux. Enfin, toutes les lettres , tous les papiers recus par le conseil (excepte ceux qui se rapportent a Yallotment oflice ) sont de- poses au secretariat: de Sorte qu on y peut aisement recourir, et que toutes les demandes du conseil peuvent etre prompte- ment repondues. Livre d’expdriences. Depuis long-temps on tenait au secre- lariat general, et Fon tient maintenant au secretariat des con- structions, unlivre tres-utile, ou l’on consigne la marche et les re'sultats de toutes les experiences faites pour le progres de la marine. Par-la, toutes les fois quon propose des experiences, on peut facilement voir si eiles sont ou neuves ou semhlahles a celles qu on a dejä tentees sur le meine sujet. Pendant quel- que texnps, au milieu de la derniere guerre, la grande multi- plicite des travaux avait fait abandonner cette excellente me- thode; mais, depuis la revision des affaires navales, on s’est em- presse de la remettre en pratique. «Nous pensons, disent les commissaires de re'vision, qu’il serait tres-avantageux de faire, au secretariat, un extrait de la correspondance tenue sur les sujets les plus essentiels, en rela- tant les pieces originales. La reunion de ces extraits epargne- rait au conseil naval un temps precieux qui, maintenant, est trop de fois consume' en recherch.es infructueuses, dans lamasse * On y tient aussi (comme controle ) le compte des bonnes-mains ou fees payables suivant un ordre du conseil, sur des pieces prepare'es au secre'tariat. CONSTITUTION DE LA MARINE. 119 entiere d’une enorme correspondance. Tout ce qu’il y a d’u- tiie ä conserver, sur chaque affaire importante, pourrait ai- sement etre contenu sur une ou deux pages. Chaque annee, ces extraits seraient mis en ordre, accompagnes d un index, et relies : ils formeraient un precieux repertoire. » Ajoutons qufiuie semblable analyse ne serait pas d’un moindre avantage dans notre minislere de la marine, que dans les bureaux du conseil naval d’Angleterre. Bureau des petitions. C’est une annexe du secrelariat. Son institution fait honneur a rhumanite du gouyernement anglais. L’unique fonction de ce bureau est de dresser des petitions pour les matelots et les pauvres gens qui peuvent avoir besoin de reclamer pres du conseil naval, au sujet de leurs salaires ; ou qui demandent des certiücats de service , afin d’avoir la fa- culte de s’etablir et d’exercer des meliers dans les cites, etc. Non-seulement 011 dresse les petitions relatives a ces divers objets j mais 011 aide les petilionnaires dans la poursuite de leurs reclamations. Pour leur eviter les delais et les difficultes, on leur indique la marche qu ils doivent suivre, les bureaux aux- quels il leur faut successivement s’adresser, etc. Allotment office ou bureau des allocations. Ce bureau fut etabli en 1797, en consequence dun acte du parlement qui per- mettait aux matelots et aux royal-marines d’allouer une partie de leur solde en faveur de leurs meres ou de leurs femmes; et qui autorisait en outreles officiers a tirer, chaque trimestre, des billets a ordre, pour leur solde. Depuis le i er . janvier 1817 , les classes de personnes qui ont droit ä tirer de tels billets sont consi- derablement augmentees *. Les commissaires de revision , avec des soinset des details qui font honneur a leur philantropie, de- manderent et obtinrent qu’on accordat aux officiers mariniers, * Vojez 6 lh . Rep. comm.finances. i8iy. Appendix , p. idr. I 20 FORCE N AVA LE, aux matelots et aux royal-marines, la facnlte cTallouer une par- tie cle leur solde a leur pere, s’il est veufet hors d’elat de se nourrir lui-meme, et a leurs enfans cpii seraient, au-dessous de 4 ans. Les allocations sont payees a domicile aux pcrsonnes secourues. Les commissaires ont donne des moyens pour assu- rer la remise et Femploi fidele de ces fonds en faveur des enfans. Quand la femme d’un marin a merile, par sa mauvaise con- duite, de perdre les secours qui lui sont accordes, alors, (Ta- pres la demande du marin, et si les autorites locales temoignent de cetle mauvaise conduite , la femme cesse de loucher les secours quelle avait rccus regulierement jusqua cette epoque. Ticket ofßce ou bureau (Venregistrement. C’est dans ce bu- reau qu’on prepare les etats financiers demandes par le parle- mentou l’amiraule, mais soumis d’abord a l’examen du Conseil uaval: voici le detail des attributions de ce bureau. Comparer et faire cadrer les roles d’embarqucment et d’effectif des bätimeus , avec les conlroles de revue. Preparer, examiner, ajuster les registres de solde des bätimeus, d’apres les roles de revue de paiement. Dresser des registres de solde pour les batimens pris ou de'- truits. Preparer etcomplcter la liste des demi-soldes, cn y enregistrant les noms orais dans les lisles transmises par l’amiraute. Examiner et arreter les registres des agens comptables des navires, pour les viyres , les habillemens, ( slops ), le tabac, les fournilures de lit, d’apres les registres de revue et les registres d’liabillemcnt des batimens. Preparer les pieces comptables pour la paie et les allouances des amiraux , capitaines, licutcnans, maitres, chirurgiens et cliapelains; preparer le compte du nombre des matelots et royal-marines por- te's sur les roles et passe's en revue par la marine. Enregistrer les ofliciers mariniers dans la liste nnuuelle, ettenir la liste de ces ofliciers. Examiner les listes de prisc, d’apres les roles de revue. Diriger et surveiller les paiemens de dc'coinpte et les rappcls des navires et des arsenaux , ä Portsmouth, Plymouth , Chatham, Sheerness, Deptford , Woolwieh et Lon- dres. Arreter les gages et les retenues ä solder d’apres les registres de bord , ainsique la de- pense des ofliciers et gardiens des batimens de'sarmes ( in ordinarj). Bureau des manches. Attributions : C’est dans ce bureau qu’on prepare les marches pour les achats d’approvisionnemens de toule cspece , pour la construction , l’achat et la revente des navires, pour la vente des vicillcs munitions; c’est la qu’on prepare les cliarles- parties pour les batimens destines ä porter des matieres bors des trois royaumes, et pour toute autreespece d’aflfretemcns. Enfin, c’cst lä qu’on re'dige les avis et les instructions pour les arsenaux , afin de leur notifier les achats et les ventes avec les conditions arretces, etc. CONSTITUTION DE LA MARINE. 121 CHAPITRE IV. Comite des comptes. Ije comite des comptes est charge d’examiner toutes les pieces comptables dont le conseil naval doit connaitre \ il dirige une cori’espondance tres-etendue, relative aux diverses branches de la comptabilite monetaire. Les reclamations d’indemnites, pour les pertes eprouvees par des iadividus, en secourant les navires de l’etat, ou pour frais de sauvetage, de pilotage, etc. , sont adressees ä ce comite qui soumet ensuite au conseil naval, les evaluations reduites a leur juste valeur. II rend pareillement compte ä ce conseil, des in- fractions commises par les fournisseurs de toute espece, dans l’öxecution des marches passes avec la marine. S’il y a des re- prises , des amendes, ou des indemnites a reclamer en faveur de l’etat, le comite, d’apres la decision du conseil, en poursuit le recouvrement. II remet ä l’bomme de loi de la marine ( sol- licitor ), tous les documens necessaires pour preparer un avis legal sur les affaires contentieuses dont les avocats de la cou- ronne doivent connaitre. Toutes les lettres de change (excepte Celles qui sont tirees par les officiers, pour leur solde , d’apres un acte du parlement) sont examinees par le comite des comptes. Arridrd des comptes de la marine. Les commissaires de revi- sion, d’apres ce qu’avaient dit les commissaires de l’enquete na- vale, sur l’arriere des comptes, demanderent que l’on constatat la nature et l’etendue de ceux qui n’etaient pas encore comple- teinent apures. Au 3 i decembre i 8 o 5 , les comptes arrieres surpassaient la somme enorme de x 1 millions Sterlings (270 mil- III. 16 122 FORCE NAVALE. lions cle francs). Ce qu’on atlribuait : i°. au trop petit nombre de clercs habiles , employes ä l’office naval ; 2 0 . au peu de re- compenses et d’encouragemens offerts a ces clercs. Pour sortir de cet effrayant airiere, le conseil naval, imitant en ceci les mauvaises mesures de l’aclmiifistration de la guerre, donna l’ordre aux clercs de la comptabilite, de travailler au dela du temps fixe : en leur payant des heures extraordinaires. Ce moyen ayant ete trouve lent et dispendieux, les commis- saires de revisiou proposerent d eriger en chefs de bureaux, de simples clercs choisis parmi les plus intelligens , et de placer sous leurs ordres uu nombre süffisant d’employes extraordinaires. Ces chefs rendaient habituellement compte du progres des travaux, aux comites competens j et ceux-ci, tous les trois mois, au conseil naval. Parlons des autres bureaux dirige's par le comite des comptes. Bureaux des comptes et bills de paiement. Atlribulions et devotrs : Examiner les certificats transmis des arscnaux et des clianlicrs du commerce, ct les comptes des Ingenieurs des forets, pour toutes les matieres fournies , et.pour tous les Services effectues: voir / s’ils sout conformcs aux marche's, et aux ordres qui s’y rapporteilt. Informier le Comite des comptes , de toutes les irregularites de ces certificats, et des erreurs autres que des faules de caicul : ces fautes font immediatement rcuvoyer les pieces, pour etre rectifie'es par ccux qui les ont produites. limeUre des billets pour le montant des certificats valables, en j ajoutant l’inleret Idgal pour 90 jours. Enregistrer ces billets, y appliquer le preleve- ment des fees ; et consigncr ce prelevement dans un registre , pour servil' de controle au re- cevcur Utes fees. Examiner les comptes de deboursement des officiers employe's ä lever des liommes pour le Service, et les comptes des officiers employe's ä la surintendance des si- gnaux , au Service des fencibles de mer, dans la Grande-Bretagne et l’Irlande, etc.; dmettre des billets pour liquider les prets passes en compte. Statuer pour le comite des comptes, la nature et le montant de toutes les reclamations payables par billets , pour fret d’alleges , de cutters arme's, etc., ou pour fret de provisions fournies dans les arsenaux elrangers. Rendre compte des re'clamations faites, d’apres des actes du parlemcnt, au sujet de pri— mes sur la prise et la destruction des vaisseaux de guerre ennemis; ainsi qu’au sujet de Ja subsistance et du passagc des marins naufrage's. Faire des bills de paiement d’apres Ja valeur des vaisseaux capturc's et de leurs provisions, ou d’autres vaisseaux achete's pour le conseil naval, en ajoutant Vintiret legal sur tous ces billets , etc. Presenter an comite , CONSTITUTION DE LA MARINE. 123 des rapports surtoutes les plaintes, sur toutes 1 es rc'clamations relatives aupilotagc. Regler les sommes payablcs sur des certißcats accordes aux pilotes ainsi qu’aux patrons, pour pi- lotage ; faire des billets pour le paicment des meines sommes , et les enregistrer par duplicata pour prevenir les doubles paiemens. Exammer les comptes de tous les administrateurs de I’amirautd et du conseil naval; les comptes des cousuls, pour divers Services maritimes; ccux des officiers commandans de vaisseaux , pour provisions, habillemens et debours relatifs k leurs bätimens; ceux des personnes employe'es k l’achat des provisions navales par commission. Chaque trimestre, faire des billets pour le salaire des lords de l’amiraute , du tre'sorier, des commissaires de la marine, des clercs employes dans leurs Offices; et, tous les six mois pour toutes les pensions navales : enregistrer ces billets comme il est dit ci-dessus. Pre'parer cliaque mois, afin de eontroler les comptes du tre'sorier , une liste des billets k trois mois de da1e, qui echoient dans le mois : en notifiant dans cette liste le nom de la par- tie recevante, les Services, le numero du registre et la somme. Fonrnir au six-penty Office , un compte annuel de tous les vaisseaux loue's. Pre'parer les ordres pour le paiement de toutes les traites accepte'es par le conseil naval. Pre'parer la partie du compte de la dette de la marine, relative aux billets en circulation , etc. Faire cbaque mois, cbaque trimestre et chaque annee , un sommaire de tous les paiemens de billets portant inte'ret, et un autre des billets k vue ( ready money bills). Cliaque semaine , faire au comite' des comptes, un rapport sur les ordres des lords de l’a- miraute, qui sont encore sans re'ponse; et, cbaque mois, un rapport des progres de 1’examen des comptes. Tenir registre spe'cial des actcs du comite des comptes, des notes du bureau de la correspondance , relatives aux comptes, et des decisions propres k servir de prdeddens. Bureau des comptes etrangers. 11 est Charge de tous les comptes qui regardent les ports situe's liors des trois royaumes; et qu’on appelle ports etrangers, quoiqu’ils fassent partie integrante de l’empire britannique. Bureau cTexamen des comptes du tresorier. Attributions: Tenir un journal de consi- gnation, pour tous les billets dont le paiement est ordonne' par le tre'sorier. Examiner, chaque quinzaine , les comptes courans des recettcs et de'penses du tresorier. Noter sur le livre de consignation et sur le grand-livre d’emprunt, l’e'poque du retour de chaque billet paye par le tre'sorier. Examiner le grand-livre annuel de paiement du tre'sorier, au moyen des livres de cet Office et des pieces originales sur lesquelles le paiement a ete fait. Tenir un grand livre de tous les emprunts * accordes aux gardes-magasins et aux consuls, k l’exterieur; aux clercs des fonds et gardes munitions, kl’interieur- aux contractans, pour Ja construction des vaisseaux, et pour les ouvrages execute’s dans les arsenaux maritimes; k tous les officiers employe's k lever des hommes, et k tout autre Service. Extraire annuellement de ce grand-livre, le montant de l’emprunt de chaque comptablc. Tenir un livre justificatif * Dans la comptabilite britamiique , oir entcud par emprunt , toute somme dont un comptable est cre'dile , meine pour remboursement de de'penses de'jk faites : l’emprunt ne cesse que quaud le comptable a justific officiellement de 1’emploi des fonds. 124 FORCE NAVALE. d’emprtmt sur lequel on porte toutc avance accorde'e ä cbaque eomptablc et soldee depuis: une copie de ce compte est transmise aux auditeurs des comptes, jiour justifier les parlies. Delivrcr des certificats aux capitaines, lieulenaus et chirurgicns qui out justifie de l’cniploi de leurs emprunts , afin qu’ils puissent toucher leur paie. Enregistrc-r les sommes dues par les comptablcs, et les rentrees de ces sommcs. Tenir registre du monlant et de l’cmploi du prix des vieux materiaux vendus. Preparer pour leparlcment les budgets votes pour la solde des maritis , le budget de Vordinaire , l’elat de la detle de la marine , eL les comptes accidenlels que Vonpeut demander : en faire des copies pour Vamiraute, la tresorerie et le conseil naval. Faire les comptes et les budgets demandes par la tresorerie. Tenir cbaque mois un compte courant avec le tre'sorier , en transmeltre copie a l’amiraute et ä la tresorerie. Tenir un compte de l’argent dc'livre par l’e'chiquicr au tre'sorier de la marine , et des bonnes mains payables sur documens delivres pour cet office. Enregistrer tous les mandats ( warrants ) de la tresorerie, ordounant des paiemens ä faire par le tresorier de la marine. Tenir un compte des artisans et ouvriers employes dans les arscnaux et les corderies, et transmeltre ä l’amiraute le nombre de ceux qui sont porte's au Service , ä la fm de cliaque trimestre. Bureau de la solde des gens de mer. Altribulions et devoirs : Examincr toutes les sommes rcfues et de'pensees pour la solde, par le tresorier , d’apres ses c'lats mensuels. Controler les paiemens fails aux ports exte'rieurs, pour le personnel des arsenaux et des navires en ordinaire. Huit clercs de ceile brancbe sont employes dans les ports; ils operent concur- remment avec les clercs du tresorier et du ticket office: ils conti olcnt et ccrtilient toutes les sommes payees et alloue'cs par le tresorier, ils envoient ä la (in de cbaque mois , au conseil naval, le compte de ces sommes. Tenir des registres pour y consigner, sous le titre des divers navires , les noms des hommes envoyes commc malades aux bopitaux; on examine ces elats pour s’assurer du nombre des absens, nombre qu’on nolific a l’office des vivres. Tenir un compte de l’etablissement de tous les navires de chaque classe , pour s’assurer du nombre exact d’officiers brevetes , d’officiers mariniers, de sous-officiers (petty oßieers) de matelots, de mousses et de royal-marines que cliaque navire doit porter. Tenir un compte des paiemens faits sur les registres de bord, depuis le premier janvier jusqu’au 3o septembre, et depuis lc 1 er octobre jnsqu’au 3 i de'cembre , e'poques oü l’on ar- rete la dette de la marine. Tenir un registre general de tous les navires en commission , et de tous les e'quipages, pour calculer par trimestre le montant de la solde de mer. Etablir la balance des retenues d’invalides (pour l’höpital de Greenwich), sur les comptes des gens de mer. Le compte des paiemens faits aux arsenaux, dtant transmis ä ce burcau, consigner ces paiemens dans un registre , oü chaque chapitre gene'ral est subdivise par arsenal et par trimestre; les paiemens imme'diats faits , et les retenues preleve'es, comparer ces comptes avec ceux du tre'sorier. Examiner les registres destine’s ä la solde des navires, avant de les envoyer daus les ports, et noter les paiemens immediats, pour prevenir les doubles paiemens. CONSTITUTION DE LA MARINE. is5 Rendre chaque semaine et plus souvent s’il est necessaire , au conseil naval et au conti d- leur , le compte des navires soldes, et des restans en caisse; alia que le conseil puisse regier Demission des credits necessaires au Service. Bureau du recevtur des bonnes-rtiains ou fees , et du pajreur des depenses contin- gentes. Attribuiions et devoirs : recueillir les fees perjues dans les differens bureaux , oü il jest permis d’en prelever ; en tenir un compte regulier , bureau par bureau. Payer les de'penses eventuelles de l’office naval, ports de lettres et de paquets; frais de revelation pour les gens de mer caches; frais de poste des membres du conseil, etc. tMtMVUnttU VVtlMWItUntHIWUM VV1 tWM IWV CHAPITRE y. Comite des matteres. Le comite des matieres est Charge de determiner la nature et les quantites de tous les approvisionnemens necessaires au Service naval \ d’en ordonner la repartition dans les arsenaux et les ports; de prendre connaissance des recettes, delivrances et remises de toute espece de materiel : enfin, de traiter les affaires courantes qui se rapportent a cette branche importante du Service. Ces devoirs generaux renferment les fonctions speciales suivantes : Correspondre avec tous les fournisseurs de matieres premieres ou de produits oeuvres. Examiner les comptes de tous les materiaux aclietes par des employe's de la marine. Voir si de tels achats e'taient düment autorise's, et si l’on a fait, autant que les circonstances le per- mettaient, un emploi convenable de ces approvisionnemens.—Veiller strictement ä ce que tous les comptables ä terre , ou ä bord , envoient pe'riodiquement l’e'tat regulier des recettes et depenses du materiel k leur cliarge. — Prononcer sur le cas de tous les officiers qui rendent des comptes pour des maleriaux , lorsque (d’apres un arrete de leurs comptes) il paralt se trouver quelque deficit. — Examiner les demandes de materiel faites par les arsenaux de l’interieur , par les ports et les stations de l’exterieur; pre'voir les demandes qui doivent etre faites par les vaisseaux de chaque Station , dans le cours ordinaire du Service , en d’apres les indications d’un Service special ordonne' par l’amiraute. — De'signcr les arsenaux oii l’on doil charger les transports et reunir les convois pour envoyer du materiel, I2Ö FORCENAVALE. soit a riiiteiieur, soit ä l’exterieur : pre'vcnir ou faire cesser tonte actumulation d’approvi- sionneracns , ineommode ou superflue , dans les magasins de I’intcrieur et de l’exterieur. — Exarainer l’emploi auquel les amiraux , capitaines et autres officiers destinent les provisions que les officiers des arseuaux ne croient pas pouvoir fournir sans autorisations expresses ; ct les provisions extraordinaires que rcnd ne'cessaircs la nature d’un Service special. Etablir l’inventaire d’armement et I’e'tat de greement des vaisseaux d’uue classe nouvcllc. ou desline's ä quelque Service qui requiert des cbangemens particuliers. Lorsque les bureaux places sous la direction du comite des malieres, decouvrent quelques irregularites dans les comptes du materiel, transmis a Toflice naval, ils les font aussitöt con- naitre ä ce comite dont ils prennent les decisions, pour toutes les affaires qui ne sont pas dans la regle commune et generale du Service. Le comite lui-meme prend la decision superieure du conseil naval, pour les affairesles plus importantes. II dirige immediatement les oflices spe'eiaux : i°. des affaires generales du materiel; a°. du contröle des comptes des gardes-magasins j 3°. de rhabillement des matelots et des royal-marines. Office des matieres. Attribulions : Preparer ct suivre la correspondance generale relative aux matieres , d’apres les directions du comite dont le secre'taire est chef de cet Office. Preparer les etats , les marclies et les devis d’approvisionnement des ports , d’inven— taire et de greement des batimens de guerre. Recevoir et vdrifier les comptes d’aehat, de recettes et de'penses des matieres navales , tant des ports que des vaisseaux. Indiquer au comite , i°. les arsenaux pour lesquels il est convenable de charger les Iransports qui conduisent le mate’riel d’un port ä un antre ; 2°. les decisions qu’il semble utile de prendre ä l’egard des diverses offres de marchands et de fournisseurs. Pre'parer, pour le comite , les rapports demande's par le parlement, l’amiraute et le conseil naval, sur toutes les affaires relatives ä la comptabilite des matieres. Office pour l’examen des comptes des gardes-magasins. Attributions : Veiller ä ce que les gardes-magasins des arsenaux et les officiers des ports exterieurs transmettent leurs comptes de matieres , avec les pieces a l’appui, pour en reconnaitre la validite ; et les ranger, ensuite , parmi les elemens des comptes gene'raux. Retenir les comptes de toutes les matieres achetees par ou pour des officiers de la marine , ä l’cxterieur, quand la valeur de ces matieres est tiree par billets presentes ä l’office naval, jusqu’au moment oü les comptes de quelque garde-magasindemontrent que les matieres aclietees sont prises ä la charge d’un comptable. Rxamincr les comptes sommaires des matieres reyues et deliyrees , d’apres les documens CONSTITUTION DE LA MARINE. 127 «t les certificats convenables. Comparer les totaux de ces comptes avcc les balauccs de trimestre , pour c'tablir ce qui roste ä la charge des gardes-magasins. Lors de la mort ou du deplaccment d’un garde-magasin , verifier de nouveau la balance des matieres , et mettre sous les yeux du comitc’, l’etat des deficits dc'couvcrts. Dirigerlcs inspections ge'ne'rales de matieres , dans les arsenaux et dans les ports exte- rieurs ; toutes les fois que le conseil naval ordonne de comparer les restans en magasin aveo les comptes de balance. Rediger et soumettre au comite', toutes les minutes relatives aux irre'gularite's qu’on peilt decouvrir dans l’examen des comptes des gardes-magasins; afin de preparer les instructions ä donner sur cet objet aux officiers qui doivent en connaitre. Preparer tous les rapports et les exposes de fails relatifs aux comptes des gardes-magasins, soit pour le parlement, soit pour diverses branches du pouvoir exe'cutif, toutes les fois que cela est requis. Ecrire et trausmettre les ordres du comite aux fournisscurs et aux officiers des poits, pour la fourniture et la reception des matieres; de meine aussi, pour envoycr et faire recevoir des matieres d’un arsenal dans un autre. En 1806, il parait que beaucoup de comptes des gardes- magasins ä l’interieur ; et des officiers de la marine a l’exterieur, n’avaient pas ete remis au bureau d’examen, depuis 2,3, 4 et meme 5 annees. Les commissaires de revision proposaient de suspendre les appointemens des comptables qui negligent ainsi de rendre leurs comptes. « Si les comptes de trimestre que nous avons proposes relatiyement aux matieres (disent les coramis- saires de revision) etaient mis sous les yeux du comite qu’ils concernent, et qu’on y fit une attention convenable, on pre- viendrait a l’avenir l’accumulation d’un semblable andere, u Office de l’habillement. Aiiributions : Recevoir , inspecter , emballer , envover aux divers depots, les effets d’habillement employe's pour le Service des matelots et des roval- marines , soit ä l’inte'rieur , soit a 1 ’exterieur. Tenir les comptes de ces fournitures , avec les gardes-magasins et les officiers de la marine auxquels dies sont cousignees. Tenir les comptes distincts et separe's , de chaque boursier 011 autre ofiicier charge de l’habillement, soit pour l’usage de l’e'quipage ou auirement. Tenir les comptes des divers fournisscurs, pour riiabillement des matelots et royal-marines : lorsque les articles sont approuves, le certificr au conseil naval j afin qn’on puisse faire expedier les inandats de jaaiement. « Fous les comptes du bureau d habillem en t sont tenus en 128 FORCE N AVA LE. partie double, et balances annuellement; les bonis ou les deft- cits, jusqu au3i decembrede chaque annee, sont calcules avec exactitude. » 4 ' h - re P- p- 4 - 3 » Com. rev. Autrefois, lorsque les comptes des officiers charges de l’ha- billement, ne presentaient aucune irregularite, le bureau ne les soumettait, ni au conseil naval, ni meine au comite des matieres. Les commissaires de revision pensent que tous ces comptes, quoique parfaitement reguliere, devraieut etre mis sous les yeux du comite. mHVHMWWJ GHAPITRE VI. Comite des conslruclions ncivales. Inspecteurs de la marine, Ijes inspecteurs de la marine sont des ingenieurs generaux dout la reunion forme le comitd des constructions navales. L’etablissement de cette excellente Institution date de i8i3: l’abolition de notre conseil des constructions nayales date de i8i4- Le comite dirige, a la fois, la partie technique et la partie comptable de tous les travaux des ports *. II preside ä la redac- tion du budget relatif aux depenses de ces travaux. II corres- pond directement avec les arsenaux, pour obtenir les eclaircis- semens ou les corrections necessaires a la confection de ce budget, qu on soumet d’abord ä l’examen et aux amendemens du conseil naval. On l’adresse ensuite, en double expedition, ä la tresorerie et ä l’amiraute. Ces autorites superieures , apres l’a- * Constructions navales , hydrauliques et civiles; greement, entretien des bätimens de'sarme’s ; reparations des formes, des cales et des hangars de construction , des quais , niagasins, logemens , etc., soit dans les ports de la Grande-Bretagne , soit dans les ports cxterieurs. CONSTITUTION DE LA MARINE. 129 voir fait modifier selon leurs intentions, doivent l’approuver , avant qu on le presente ä la chambre des communes. Lors- qu une fois , il est vote par le parlement, le comite des con- structions en fait expedier des extraits, pour servir de regle aux operations des ports, et a la surveillance des inspecleurs. Toutes les semaines , le comite fait preparer , pour l’ami- raute, Fetat d’avancement des travaux de cliaque arsenal et de chaque chantier. Tous les mois , un etat special de ces travaux est pareillement adresse ä l’amiraute , pour etre mis sous les yeux duroi. Ce dernier etat contient les noms et la Situation des batimens desarmes, avec tous les details desirables sur les armemeus quon prepare, sur le retour des batimens armes, ou leur mise ä la voile, etc. *. Enfin, tous les ans , le comite des constructions dresse une liste generale de la flotte, pour montrer Faccroissement ou le decroissement du nombre des batimens de cliaque rang. Je lFentre ici dans aucun detail sur les fonctions du comite, l’elatives a. la partie tecbnique, a la confection et a l’examen des plans, des devis, des condilious, des marclies, consideres sous le rapport de l’art, etc. 5 ces fonctions sont absolument de la meme nature que celles de notre ci-devant conseil des constructions. Quant aux autres fonctions qui se rapportent a la comp- tabilite, voyez , p. x34- Pour apprecier tous les avantages d’un Systeme qui rend les inspecteurs de la marine ä la fois ingenieurs et comptables, oi’donnateurs et conseillers, il faut observer que les membres du comite des constructions etant, avant tout, membres du * ^ cet e ® e U on äent dans les bureaux du comite des constructions , un livre intilule: Ext!ait de l avancement des travaux , dans lequel est enregistre le nom de chaque batiment, 1 e'poque et le lieu de sa construction , son arrivee dans le port, son entre'e dans les forines et sa sortie ; son doublage , ainsi que le rcmplacement ou le radoub de ce dou- blage , l’epoque de la mise a la voile; etc. m. i i FORCE N AVA LE. i 3 o Conseil naval, n’agissant en leur qualite d’ingenieurs que comme delegues de ce conseil, et ne pouvant prendre aucune mesure importante, sans l’approbation du conseil complet, il y a tou- jours harmonie entre leurs operations et la direction generale des affaires de la marine. En traitant du conseil naval, nous avons vu, p. 111 , que le premier des inspecteurs est du cornite de correspondance, le second du cornite des matieres, le troisieme du cornite des transports : ainsi rien n’est etranger ä leurs fonctions , et quaud ils sont reunis, ils ont toutes les lumieres indispensables pour mettre leurs travaux en harmonie avec les diverses branches de 1 ’admi nistr ation maritime. Ils peuvent prevenir une foule de diflicultes, d’obslacles, deretards, qui, daus notre marine, paralysent trop souvent les operations les plus sages et les plans d’exe'cution les mieux combines. Nous ne craignons pas de revenir, ä plusieurs reprises , sur le developpement d’i- dees que nous avons deja presentees. Nous cherchons sur- tout a montrer comment le Systeme de la marine anglaise, malgre son apparente complication, marche en effet avec au- tant de facilite que de simplicite. Ce sujet est assez important pour l’envisager sous toutes ses faces , en examinant, avec detail , des principes analogues et des actions collat^rales, qu’il s’agit de faire concourir au meine but, ahn d’obtenir des re'sul- tats qui n’offrent plus aucune discordance. Le troisieme inspecteur * est specialement Charge de visuelles arsenaux. II peut s’y rendre autant de fois qu’il le juge con- venable, independamment des visites extraordinaires qui lui * C’est le chevalier sir Robert Seppings , si connu par les importantes ameliorations que lui doit la construction des vaisseaux anglais. Voyez a ce sujet le Memoire sur le perfec- lionnement de la charpente des vaisseaux anglais , que nous avons pre'sente' a la so- ciete royale de Londres, et qu’elle a publie dans ses Transaclions philosophiques ( an~ nee 1817 ): ce memoire est re’imprime dans les Annales maritimes. CONSTITUTION DE LA MARINE. l'Si sont prescrites, cl’apres la decision des lords de l’amiraute. Les fonctions de cet inspectear sont tres-importantes , et le gouver- nement anglais les a parfaitement appreciees. Voici comment s’expriment a cet egard les lords del’amiraute, daus les inslruc- tions redigees en 1813, pour organiser le comite des inspecteurs. « En recommandant a S. M., d’employer un des ingenieurs a visiter frequemment les divers arsenaux de letat, nous devons dire que ces visites ont un but tres-necessaire et tres-important: celui d’inspecter, non-seulement les travaux, mais le Systeme suivi dans la direction et 1 ’administration de ces travaux. Par la comparaison entre les moyens employes dans les divers arsenaux , et les effets qui resultent de ces moyens, on pourra se former une ide'e j uste des methodes qui, sous tous les rapports, meritent la preference. On recueillera, de la Sorte , une masse de renseignemens qui permettra d’introduire et de maintenir un meine Systeme d’organisation, d’economie et de travail, dans tous les arsenaux maritimes de cette contree. » Yoici, maintenant, le detail des instructions donnees a l’ins- pecteur Charge de visiter les ports : l*. Consulter dans chaque arsenal, le commissioner re'sidcnt et le premier constructenr, sur le nombre d’ouvriers de toute profession et de manoeuvres qu’on peut employer avec avantage, suivant la capacite des bassins de eonstruction, des cales, etc. j de Sorte qu’on admette autant d’hommes de chaque profession, et pas plus qu’il n’en faut, afin d’entretenir dans un eiat d’activite constante tontes les branches du Service , soit pour construire de nou- veaux bätiraens, soit pour en reparer d’anciens. Prendre pour regle ge'ne'rale , d’empecher toute perte de temps , de travail et de materiel. 2 °. Examiner ce que gagne chaque classe d’ouvriersj s’efforcer de connaitre le plus exactemcnt possible, le rapport de ce gain avec l’ouvrage confectionne'. Proposer dans les plans de travail ä la journee et ä l’entreprise, les changemens qu’il (l’inspecteur) croira convenables suivant les circonstances, en faisant connaitre les raisons qui lui font couside'rer ces changemens comme necessaires. 3°. Pourvoir h ce que tous les ouvriers de cliaque classe soient employes pour faire de la meilleure maniere ct le plus promptement possible, les differens travaux manuels; en classant, ou disposant les travailleurs, de teile Sorte , que l’on confie aux plus habiles les parties dont 1 exe'cution est la plus difficile; et en employant k la fois ä chaque piece d’ouvrage , soit i32 force navale. vieille, soit nouvelle , autant d’ouvricrs qu’on peul enmetlre, sans qn’ils sc genent les uns Jes autres. Bien demontrer aux ofliciers de l’arsenal, l’avantage d’cmploycr , ainsi, beau- coup d’bommes ensemblc , pour fiuir successiveraent et promptement les differentes parties d’une meme Operation * : avantage qui se fera particuliereinent sentir , par exemple, dans le calfatage et la peinture d’un bätiinent; car ces travaux faisant cesser d’autrcs ouvrages executes par les e'quipages, dans le cours de l’armement , ils doivent etre termine's 1c plus tot possible. « Depuis long-temps, clisent les lords de l’amiraute, dans ces niemes instruclions, nous avons remarque les grands desavan- tages qui resultaient, pour le Service public , d’un defaut de Systeme dans la distribution des ouvriers sur les travaux. Cela tient, d’abord, ä ce que le nombre des ouvriers employes a la construction des batimens ne se trouve point en proportion avec les travaux qu’ils executent. Ensuite, ä l’usage, qui en est la consequence, de distraire des ouvriers d’un ouvrage non termine, pour les employer ä un au Ire; de leur faire quitter, par exemple ^ une construction neuve, pour les employer au radoub d’un bätiment qui entre dans les bassins. 11 est en general , resulte de la, que l’achevement d’un travail s’est trouve retarde, sans que l’autre ait avance en proportion. Mais, la perte du temps n’est pas le seul inconvenient qui puisse en resul- ter. Souvent, une distribution mal entendue des ouvriers, fait qu’un cliantier se trouve occupe par le meme vaisseau pendant des mois entiers; tandis qu’un pareil nombre de semaines eut suffi pour en achever les travaux , si l’on eut employe un assez grand nombre de bras pour atteindre a ce but. « Relativement aux vaisseaux que l’on construit ou que Fon radoube, des inconve'niens beaucoup plusgraves se font sentir, surtout en hiver, lorsque ces batimens sont ä decouvert, et res- tent, pendant un temps considerable, exposes aux intemperies de Fair. Ce sera donc une brauche importante des fonctions de Finspecteur-visiteur, de s’efforcer d’abord d’evaluer Fexacte ca- * Ce principe serait tres-important ä consacrer dans nos arsenaux. CONSTITUTION DE LA MARINE. i33 pacite de l’arsenal; d’y proportionner l’etendue des trayaux qu’on y peut entreprendre et terminer , suivant le principe etabli ci-desssus. II faudra yiser, partout oü cela sera pralicable, ä couvrir les batimens dont les trayaux, aux approches de l’hi- ver, ne se trouveraient pas pres d’etre acheves *. » Poursui- vons le detail des instructions de l’inspecteur-visiteur. 4°. Se faire assister et seconder par les ofllciers de l’arsenal qu’il croira les plus aptes ä ce Service. Examiner les vaisseaux desarmes, avec autant de detail que les circonstances le permettront. Rendre coinpte au conseil naval de tous les batimens, qui suivaut son opinion (motivee) , devraient etre les premiers mis en activite de Service. Faire connaitre les dispo- sitions qu’il faudrait prendre pour im radoub general et successif des vaisseaux desarmes; afin d’obvier( autant que le permettent les arsenaux, cn raison du nombre et de l’etendue des chantiers )'aux progres beaucoup trop grands de la dc’crepitude qui ane'autit graduelle- ment et quelquefois si promptement les vaisseaux tenus en desarmement. Chaque fois qu’il trouvera quelques-uns de ces batimens deteriore's au point de n’etre plus propres au Service , il en dressera l’e'tat pour que l’on puisse donner ordre de les vendre ou de les de'pecer. 5°. Consultcr le commissioner resident et les autres ofliciers de l’arsenal , sur la distri- bution economique et l’cmploi des materiaux : specialeinent dans les de'partemens des ou- vriers en batimens civils et constructeurs de vaisseaux. Pourvoir cn particulier ä ce qu’au- cuue perte ne soit occasionee par un cboix mal entendu des pieces de cliarpentc; tenir la main ä ce que cliaque piece soit employe'e avecle plus d’avantage possible et au but pour lequel eile convient le mieux. ( Nous conside'rons ce point comme tres-cssentiel, sachant que degrandes et helles pieces de bois ont souvent e'te considerablement reduites , pour les ap- proprier a des travaux qu’on eut aussi bien executes avec de moindres pieces , soit se'pare- ment, soit par des assemblages. )Son attention doit aussi se porter sur toutes les ameliorations praticables dans l’empilage des bois de charpente , de teile maniere qu’on puisse facilement aveindre les pieces dont on a besoin. (Nous pensons que cela peut s’effectuer, en classant etplajant ensemble dans la meine pile , toutes les pieces de la meine dimension.) 6“. Visiter les chantiers particuliers oü l’on construit ä l’entreprise. Veiller a ce que les bois employes ou prdpares , soient sains, et propres cn tout point ä la destination qu’on Jeur reserve. « Enfin, disent les lords de l’nmiraute aux membres du conseil naval, rinspecteur que vous designerez pour surveiller la constructiou des vaisseaux, doit etre altentif a remplir tous ces devoirs , ainsi qu’a pre'venir ou faire cesser toute espece d’abus de la part des cn- trepreneurs de travaux, des ouvriers , etc. « Nous pensons, en outre , qu il est necessaire d etablir que * Depuis l’c'poque ob ces instructions ont etc re'dige'es, on a rouvert par de magnifiques bangars, presque toutes les cales et les formes de construction. Yoycz Etudes et travaux. >34 FORCE NAVALE. s’il advient quelque vacance dans le comite des inspecteurs, ce sera notre devoir, et c’est yotre instraction, de supple'er a cette vacance et de repartir de nouveau les attributions , de Ia ma- niere qui serajugee la plus convenable, en raison des qualites personnelies des inspecteurs : saus aucun egard a leur an- ciennete de Service, ni au rang qu ils occuperont par les lettres patentes qui les creeut membres du conseil naval. » Bureau du comite des surveilleurs. Les travaux de corres- pondance et de comptabilite de cet office, sont diriges par le secretaire du comite * : ils comprennent tous les comptes et toutes les ecritures dont nous avons donne l’idee dans le cha- pitre des surveilleurs. II faut y joindre les travaux suivans, pour avoir une idee complete des operations de cet office. Tenir les devis de tous les Mtimens de la flotte, savoir : devis de trace, d’e'chantillon , d’installation , d’arrimage, de mälure , de voilure, etc. Tenir les registres des travaux de construction , radoubs, armemens et de'sarmemens de tous les navires; les registres de tous les etats de visite de ces navires , lorsqu’on est au moment d’en acbever ou d’eu commeucer l’armement ou le desarmement; les registres des travaux juges necessaires et executes, avec leur estimation et leur de'pense , etc. Dresser un etat mensuel des batimens mis en e'tat de recevoir des horames ä bord , dans le mois suivant, pour soumettre copie de cet etat ä l’amiraute', et pour servir aux travaux habituels du conlroleur et des inspecteurs. Pre'parer tous les comptes d’ensemble ou de detail, que le parlement, l’amiraute , le conseil naval et les inspecteurs peuvent desirer , sur la nature et la de'pense des travaux. A l’epoque ou les commissaires de revision des affaires na- vales ecrivaient leur 3 e . rapport, les travaux de Toffice des constructions etaient fort arrieres; maisdes lepoque ou ils ont ecrit leur 4"- rapport, ils reconnaissent que des mesures effi- caces ont ete prises pour mettre les comptes au courant. * M. J. Knowles secre'taire du comite', prepare sur la Conservation des bois de marine , un ouvrage qui sera probablement d’un grand interet, par la richesse des re'sultats d’experience que l’auteur etait ä portce de recueillir. M. Knowles est un des ofiiciers de la marine anglaise qui ont mis le plus de bienveiilance h nous aider dans nos travaux : nous saisissons avec empressement cette occasion de lui te'moigner notre reconnaissance. CONSTITUTION DE LA MARINE. i3j Inspecteur des travaux nautiques. En 179G , pour employer le general d’artillerie Bentham, qui se presentait avec beaucoup de projets d’innovation, on crea la place d’inspecleur general des travaux nautiques (naval works). Cet inspecteur ne faisait partie ni du conseil naval, ni d’aucun descomitesj ses attributions empietaient ä beaucoup d’egards sur celles du conseil en general et des comiles en particulier. Cela produisit des altercations, des froissemens et des obsta- cles dans le Service , qui deciderent enlin Farn i raute ä supprimer la place d’inspecteur general des travaux nautiques. Cet inspecteur avait pour devoirs de considerer tous les per- fectionnemens relatifs : i°. a la construction, ä la navigation et aux vivres des batimens de guerre ou autres, employes par letal • 2°. aux bassins, cales, formes de construction, etc., appartenant. aux etablissemens de la marine militaire. La marine britan- nique doit certainement au general Bentham d’avoir ameliore plusieurs par lies importantes du Service des ports; d’avoir com- battu courageusement et souvent avec succes, des erreurs et des prejuges appuyes de loute la puissance de la routine et du temps. II a fallu tonte sa perseverance et son credit, pour in- troduire dans les arsenaux de l’etat des moyens mecaniques , qui, depuis long-temps, faisaient la prosperite de tous les arts maritimes livres ä l’industrie particuliere. Les commissaires pour la revision des affaires civiles de la marine, proposaient dmcorporer , dans le conseil naval, l’ins- pecteur des travaux nautiques, et de lui donner pour surveil- lance speciale, l’inspection de tous les travaux lrydrauiiques et des batimens civils. Ce projet etait plein de raison ; il evitait toutes les difiicultes; il fut mis pendant quelque temps en exe- cution. Mais, bientot on l’abandonna, pour revenir aux anciens erremens. Inspecteur des batimens civils de la marine. O11 a prefere 1 36 FORCE NAVALE. placer aupres du conseil uaval, un architecte civil qui n’en fut pas membre : il en recoit les orclres. Cet architecte, M. Edward Holl, dinge les travaux ordi- naires d’architecture civile des divers arsenaux : on lui doit les plans de plusieurs beaux etablissemens : telles sont les nouvelles forges de Chatham et de Woolwich. Cependant, pour les grandes constructions hydrauliques, comme celles qu exigent la creation du port de Sheerness, la nouvelle forme de Chatham, la jetee de Plymouth, etc., les travaux sont sousl’inspection dun ingenieur special qui ne fait partie d’aucun corps de la marine. M. J. Rennie * , celebre architecte civil, est Charge parl’ami- raute de faire le plan et les devis de ces travaux 5 il les soumet ensuite au conseil naval et les corrige, sauf l’approbation supe- rieure de l’amiraute , d’apres les observations de ce conseil. Il est paye sur l’ordre de l’amiraute, proportionnellement aux plans et devis qu’il dresse et redige, independamment des indemnites d’inspqction qui lui sont alloue'es pour ses tournees dans les ports. Il y a de grandes entreprises que M. Rennie prend pour son propre compte, et qu’il execute d’apres les devis et les plans approuves par le conseil naval et l’amiraute : teile est l’erection des forges de Woolwich. * Dans les differcns voyages que nous avons entrepris, M. Rennie nous a constamment accueilli avec la meme obligeance ; ses recommandations nous ont procuie les facilites ne- cessaircs pour voir, avec fruit, beaucoup de grands et beaux etablissemens; tandis que ses Communications, ses explications et ses conscils nous ont eclaire sur une foule de diillculte's qui nous arretaient dans l’intelligence des institutions et des travaux publics ou parliculiers, M. Rennie n’est pas seulement un ingenieur d’un rare merite , il est un des Rommes qui connaissent le mieux les vraies sources de la richesse et de la prosperite de leur patrie, CONSTITUTION DE LA MARINE. i 3 7 LIVRE QUATRIEME. SUITE DES ADMINISTRATION CENTRALES DE LA MARINE CHAPITRE PREMIER. Office des transports. Lorsque la metropole d’un empire est separee cl’un grantl nombre de provinces, par des mers (Tune immense etendue, le Service des transports effectues pour le gouvernement est d’une extreme importance *. Mais les etats, comme les indivi- * Pour se former uue ide'e des de'peuses du Service des Iransports, cn teraps de guerre , i! suffit de presenter l’extrait du budget de 1814. Depenses administratives centrales. Conseil des transports. 8,700!. » s. » d. Bureaux des transports.. . 5 ,420 tt u Bureaux des malades et blesses. 8,770 » »> Bureaux des prisonniers de guerre. 4,520 u B Fournitures de bureaux , chauffage , e'clairage , etc. 20,849 M » Depenses administratives des ports. Service des transports. 11,762 6 10 Etablissement des hopitaux maritimes. 43,208 2 2 Etablissement des prisons de guerre. 5 i ,725 *9 I Service ejfcctif _ ( pour 1 armee. Des Iransports. . . . < 1 2,488,458 i 3 2 ( pour la manne. 492,165 H j» Des marins malades. . . vivres, medicamens , etc. . . . 223,928 12 » De l’entretien des f en sante. . .. 1,108,754 I I » prisonniers de guerre, ^ malades. 100,000 n D TOTAL GENERAL . 4,568,262 4 3 Ainsi donc en iS1 4 , la seulc de'pcnse des trois branclies de Service que nous consideTons III. 18 l 38 FORCE NAVALE. dus , parviennent tot ou tard a faire bien ce qu’ils ont un grand interet a bien faire. Aussi pouvons-nous ciler comme nn modele, a beaucoup d’egards, l’administralion des Iransports maritimes de la Grande-Bretagne, pendant la derniere guerre : di- sons quelques mots des epoques anterieures. En 1689, Guillaume III, voulant faire passer en lrlande 23,528 liommes et 4,384 chevaux * pour combattre Jacques II, institua 1’ofHce des transports qui fut supprime des l’annee 1724 . Depuis cette epoque, l’affretement des navires de transport appartient au conseil naval, pour ce qui concerne le personnel et beaucoup d’objels du materiel de la marine et de Farmee; a l’office des vivres , pour ce qui concerne les vivres} enlin , au departement de Fordonnance, pour ce qui concerne l’artillerie et le genie militaire. Les abus multiplies et Fexces de depense qu occasionait ce triple Service des transports, n’echapperent point aux commis- saii’es de l’enquete navale, instituee vers la fin de la guerre d’Amerique. « Nous avons ete conduits, disaient-ils, ä passer en revue les diverses parties du service des transports, pendant la derniere guerre, pour en decouvrir tous les abus ; pour calc'er , par exemple, la valeur des bonnes-mains extravagante^, payees dans les affretemens qui sont faitsparle departement de Fordonnance. Les conditions des marche's presentent d’etranges disparates : l’office naval loue les transports suivant leur jaugeage’, l’oflice des vivres calcule d’apres une certaine quantite de vivres par tonneau. Les prix, suivant ce dernier Systeme, sont moins eleve's en apparence , mais ils ne le sont pas en realile. Cependant ces differences presentent peu d’incon- exigeait uue somme c'quivalcnte ä plus de i io millions de nos francs! Et les seules de'pcnses de transports cffectues par la marine pour l’arme'e de terre, entrent dans ce total pour plus de 62 millions de francs. * Le tonnage des transports erriploye's ä cct effet s’e'levait a ig, 38 o tomjeaux. CONSTITUTION DE LA MARINE. l 3 9 yenieus, en comparaison de la perte que le tresor public eprouve par la coucurrence de trois administrations, dont les demandes simultanees donnent aux armateurs la faculte de louer leurs na- vires ä peu pres au prix qu’ils yeulent fixer. Ua tel inconve- nient cesserait d’exister si toutes les demandes de transports etaient faites par une seule et meine administration. » Ces obseryations pleines de sagesse, ont fait etablir, des le commencement des guerres de 110tre revolution (en 1794), un office general des transports maritimes. E11 1796, l’adminis- tration des prisonniers de guerre fut disjointe de celle des malades et blesses , pour etre reunie ä celle des transports. En 1806, sur la proposition des commissaires pour la revision des affaires civiles de la marine, ces trois administrations n’en formerent plus qu’une seule , dirigee par un conseil ainsi com- pose : le president et deux commissioners, officiers de marine; deux commissioners civils, un commissioner medecin, et un secretaire general *. * 9*. Rapport des commissaires pour la revision des affaires civiles de la marine: Yoici quelles etaient, avant l’adoption de cette proposition , les fonctiuns des membrcs du conseil. Le president a la surintendance ge'ne'rale du Service. II cst Charge specialement des ope'- rations de confiance exigees par les Services secrets; et des relations oflicielles avec les mi- nisteres de la tresorerie, de l’amiraute , de l’inte'rienr, de la guerre, etc. 11 visite , aussi sou- vent que possible , l’etablisseraent central de Deptford et les navires proposes pour trans- ports. II est pre'sent ä toutes les dcliberations importantes du eonseil, etc. Les deux commissioners marins secondent le president, inspectent les transports qu’il s’agit d’affre'ter j font des visiles frequentes a l’etablissemeut de Deptford ; inspectent, esii- ment, aclietent les malieres. Ils examinent les cliartes-parlies et autres pieces appartenant spe’cialement au Service de mer; les livres de loch ; les registresde revue des equipages, et les extraits de revue transinis par les boursiers. Ils doivent signaler les negligences apporte'es par les mallres des transports, daus raccomplissemeut de leurs devoirs, et spe'cifier les pu- nitions qu’il convient d’infliger en consequence. Les deux commissioners civils sont parliculierement attache’s a la correspondance et aux comptes. Ils dirigent les bureatix ebarge's de ces parlies du Service. Ils ont Texamcn des rc- gtstres du comptable general et des sous-comptab!es; enftn, dans le travail du conseil. ils 1'fO FORCE NAVALE. Ce conseil se subdivisait en deux comites de trois membres, l’un des transports et des prisonniers, l’aulre des malades et bles- ses. On etablit, entreces comites et ce conseil, desrelations par- faitement semblables a celles du conseil navalavec ses comite's, rpxant ä l’examen des pieces comptables, aux details du Service, a la preparation des rapportsj a l’ordre des deliberations, etc. II serait superflu de reproduire ici des moyens administratifs, developpes avec elendue dans le livre precedent. Depuis la paix, le comite des transports (ainsi que nous s'occupent spc'cialcmcnt des marche's, des lettres de change, et des documens e'crits appar- tenant ä toutes les branchcs du Service. Le commissioner medecin porte sou attention speciale sur la Branche de Service qui eoncerne les malades et blesses. II examine le savoir des officiers de sante qui sc presen- teut ponr etre cliirurgiens ou assistans-cliirurgiens , au Service de la marine; apres qu’ils ont subi l’exaraen du College royal des chirurgiens et produit des cerlificats constatant leur ha- bilete en Chirurgie. Le me'decin inspccte Jes rapports journaliers des hupitaux , navires- böpitaux, prisons et navires-prisons, et de tous les logemens de marins malades. Dans le conseil, il s’occupe spe'cialeracnt des dispositions et des marche's qui concernent l’approvi- sionnement des medicamens et des autres objets necessaires pour les malades ä la charge du de'partemeut des transports : enfin , il prend part ä tous les travaux du Service general. Le secrc'taire est l’orgaue du conseil, pour tont ce qui regarde la correspondance de ces trois branclies du Service; il la met en ordre et la pre'pare , pour la soumettre ä l’approbation et ä la signature du conseil. Il lit les lettres et les pieces adressees au conseil sur toutes les parlies du Service. Il tient ininute des reponses et des resolutions du conseil a cet egard , et redige les referes necessaires pour un plus ample informe. 11 vcille k ce que les minutes des transactions du conseil soient tenues couvcnablement, ä ce que toutes les lettres soient dument enrcgistrccs. Enfin , il a la surintendance de la conduite gene'rale des bureaux : c’est a lui de veiller et de remedier aux abus, aux irre'gularite's, aux pertes de temps des bureaux. Il a sous ses ordres. clercs entretexus. extra-clercs. totaxix. Service des transjjorts. 2 5 7 Jdem des malades et blesses. 5 2 7 Idem des prisonniers de guerre. 2 2 4 Quant aux comptes de ce de'partement, ils sont tenus par un comptable gene'ral et par six sous-comptables, qui dirigent six bureaux divers. subdivisions des büreaux. Le comptable general examine, pre'pare definitivement tous les comptes pour les soumettre ä l’examen du conseil, tient un compte ge'ne'ral de caisse, entre le conseil des transports et la banque d’Angleterrc, pour les lettres de change et les paiemens en argent comptant. II voit si les lettres de change, acceptees par le conseil CONSTITUTION DE LA MARINE. i/j c l’avons clit plus haut) fait partie du conseil naval; le coraile des malades et blesses fait partie du conseil des vivres. D’apres les rapports niemes des commissaires charges de la revision des affaires civiles de la marine *, les avantages de la reunion du Service des transports de toute espece, sous une administration speciale, out eie : i°. heaucoup de negligences, d’irregularites , de malversations et d’abus, prevenus ou re'- primes j 2 0 . les navires choisis avec plus de soin, et mieux installes qu’auparavant; 3°. heaucoup de depense et de temps e'conomises, en faisant passer les trausporls, d’un Service a un et toutes les autres pieces de paiemens sont porte'es exaeteraent a la charge des persotmes quidoivent en compter. II controle les comptes de tous les debourse's faits par des agens pour 1c seryice des transports, ponr les höpitaux de la marine et pour les prisonniers, dans les de'pots de l’interieur et de l’exte'rieur; il s’assure que tous les medicamens , comme toulcs les matieres aclietees, sont exactement porte's sur le compte des personnes auxquelles on les a delivre's. II controle les cliartcs-partics et les marche's, avec les conditions et les termes proposes dans les soumissions, avant leur acceptation par le conseil. II examine les rapports prepare's par les divers comptables, relativement aux re'clamations sur le fret des transports , ou sur les matieres achelecs pour le de'parteinent des malades et blesse's, et des prisonniers' de guerre en sante ou malades. 11 compare les diverses reclamations avec les cbartes-parties, les marche's, et les arrangemens qui s’y rapportent. COMPTABLE GfiNl’RAL. SOUS- CLERCS l! |; BUREAUX DU COMP- TOTAUX. |j TABLES. OFiDIN. EXTRA. | Branche des transports. I 3 6 IO Branche Comptes d’avanccs. l 6 2 9 8 des malades et -j Service inte'rieur. I 4 0 O blesses. 1 Service e'tranger. , 3 I 5 Branche 1 Service inte'rieur. I 3 I 5 des prisonniers. Service etrangcr. X 3 » 4 TOTAUX. ... . 6 22 i3 4 1 Dans la branche des malades et blesses sont compris : un clerc des me'dicamens, un sur- intendant des höpitaux de Londres, un surintendant de la maison dessoupes (soup house ). * 9'. Rapport. FORCE NAVALE. ] 4-2 aulre, des qu’ils devenaient inutiles dans un departement •, mais, surtout, en ötant aux divers departemens , cette concurrence de demandes, qui les mettait a la discretion de l’armateur. Maintenant, faisons connaitre, en detail, la marche suivie dans Faffre'tement et Farmeraent des transports. Elle nous of- frira plusieurs mesures dont l’experience la plus etendue a de- montre les avantages. On loue des Iransports ä tant par voyage, ou bien au tonnage, soit pour trois mois, soit pour six mois. I. On appelle transports rdguliers ceux qu on loue pour 6 mois*, ils doivent etre complelement installes; doubles soit en bois, soit en cuivrej et prets ä recevoir toutes les destinations. La plupart sont employes ä porter, aux lieux de Station , l’ap- provisionnement des flottes et des bätiniens de guerre en croi- siere. 11s servent encore, avec beaucoup d’avantage, dans les grandes operations militaires entreprises contre l’ennemi. Les transports loues pour trois mois n’etant employes qu’a naviguer dans les mers britanniques ( home Service ) , n’ont pas besoin d’etre armes aussi completement que les premiers. A moins que la nature d’un Service special n’exige le secret, lorsqu on a besoin de transports, on le fait savoir A la bourse, par une afficbe posee dans la salle adjacente du cafe de Lloyd, oü les courtiers et les armateurs se rendent habituellement. Dans ce cas, le cours du fret etant etabli et connu , la marine obtient ordinairement, sans aucun delai, le nombre de navires dont eile a besoin. L'armateur ou son courtier transmet au conseil des transports , dans un temps fixe, conformement au formulaire im- prirne, sa soumission pour les navires demandes. Cette soumis- sion fait connaitre le nom de chaque navire propose , la nature de son doublage ( s’il est double ), son tonnage * enregistre a la * II est avantageux au gouyernemcnt anglais de payer les transports d’apres le tonnage enregistre par la douane. En effet, dans le commerce ordinaire , les droits de port, de CONSTITUTION DE LA MARINE. douane , le lieu oü il est mouille enfin, le temps oii il pourrait etre pret pour le Service. Si la soumission est acceptee par le conseil, on la fait passer a Deptford, afin que les officiers affectes a l’armement des transports visitent les navires proposes et qu’ils en constatent le tonnage, le genre de mature et de voilure, l’epoque et la nature du doublage , l’annee et le lieu de la construction , etc. D’apres ce document, si le conseil des transports est d’avis d’approuver la location du navire, Tun des officiers de marine membres du conseil, se rend sur la Tamise, pour verifier d’apres sa propre inspection, le rapport des officiers de Deptford 5 et, s’ily alieu, le revetir de sa signature. Alors on ordonne ä l’armateur ou a son courtier, de mettre le navire en etat de servir , conformement au devis d’armement prescrit : le navire se rend ä Deptford. Aussitöt qu’ii est equipe conformement a la charte-partie , la location court d’apres le certiücat des inspecteurs de rarmement, qui constate le jour oü le transport s’est trouve completement pret. Cent livres Sterlings d’amende punissent l’armateur qui n’a pas mis son navire en etat de prendre la mer a l’epoque convenue. Les officiers de Deptford evaluent les navires loues, et s’ils en sont requis } les evaluent sous serment ¥ . phare, d’ancrage , ctc, , se pa}'ant au touncau , les particuliers ont inte'ret h porter ce tonnage au-dessous de sa quantite re'elle , et l’y portent en effet; l'office des transports en profite. D’apres les e'valuatious des commissaires de revision ( g ,b . rep. ), de 1796 ä 1806 , l’economie reelle stir cet objet equivant ä une soinme de 161,984 1. st., plus de 4 raillions de francs. Depuis qu’on a regle le paiement des transports sur le tonnage enregistre , des armateurs ont fait de nouveau jauger leurs navires par la douane , et presente les nouveaux tonnages enregislres , comme bases de paiemens. Mais on a fmi par rejeter ce moyen frauduleux, en obligeant les armateurs a presenter toujours l’extrait des registres constatant le jau- geage primitif. * L’agent des transports ä Deptford ( officier de marine), evalue le gre'ement, les eables , les voiles, les ancres; en un mot, tout l’inventaire du maitre d’equipage. L ’officier- FORCE NA VA LE. Tous les preparatifs acheves, le conseil des transports fait rediger la charte-partie. Depuis 1 etablissement de ce conseil, c’est-a-dire, depuis 1794? 011 a successivement ameliore ces cliartes-parlies, quant aux obligations du proprietaire et aux clauses necessaires a la stricte execulion de ses engagemens. Lorsqu il s’agit de Iransports ä effectuer au delä du cap Finis- lere, on alloue deux tonneaux par homme; on alloue seulement un tonneau ä un tonneau et demi, pour les courts trajets d’outre-mer ou de cabotage. Les transports preis, on en rendcompte aux administrations diverses qui doivent s’en servir. Les arrimeurs , employes par ces administrations, Chargent les bätimens suivant la maniere la plus avantageuse que l’experience leur ait apprise. Aussitöt apres, les bätimens sont renvoyes sous lasurintendance de la- gent du conseil des transports : enfm, ils recoivent Fordre draller au rendez-vous deconvoi, designe parl’amiraute, pour se rendre ä leur destination. Les transports reserves pour les troupes sont en general ins- talles et emmenages dans la Tamise, sous l’inspection imme- diate des officiers de Deptford, puis munis de vivres et d’eau, suivant les proportions etablies et d’apres lenombre des troupes ä embarquer j apres quoi les transports sont envoyes aux lieux designes pour Fembarquement. construcleur ^value la coque , les mäts, les vergues, les pompes , les canots et tout le mate'riel du cliarpentier. Ces estimations sont transraises ä l’office des transports, entre les mains du coraptable general. Jamais on ne les communique aux partics , autrement que par l’entreinise du conseil; et lorsque la perte du navire ou des navires , cause'e par l’en- nemi, donne droit ä des indemnite's, suivant les termes de la charte-partie. Quant aux pertes pour risques de mer, tout ^st ä Ja chargc des aimateurs. Lorsqu’un transport, au Service, cst pris ou brüle', ou coule , ou de'lruit par l’ennemi, si le maitre du navire et l’equipage ont fait toute la de'fense et pris toutcs les mesures qu’on ^tait en droit d’atlendre d’eux , le prix du transport est paye ä l’armateur : conformement aux evaluations pre'alables et secretes dont nous venons de parier ( sauf la juste de'duction k faire pour l’use du navire, de ses agres, etc. ) CONSTITUTION DE LA MARINE. i45 Quand les transports ont rempli leur mission et sont ren- voyes, l’armateur (ou son courtier) demande au departement par lequel ces batimens etaient employe's, des certiücats consta- taut: i°. qu’ils ont bien et dument transporte et remis les objets dont ils ont ete charges; i\ qu’il n’y a pas de reclamation conti-e euxj 3°. qu’ils ont paye tous les droits de phare, d’invalides, etc. Alors les comptes sont definitivement arretes, et le proprietairerecoit, sur le payeur de la marine, un billet payable aqojours de date , avec un 8o e . pour ioo d’iuteret par jour ( 4 ; pour ioo par an ). D’ailleurs , en liquidant ces memes comptes, le gouverne- ment laisse toujours six mois d’arrie're, pour ayoir une re- prise süffisante sur les armateurs : les conventions sont reglees en consequence. Defense est faite ä tout employe de l’office des transporls, sous peine de perdre sa place, d’avoir un interet pecuniaire dansles affretemens. (L’abus existait avant cette de'fense: voyez 8 \ rep. comm. 1785. ) II. On affrete souvent des transports ä tant par voyage, lors- qu’il faut envoyer des parlementaires en cartel d’ecbange; et lorsqu’il s’agit d’un simple cabotage ou d’un passage entre l’Angleterre, l’Ecosse, l’Irlande, Jersey ou Guernesey. Les navires employe's ä ce Service sontle plus souvent four- nis par les ports exterieurs ( ont-ports) : Leith, Portsmouth, Plymouth, Liverpool, Dublin et Cork. Lorsqu’il y a des de- mandes peu considerables', l’agent des transports dans ces places , frete immediatement aux prix courans. Mais, lors- qu’on doit faire de grands affretemens, il faut au prealable, en soumettre les conditions au conseil des Iransports. Dans un cas d’extreme urgence, l’agentopere saus delai; mais il en rend compte aussitöt, et justifie de ses operations devant le conseil des transports. III. I0 146 FORCE NAVALE. Les navires affretes pour un yoyage special, peuvent l’elre, i°. ä tant par tonneau d’objets materiels * **, 2 0 . ä tant par personne • 3°. en bloc, pour conduire tout ce qu’ils sont susceptibles de porter d’objets et de personnes. Le fret s’alloue, sur soumis- sion , ä l’offre la plus avantageuse, excepte le cas ou cette offre parat trait encore exorbitante. La visite prealable et definitive de ces transports, leur admission, leur preparation , etc., sont les niemes que pour les transports loues soit pour trois mois , soit, pour six mois. CHAPITRE II. Des marins et des soldats embarques sur les transports. On doit citer comme un modele, a beaucoup d’egards, l’ordre etabli sur les transports anglais, pour maintenir la discipline, et pour regier les soins qui contribuent ä la sante deshommes, ainsi qu’aubien du Service. Ces soins ont eu des resultals de la plus grande importance , et nous devons ici les indiquer, avec leurs consequences. Tous les moyens de Ventilation et de proprete dont nous parlerons, au sujet des batimens de guerre, sont mis en usage a bord des batimens de transport. Ceux-ci doivent avoir au moins i m % 68 c . de hauteur d’entrepont Autant que pos- * Quand un transport est affrete pour des matieres , le gouvernement se reservc d’em- barquer jusqu’ä qualre personnes par 100 tonneaux de chargc , en comptant 2 tonneaux pour le passage d’un homme ou d’une femme , et moitie pour le passage d’un enfant. ** Cette hauteur d’entrepont, requise par l’office des transports, a produit des cliangc- mens avantageux dans la construction des batimens de commerce. Cliaquc armateur, desi- raut que ses navires pussent faire le Service de transports, dans les temps oü le commerce ne presenterait pas d’emploi plus lucratif, a voulu que ces batimens n’eussent point dans leur CONSTITUTION DE LA MARINE. 147 sible, on rfen prend pas meine pour le transport des matieres, qui aient une moindre hauteur d’entrepont ^ atin qu’au besoin ils puissenl aussi porter des troupes. Par ce moyen , 011 esi cer- tain que les hommes embarques, lorsqu’ils seront enfermes dans les entreponts, y jouiront d’uu volume d’air süffisant aleur libre respiration. Pour la meme raison, et vu la presque impossibilite de main- tenir la proprete dans un navire qui recoit un trop grand nombre de passagers , on a par degres reduit ce nombre ä de 3 us les limites. C’esl surtout dans les traversees d’Europe aux Indes-Occi- dentales, quonaremarque les funesteseffets de la coutume oü l’on e'tait d’embarquer, en trop grand nombre, les troupes de passage sur des transports. La mortalite a toujours ete beau- coup plus grande sur les flottes des Indes-Occidentales, dans les annees ou Fon a fait de grandes expeditions avec des forces de terre : par exemple, contre Carthagene en 1740 ; ou contre la Martinique et Saint-Domingue, lorsde la guerre de la Republik que francaise. Au conLraire il n’y eut pas d’armee considerable transporlee d’Angleterre en Amerique, ni d’expedition importante entreprise , pendant les trois annees que lord Romney commanda dans les Indes-Occidentales : annees pendant les- quelles il perdit si peu de matelots par les ravages du climat *. Voilä la cause de la gi’ande difference qu’on a remarquee dans letat sanitaire de la marine britannique, ä ces diverses epoques. Autrefois, les navires qu on affretait pour le transport des troupes, etaient la plupart tres-mal adaptes ä ce genre de structure une cause d’exclusion : on a donc peu a peu construit, pour le commerce, des navires plus spacieux dans leurs logemens, mieux installe's et plus cowmodes pour les passagers. * Ces faits et beaucoup d’autres relatifs ä l’etat sanitaire de la flotte britannique, rappor- te's dans ce livre et dans le sixieme, sont tire's d’un beau travail du docteur Blane, ancien me’deciu en clief de la marine anglaisc. 43 FORCENAVALE. Service, et generalement surcharges cle monde. Quand la tra- versee etait retardee par des vents contraires ou par d’autres obstacles, presque tous les passagers arrivaieut aux Indes-Occidentales dans un etat de maladie qui provenait de l’usage des provisions vieillies, ou de la disette d’eau, mais surtout de 1’effet progressifdes principes conlagieux. Lorsque le germe du typhus na pris a liord qu’un faible dcveloppement, il parait qu’un cli— mat chaud le dissipe. Mais, lorsque le germe de la contagion a dejä fait de grands progres, ses ravages sont agrandis encore par l’extreme chaleur de l’atmosphere , et par les exhalaisons marecageuses qui se degagent dans le yoisinage de toutes les rades des Indes-Occidentales. C’est un resultat general d’observation, que si, pendant la traversee, quelque maladie contagieuse se developpe sur un transport, quoique les militaires debarques aux Indes-Occidentales aient echappe a cette contagion, pendant leur passage, ils sont ensuite, a terre, plus tot et plus dangereusement atta- ques par la fievre du climat. On a remarque, parexempie, que les causes influant sur les maladies des troupes, en 1795 et 1796 , furent puissammenl aggravees par une fievre alors dominante, engendree dans un bätiment arrive aux lies, avec des circonstances particulieres dune navigation longue et d’autant plus fatale qu'il y avait beaucoup trop d’individus a bord. « La mortalite, dit lord Melville *, en parlant de cette Campagne, ne provenait pas seulement ni principalement des combats, mais en grande partie de la maniere dont les troupes avaient ete transportees. Telle etait aussi l’opinion du general qui commandait en chef aux Indes-Occidentales, lorsqu il pro- posait ä l’amiraute d’accorder un avancement special aux ofü- ciers de marine qui, charges de troupes, les auraient debar- * Voy e 7 . Partiam. debales, 1810. CONSTITUTION DE LÄ MAIIINE. 4g quees Lien portantes et en etat de servir. « Car, disait-il, l’es- poir d’un succes efficace, obtenu par le moyen des troupes, depend plus du soin qu’on apporle ä satisfaire leurs besoins, ä prevenir leurs souffrances pendant la traversee, que de toute aulre circonstance, quelle qu’elle soit. » En reflecliissant sur cette influence des soins apportes ä la sante des troupes qu’on fait voyager sur mer, et sur la singuliere aptitude qu’elles ont a contraeter des maladies con- tagieuses lors de leur abordage a des terres etrangeres (et surtout en Amerique) , on reconnait une nouveile cause de la perte effrayante de nos soldats, ä Saint-Domingue, lors de l’expedition du gene'ral Ledere. On assure qu’en moins de deux annees, sur 60,000 soldats francais, 5^,500 sont morls, laplu- part victimes de la fievre jaune. Lorsque nous tenterons quelque expedilion , en Amerique, notre premier soin devra toujours etre de preparer, pour nos troupes, des moyens de Iransport qui reunissent lous les preservatifs et tous les secours sanitaires ; afin que ces troupes arrivent sans la moindre predisposition a gagner des maladies contagieuses. Sans cela, nous ne devons nous atlendre qu’ä des desastres honteux pour nos armes, et desolans pour l’humanite. On concoit qu’en temps de paix, comme en temps de guerre, les causes que nous venons d’indiquej doivent iufluer egale- ment sur les troupes envoyees en garnison dans les Indes-Occi- dentales; c’est peut-etre en grande partie a la difference des soins et des moyens employes pour transporler ces garnisons, qu’on doit attribuer la difference tres-remarquable qu’on observe dans les Antilles * , entre la morlalite des troupes an- glaises et des troupes fraucaises. Les dangers qui dependaient de l’embarquement des troupes ■*' M. Moreau de Jonnes , dans ses Recherches statistiques sur les Anlilles , a tres- kien reconnu et constate cette dilTerence de mortalite. FORCE NAVALE. i 5 o anglaises, ont en bonne partie eie prevenus par les sages regiemen s qui concernent leur regime a Lord ; et, surlout, par l’emploi des batimens de guerre comme transports. On a vu la pratique justifier pleinement la honte de ces mesures, lors de l’expedition d’Egypte , en 1798; car beaucoup de troupes , d’apres diverses causes de delai et de changement de destination, resterent six mois sur des batimens de l’Etat; et, neanmoins, elles debarquerent a l’embouchure du Nil, en parfaite sante. Le remede evident aux graves dangers de Eancien Systeme de transport, est d’observer les regles de Ventilation et de pro- prete dont nous avons parle. On sait quelles etaient les suites fatales de l’entassement des negres, a bord des batimens sur lesquels 011 faisait autrefois la traite des esclaves. Gelte race d’hommes , si robuste, qui resiste aux chaleurs du tropique aussi bien qu aux miasmes des An- tilles, ne pouvait pas resister ä quinze jours ou trois semaines de traversee, sur des transports oü ils etaient emprisonnes de la maniere la plus bai’barc. Opposons ä cet odieux Souvenir, Texemple de la conduile de la compagnie des Indes-Orientales. Comme il 11’y a pas de batimens anglais qui portent des esclaves aux Grandes-Indes , et comme on n entasse jamais sur des batimems de transport, les troupes destinees au Service de la compagnie, ses vastes pos- sessions ne recoivent jamais , des flottes europeennes, le gernie de ces fievres qui desolent les Indes-Occidentales. II est bien remarquable, par exemple , qu’aucun des ports de la baie du Bengale n’est aussi sujet aux fievres malignes, que les ports des Indes-Occidentales; quoique les criquesadja- centes au della du Gange offrent les meines apparences topo- grapbiques. Batavia est le seul port de cette partie du monde, que l’on puisse, sous le point de vue de rinsalubrite, comparer avec les Antilles, CONSTITUTION DE LA MARINE. l5t Les soldats envoyes aus Grandes-Indes , sont tres-judi- cieusement distribues par detachemens peu considerables, sur les vaisseaux de la Compagnie. Aussi ne cite-t-on pas un exemple oü la fievre typhus se soit developpee, a boi’d de ces batimens, ayec l’effrayante eoergie qu’elle a montre'e dans d’au- tres parties du monde. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles les divers etablissemens anglais dans les Indes-Orien- tales, n’ont pas ete ravages par ce fleau, comme les etablissemens des Indes-Occidentales; quoique dans les premieres contrees, surtout dans le gouvernement de Madras, les cha- leurs soient beaucoup plus considerables. CHAPITRE III. Administration des malales et blesses. Le comite des malades et blesses, enpassant depuis lapaix, du conseil des vivres au conseil des transports, n’a point cbange la marche de son Service et le cercle de ses attributions. II nomine les chirurgiens et leurs aides pour servir sur les batimens de guerre. II decide de Favancement de ces officiers : aucun ne doit monter en grade, s’il n’a servi comme assistant- cbirurgien, et s’il ne presente en meme lemps jiour ce Service des certilicals de bonne conduite et d’habilete. C’est au comite qu’il appartient de veiller a la fourniture et a la qualite des instrumens de Chirurgie et des caisses de medi- camens destines pour chaque batiment de l etat. Lorsque des inspecleurs du Service des höpitaux, ou d’au- tres officiers de sante, font des propositions d’essayer quelques methodes nouvelles pour prevenir ou guerir les maladies, le comite soumet äl’amiraute celles qui semblent meriter d’etre 15a FORCE NAVALE. accueillies, en relatant les observations qui peuvent eclairer Ja decision du ministere. Toutes les fois qu’il se pi’eseute des difficultes que le comite ne croit pas pouvoir resoudre ou surmonter, suivant les regles ordinaires du Service, il demande et recoit les instruclions et les ordres de l’amiraute. Le comite revoit et contröle lespieces comptables de tousles commandans d’escadre ou de batirnens, relatives aux debourses faits a rexterieur, d’apres leur ordre, pour le Service des malades et des blesses mis a terre. Les depenses faites pour cet ^ objet, sont portees conune avances a la Charge de ces officiers, jusqu’a la liquidation definitive de leurs comptes. Aiin de meltre le conseil naval a meine d’arreter la solde et les vivres des liommes quipassent du service actif au traitement d’höpital, le comite doit s'assurer que tous les etats de mouve- ment des malades, a terre et a bord, sont recus exactement dans les formes prescrites. Chaque semaine il adresse a Famiraule 1 etat general des marins traites dans les höpitaux ä terre et dans les liöpitaux flottans de la Grande-Bretagne. A cet effet, il cor- respondaveclesgouverneurs,les medecins,les chirurgiens, etc., de tous les höpitaux de la marine \ inspecte leurs fonctions et leurs depenses ; veille a ce que les economes des liöpitaux soient dument approvisionnes du materiel ( instrumens , me- dicamens, etc.), fourni sur leur demande approuvee par les medecins et les chirurgiens qui doivent en dii’iger l’emploi. Le service du comite des transports est, comme on le voit, en partie comptable, en parlie technique. Autrefois la partie comptable etait fort mal administree. Car, en 1788, le seul ar- riere des comptes relatifs aux malades et blesses, s’elevait aplus d’un million et demi Sterlings j c’est-ä-dire, ä plus de 37 mil- lions de francs. En 1804, cet immense arriere setait encore accru, puisque les commissaires de l’enquete navale font voir T CONSTITUTION DE LA. MARINE. i53 qu’il s elevait alors ä deux millions Sterlings ( 5o millions de francs) : enfin, en 1806, Farriere surpassait la somme de trois millions Sterlings ( 75,000,000 francs). CTest pour remedier ä ce desordre , qu’on dut reunir Foffice des malades et blesses, a Foffice des transports. En meme temps on crea un comptable-genercil , pour diriger tous les comptables des deux offices, inspecter leurs regislres, leurs etats et tous leurs trayaux. Un bureau compose d’im chef et de six clercs , cboisis parmi les plus habiles calculateurs, fut cbarge de re- voir et de liquider Fimmense arriere des malades et blesse's; avec ordre d’informer, au i er . de cbaque mois, le couseil des transports , du progres de cette revision. E11 meme temps, on eut soin d’empecher que les nouveaux comptes ne tombassent a leur tour dans Farriere. On devint plus se'vere dans la direc- tion et l’examen de toutes les parties financieres : achats, mar- cbes, etats de fourniture et de consommation d’instrumens, de medicamens et de tous les objets du materiel. On a pris des mesures plus prudentes et plus eflicaces, pour empecher les ofliciers employes a Texterieur, qui peuvent tirer des lettres de change sur Foffice des malades et blesses, de se procurer aucun benefice sur la yaleur des cbanges. 11 y a dans l’office des malades et blesse's, un clerc du materiel et des medicamens , seconde par un aide. Son devoir consiste ä preparer des nrdres de fourniture pour les objets de ce genre, necessaires aux navires ainsi qu’aux hopitaux. 11 tient rcgistre des delivranccs, h la cbarge des parties prenantes; et rc'dige pour la signature du conseil, les cerlificats de paiement des personnes qui ont duinent compte de l’emploi de ces malieres. 11 compare les journaux et les comptes des chirurgiens, relatifs ä leurs depenses de me'dicamens et de raa- tieres , en examinant et signalantlesde'gats et les deficits; afin qu’on puisse les porter ä la eharge de ceux qui s’en sont rendus coupables. Un autre clerc appele le surintendant des hopitaux de la capitale, est cbarge de con- duirc les marins malades oublesse's, qui, d’apres leur demande faite ä l’amiraute , sont en- Yoye's aux hopitaux de la capitale ( St. Thomas, St. Barthelemy, St. Guy), et parfois aux hopitaux de Greenwich, de la petitc veröle, des fous ä Bethlehem , et de la maison prive'e des fous ä Hoxton. III. 20 rt-x-tsy. if >4 FORCE NAVALE. Trois fois par semaine , ce clerc visite les trois premiers liopitaux; il vcille ä ce qti’ou fouraissc aux marins malades, les liabillemens, le linge, etc. qui leur sont necessaires; il assiste ä leur sortie de l’höpital; il veille ä ce que tous leshommes en e'tat de servir soient, apres leur guerison, renvoyes ä lcurs navires respectifs, ou qu’on en dispose couforine'ment aux ordres du conscil des transports. C’est l’oilice des malades ct blesses qui dirige la maisou aux tableltes de soupe (soup house): la pre'paratiou des soupes portatives s’y faisait par un fabricateur principal (soup maker), avec six ouvriers et trois fcmmcs, pour pre'parer , sccher, cmballcr ct delirier les tableltes, suivant les ordres rejus. En decrivant les magniliques liopitaux de Greenwich, de Portsmouth et de Plymouth, nous ferons connaitre leur Organisation interieure. Bornons-nous a considerer, ici, le Service medical fait ä hord des batimens de guerre. Aulrefois, les chirurgiens embarques recevaient sous le nom de Queen Anne 1 's bounty, hienfait de la reine Anne, une somme üxe annuelle, proportionnee au rang des batimens, pour ache- ter les medicamens necessaires ä l equipage. Depuis 1796, on a joint ä cette somme un assortiment en nature, sous le lilre de medecines gratuites. Enlin , depuis 1804, tout est achete par l’etat, et l’on trouve qu’il y a economic *. D’ailleurs la solde des chirurgiens est augmentee ; ce cpii permet de trouver pour remplir des fonclions delicates , penibles et perilleuses , des liommes plus distingues par leur sayoir, leur talent et leur zele. Yoyons, mainlenanl, quels soins on apporle a la saute du matelot, depuis son entree au Service jusqua son licenciemcnl. Autrefois, lesmalaclies des marinsprenaient leur germe, avant meme qu’ils ne fussent embarques sur le baliment ou ils etaient appeles ä servir. A mesure qu’on se procurait des matelots par les moyens violens de la presse, on les consignait en depdt sur de petits batimens de transport, appeles navires de reception * Les medicamens, les vases destines ä les contcnir, et les ustensiles necessaires pour les adininistrer, reviennent a pcu pres ä 2 f. 60 c. par homme embarque'. On remplace en- suite cette premiere fourniturc, au für et a mesure des consommations et des besoins. CONSTITUTION DE LA MARINE. i55 (receiving ships). Ils y restaient entasses, jusqu’a ce qu’il y en eüt autant que le navire en pouvait contenir:, ce qui deman- dait par fois un temps considerable. Enfin , on conduisait celte cargaison d’hommes, au batiment de guerre dont eile devait composer l’equipage. Une teile maniere de traiter les recrues-matelots ressemblait assez, comme on le voit, a la maniere dont les negres etaient traites dans leur transport d’Afrique en Amerique : les niemes maladies attaquaient les blancs et les poirs. Aussi rien n’etait plus frequent que les lievres de prison ou d’lidpital, dans les navires de receplion. Les marins recemment leves introdui- saient sur les yaisseaux, la contagion qui regnait a bord des especes de batimens negriers dont ils sortaieut j et, souvent, eile se developpait, sur la flotte, avec une activite alarmante. Afin d’obvier a ce danger qui menacait de paralyser entiere- ment les forces britanniques, le conseil naval etaJilit, en 1781, des navires appele's navires d’habillement (slop-skips) , sur les- <[uels les rpcrues etaient transportees, pour y etre inspectees , appropriees et fournies d’habits de bord, avant d’etre envoyeesä leurs vaisseaux respectifs : envoi qu’011 opera, non plus sur de petits batimens *, mais sur des navires suffisamment spacieux. C’est faute de semblables reglemens que la marine militaire etait infectee par des fievres, des l’ouverture de chaque guerre. C’est, au contraire, aux excellentes mesures prises pour la reception des recrues, qu’il faut attribuer l’enorme difference , entre le peu de maladies qui se declarerent en 1794? lors de la premiere guerre contre la repulilique francaise j et les nom- breuses maladies de 1779, lors des grands armemens qu’exigea la guerre contre la France, l’Espagne et 1 ’Amerique. * Le j 3 raars 1807, la chambre des coramunes demanda le compte des hommesjjreweV qui Paient morts de maladie peudant la guerre d’Ame'rique, sur les sculs navires de re'~ ception : d’apres le rapport fait a ce sujet; il y en avait 180. FORCE N AVA LE. irNMytuwuiftii i56 llserait ä desirer que nous eussions , corame les Anglais, 110s navires d’habillement, oü les marins leves pour le Service se- rait a l’höpital, ou l’on reformerait ceux qui seraient atteints de maladies accidentelles, ou d’iulirmites capitales et de maux incurables. On ferait, en meine temps, laver et puriiier les hardes apportees par les bommes juges propres au Service; on. y joindrait le complement des hardes de bord. On enverrait, en- suite, les recrues aux bätimens qu’elles sont destinees a monier. On fait, sur les vaisseaux anglais, une inspection frequente du linge et des habillemens, ahn de voir s’ils sufüsenl pour conserver la proprete et pour garantir du froid. On tient stric- temenl la main au lavage du linge. Lorsque lamiral Sainl-Vincent commandait la llotte qui croisa devant Brest dcpuis le 27 mai jusquau 26 septembre 1800, il ne resta pas un seul jour sans venir reconnaitre Fentree du port. Sa flotte ne vecut qu avec des vivres de Campagne, et pourtant, quoiqu’elle füt forte de 24 voiles qui representaient au moins 16,000 bommes , eile n’envoya durant tout ce temps que 16 bommes a l’bopital. (Fest pendant celte croisiere , gardee avec une assiduite dont on n’avait pas encore eu d’exemple, des vaisseaux et des equipages, ces soins eclaires et vigilans qui sont devenus un modele que la flotte anglaise s’est empressee d’imiter : « Soins, dit un medecin de cette flotte *, qui ont re’- pandu la sante dans la marine britannique, sous tous les climats du globe. » Lord Saint-Yincent faisait, deux fois par semaine, aerer les hamacs et les fournitures de lit, a moins qu'une continuite de mauyais temps ne rendit impossible l’execution de cette me- + Lc docteur Blair. raient d’abord laves dans un bain chaud ; puis visites, de la tete aux pieds, par des officiers de sante. Sur-le-champ, Fon enver- que lord Saint-Y incent apporta dans tous les details de la tenue CONSTITUTION DE LA MARINE. l$7 sure. Cet amiral la regardait comme si importante, qu’il exi- geait des capilaines, de faire consigner regulierement sur le livre de loch, le jour et le temps pendant lesquels on l’avait executee. Par ce moyen, au retour d’un batiment detache ou liors de vue, Famiral pouvait verilier si, pendant cette ahsence, on avait ou non continue cet excellent usage. En traitant des vivres de Lord ( ch. 6 de ce livre) , on verra tjuels sont les perfectionnemens apportes dans cette branche essentielle de l’liygiene navale. Le nouvel emplacement reserve pour les malades, sur les batimens, est plus spacieux, plus aere, plus com mode a tous egards, que ne l’etait Fanden. Voyez Eindes et tramnx,\ iv. iv. Graces a ces moyens divers, non-seulement le nombre total des malades est beaucoup diminue sur les vaisseaux anvlais, mais on y peui operer beaucoup de eures qui, naguere, exi- geaient le debarquement des malades et des blesses. On n’envoic plus a terre que ceuxdont l’etat est tres-alarmant. Yoilä pour- quoi le rapport du nombre des morts au nombre des malades est plutöt augmente que diminue , dans les liopitaux de la marine anglaise : malgre toutes les ameliorations inlroduites dans les eures et le Service de ces beaux etablissemens. II semble, au premier coup d’ceil, qu’il doive etre assez indifferent de traiter a terre ou ä bord, les marins malades ou blesses : mais un peu de reflexion sufllt pour demontrer le con- traire. Sur une grande masse d’hommes, habitans des meines lieux, et places dans les meines circonstances, il y en a tou- jours un certain nombre , presque constant, qui sont atteints de maladies peu graves, de blessures ou de contusions acciden- telles : un soin convenable suffit pour les retablir en quelques jours. Si le batiment est oblige de mettre a la voile en laissant a terre ces hommes qui, sous peu , fnssent devenus bien portans; un nombre presqu’egal de malades du meine genre, leur suc- i58 FORCE N AVA LE. cede Lienlöt ^ et lequipage est douLlement affaibli. D’un aulre cöte, si les marins qui perdent momentanement la sante, lorsque le baliment est sous voiles, ne trouvent pas tous les secours qu’ils auraient rccus a terre, leur guerison devient plus diflicile et plus lente : ce qui augmente encore leui' nombre. Si eliaque mois, par exemple, d’apres lelat naturel des choses, le vingtieme de lequipage doit perdre la sante ; si d’ailleurs il ne faut qu’un mois, valeur moyenne, pour en operer le relablisse- ment, il n’y a generalement qu’un vingtieme des liommes qui soient dans un etatde maladie. Mais s’il fallaitdeux mois, valeur moyenne, pour chaque guerison; au lieu d’un vingtieme, il y aurait constamment un dixieme de l’equipage hors de Service. Remarquons encore que l’envoi des liommes aux liöpitaux, est, ou pour mieux dire, etait une cause frequente de deser- lion : inconve'nient qu’on previent en traitant les liommes ä Lord. L’experience a fait voir : i°. que sur un nombre donne de marins, la proportion des malades a progressivement diminue, depuis cinquante ans, sur les batimens anglais. Que le nombre des malades traites abord, comparative- ment a celui des hommes traites ä l’höpital, a progressivement augmente. 3°. Que , neanmoins , le nombre absolu des malades traite's sur les batimens, est devenu de moins en moins considerable. Les maladies les plus dangereuses, telles que le scorbut et la lievre typhus , ont completement disparu des vaisseaux. Une observation qui me pai’ait demontrer de la maniere la plus frappante, le bien-etre du matelot anglais, est celle-ci : maintenant, ce n’est plus de maladies causees par Taffaiblis- sement et l’atonie, que ce matelot est atteint; au contraire, les maux dont il faut le preserver et le guerir, sont des maladies in- flammatoires qui proviennent plutöt d’un exces que d’un de- faut de forces. CONSTITUTION DE LA MAL INF. i5q Concevons, en effet, qu’il existe une Holle dans laquelle 011 ne donne aux marins que des boissons affaiblies , que des yiandes peu succulentes, et le tout en trop petite quantite. Des hommes anssi mal nourris auront, surtout, ä redouter Fextenua- tion de leurs Organes et l’extinction de leurs faculfes physiques. Mais, depuis plus de vingt annees, il n’en est pas ainsi sur la flotte anglaise; un grand changement s’est, en ineme temps , opere dans Fensemble des maladies qui s’y declarent. Le scorbut, les fievres lentes ont disparu, et ce sont les inflammations pulmo- naires avec toutes leurs consequences qui regnent aujourd’lmi. Ces maladies sont excitees et developpees par Fair tres-vif de la mer, et par les changemens subits de temperature, auxquels sont sujets des hommes qui, dans le milieu de la nuit, ayant les pores ouverfs par l’abondante perspiration qui accompagne le sommeil, sortent tout ä coup d’un entrepont tres-chaud ; d un entrepont dont l’atmosphere est impregnee de tonte Fhumidile que peuvent produire la transpiration et la respiration d’un grand nombre d’individus , accumules dans un petit espace. C’est en cet etat qu’ils montent , saus aucun delai, sur les gaillards, au haut des mats, sur les vergues; et se trouvent exposes aux al- leintes du froid, de la pluie et des yents. On remedierait puissamment aux maladies pulmonaires, en renouvelant Fair des enlreponts oü Fe'quipage est couche, par de nombreux luyaux qui ameneraient un air frais en beaucoup de points, sans produire nulle part de courant marque ni dange- reux. II faudrait, d’ailleurs, faire leyer les matelots une demi- heure ayant qu ils ne prissent leur quart de nuit; et les forcer a se tenir, pendant tout ce temps , sous les gaillards. 11 s sejourne- raient, ainsi, dans un lieu moins expose , moins froid que celni oii ils deyront agir pendant uue grande parlie de la nuit; mais, deja , dans une almosphere moins humide et moins chaude que celle des enlreponts infhieurs. i6o FORCE NAVALE. II faut , ensuile, veiller avec un soJn extreme, ä ce que les hommes qui finissent leur quart, se changent complelement, lorsquils sont mouilies; et ne reprennent aucune partie de leurs vetemens, qu’elle n’ait ete parfaitement sechee *. Parmi le petit nombre de moyens sanitaires qui paraissent encore manquer a bord des vaisseaux anglais, le docteur Blane recommande une plus ample fournilure de vivres cboisis , des- tine's speoialement ä la diete des convalescens. II ne veul pas qu’on se borne aux legeres potions qui conviennent a des malades alite's. 11 souhaiterait qu’on prit donner aux convalescens, des vivi’es frais et succulens : il indique pour cela le moyen de conserver les viandes, invente parM. Appert. Nousdevons sou- liaiter aussi que dans la marine francaise on emploie ce procede ; alin de donner, ä chaque batiment, cequil faut de vivres pour le retablissement des convalescens. 11 serait meine a desirer qu’on trouvat le moyen de rendre le procede' de M. Appert assez economique pour conserver frais tous les vivres des equipages. CHAPITRE IV. Trailement des prisonniers de guerre. Il existe, en Europe, deux peuples rivaux d’amour pour la renommee militaire; epris egalement des dangers, qui la font naitre, et des triomphes qui la couronnent • mais, bien diversement celebres, par l’usage qu’ils ont fait de la vic- toire. Le traitement du vaincu, conduit prisonnier chez l’une et chez Faulre puissance, offre un contraste dont les effets ¥ Lc docteur Blaue , qui nous a fourni beaucoup d’obscrvations medicales , et que nous uous somraes souyent fait un devoir de citer, voudrait qn’ou preparät ä bord , uu secboir, dans un endroit bien isole oü les hardes seraient cbauflees ä la vapeur, quaud la eontinuite des mauvais temps ne pcrmctlrait pas de les faire secber au grand air. CONSTITUTION DE LA MARINE. 161 politiques nous clevoilent une des plus profondes lecons de Fhistoire : ils nous font voir que les nations , a l’exemple des individus, ne sauraient jamais etre impitoyables sans chäti- ment, ni bienfaisantes sans recompense. Des deux peuples dont nous opposons ici le caractere et la conduite , au sein de la prosperite , l’un n’a point fait de captifs, qu’il n’ait de'sarme leurs cceurs, ainsi qu’il avait desarme leurs bi’as; parce que les prisonniers ont trouve, cliez lui, celte gene- l'euse et douce Sympathie qui prodigue son estime a la vertu, ses egards ä la vaillance, et ses bienfaits au malheur. Le prisonnier, recueilli chez l’habitant, comme un ennemi pardonne, admis aux travaux domestiques, et participant aux soins, aux affec- tions de la famille, a trouve Fhonnete et juste prix de son zele et de son industrie , sous le toit ou dans les champs du vainqueur hospitalier. Enfin , dans les rares circonstances ou des gouver- uemens, ephemeres comme la tyrannie, deshonorant un sol de Franchise et de loyaute, appesantissaient leur bras sur des pri- sonniers de guerre , le citoyen detestait des severites etrangeres ä ses mceurs. Loin d’essayer de les justifier par l’exemple et par la loi des represailles, il les declarait hautement, anti-nationales 5 et ses secours empresses allaient verser la consolation , l’esperance et Tamitie , dans le cceur des vaincus. L’autre peuple, au contraire, n’a jamais fait de captifs , que , par des outrages ou des sevices, il n’ait allumedans leurs cceurs une haine inextinguible. Ni la liberte restituee ä ces captifs , ni la paix et la Concorde rendues aux nations, n’ont eu le pouvoir d’assoupir, ou seulement de moderer des ressentimens impla- cahles , indestructibles comme le Souvenir d’un traitement honteux et barbare. A ces premiers traits, les anciens prisonniers de la France et de l’Angleterre, auront reconnu les deux peuples qu’on veut ici caracteriser. Tous elevent la voix, pour dire quelle est la III. 21 iCn FORCE N AVA LE. puissance qui mente et conserve, ou leur aversion, ou leux’ amour. Les prisonniers qu’avaient faits les armes de la France, en quittant une terre amie de l’humanite , pour retourner a leur terre natale , ont partout celebre la bienfaisance du peuple vainqueur, et sa generosite. Ils ont plaide la cause de notre ca- ractere national, aupres de leurs concitoyens \ et, plus dune lois, ils ont eteint les ressentimens que notre ambition avait, ä juste tilre , exciles contre nous. Mais les prisonniers qu’avait faits l’Angleterre , n’ont quitte les geöles et les pontons , que pour remplir les deux mondes de leurs cris de vengeance et d’execralion. Le recit de leurs dou- leurs et de leurs humiliations, a souleve des inimities que n’ont pu meine contre-balancer d’eminens Services rendusa quelques nations, pendant la lutte europeenne qui parait maintenant sus- pendue. Le gouvernement britannique a conserve des intimites avec lesgouvernemens qu’il peutencore faire trembler, ou faire cesser de trembler. Mais, deserteur, depuis la paix, de la cause des peuples qui l’avaient fait ti’iompber pendant la guerre , cba- ([ue annee lui revele qu’il doit compter sur quelques amis de moins parmi ces peuples Au milieu de ces aversions, ouvertes ou deguisees, l’obser- vateur imparlial, egalement eloigne de toutes les exage'ralions , ne doit donc ecouter qu’avec beaucoup de reserve et de me- liance , les plaintes et les recits des militaires que la Grande- Bretagne a detenus dans ses prisons. II doit, surtout, se defier des declamations de ces vils ecrivains qui font ce deshonneur a * Si l’on voulait justi'fier cetle Observation par des exemples , il suflirait d’indiquer re qu’est, par rapport au gouvernement anglais actuel, Tesprit manifeste' ou cele, depuis 1814, par les Busses , les Espagnols, les Portugals , et les Anglo-Americains ; par les Beiges , les .Danois, les Norwegens, les Suedois , les Saxons, les Napolitains , les Genois, les Grecs septinsulaires et les Venitiens. CONSTITUTION DE LA MARINE. i63 ieur patrie , d’esperer s’y renclre populaires en temoignant une. profonde haine, contre des peuples etrangers , voisins et rivaux. Comme si, pour etre etrangers , voisins, rivaux meme, ces peuples avaient cesse detre soumis a la commune loi qui, sous le nom d’humanite, sans acception de races ni de tribus , regit toute l’espece humaine. Parini les nombreux recits des souffrances qu’ont endu- rees, dans les prisons d’Angleterre, les militaires de toutes les nations, il est des imputations qu’on ne doit pas admettre dans leur entier j il en est d’autres dont les cceurs vertueux peuvent a peine concevoir le fondement. Ainsi, quoiqu’on 1’ait dit et redit tant de fois, ils ne peuvent pas croire que le gou- vernement auglais ait jamais forme, de propos delibere, le pro- jet effroyable de miner et detruire les forces et la saute des prisonniers de guerre, meme francais , en les .soumettant a des privations, a des traitemens faits pour aecabler et pour epuiser la nature. Cependant, meine en repoussant ces imputations, inspirees par de profonds ressentimens, il ne restera que trop de faits pour convaincre le ministere anglais, qu’en entassant des caplifs desarmes, sur les pontons , ou dans les cbateaux forls et les ca- sernes-prisons (soit qu’il ait ou n’ait pas uniquement ete rnu par des terreurs exagerees), il s’est montre sourd a. la voix de la pitie , comme aux conseils d une sage philantliropie. En plaignant la puissance brilannique d’avoir manque de modeTation et d’egards envers une chose sacree, le malbeu- reux *, ayons soin nous-memes de ne manquer envers eile ni degavds ni de moderation. Pour adoucir des couleurs dont la simple verite ne sera que trop severe, rappelons-nous, ä present surtout, le noble accueil que, depuis la paix, nous avons recu dans les trois * Res sacra , miser! i64 FORCE NAVALE. royaumes, pres des liommes les plus dignes de l’estime et de l’amitie de tous les etrangers. Admirateur declare des g ran des et helles institutions qui, dans l’empire britannique , forment le lien sacre du citoyen et du gouvernement, je ne serai point taxe , j’ose en fonner l’es- perance, d’etre le delracteur d un peuple que je revere pour la sagesse de ses lois et lenergie de ses vertus civiques; mais, sans m’aveugler sur les erreurs de son ambition, ni sur les ega- remens de son patriolisme. Afin d’ecarter de cet ouvrage, l’ombre meine de la partia- lite, nous nous ferons une loi de n’accepter, comme aulorite, le temoignage d’aucun etranger. Nous dirons en lidele nar- rateur ce qu’ont vu nos propres yeux moins encore sur les liommes, que sur les choses, sur le simple materiel des pri- sons. Nous dirons ce qu'out vu les Anglais meines, ce qu’ont avoue leurs ecrivains, ce qu’ont autlientiquement conslate leurs propres magistrats. Nous laisserons ensuite aux esprits calmes et justes , ä prononcer, dans leur sagesse, sur la cause que nous avons entrepris de defendre : la cause des guerriers faits captifs dans les coinbats, quels que soient les vainqueurs et les vaincus. A l’epoque oii l’illustre Howard , apres avoir vu comme sheriff d’uti comte , jusqu’oü pouvaient s’etendre les souffrances des prisonniers civils , entreprit de visiter tous les lieux de de- tention des Lrois royaumes britanniques ; a cette epoque, dis-je, il trouva des prisonniers de guerre detenus , en Angleterre , a Plymouth, Bristol, Winchester , Forton , Deal, Carlisle , Pembroke, Chester, Liverpool, Hüll, Lincoln , Shrewsbury, Yarmoutb et Falmouth \ en Ecosse , au chäteau d’Edinburgh- en Irlande , a Dublin , Belfast et Kilkenny. Alors Howard demandait qu’on donnat pour inspecteurs aux. prisonniers de guerre, des genlilshommes independans par leur CONSTITUTION DE LA MARINE. i65 fortune , et choisis dans le voisinage des prisons. Or , voici 1 ’un des avanlages qu’il trouvait a celte Institution *. « Ces prisons , dit-il, sont habituellement gardees par une milice dont les sentinelles se sont montrees, en maintes circonstances , trop empressees a faire feu sur les prisonniers. Elles y sont encou- ragees par des ofiiciers inexperimenles. Plnsieurs captifs ont ete, de la sorte, tues sur la place ( killed on ihe spot ) : quoi- que peut-etre, il n’existat aucun dessein serieux d’evasion. Voilä ce que n’osent empecher les agens administrateurs des prisons; mais ce que s’efforceraient, probablement , d’empecher des iix- specteurs, gentilshommes independans. « Des prisonniers de guerre ayaient egalement affirme qua bord des pontons, lorsqu’il s eleyait quelque tum ulte ou quel- que'rixe, souvent la garde faisait feu sur ses captifs, saus chercher a ramener l’ordre par des moyens plus doux. Nous nous refusions ä le ci’oire, ayant d’avoir lu ce passage d’Hoyyax’d... Depuis 1796 , afm de l’endre plus economiqxxe et plus facile , l’inspection, aiusi que la detention des prisonniers, on a heaxxcoup diminue le nombi’e des lieux de reclusion. Sxxr la cöte, on a consei’ve ä Portsmouth, ä Plymouth et a Chatham, des prisons flottantes et des casernes-prisons \ a Greenock et Yarmouth des prisons flottantes seulement. Dans l’interieur des tei-res, on a conserye les prisons de Greenlaw, Stapleton et Norman- Cross, pres des marais d’Ely. Plus tard, on a bati la yaste prison de Dartmoor, au fond des montagnes du Devonshire, au milieu d’un pays froid, marecageux, desert et sauvage 5 afin d’y releguer une foule de soldats et de malelots francais. La plupart des ofiiciers, prisonniers de guerre, sont conlines, sur parole, dans cei’taines parties dela Grande-Bretagne. Mais, trop de fois, ils s’y sont vus en butte aux outrages d’une rnxxlti- tude grossiei’e, dont on a soin d’enflammer les passions $ pour * T 7 ie state of theprisons in England and Wales , 4 "'- editioD , 1732 , p. 189. i66 FORCE NAVALE. transformer, ainsi, des guerres de cabinet cn guerres popu- laires, et les demences politiques en fureurs nationales. C’est ici qu’il faut rendre un eclatant hommage äla bienveil- lance et a la honte' des Ecossais. Meme aux epoques les plus terribies de la guerre contre la republique francaise, alors que le ministere anglais s’efforcait d elourdir la raison de la popu- lace ( ofthe mob ), et de changer la haine du peuple contre les abus de son propre gouvernement, en haine de peuple contre peuple ; alors meme , l’Ecossais n’a point epouse ces fureurs ; il n’a point abuse de la victoire et de la force , pour insulter, outrager, oufrapper les prisonniers conlies a sagarde. L’hospi- talite si celebre de la Caledonie , n’a pas meme suspendu ses bienfaits , au milieu dune guerre d’extermination *. Nous n’avons rien ä dire au sujet de l’Irlande, sur sa con- duitea legard des captifs militaires. Jamais 1’Anglais n’eut ose, pendant les dernieres guerres, les lui confier en depöt : c’eut ete reunir, dans un meme foyer, les ennemis du dedans aux ennemis du dehors. On voit parfois des officiers, prisonniers surparole, injusti- ßables sans doute , mais non pas impardonnables, desesperes par les mauvais traitemens qu’ils ont ä supporter, et par les humiliations , les outrages dont ils sont abreuve's, chercher ä s’y soustraire par la fuite ** : s’ils sont repris, on les renferme sur des pontons, pele-mele avec les matelots et les soldats. * Howard afait aussi l’elogedutraitemcntdcs prisonniersdetenus au cbatcau d’Edinburgh. ¥¥ D’apres un e'tat ofiiciel dont je suis possesseur, et qui comprend toutes les atiue'es de guerre , depuis i 8 o 3 jusqu’en 1814 > en divisant le uombre total des prisonniers par le nombre des evade's ; on voit qu’il j a , sur 10,000 prisonniers de toutes classes , f Franfais de'tenus en Angleterre. ... 32 ivades, quoique detenus sur parole. t , „ ’ I Anglais detenus en rrance. 110 f Francais de'tenus en Angleterre. ... 20 evade’s, sans etre detenus sur parole. „ ,, I Anglais detenus en rrance. /142 Nous ne voulons faire aucune obseryation sur ces cbillres , ils parlent assez d’eux meines. CONSTITUTION DE LA MARINE. 167 Lorsque ces solclats , ou ces matelots qui ne sont pas, eux , retenus sur parole, font pour s’echapper quelque tentative in- fructueuse \ ils sont, a terre, enfermes clans les cachots; ou, sur les pontons, jetes ä fond de cale; et la, reduits ä la famine , afin d’economiser sur leur necessaire absolu, le salaire de leur cap- teur. Laissons parier Howard ä ce sujet: « Quarante jours de cachot, ä la demi-rationj pour payer, sur le prix des vivres, 10 schellings aux personnes qui ont repris les fugitifs , semblent etre un cliäliment trop sevei’e ! En de telles occurences, l’ob- sei’vation des dignes magistrats de Berne, vient toujours s’offrir a ina pensee : Chacun dort etre mit par le desir de regagner sa liberte *. » Au temps du celebre philanthrope dont nous aimons ä re- produire l’aulorite non contestee, ilparait qu ; ä quelques egards, les malfaiteurs nationaux etaient plus maltraite's encore, que les prisonniers deguerre; ine'galite quil condamne vivement. Mais, aujourd’hui, ce n est plus sur les malfaiteurs que s’exercent les plus dures severites. Dans les Memoires sur la marine et les ponts et chaussees de France et d’Angleterre, on a donne la description d’un bagne flottant reserve pour les forcats, et des prisons flottantes re'servees pour les prisonniers de guerre. On croit necessaire de reproduire ici cette description, ecrite immediatement apres le premier voyage de l’auteur, dans la Grande-Bretagne. « J ai visite sur la Medway, pres des travaux de l’arsenal de Sheerness, le fameux vaisseau le Bellerophon , transforme maintenant (1816) en bagne de forcats quau lieu d’envoyer a Botany-Bay, on retienl pour aider ä ces travaux **. Dans l’in- * The slale of the prisons , etc., p. 186. ** Lc souverain de 1 lle d Elbe , defait ä Waterloo, repousse par le peuple auquel il n’avait pu se resoudre a rendre de bonne foi ses libertes, fuyaut l’Europe entiere armee contre lui comme un seid komme, et mis par eile au ban des empires , entraine' par un dernier «spoir, vint cliercbcr un refuge ä bord du Bellerophon , et (disait-il), nouveau Themistocles, iG8 FORCE N AVA LE. stallation et remmenagement de ce bagne, on a mis en usage tout ce que l’humanite la plus ingenieuse peut inventer pour rendre supportable et comfortable une prison flottante. y> Les forcats sout loges par petites chambrees oü ils font ordinaire. Les cliambres ont loutes de larges sabords, fermes ayec des grillages qui laissent entrer l’air en süffisante quantite. Les cloisons des cbambres sont formees par des grilles de fer. Dans plusieurs parties, une simple toile qui couvre ces grilles pennet, en la relevant ä certains momens dujour, d’aerer encore plus tousles logemens. Enfin, ächaque chambre, correspondun lieu d’aisance, construit en dehors de la muraille du batiment; et, d’ailleurs, dispose de maniere ä prevenir toute evasion par cet endroit. Que ces details ne rebutent pas notre delicatesse : j’en appelle ä ceux qui ont langui dans les prisons, pour savoir ce qui rend alors insupportable ou supportable notre existenCe. » Les dimanclies et les jours de fete , on reunit tous les foi’- cats dans une jolie chapelle, construite vers le pied du mat d’artimon , oü eile occupe deux entreponts. h En remontant la Medway , de Sheerness jusqu a Cha- tbam, on yoit cette riviere couyerte de vaisseaux desarmes. Leur peinture , fraicbe et brillante , contraste avec le hideux aspect de vieilles carcasses enfumees, qui semblent les restes de navires noircis par an recent incendie. C'est dans ces tombes flottantes qu on enseyelit, vivans , les prisonniers de guerre : Danois, Suedois, Francais, Americains, n’importe. On les löge s’asseoir sur les foyers du pcuple luitannique. Aussitot on pre'para , pour lui, le Botany-Bay des Rois; et l’on transforma le vaisscau qu’il avait eu l’audace de prcndrc pour un foyer lios- pitaller, en bagne de foi^ats. J’ai vu les rivages barbares ou rhospitaüte fut accorde'e ä Tbe'raistocles; j’ai visite la prison de Minturnes , ou le Cimbre meine apprit ä respecter Marius , exterminateur de ses compatriotes. Ces lieux immortalise's par de si grands Souvenirs, ont laissc dans mon ame une cmpreinte moins profonde, et m’ont inoins e'claire sur l’instabilite des grandeurs donne'es par la vicloire , que la vuc des verroux et des barreaux du Bellerophon, CONSTITUTION DE LA MARINE. 169 sui' le seconcl pont, sur le premier pont et sur le faux pont. Eu ce dernier endroit, ces mallieureux ue respirent pendant le jour, que par des lmblots larges comme deux fois la main. Partout, pendant la nuit, ils respirent un air que rien ne re- nouvelle, et qu’achevent de rendre mephitique, les exhalai- sons infectes de latrines interieures dont les conduils sont, alors, les seuls ventilateurs de la prison! Quatre Cents malfai- teui’s sont confine's sur un vaisseau transforme eix bagne de forcats. De six a neuf Cents * prisonniers de guerre , sont en- tasses sur un ponton du meine x-ang. Le parle ment d’Angle- terre a constate la quantite de pieds cubes d’air, necessaii’es a la saute des jeunes apprentis employes dans les ateliei’s oxx l’on voit regner une proprete toujoixrs exquise, une clialeur toujoux’S tempe'ree, oü Fair frais et la lumiere arrivent en abondance, et d’oü ces jeunes gens soi’tent trois fois par jour, en pleine liberte. Cette quantite d’air, supposee indispensable pour des enfans, est dix fois plus considerable qxxe la l'ation d’air yital accordee, comme ä regret, a des liommes faits. » En montrant quelle immense diffei'ence on met, dans les ports de FAngle terre, enti-e un forcat et un enxxenxi desarme , j’ose le dire, je n’ail’idee ni de paraxtre un vain declamateur, ni de calomnier une puissance etrangei’e, trop long-teinps notre rivale acharnee, et maintenant notre amie par les li'aites. Cex’- tes, je n’ai pas ci’aint, je ne craindi’ai jamais de heurter nos prejuges nationaux, en rendant un sincere hommage au gouver- nernent anglais, pour ses actions et ses iustitxxtions amies de l’humanite. Mais je craindrai bien moins encore de de'plaire a l’orgueil bi’itannique, en disant hautement des yei’ites faites pour le blesser, mais utiles ä faii’e entendre. Peut-eti’e , aux * Dans nos Memoires surla marine, etc. , nous avons donne les nombres 800 et 1,200 comme les limites qu’on nous avait indique'es en Angleterrc. Ces limites sc rapportent ä des trois ponts: tandis que celles de 600 et goo prisonniers, sc rapportent a des vaisscaux de 74. III. 2 > i 7° FORCE N AVALE. yeux des juges impartiaux , la bonne foi de mes eloges fera croire a la seule observation rigoureuse que m’obligent a faire l’amour de mes semblables et l’honneur de la civilisation. » Enlin, s’il est un moment oü la philanthropie puisse elever sa voix contre la ferocite gratuite de quelque instilution militaire , deshonoranle pour la nation qui s’en rend coupable , c’est ä coup sur au milieu de la paix. Gest quand les esprils ne sont plus egares par la haine. G’est quand des Communications faciles et journalieres , retablies entre deux grands peuples, font compa- raitre en quelque Sorte cliacun d’eux, en presence de l’Europe attentive, au tribunal de Fopinion , erige par l’autre peuple *. » * Montrons maintenant qucl accueil a regu cet appel ä l’humanilc , ä la gene'rosite du caraclere brilanniquc. Dans un journal litteraire , consacre par les arnis du ministere aDglais , a defendre les doctrines du pouvoir arbitrairc , et par occasion , ä re'pandre sur la France l’outrage et la calomnie , un sous-secre'taire de l’amiraute (i) s’est Charge de rendrc compte de nos Me'- moires sur la marine d’Angletcrre. Yoici commcnt il s’cxprimc , au sujet de notre descripiion des prisons floltantcs ( Quarterl)- review , n°. xmi. nov. 1819 , art. 2 ) : « Apres avoir visite le Bellerophon , vaisseau de ligne transforme en bagne pour les forjats emplo)’e's aux cxcavations de Sheerness , M. Dupin constate un fait que nous re- commandons instamment ä l’altenlion de M. Rennet (2), comme vcnant d’une personnc qui ne peilt etre soupconnee &’aucune forte predilection pour l’Angleterrc ; et qui, sur ce point, au moins, est alfrancbie de prejuges. Dans l’installation et les emmenagemens interieurs de ce ponton , dit-il, tont ce que l’hunianite peilt inventcr de plus ingenieux, est mis en pra- lique pour rendrc supportable et comfortable une prisou flottante. » L’eloge accorde de la Sorte, peut, cependant, etre regarde' comme un moycn de pre'sentcr sous un point de vue plus frappant, la tirade qui suit immediatement , contre l’inhumanite du gouvernement britannique, et la diffe'rence du traitement eprouve par un forgat et par un ennemi de'sarme : inliumanitc de'montrec, dit-il, en plagant de 8 ä 1200 prisonniers de guerre, sur un ponton du meine rang que celui qui ne regoit pas plus de 400 forgats. Nous devons faire observer, i". que cette assertion n’est pas fondee en fait; 2°. qu’une reroontrance au sujet du traitement des prisonniers de guerre , et une affecta- lion d’hurnanite pour des prisonniers ( an affeclation of humanily for prisoners ! ) vient (1) L’auteur dun ouvrage sur l’Afrique, et de beaucoup d’articles d’encyclopedies, de journaux, etc. (2) Dn membre de l’opposition , atni de l’auteur, celebre par sa genereuse philanthro}iie , et qui, comme Howard , trouve barbare la reclusion des forcats et des prisonniers de guerre , sur des pontons. CONSTITUTION DE LA MARINE. 171 A cette description trop succincte ajoutons quelques details. L’espace dejä si limite des entre-ponts, est loin cl’etre consacre tout entier au logement des captifs militaires. La dunette est oc- avec une singuliere raauvaise gräce , de la part de la creature d’un tyran qui, dans les circonstances les plus cruelles et les plus aggravantes, a capture' et de'tenu des combattans et des non-combattans, des femmes , des enfans meraej d’uu tyran qui refusait d’ouvrir les portes de sa prisou, et d’e'couter aucune proposition d’echange; et qui contraignait des centaines d’infortunes captifs Espagnols et Italiens, aux travaux forces , sur les rives fan- geuses de l’Escaut et dans les bassins de Cherbourg. » Voilä donc les justifications qu’on ose nous pre'senter ! Des injures pour repousser des raisons; des outrages pour repondre ä des prieres, ä des invitations faites au nom de l’hu- manite; enfin, des sevices exerce's, nous dit-on , par la tyrannie meme, contre des centaiues de captifs, allegue's pour le'gitimer les sevices exerce's sur des milliers de prisonniers , par un ministere qui se fait gloire de paraitre ami des horames. Eh ! quand il serait vrai qu’un tyran aurait ete baibare envers ses prisonniers, seriez- vous par-lä justifie's d’imiter sa barbarie? Si vous l’appelez tyran , parce quevous le dites cruel; et si vous le dites cruel, parce qu’il releguait dans une ville riante (1), sous un beau ciel, au milieu d’un peuple humain et gene'reux , des familles qui pouvaient y jouir de toute leur opulence et des plaisirs de la socie'te; comment donc voulez-vous etre nornme's, VOUS, qui releguez indistincteinent vos prisonniers faits ä bord des batimens de guerre ou de commerce, au fond des chäteaux forts, dans des casernes-prisons et sur des prisons flottantes?... Nous avons fait voir, pp. 19 et 21 , quc Napoleon e'tait justifiable ä l’egard des Auglais qu’il a detenus en i 8 o 3 comme autant d’otages, pour re'pondre aux nations, de la foi viole'e et des captures illicites faites ouvertement par l’Angleterre. Si Napoleon a souille son pou- voir, par de mauvais traitemens envers les prisonniers de guerre , loin de nous d’etre jamais l’apologiste d’une semblable lächele. Que son hislorien , fut-il Anglais, en fasse le recit se'vere; et qu’il ajoute ce re'cit aux effrayantes lefons pre'sente'es ä l’univers , par le renver- sement d’une force qui, pour n’avoir respecte ni les hommes , ni les climats, s’est ane'antie dans le sein meme de la conquete et du triomphe... Mais , pour l’hoimeur des societes hu- rnaines, que jamais e'crivain n’ose alle'guer des turpitudes attribue'es au despotisme , comme excuse de barbaries , de'shonneur d’un gouvernement constitutionnel. Pense-t-on , d’ailleurs , lorsque nous de'fendons la cause de l’humanite meme , infirmer la valeur de nos reclamations , en appelant la creature du tyran , celui qui n’a jamais ecrit, agi, parle , que pour aider selon ses trop faibles moyens , ä l’independance, ä l’hon- neur, ä la liberle de sa patrie ? Ah ! plaignons le subalterne obsequieux qui, pour servir les maitres qui l’emploient, repand l’injure et la caloinnie , en leur faveur et sous leurs aus- pices : s’en offenser , et s’eu venger autrement que par le silence et le pardon , ce serait oublier les legons de la sagesse. (1) A Verdun, i~>. FORCENAVALE. cupee parle commaudant et le Chirurgien de la prison. Sous le gaillai'd d’avant, un espace est reserve pour deposer, pendant le jour, les hamacs des caplifs. Les soldals et les matelots geöliers du batiment, avec leurs enfans et leurs femmes, occupent Favant des entreponts. L’arriere est obstrue par le corps-de-garde, la cuisine des Anglais, la pharmacie, la chambre l’etat major, enfin par les cabanes des sous-officiers et des ofliciers, loges dans le nayire avec leurs femmes et leurs enfans. Entre tous ces retran- chemens sont entasses les prisonniers qu’on descend par une vaste fosse entouree dun rempart massif: eile s’etend d’un pas- savanta l’autre, et du mat de misaine au mat d’artimon. Une echelle, qu’on jette au besoin par cette ouverture , est la seule communication de l’exterieur avec le fond de l’antre *. Que les hommes habitues ä mesurer letendue des entreponts d’un vaisseau, retranchent, par la pense'e , les lieux inoc- cupes, et les babitations plus ou moins commodes et spacieuses que nous venons de decrire. Qu’ils nous disent, ensuite, ce qui reste pour contenir jusqua neuf Cents prisonniers (Et ne fut-ce que six Cents!), qui dans l’hiver restaient enferme's pendant quinze ä seize heures d’obscurite , et consumaient un air vital que rien ne pouvait renouveler ? La simple connaissance des lois de la combustion et de la respiration , suffit pour nous convaincre de la ne'cessite phy- sique des effets suivans rapportes par le clocteur Cattel, au- jourd’bui chirurgien-major dans les colonies d’Afrique , et qui a sejourne sur les pontons. « Dans les nuits d’hiver, dit- * Quand , de la Louclie de cet antre , on se baisse pour regarder trois sorabres e'tages de cachots, enserres dans la profondeur d’un ponton, l’ämc est saisie d’e'pouvaute. A ee spec- tacle, l’imagmation troublee se repre'sente aussitöt ces redoutables fosses de l’Orient, oii l’on garde pour les plaisirs du despote, les animaux qu’il a pris les armes ä la main. IIs y trouvent ce qui manque aux captifs des pontons, assez d’espace pour pouvoir ä leur aise manger, mar- cber, respirer et dormir. Et pourtant! la seule peine de la captivite' , arrache ä des betes fcroccs , les gemissemens de la douleur et les rugissemens du desespoir. CONSTITUTION DE LA MARINE. 178 il, l’air s’alterait a lei poinfc qu’au bout de quelques lxeures, les chandelles n’e'clairaient presque plus, et finissaient meine par s’eleindre. En cet etat, les prisonniers etaient couyerts de sueur, respiraient a peine , et beaucoup tombaient en syncope. On ne parvenait, dans ces momens de detrcsse, qu’avecla plus grande difficulle, ä faire ouvrir un sabord , pour rappeier ä la vie ceux qui ayaient perdu connaissance *. » Cependanl, ne coraptons pas ce ternoignage , il n’est point anglais. Malgre notre lidelite scrupuleuse, a ne rien dire dont rious n’ayons acquis la conviclion et la cerlitude , par nos observa- tions et par le secoui’s d une crilique impartiale exercee sur nos propres opinions , peut-elre quelques lecteurs insulaires , en songeant que nous sommes Francais, seront tentes de repu- ter exagerees les descriptions que nous venons de presenter. Eh bien ! cbercbons, lus tidele, mais rnoins suspect. Consultons le jugement d un sage qui s’est illuslre par sa genereuse philanlh'ro- pie : jugement ici d’autant moins recusable, qu’il est pronouce par un Anglais auquel on n’a jamais reproclie de ne pas cherir sa patrie , comme un Anglais sait la cherir ! Howard , que nous avons dejä eite plusieurs fois, et toujours avec confiance ; Howard, dont la vie s’est passee k visiter toutes les prisons, non-seulement de TAngleterre , mais de la France, de la Hollande , de l’ltalie , et de presque toute l’Europe ciyilisee, Ho- ward a visite les pontons. Voici ce qu’il en pense : Les pontons , dit-il, apres avoir retrace le triste sort des mal- heureux qu on y relegue, les pontons devmient etre le chäti- ment reserve seulement aux plus atroces de tous les crimes. ( Hulks ought to be the punishment only fob the most atbocious cribies.) D’apres ce seul jugement d’un homme qui * Dissertation sur la topographie medicale des prisons floitantes , diles pontons , s:iivie de quelques considerations sur les maladies qui j regnaient. FORCE N AVA LE. 174 fit une etude approfondie de tous les genres de prison , qu’011 juge ä present si nous avions exagere de justes plaintes, dans la trop courte notice que nous avons donnee sur les pontons reserves aux prisonniers. Pendant les dernieres guerres , ces pontons etaient tels qu’au temps d’Howard. Comment donc un peuple huinain , genereux, inagnanime a tant d’egards, peut-il, envers des ennemis vaincus et sans defense, depouiller, ainsi, tout sentiment de deinen ce et de commiseration ?. Les apologistes du gouvernement anglais pretendent que la reclusion des prisonniers de guerre, alors qu’ils s’elevaient au nombre de 70,000 , etait une mesure de prudence, commandee par le besoin de conserver aux trois royaumes la paix interieure et la securite. Est-il bien vrai que 70,000 captifs, disperses au milieu de douze millions d’habitans, y repandraient de justes alarmes, et metlraient en danger la surete de letat ? Ces captifs repartis par faiiiles detacbemens , sur toute la surface de la Grande - Bretagne, surveilles par les garnisons regulieres , les depöts de l’armee, les milices, les juges-de-paix , les Constables (Et surtout par l’habitant, si soupconneux envers le prisonnier!) , ces captifs, je le demande encore, pourraient-ils inspirer de serieuses alarmes ? Cependant, admettons ce motif pour les epoques d’assez courte duree , oü 70,000 guerriers etaient en effet prisonniers de la Grande-Bretagne. Mais, en 1793 et 1794, niais en i8o3 et 1804, lorsque le nombre des prisonniers ne selevait pas a quinze ou vingt mille bommes ; n’en etaient-ils pas moins enfermes sur les pontons et dans les chateaux-prisons ?... Qu on cesse donc d’alleguer l’ignoble motif de la peur : la haine re- clame sa part. II fallait exciter, dans le cceur du peuple anglais, des sentimens implacables d’aversion, d’borreur meine, contre sesennemis, et surtout contre les Francais. II fallait donc qu’il ne put jamais ni CONSTITUTION DE LA MARINE. i^5 les voir, ni converser, ni sejourner ayec eux. Car il eut peut- etre reconnu que ce sont aussi des hommes sensibles au bienfait, amis de Fhumanite, amis de leur patrie, amis de la liberte des auti’es peuples. Des citoyens d’un pays, mis en contact avec les citoyens d’un autre pays, decouvriraient souvent que la guerre la plus acliarnee n’est qu’un forfait de leurs gouvernemens res- pectifs : ils deposeraient ä l’instant toutes leurs inimitie's, et reconnaitraient leurs vrais interets * : or, c’est un danger que certains gouyernemens ont surtout ete jaloux d’eviter, pendant le eours des dernieres guerres. Esperons que les peuples, eclaires par les Conseils et les Ie- cons des vrais amis de leur bonheur, au lieu d elever une gran- deur precaire et detestee, sur l'abaissement de leurs emules et de leurs rivaux, mettront enlin leur ambition a se surpasser par d’utiles travaux; leur cupidite^ ä creer des richesses par l’industrie \ leur aclivite , a les doubler par des echanges avan- tageux pour tous les peuples; et leur gloii’e , a faire de paisibles conquetes sur les domaines de lanature, rendus plus feconds et plus beaux par le double secours des Sciences et des arts. Que si des moraens d’erreur ou d’emportement, font encore voler aux armes des peuples faits pour etre uuis par l’estime, esperons qu’ils noublieront plus que, naguere, ils etaient amis \ qu ils sont toujours des freres aux yeux de lanature; et qu’un jour, par raison ou par lassitude, ils redeviendront des allies. Alors les citoyens obligeront leurs gouvernemens respectifs, a ne plus faire, dans la guerre, que les maux inevitables, et les actes de rigueur necessaires pour en amener le terme. Disons maintenant quelques mols sur les effets de la reclu- sion des prisonniers de guerre. Aiusi que deja nous Favons rapporte , Fepuisement des for- * “ jgriosce.nt Britarnti causam suam ; recordabunlur Galli priorcm liberlatcm. " Tacit. sfgt icolce i-ita. FORCE N AVA LE. 176 ces vitales, et les maladies de langueur ou de consomplion de la plupart des prisonniers long-temps detenus sur les pontons d’Angleterre, ont fail penser a des hommes loujours prets a supposer des crimes a leur ennemi, que le gouvernement britannique , pour aneantir plus surement les marines des auti'es nations, s’appliquait a detruire le temperament des sol- dats et des malelots elrangers, tombes en sa puissance. Parmi les ecrivains qui se sont montres les plus ardens ä propager cette accusation terrible, il faut compter le general Pillet, dont l’ouvrage est remarquable par la vehemence et l’em- portement des passions qui semblent Favoir dicte. lies maux meines que l’auteur a soufferts, ne le justilient pas d’avoir presente comme un tableau fidele de l’Angleterre, l’incorrect ramas des erreurs, des vices et des crimes commis dans cette conlree. Quel peuple n'en recele pas une Foule dans les parlies hon- teuses de sa population? Et, sans recourir au mensonge ui ä la calomnie, quelles peintures ne parviendrait-on pas a faire des nations aujourd’bui les plus reverees, si Fon voulait, dans le seul cours de quelques ans, recueillir et presenter en raccourci tous les forfaits et toutes les bassesses dont Tut souille leur territoire! II faut donc repousser Fensemble des idees que l’ecrit dont nous parlons tend ä donner du caractere.britannique. Mais, si Fon x’efuse de croire ä des paroles, a des allegations, ä des injures, il ne faut pas, du moins, se refuser a croire aux faits qui tombent sous nos sens, et dont nous devenons les temoins oculaires. Interrogeons l’incredulite meme. Lorsque le marechal de camp Pillet, dans la force de l’age, et doue d’un temperament robuste, sentait fermenter et gagner les levains de la destruction, inocules dans son sein, sur les pontons d’Angleteri’e; lorsqu’il terminait son livre sur le bord du tombeau \ le temoignage de sa propre agonie et de l’agonie de tant d’autres prisonniers, le suffrage de sa mort meme, ne suflisent-ils pas pour donner ä CONSTITUTION DE LA MARINE. 177 ses plaintes au sujet du sort des prisonniers de guerre, un poids que ses autres allegations out perdu par reffet des emporlemens d une haine qu’aveuglait l’ardeur de la vengeauce ? Les Anglais, pour se layer du reproche d’avoir traite sans humanite leurs captifs militaires, ont fait connailre le nombre des prisonniers morts sur les pontons, ainsi que celui des prisonniers transfe'res dans les höpitaux. 11 faut le dire avec joie, le nombre en est moins considerable qu’on ne serait tente de le croire, au recit du traitement qu’on leur faisait eprouver. Ce- pendant, observons bien que l’effet de la reclusion n’est pas de donner a l’homme des maladies subiles et violentes qui ter- minent promptement son existence, ou qui necessitent uu traitement inimediat dans un höpital. Le gouvernement anglais employait un moyen remarquable pour diminuer le nombre des morts parmi ses prisonniers de guerre. A mesure que les hommes du temperament le moins robuste succombaient au regime des prisons, il se hatait de les renvoyer moribonds dans leur patrie ; ceux qui n’expiraieut pas dans la traversee, etaient recus dans nos höpitaux j plus des neuf dixienies y sont morts : voila ce qui resulte des rapports offi- ciels dont j’ai pris des extrails. D’api’es ces rapports, on voit que depuis i8o3 jusqua la paix de 1814 , les pertes de la force na- vale de France, re'sultat du traitement des prisonniers de guerre en Angleterre , sont. Morls dans les prisons . 12,845 Moribonds renvojes , sans echange , pendant la guerre . 12,787 * TOTAL . 25,632 Rentresen France depuis « 8 14-, avec une sante plus ou moins delabree. 70,041 ' t< * * La marine franjaise , pendant la meme guerre , n’a du renvoyer que 190 impotens ou incurables, quoi qti’elle eut fait presque moitie aulant de prisonniers que l’Angleterre !. II faudrait ajouter environ 3o,ooo captifs provenant des nations agrcgces ä l’empire franjais. De ces captifs , accables par le regime des prisons, beaucoup ont passe sous les dra- peaux de 1’Angleterre , afin de fuir la servitude et la rnort: ils ont forme des re'gimens enlicrs. Le reste a regagne ses foyers ä mesure que nos allies ont tourne leurs armes contre nous. III. a3 iyl FORCENAVALE. A present, j’ose le demandcr, qu unporte aux nations, que leurs marins soient alles frequemment ou rarexnent des pon- tons aux höpitaux , et des höpitaux aux pontons d’Anglelerre, sl la plupart de ces marins, l-estitues a leur palrie, y rentrent avec un temperanient ruine pour jamais ! Que l’insalubrite du boi’d, ou le defaut des vivres, ou les vices d une existence clau- sti’ale, ou l’horreur el le desespoir de la reclusiou, aient detruit les forces de ces mallieureux; qu’importe! Les nations indignees n’en sont pas moins fondees ä dem ander au gouvernement bri- tannique, de quel droit il introduit, cliez les peuples civilises, des traitemens dont l’emploi n’appartient qu’a des peuples gros- siers et feroces ? Voici quelle etait la ration des prisonniers de gaerre en sanle * -• { livres de pain , -j livre de viaude , j de pinle de pois, \ once de sei. Quoique la livx’e anglaise soit plus faible que 1 ancienne livi’e francaise, si celte ration etait fidelement delivi’ee aux prisonniers, ils avaient a la rigueur ce qui suffit au soutien de l’existence. Mais, ils ne l’avaient plus, quand ils etaient punis par le re tranchement de la nioilie ou seulement du tiers de leurs vivres. Or, n’est-il pas necessaix’e d’admetti’e que, ([uelquel’ois, des commandans inlmmains et des comptables fripons, auront combine leur pouvoir et leur mauvaise foi, pour priver le mallieureux prisonnier d’uue partie de ses vivres , et lui douner l’autre d’uue qualile inlerieure ** ? * i 3 lh , rep. ofthe comm , on the civil ajf ’airs of the navy. Appendix. n°. 3 . ** Howard, cn visitant les niaisons de l eeliision des prisonniers de guerre, constate ä chaqne instant que dans l’une le pain raanquait on de poids ou de qualite , dans l’autre la viandc, dans plusieurs le pain et la viande. « Des prisonniers se plaignaicnt ä moi, dit Howard, que leur pain n’avait pas le poids, el que leur viande etait mauvaise. Pourquoi, leur observa ce philantbrope, apres avoir re'— (dame pres de l’agent comptable de la prison , ne reclamez-vous pas ensuite aux cotninis- saires? Comment cela se peut-il, repoud pertinemmeiu un des prisonniers, lorsque loutes nos lettres sont examine'cs par l’agent meine. » State of the prisons , etc., p. 187. CONSTITUTION DE LA MARINE. 179 Meine dans les pays oü les prisonniers de guei’re, laisses libres au sein des cites, y recoivent un traitemojit plein de douceur, nous voyons les citoyens, lorsqu’ils sont conünes dans quelque maison d’arret, devenir aussitot la proie de leurs avides geöliers. Nous voyons ces barbares, malgre le credit des aanis et des parens des detenus, leur derober une part de ce qu’on leur envoie, et les ranconner apres, en leur vendant ce qui leur manque. Quel doit donc etre le sort de prisonniers etrangers, de prisonniers de guerre , objet de liaine et d’hor- reur pour tout un peuple passionne; de prisonniers, cnlin, livres au despotisme, ä la cupidite, a la cruaute des geöliers militaires ?. Je crois bien qu’aux jours peu nombreux oü des commissaires du parlement ont visite les pontons, les ra- tions etaient completes et mangeables. Je crois meine faci- lement que peu de prisonniers aient ose re'clamer contre des bommes qui pouvaient, a tout instant, les re'duire au cachot et a lafamine, sous le plus leger pretexte. Mais d’en conclure qu’aucun prisounier n’avait droit de seplaindre, et qu’ils jouis- saient tous, en entier, des moyens de subsistance que le legisv lateur avait votes pour soutenir leur misere, ce serait abuser de la credulite publique. Ce serait, au meine instant, se mon- trer par trop incredule, en voyant tant de victimes deposer de leurs propres soufirances, par leur sante delabree, sans ad- mettre au moins la realite d’une partie de leurs maux et de leurs privalions. Je ne puis, je l’avoue, ajouter une entiere foi au tableau revoltant qu’a trace le general Pillet, dela famine, de la misere et des malheurs des prisonniers francais. J’ai peine a croire, comme il l’assure, qu’un visiteur dune prison de terre, ayant laisse son cheval dans la cour, 11’en trouva plus que le sque- lette decharne, lorsqu’il eut fini sa visite \ parce que les prisonniers, mourant de faim, s’etaient jeles sur la pauvre bete qu’ils i8o FORCE NAVALE. avaient., dit l’auteur que je eite, dechiquetee vivanle , avec leurs couteaux et leurs canifs. Mais je condamnerai comme barbare le droit laisse au com- mandant d une prison, de retrancher le tiers ou la moitie de la ratiou des prisonniers qu’il condamne au cacbot. Accorder un tel pouvoir, c’est ouvrir la route ä des brigandages exerces aux depens de la saute d’une classe d’hommes qui n ont, pour ainsi dire, aucun moyen de reclamation. Pour adoucir leur Situation par le travail, on permettait aux prisonniers de vendre les faibles produits de leur industrie. Cependant, par une restriction qui peint bien la jalousie mer- cantile d’un peuple manulacturier, les prisonniers n’avaient droit de faire pour les vendre, ni gants de laine , ni chapeaux de paille * : c’eut ete nuire, dans cette bi-anche minime , au commerce des sujets de sa majeste britannique !. Les pi’i- sonniers n^avaient guere d’autre travail possible que de faconner a force de temps et de patience , de petils moi’ceaux de bois et quelques os, pour faire des joujoux et de pelits modeles de navires, toujours vendus a vil prix. Terminons cecbapitre par l examen d’une dei'niere question, egalement importante pour les etrangers et pour les citoyens de la Grande-Bretagne. Les Anglais pretendent que les prisonniers preferaient le sejour des ponlons ä la reclusion des prisons-casernes. Sil faut admettre une teile assertion, et nous dtvons Vadmet- tre **, quel etait donc le sort de ces inlortunes, dans les prisons de terre ? Et que faut-il en conclure, sinon que toute detenlion de captifs entasses dans un lieu de l’eclusion, ou * Reglement pour les prisonniers de guerre. prpserit par les commissaires de S. M. Bri- tanmqne , pour le soin et la surveillance des prisonniers de guerre. On en verra la preuye irrecusable, lorqu’un jour nous traiterons spe'cialement des prisons de terre. CONSTITUTION DE LA MARINE. i8t sur terre, ou sur mer, est egalement ün out rage aux lois de Ihumanite! Que les prisonniers soient mieux, ou plus mal, dans les pri- sons-casernes que daus les pi'isons flottantes, cela parait peu touclier le gouvernement brilannique. Mais ce qui doit beau- coup le toucher, ce qui resulte irrecusablement des Irayaux de la reyision des affaires civiles de la marine anglaise ( g' 7i rep. printed bj Order of the house of commons, i i lh april 1809) , c’est que la garde des prisonniers coute incomparablement plus sur des pontons , que dans les prisons de terre. Gelte comparaison, faile ofliciellement par les mandalaires du gouvernement anglais, merite la plus eutiere conßance j il laut lui donner une grande publicite. Lorsque les Anglais sauront que leur gouvernement etait barbare en pure perle, et le serait de meme avec perte, si dans les guerres futures, il rele'guait encore des prisonniers sur des pontous, ils e'leveront une voix forte en faveur de l’humanite. Ils forceront le ministere a quit- ter pour jamais un usage que, jamais , il n’aurait du mettre en pratique. Yoici l’extrait lidele du rapport des commissaires anglais, pp. 28 et 1^. « 11 y a beaucoup de desavantages a convertir des vaisseaux en prisons. La depense primitive d’installation est enorme. Ou voit, par exemple, d’apres les comples du conseil naval, que depuis la declaration de guerre de 1792 jusquen 1806, celte depense monte ä i 58 , 3 o 6 l. st. (3,957,680/.). Ensuite, les pon- tons exigent des reparations continuelles; or, dans une guerre active, nos flottes elles-memes requierent de si fl’e'quentes reparations, que les ouvriers ne peuvent sans detriment etre retii’es d’un tel Service, pour installer des prisons flottantes. » Ce n’est pas tout : la depense d’enlrelien des prisonniers memes, est tres-grande ä bord, comparee a celle des prisonniers gardes a terre. Uya, maintenant ( 1807 ) * vingt et une FORCE N AVALE. 182 prisons flotlaiites contenant 11,249 prisonniers. La solde et les yivres des equipages de ces na vires, sans compter les prisons- hopitaux, qui sonl au nombre de trois, et deduction faite des ofliciers mariniers qui auraient apparlenu au navire desarme, coutent 33,637 1 . st. 3 . .y. 3 d. par an j sans compter les salaii’es et les vivres des royal- marines employes pour la garde des pontons ; troupes dont la depense annuelle monte a 34 ,597 l. st. 3 s. 1 d. » Sans doute, les prisonniers delenus ä terre, doivent etre gardes par des troupes que Ton considere comme conlre-balan*- cant la Charge des royal-marines, a Lord des prisons flottantes. Mais comme on peut employer des regimens de milice , can- tonnes pres des prisons-Casernes, aussi Lien que partout aii- leurs, on n'aurait pour cet objet aucune depense a faire. La solde et les vivres des royal-marines peuvent donc, ä juste titre, etre consideres comme uue surcharge parliculiere aux pontons. » Yoici la comparaison des 21 prisons flottantes et des 2 pri- sons-casernes de Stapletou et Norman-Cross. Noinb. de prisonniers. Dcp. de la prison. Lh'.p. patpmsonnicr. Prisons flottantes. 11,349. 68 ,^ Z at. 6 s. /, d. 121 sch. Px-isons-caseruos. io,5oo. 2,85o 5 4 » Ainsi, quand on confme des prisonniers a bord , la depense d’entretien et de garde de la prison, est vingt-deux fois plus grande qua terre. Malgre cette enorme difference, des prisons a terre dureraient pendant un temps tres-considerable; tandis que les pontons durent bien peu d’annees. Mais ce n’est pas seulement la depense qui doit faire trouver desavantageux le Systeme des prisons flottantes. Le nombre d’ofüciers et de matelots anglais, a bord des vingt et un pontons , egale 543 , et celui des soldats de marine 768. Ainsi nos flottes sont privees du Service de ces hommes, a l’epoque ou l’on en manque si fort pour equiper nos vaisseaux. » CONSTITUTION DE LA MARINE. l83 Achevons ce chapitre en exprimant le vceu qui l’a diele. Esperons que le gouverneinent britannique , eclaire sur les malheurs des prisonniers de guerre el sur les depenses qu’en- traine leur reclusion, renoncera pour jamais ä l’usage de con- liner en d’horribles prisons , ou sur terre ou sur mer, des captifs innocens, tombes daus l’esclavage en defendant leur patrie. Esperons que desormais FEurope civilisee ne verra plus son territoire souille par uti usage dont les regences bar- baresques et les baebas de l’Asie , reclament le privilege. Ge- lon rendit sa memoire immortelle en contraignant des Afri- cains a ne plus sacrilier de viclimes humaines a de fausses divinites. Augustes potentats ! qui parlez et menacez au nom du Dieu des arme'es et de la justice, et qui portez vos re- gards redoutables et jaloux sur les peuples qui s’ecartent des voies de la dependance et de Fhumilite, soyez plutöt jaloux de la gloire de Gelon. Demandez, exigez, qu’ä l’avenir, des vic- titnes humaines ne soient plus ensevelies dans les prisons bri- tanniques, et lenlement devouees aux dieux infernaux de la baine, de la vengeance et de la mort. Aloi’S les vrais amis d’Albion, n’auront plus a rougir pour eile, et rien ne troii- blera la purele de l’bommage qu’ils rendent a ses vrais titres de gloire. Ali! si jamais cet heureux changement s’operait dans le Code militaire du peuple britannique, et que ce livre eut con- tribue pour quelque chose a ce bienfait europe'en, ce serait le plus beau prix que je pusse recueillir de mes veilles et de mes efforts. Si, pourtant, il est impossible d’obtenir du gouvernement anglais , de renoncer solennellemeut pour les guerres Futures, a detenir ses captifs dans des prisons, au moins ne peut-on pas espe'rer de le voir se rendre a d’autres supplications en faveur d’un projet qui, calmant ses alannes, aurait surtout Favantage de ne rien ajouter aux ebarges de son tresor. Au lieu de garder les prisonniers sur des pontous, avec une i84 FORCE NAVALE. depense vingt-deux fois plus considerable que celle qui suffil au denunient liorrible des autres prisons, consacrez les meines sommes aux seules prisons de terre ; mais consacrez ces sonimes tout eutieres, a rendre, s’il se peut, ces prisons liabitables. Choisissez des lieux qui ne soient plus aussi malsains, et meine aussi sauvages. Car, quel fruit relirez-vous de contrister, par de sombres aspects, lame deja si contristee du prisonnier etranger? Agrandissez ou multipliez les enceinles qui devront renfermer vos captifs. Depensez s’il le faut toutes les sommes economisees sur les pontons abandonnes, pour batir autour des lieux de reclusion, des murailles solides, epaisses, elevees, sur- montees de guerites et de vigies, defendues au dedans comme au deliors par des fosses profonds et larges : assurez-vous ä tout prix contre les terreurs que pourraient yous inspirer des captifs sans armes et saus defense. S’il ne vous reste plus de fonds pour preparer des logemens a vos captifs, donnez-leur seulement quel- que argile et quelques branchages ; des soldats et des matelots sauront se barraquer eux-memesj peu leur importera de n’avoir ni portes , ni foyer, ni fenetres. Mais , au moins, ils auront de l’air. Mais ils pourront prendre, enliberte, cet exercice qui sou- tient, a la fois , les forces du corps et les forces de lame. Mais ils pourront passer les lieures du repos, dans l’isolement, le silence et la paix, seul bonheur d’un reduit solitaire. Enfin, les heures accablantes que le sommeil et le travail ne soustraient pas a la captivite, ils pourront les cliarmer encore par les con- solations et meine les plaisirs de'la pure amitie, savoures avec transport sous le lugubre toit de la reclusion. Attributions du conseil des transporls relativement aux prisonniers. Lors de la der- niere guerre , c’dlait k ce conseil qu’il appartenait de fixer et de preparer les lieux de de- tention, de les pourvoir de vivres, de fournitures de lit, etc.; de negocier les e'chaugcs de prisonniers, d’aflreter les navires destine's, i°. ä transporler des prisonniers e'trangers aux lieux convcnus pour des cartels; 2°. ä ramener les prisonniers anglais reyus en ecliangc. Eufin ce conseil dirigeait et verifiait loute la coinptabilite' de ces divers Services. CONSTITUTION DE LA MARINE. i85 CHAPITRE Y. Office des vivres. Si l’on reflechit sur l’immense developpement des forces navales de la Grande-Bretagne , sur l’etendue des approvision- nemens des corps cVarmee d’expedition, approvisionnemens envoyes en grande partie d’Angle terre, et prepares dans les ate- liers des vivres de la marine, on concevra combien ce Service doit etre vaste et complique'. En 1788, le tonnage desbatimens de FEtat etait de. ..4*3,667 tonneaux. Au 1". jauvier 1807 , il etait de. 776,057, c’est-a-dire, presque double; * et comme en 1807 la plupart des batimens etaient armes, la force des equipages etait bien plus que doublee; eile etait quinluple'e. Aussi les depenses du de'partement des vivres qui ne montaient pas ä 33o,ooo Z. st. en 1788, s’elevaient en 1806, ä pres de 4>2,5o,ooo Z. st. (cent six millions de francs) Le Service des vivres est dirige par un conseil de sept mem- bres dont chacun etait, autrefois, Charge d’un detail spe'cial, comme le sont les ehefs de division de nos ministeres. Tel etait 1 etat des choses , en 1788. L’enquete qui fut faite ä cette epoque, montra que ce Service, bien moins e'tendu qu’il ne lest maintenant, presentait pourtant des desordres effrayans et les abus les plus graves ***. Alors on reconnut les vices du ¥ ii* 1 ’. Rep. comm. on land revenue. ¥¥ Depuis 17941 l’approvisionuement et l’envoi des vivres neccssaires a l’arme'e , dans les stations exterieures , sont ajoute's aux attributions de l’olfice des vivres de la marine» *** Les commissaires de l’enquete navale en signalent un grand nombre dans leur 8 e . rapp. m. 2 4 i86 FORCE N AVALE, inorcellement des attributions entre les membres du conseil des vivres et l’on proposa : i°. de donner au president du conseil, la surintendance de toutes les branches du Service; 2°. de former, des six autres membres, deux comites subordonnes au conseil complet: suivant le Systeme qui fut, ä la meme epoque, propose pour l’organisation du conseil naval. Mais la division du conseil naval par comites, s’opera des 1796-, tandis quen 1807, lorsque les commissaires pour la re- vision des affaires civiles de la marine, ecrivaient leur io e . rap- port, on n’avait pas encore opere la meme division dans le conseil des vivres. II s’etait pourtant ecoule dix-huit annees, depuis lepoque oii l’on avait reconnu et constate publiquement les besoius et l’excellence de la nouvelle Organisation. Cela nous montre, du moins, que la France n’est pas la seule contree ou les bonnes institutions soient lentes et difliciles ä fonder. II est resulte de ce retard dans Tadoption d’une sage mesure, que les irre'gularites et les abus, ainsi que l’arriere des comptes , en un mot, tousles vices inherens ärancienne administration des vivres, n’ont fait que croitre pendant ces dix-huit ans *. << Relativement aux sommes dont le departement des vivres a laisse les comptes Lomber dans l’arriere, faute de les apurer et de les liquider, disent les commissaires de revision (io p . rap- port), elles sont tellement enormes et remontent ä des temps si recules, qu’une reforme immediate et radicale dans le Systeme de ladministralion , eu e'gard a l’examen et a la sanction delinitive des de'penses , peut seule mettre un terme a des irre- gularites, consequences necessaires du Systeme actuel. » + Au sujct de ces abus, les commissaires pour la revisiou des affaires civiles dela marine, reproduisent ( io e . rap. relatifa;/T vivres ) la plupnrt des raisons qu’ils avaient present^es au sujct du conseil naval ( 4 ". rap.), en favenr d’une administration collective par comitrfj. Pour ne pas nous rdp&er , nous renvoyons ä ce que nous ayons dit sur cet objet important, dans le liv. 111 , di. 2 , Du conseil naval. CONSTITUTION DE LA MARINE. 187 En eflet, les comptes arrie're's de l’office des vivres s’elevaient, cn decembre 1806 , ä 10,985,100 l. st. 11 s. 8 \ d , plus de deux Cent soixante-quatorze millions defrancs. A la meme epoque , aucun compte en matiere n’avait ete liquide' avec les gardes-magasins, de Deptfordet de Porstmouth , deptiis 1790 ; de Plymouth, depuis 1791 ; de Cliatham et de Douvres , depuis 1792 ; de Cork , depuis 1795, etc. Le conseil des vivres s’excusait d’un andere si scandaleux, en l’attribuant ä l’immense extension prise par ce Service, depuis le commencement de la guerre, ainsi qu’a l’exiguite du local des bureaux * : local, disait-on, trop peu vaste pour con- tenir un uombre süffisant de commis. Pour montrer combien cette derniere excuse etait futile, il suffit d’observer que des or- dres imperatifs et pressans ayant ete donne's par ramiraule';, pour hater la revision des comptes, on trouva dans ce local (trop petit, disait-on, pour s’y tenir au courant) assez d’espace pour liquider, depuis novembre 1807 jusqu’en mai 1808, un arriere de plus de vingt-sept millions de francs : tandis que dans les six annees anterieures , on n’avait fait la meme ope'ration que pour un peu plus d’un million de francs. « Remarquons, disent avec une grande sagesse,les commis- saires de revision, que s’il devient notoire que les comptes restent beaucoup d’annees, avant d’etre finalement ai’retes, cela induit les hommes saus principes , ä porter des charges indues surleurs comptes : charges qu’ils n’oseraient jamais y porter, si les apurations definitives s’operaient avec moins de lenteur. » Des deux comites institues d’apres la proposition des com- missaires de revision, afin de rendre le Service plus rapide et plus regulier : le I er . est Charge des affaires ge'nerales, le 2®. de la caisse, et du compte des malieres. Le I er . dirige les affaires courantes, la correspondance, la fixation de la quantite des approvisionnemens de toute espece • il exerce sa surveillance sur l’economie des travaux manuels, * Ces burcaux sont au palais de Somerset, pres de l’office naval. Les magasins et les ateliers principaux des vivres sont ä Deptford , a cote de l’arscnal de la marine. x88 FORCENAVALE. et sur tous les details tecliniques du sei’vice des vivi’es : il se compose dun ofüciermililaire,d’un oflicier civil et d’un ancien boursier de vaisseaux. Le 2 e . dirige et tient les comptes de re- cette et depense d’argent et de matieres : il est compose de trois ofliciei’s civils, dont un ancien boursier de vaisseaux. L’office central, aiixsi que le laboratoire et les magasins de Deptford sont diriges et sui’veille's pai’ les deux comite's, chacun en ce qui le concerne specialement. Ici, comme au conseil naval, * tous les papiers de chaque affaire speciale, sont remis ä un seui membre du comite qui doit en connaiti’e. Les travaux sont x’epai'tis entre les divers membres, sans ordre exclusif; de Sorte que tour ä tour chacun d’eux approfondit toutes les especes d’affaires que presente cette grande administx’ation. Chaque jour, ä onze heui’es du matin, les commissaii-es des vivres se re'unissent dans la salle du conseil, entendent la cor- respondance du jour , renvoient aux comites les lettres et les pieces qui les l’egardent specialement 5 apres quoi, tous les membres se retix’ent dans leurs bureaux respeclifs. Chaque semaine, il y a deux seances genex’ales, oules comite's rendent compte de leurs travaux, de leurs propositions, de leurs diflicultes, etc. Ainsi chaque membre du conseil des vivres acquiert la connaissance generale de toutes les opei’ations. En tout temps, chacun d’eux a droit de demander communi- cation de toute espece de papiers, meine de ceux qui se rappor- tent au sei’vice d’un comite dont il ne fait point partie. Les bonnes mains sont abolies : les employes pretent sennent * En general , les mesures necessaires pour rc'gulariser et faciliter Ja marche des comite's du conseil des vivres , sont tout-ä-fait analogues aux mesures adoptees pour le conseil naval. Les commissaires des vivres , comme ceux du conseil naval, ont le droit d’examiner par voie d’cnquete et d’inlerrager sous serment, pour savoir la ve'rite , toutes les per- sonnes qui sont comptables dcs Ä matieres ou des deniers de lcur administration. CONSTITUTION DE LA MARINE. 189 de n’en pas recevoir, et de nentrer dans aucun interet pecu- niaire ayec des fournisseurs. Chacun deux depose au tresor public, une caution egale au triple de ses appointemens. Un comite de trois membres, doit, pendant la paix visiter annuellement, et pendant la guerre le plus souvent possible, les divers etablissemens des vivres dans les ports exterieurs. II doit examiner en detail toutes les parties du Service j voir si Ton execute avec fidelite les instructions et les reglemens ; juger de l’efficacite ou des defauts de ces instructions et de ces reglemens; corriger sur les lieux les abus et les irregularites j s’assurer de l’intelligence et du talent des officiers et de tous les employe's; passer en revue les ouvriers et les manceuyres, congedier les im- potens et les infirmes, etc. Le comite rend ensuite, au conseil des vivres, un compte ecrit des resultats>de son inspection,des moyens d’amelioration quil a reconnus ne'cessaires et prati- cables, etc. : une copie de ce rapport est adressee aux lords de l’amiraute. Enfin, les inspections doivent, partout, etre faites a des epoques inattendues. On retrouve ici les sages mesures que nous avons expose'es en parlant du conseil naval. Budget de Voffice des vivres. 1818. Etablissement central. Etablissement de Deptford. 1 presidcnt. 1,200 l. st. x agent directeur et 3 clercs. i,o 5 o l. st. 6 commissaires ä 800 1. . 4,800 Clcrc des fonds et 6 commis. 1,260 1 secre'taire du conseil. . . 1,000 Garde-magasin et 6 commis. 1,260 1 secret. Comite des compt. ’jBo M e .tonn., 2 commis, 4 aides. 1,280 12 clercs ordin. t 1 ''. classe. 7 , 35 o M es . brasseur, boul., bouch. 55 o i 5 idem. 2 e . idem. 5,280 Arrimeur. 250 55 idem. 3 C . idem. 10,420 Inspecteur du chantier.. . . 100 57 extra-clercs. 7,000 Inspecteur des reparations. 120 6 messagers. ....... 407 i g contre-mait. des proyisions. 97 ° Gardien, portier , patron. . 120 Boatswain et mcunier. . . 240 Taxes, frais de Lureau , etc. 9,000 Taxes, frais de bureau , etc. t, 3 oo Frais judiciaires. TOTAL. ..... 5 oo 47,827 4 TOTAL. . . . . 8 , 38 o J 9° FORCENAVALE. Ddpenses des etablissemens des ports. Portsmouth. . . . Plymouth. Bonne-Espe'rance. . . 99° Chatham. Gibraltar. Donvres. Malthe. Milford. TOTAL. CHAPITRE VI. Service des vivres , a bord. JLa nature des vivres de bord, leur quantite, leur qualite, l’ordre suivi dans leur Conservation et leur distribution, sont de la plus hauteimportance, pour lefficacite et laprosperite de la force navale. Presentons d’abord le tableau general de la ration de vivres distribues au matelot anglais, chaque jour de la semaine *. RATION JOURNALIERE. BISCUIT. 1. av. p. BOEUF. 1. av. p. PORC. 1. av. p. BEURRE, onces. FROMAC. onces. POIS. pinte. AVOINE. pinte. BIERE. gallon. Dimanche. . . I » I » » t u I Lundi. . . . I » » 2 4 n X 1 Mardi. . . . I 2 )> n » n » I Mercredi. . . I » » 2 4 1 1 Jeudi. I » I » » » I Vendredi. . . I )> » 2 4 t I X Samedi. I 2 » » i> » - » I TOTAUX. . 7 4 2 6 12 2 3 7 Ea outre , une ration de vinaigre n’excedant pas une demi-pinte par semaine. On concoit que dans les navigations lointaines, et dans les stations exterieures, il arrive des epoques et des circonstances ¥ TX'eglemens et insiructions pour le Service ä la mer , sect. ix , ch. i. CONSTITUTION DE LA MARINE. 191 oti loa ne peut pas fournir aa matelot, tous les articles de sa ration, tels qu’ils sont elablis par le regiement. On a prevu cet inconvenient et fixe d’une maniere precise les equivalens par lesquels, alors, il faudrait remplacer la ration ordinaire: voici quels sont les principaux equivalens. 1 pinte de vin = 4 pinie de rhum , ou d’autres csprits = x gallon de biere. 4 iiv. de farine = 3 liv. de farine plus 1 liv. de raisin := 4 liv. de bceuf sale'. 1 liv. raisin sec = -j liv. raisin de Corinthe = 4 liv de graisse. 4 liv. boeuf frais r= 4 liv. mouton = 4 liv. boeuf sale. 3 liv. boeuf frais ou mouton = 2 liv. boeuf sale , avec des pois. 1 liv. de riz — I liv. de pain 1 pinte de pois = 4 d’oatmeal = 1 liv. fromage. 5 et 4 liv. de melasse = 1 gallon d’oatmeal, etc. 1 liv. Sucre = d’oatmeal =3: 1 liv. de beurre = 2 liv. de fromage. I pinte d’huile = 1 liv. de beurre = 1 liv. de fromage. 4 liv. de cacao — j liv. de thd — 1 liv. de fromage. On voit que le cacao et le the peuvent etre substitues au fromage 4 ils le sont en effet regulierement, un certain nombre de jours de la semaine. Alors les marins ont l’avantage de faii’e un dejeuner cliaud et substantiel. Pour rendre le diner du matelot anglais , agreable a ses gouts nationaux, cbaque jour gras, onlui distribue de la farine, des raisins secs et de la graisse 4 afin qu il puisse faire du pud- ding : l’office des vivres fait fournir aux equipages, une certaine quantite de toile, pour faire des sacs ä puddings. II faut que le bceuf d’approvisionnement soit decoupe d’a- vance, par pieces de 8 livres, et le porc par pieces de 4 üvres: de Sorte qu’on puisse, ä cbaque distribution, donner sans choix et sans besoin de peser, une piece de viande pour 4 hommes. On accelere, ainsi, beaucoup les deljvrances. Toutes les fois que cela se peut, on fpurnit par semaine ä le- quipage, pour deux jours de viande fraiche : un jour au lieu du bceuf sale, un jour au lieu du porc sale. La viande fraiche est apportee a bord , le bceuf par quartiers , le mouton par carcasses FORCE navale: 192 entieres: le poids total est inscrit ä chaque fois sur le registre de loch, ainsi que la personne et le lieu dont proviennent ces yivres. Ensuite , on coupe la yiande par portions egales ä la somme des l’ations de chaque plat, dans un endroit accessihle ä l’equipage, en presence d’uu lieutenant, du maitre et d’un aide. La yiande bouillie, on la delivre sans rien reserver ni sous- traire pour les officiers, petits officiers, ou autres personnes; en un mot, sans distinction, ni faveur , ni partialite. Regle generale : il riy a jamais de difference entre les bois- sons et les vivres fournis pour Vdquipage et pour Vetcit major des bätimens de guerre. Ahn de rendre plus aüthentiques les operations que nous ve- nons d’indiquer, les noms du lieutenant, du maitre et de Takle, le nornbre de carcasses de moutons ou de quartiers de bceuf coupeS en leur presence 5 le nombre de portions qui en resul- tent, et le jour oü ces vivres frais ont ete recus ä bord, doi- vent etre inseres dans le registre de loch. Quand on delivre ou soutire des esprits , 011 doit monter les barils sur le pont superieur. Alors, on place des sentinelles pour empecher quon n’approche quelques lumieres des ecoutilles, tandis qu’eiles sont ouvertes yni pres des esprits , tandis qu'on les delivre, ou qu’on les transvase. L’experience ayant montre combien il importe ä la sante de l’equipage, de ne boire des liqueurs spiritueuses que melees d’eau, on ne les fournit jamais pures aux marins. A cet effet chaque jour , sur le pont, en presence du lieutenant et de deux auti’es officiers de quart, apresavoir extrait et mesure la ration d’esprits, on en fait le melange avec la proportion d’eau , deter- minee par les reglemens. Les commandans d’escadre et les capitaines de bätimens isole's , ont le droit de reduire, en cas de besoin, le poids de chaque ration ; mais alors tous les officiers doivent etre soumis CONSTITUTION DE LA MARINE. 19I au meine retrandlement. La yaleur de la porlion retenue est toujours soigneusetnent comptee a l’equipage. Aucune economie de rations n’est payee en nature 5 pavce que l’experience a demontre combien ce mode etait prejudi- ciable aux interets du gouvernement. Les vivres economises sont rendus , s’il y a lieu, a l’administration des vivres qui doit en rembourser la valeur. C’est ce que nous avons dit, en parlant des fonctions du Boursier, livi-e 11, chap. 4. Excepte le biscuit que l’on embarque en sacs d’un quintal, toutes les provisions sont conservees dans des tonneaux. Sur le fond des barils et sur leur pourtour, en quelque place appa- rente, on indique par des chiffres et des marques, l’epoque et le lieu de rencaquement. Les barils de biere sontjauges, et leur contenance est pareillement marquee sur le fut. Au dernier jour de cbaque trimestre , le capitaine du bati- ment arrete, et transmet au conseil des vivres, le compte gene r - ral des provisions, recues, l’endues, pretees ou rebute'es d’apres inspeclion 5 ou perdues, soit par accident, soit dans un combat. 11 transmet egalement l’etat dela consommation des tonneaux, barils, merrains , cercles , etc. Enfin il presente un compte de recette et depense de viandes fraiches, signe du boursier et du capitaine. Ces etats sont faits en triple, pour le capitaine, le boursier et l’oflice des vivres : tont deficit , demontre par les comptes , est preleve sur la solde du capitaine. Je n’entrerai dans aucun detail sur les formalites remplies ä bord, pour la recette des vivres , leur inspeclion frequente, et leur remise lors d’un desarmement, ou par suite d’avaries dument constatees. On concoit que ces formalites doivent etre analogues dans toutes les marines raisonnablement organise'es. Mais je m’efforcerai d’arreter l’attention du lecteur sur l’excel- lence , l’abondance et la variete des vivres du matelot anglais ; comme sur les effets que ces qualites des vivres produisent III. 20 FORCE NAVALE. i 9 i quant ä la force du marin. Le matelot anglais est habituelle- ment le mieux portant et le plus fort des hommes de mer de toutes les natioiis : ce n’est pas a coup sur quil soit d’une na- ture privilegiee. II doit ces rares ayantages ä la dieletique, ä la propre te, ä tous les soins pris, dans la flotte britannique, pour rendre l’existence des equipages aussi comfortable que le permet le dur Service de la mer. Combien n’avons-nous pas a faire encore a cet egard! Nous qui nous vantons ä juste titre d’etre un peuple humain et bien- veillant, pourrions-nous oublier de l’etre envers des hommes qui consacrent a la palrie, leurs forces et leur sang? Ab! quand de plus nobles motifs n’agiraient pas sur notre cceur, ayons soin de leur vie et de leur sante, comme Fambitieux a soin des ele- mens de sa grandeur et de sa gloire: c’est pour nous que nous tra- vaillerons en rendant heureuse et saine l’existence de nos marins. Revenons a la marine britannique. Les meilleures yiancles *, les meilleures boissons, les meilleurs grains, sont constamment choisis par l’administralion des vivres. Pour empecher les marins de nuire a leur sante par l’usage des liqueurs fortes , le rhum qu’on dislribue est, ainsi que nous Favons vu, toujours etendu dans une certaine portion d’eau. Depuis 1796, on s’est fait une regle de meler dans cbaque ra- tion de rhum une portion de jus de citron; les effets de cet anli-scorbutique out ete surprenans. En neuf anne'es de guerre, prises avant Fintroduclion de l’usage du jus de limon , sur 100,000 hommes, a 5 , 5 oo par annee moyenne, entraient dans les höpitaux de la marine. Mais dans les neuf annees de guerre qui ont suivi Fintroduclion de cette pi’atique, sur 100,000 marins, il n’en est plus entre dans les höpitaux, que 11,775, annee moyenne. De 1796 a 1796, la diininulion dans le nombre des * Les salaisons irlandaises sont celelires par leur pcrfection , et ce sont les meilleures iju’on choisit pour la marine de l’elat. CONSTITUTION DE LA MARINE. iq 5 malades est immediatement de 0.5 pour cent • cette diminution s’est ensuite elevee a 5o pour cent, lorsqu’on eut approvisionne de jus de cilron, toutes les stations lointaines. Tel est donc l’effet que peut produire un seul preservatif, choisi avec discer- nement, et distribue dans une juste mesure. Aujourd’hui, le scorbut a presque disparu des hopitaux de la marine *. Dans les tables imprimees ou l’on inscrit les diverses maladies des hommes admis a ces hopitaux, on a sup- prime le nom meme du scorbut, parce que la colonne cor- respondante restait toujours en blanc **. Lesjournaux tenus par les cbirurgiens, a bord des vaisseaux, prouvent de meme que depuis l’usage du jus de limon, le scorbut a ge'neralement disparu , meme durant les plus longues traversees. Dans les rares occasions ou il a reparu , ces journaux prouvent qu une forte dose de jus de citron l’a bientbl fait disparaitre de nouveau. Les journaux de bord semblent prouver aussi que le jus de citron est, sous d’autres rapports, lavorable a la sante. Plu- sieurs cbirurgiens de vaisseaux , assurent qu il tend a diminuer les fievres et les ulceres. Aujourd’huila ration x’eguliere de chaque homme se compose d’une once de jus de citron et d’une once et demie de sncre, meles avec la ration de rhum etendue d’eau : cela forme une espece de punch froid. Quoique l’usage habituel du rlium, soit rendu moins con- traire ä la sante, par son melange avec du jus de citron, du ♦ Autrefois le scorbut n’exergait pas ses ravages sur les seuls batimens qui cutreprc- naient des navigations lointaines. On voit, par exemple ,qu’cn 1780, l’amiral qui comman- dait la flotte en Service dans le canal de la Manche, fit debarquer ä l’hopital de Ports^- raouth, 1457 marins attaques de cette maladie : eile avait commence, lorsque les vais- seanx etaient encore ä l’ancre , et faisaient un usage journalier de petite biere. ¥¥ De 1807 k 181 5 , on n’a recudans le principal bopital de la marine anglaise (liopital d’Haslar), qu’un seul matelot atleint du scorbut; a Plymouth , dcux seulement en out e'te atteints, depuis 1810 jusqu’en i 8 i 5 . TO 6 FORCE N AVA LE. Sucre et de l’eau , les Anglais ont trouve qu’il valait beaucoup mieux changer une moitie de ce breuvage pour une demi-ralion de xin \ et meine, lorsque cela se pcut, le changer pour une en- tiere ration de yin II est extremement difficile d’obtenir, du Soldat anglais, de ne point se livrer aux exces de la boisson. Les officiers recourent quelquefois, pour atteindre cebut, aux moyens les plus xiolens. Ainsi, lorsqu’en 1782 l’amiral Rodney vint mouiller devant Sainte-Lucie, il enyoya des patrouilles, a terre, avec ordre de briser tous les alambics que l’on pourrait trouyer : « attendu, dit l’auteur auquel j’emprunte ce fait, attendu que l’ile etait sous la loi martiale. » Parconsequent, si l’usage du Sucre ayait ete nuisible a la saute des malelots anglais, on aurait pu de meine briser tous les ustensiles de fabrication, et bruler les Cannes ä Sucre : attendu que 1’ile etait sous la loi martiale. II faut convenir qu une teile legislalion ne fait pas honneur ä. l’es- pece humaine. Quoi qu’il en soit, l’amiral Rodney, grace a 1’extreme vigi- lance avec laquelle il prohiba toutes liqueurs fortes sur ses vaisseaux, y maintint l’etat de sante le plus florissant. Lorsque les marins anglais sont une fois embarques, on ne leur permet plus de descendi’e a terre. Mais, trop souvent, lors- qu’011 reläclxe dans quelque port de la Grande-Bretagne, on leur permet de gouter, a bord, les plaisirs les plus grossiers. On les console ainsi par la debauche, du chagrin qu’ils eprouvent ä ne + Nous pouvons fournir ä nos e'quipages une ration complete de vin : nous avons donc sur les Anglais un grand avantage. Mais il faudrait qu’on s’assurät constamment i°. du degre de force de ce vin j 2°. de la quantite des principes spintucux et Sucres qu’il contient, pour y supple'er s’il le faut avec du Sucre ou des esprits surajoutes. 11 faudrait enfin voir ä qucl point une dose de jus de citron, melee avec ce Sucre et ce vin etcndus d’eau , pourrait con- courir ä former une boisson ä la foissaine et fortifiante. Ges innovations, fondees sur l’ex- perience , peuvent avoir rinfluence la plusheureuse sur l’etat sanilaire de la flotte fran^aise: nous ne pouvons pas douter qu’elles ne soicnt tentecs avec zele et suivies avec constance. CONSTITUTION DE LA MARINE. 197 pouvoir jouir cle leur liberte. Ces saturnales de la flotte produi- sent, presque toujours, des effets pernicieux sur la sante des equipages, et sont la cause de Leaucoup de fievres : nous 11’en citerons qu’un exemple. Un yaisseau de 80 etant reste quelque temps ä Plymouth, en 1806, on permit pendant ce temps aux matelots de Loire avec exces des liqueurs fortes : lorsque le Lätiment reprit la 111er, utie fievre se declara soudainement, eile atteignit 106 hommes dont 10 moururent. Ile semLlaLles exces sont Lien plus pernicieux encore dans les cliniats du tropique: ces causes combine'es avec quelques au- tres, 011t produit, pendant la derniere guerre, la morlalite la plus effrayante. G est ainsi qu en 1804, tandis que la marine anglaise jouissait en Europe d’un degre de sante remarquable, il y eut une morlalite extraordinaire dans la flotte des Indes-Occidenlales. Par mi les mar ins qui devieiineiit maiiiaques, un grand 110111- Lre doivent cette deplorable infirmite, ä des contusions qu’ils ont recues a la tele, pendant qu’ils etaient ivres. Le docteur Plane dont j’emprunte ces oLservations, voudrait qu’011 encourageat le gout du tlie parmi les matelots, pour remplacer le gout des liqueurs fortes. II combat ce vulgaire prejuge, qu’une Loissou aussi relacbante pourrait contribuer ä diminuer le courage des militaires. II nous semble, en effet, que les hommes n’ont nullement besoin de liqueurs spiritueuses pour acquerir ou conserver du courage. Lorsque les tribus arabes marcherent sous Mahoniet, a la conquete de l’Orient, ce profond legislateur ne craignit pas d’interdire l usage des boissons enivrantes, a la nation qu’il voulait rendre toute belli- queuse; or, 1’experience a prouve qu’une teile privation n’a rendu les musulmans, ni moins robustes ni moins courageux. On sait que les Gaulois ne buvaient que de l’eau ou du mau- vais cidre, jusqu’apres lepoque des conqueles deCesar. Cepen- 198 FORCE NAVALE. dant, a voir la terreur qu’ils avaient si long-temps repandue parmi les Italiens, possesseui’s de nombreux et riches vigno- bles , il faut bien en conclure qu’un peuple, sans faire usage de liqueurs fortes, peut se battre avec autant d’enei’gie que les peuples dont elles sont la boisson journaliere. Une amelioration qui, maintenant, est generale dans la marine anglaise , et qui commence a s’introduire dansla marine francaise, c’est la Substitution des caisses en fer aux tonneaux de bois dont on se servait auparavant pour contenir la provision d’eau de lequipage. L’eau renferme'e dans les caisses en fer se conserve ayec une purete parfaite $ d’ailleurs 011 peut, dans un meme espace , en embarquer une plus grande quantite; on est exempt des dan- gers et des souffrances qui, dans les longues navigations, resul- tent du depe'rissement des tonneaux. On a donc moins souvent a faire, sur les rations d’eau, des retranchemens si funestes a la sante des equipages, dans les croisieres et les yoyages de long cours. Enfin, ce qui est d’une extreme importance, jamais cette eau n’est malsaine ■'‘Des 1816, lorsque j’ai fait importcr en France les caisses ä eau , qui sont devenues le modele de celles que nous employons maintenant, le gouvernement anglais en avait com- mande 7,000 qui devaient contenir 14,000 tonneaux d’eau. CONSTITUTION DE LA MARINE. *99 %Vt VW «VI'HW« \\WV»V»W\»W»MW»MtW\W\tV»W,»»W^»» l WW'\11WtMi\WW»W>V\WMVWvvv^vvWt\V»\\VI LIVRE CINQUIEME. ORGANISATION DES PORTS ET DES ARSENAUX. CHAPITRE PREMIER. Considerations generales. Amiral du port. Tje Service des ports et des arsenaux, presente une division analogue ä celle du ministere de la marine, entre le conseil na- val et le conseil de l’amiraute. Le commandement de Farsenal, tous les travaux prepara- toires des constructions navales et d : ’entretien des Mtimens desarmes , sont confies ä la direction d’un officier militaire appele commissioner de l’arsenal. L’organisation du personnel des armemens, le commandement du port et de tous les nayires qui s’y trouvent, appartien- nent ä Y amiral du port. (Fest l’amiraute qui donne directement des ordres a l’amiral du port. (Fest le conseil naval qui donne des ordres au com- missioner de Farsenal. L’amiral et le commissioner sont tout-a-fait inde'pendans, et dans leurs attributions , et dans la source imme'diate de leur pouvoirs , et dans la filiation des autorite's auxquelles ils rendent compte. II laut bien se garder de confondre cette division d’attribu- tions, avec celle qu’on a retablie , depuis i8i5, dans la marine francaise. En Angleterre, l’amiral dirige et commande toutes les operations , tout le Service a la mer •, tandis que le commis- 200 FORCE N AVA LE. sioner dirige et commande toutes les operations, lout le Service a terre } la division entre ces deux pouvoirs est coinplete et parfaite. En France, les pouvoirs surle personnel et le materiel du Service naval, ä terre et a la mer, sont partages entre Fin- tendant et le comraandant. L’intendant est en realite la plus grande autorite maritime. 11 accorde ou refuse les depenses. II acbete, il garde, il vend toutes les matieres. Il commande une partie des travaux de l’arsenal, avec un pouvoir pi’esque absolu •, il exerce un puissant contröle sur tous les travaux dont il n’est pas l’ordonnateur. Il a sous sa direction les vivres, les höpitaux, les cliiourmes \ il en commande le personnel et le materiel. Enfin, par l’institulion des classes, il est le directeurde tout le personnel des gens de mer. Son pouvoir s’exerce , ainsi, sur une vaste etendue de cotes et dans l’interieur de la France, jusqu’aux points oü les rivieres cessent de pennet Ire la navigation fluviatile. Le commandant de la marine est Charge purement et sim- plement ( dans l’enceinte du port et de Farsenal) de la parlie des travaux, des armemens et des desarmemeus, qui n’est pas devolue a l’intendant. Dans les ports secondaires de la Grande-Bretagne , qui n’ont point de commissioner ni d’amiral, c’est un officier de la marine qui commande le port; c’est un ingenieur qui commande Färsen a). Dans les ports secondaires de la France, un commissaire administre et commande en chef, lors meine qu’il y a sur les lieux un officier militaire pour surveiller le port, ou un ingenieur pour diriger les travaux ä terre. Je m’abstiens de faire aucune reflexion sur cette immense difference, entre la division des pouvoirs, dans les deux marines de France et d’Angleterre. J’invite meine le lecteur a suspendre son j ugement, et a suivre dans leurs details, les consequences du Systeme adopte par le gouvernement britannique : il pourra s’il CONSTITUTION DE LA MARINE. 201 le veut, prononcer ensuite, avec une conviction plus entiere, sur Ja preference que merite Tun de ces deux systemes. Les instructions donnees a l’amiral de port, dapres les regle- mens du Service a la mer, rediges par l’amiraute et sanctionnes par le roi, nous semblent d’une teile importance, que nous croyons deyoir en presenter, ici, la coinplete et fidele analyse. Pour bien entendre ces instructions, il faut observer que l’on distingue dans la marine anglaise, i°. l’avant-port ou la rade que l’on appelle specialement le port: c’est le lieu ou se tiennent or- dinairement les batimens armes, prets äprendre la mer; 2°. le Harbour, arriere-port ou. l’on tient les batimens de'sarmes, et ceux qui sont en armement. 1. Le commandeur eil chef d’un port militaire est responsable dn rapide et parfait equipement de tous les batimens de guerre , de la ponctuelle execution de tous les ordres , et de l’accomplisscment de tous les devoirs , dans le port ou il commande. II doit considerer tous les batimens , pendant leur sejour dans le port , comme etant sous son autorite' : excepte ceux qui, sortis du Harbour , se trouveraient sous les ordres d’un oflicier general plus ancien que lui , et present. Les navires mis en Commission n’etant place's sous sa direction que pour qu’il en survcille et qu’il en accelere l’equipement et I’arme- ment, jamais (excepte dans les cas d’urgence qui ne permettraient pas d’attendre les deci- sions de l’amiraute) il ne doit prendre sur lui d’envoyer a la mer d’autres batimens que ceux dont l’amiraute meine lui a conlie le commandcment spe'cial. 2 . Lorsqu’un navire arme devra icntrer dans le Harbour, afin d’y etre repare , il passera sous les ordres de l’amiral du port, quand merne il appartiendrait ä un ofEcier general present, et plus ancien que cet amiral. Si le batiment qui porte le pavillon de commandcment de cet oflicier ge'ne'ral , a besoin de rentrer dans le Harbour , ce pavillon sera bisse ä bord de quelqu’autre navire, jusqu’au retour en rade du vaisseau amiral. — Regle generale : Toutes les demandes , tous les rapports relatils aux batimens qui sont dans le Harbour , doivent etre faits ä l’amiral du port. Mais le commandeur d’une escadre peilt or- douner aux capilaincs des batimens de son escadre, en reparation dans le Harbour, de lui faire connaitre par des etats de Situation , le progres des radoubs et des rc'armemens. 3. Les capitaines de tous les batimens qui uc sont pas dans le Harbour, et qui sout sous les ordres d’un officicr general present , doivent lui faire tous les rapports et toutes les re— presentations utiles au Service , qu’il soit ou non plus ancien que l’amiral du port. Les capitaines qui ne sont pas sous les ordres d’un oflicier general, doivent rendre ces memes comptes k l’amiraute. 4- Les capitaines qui ne sont pas sous le commaudement d'un oflicier ge'ne’ral pnisenl, III. 2Ö V 202 FORCE NAVALE. doivent rendre leurs rapports et leurs coraptes , ä l’amiral du port, meme lorsqu’ils ap- partiennent ä une flotte commandee par un plus ancicn ofiiciei 1 general. Mais Je plus ancien capitaine de toute escadre doit, s’il en a reju l’ordre du commandeur en chef, recueillir le double des rapports sur la Situation de cette escadre; et les trausmettre ä ce commau- deur, pour l’informer de l’etat oü les batimens se trouvent, ainsi que de l’e'poque oü ils seront en e'tat de prendre la mer. 5. Aucun officier general, meme plus ancien que l’amiral du port, ne peut en rien s’im- miscer dans le Service de celui-ci; ni jamais donner d’ordres pour que les batimens de son escadre obtienncnt des prefe'rcnces, soit dans la succession des travaux, soit dans la deli— vrance des vivres et des objets d’armement, soit dans la repartitiou des marins disponibles ou des surnumeraires (excepte de ceux des navires qu’il commande) : il ne doit pas non plus ordonner a des batimens de passer dans le Harbour, sans s’etre au prealable adresse a l’amiral du port, pour savoir quand ces nayircs y pourront etre rejus. 6 . Tous les ordrcs de l’amiraute, relatifs ä des navires mouille's dans le port, seront adresses a l’amiral du port. Cet amiral doit en accuser re'ception , et les transmettre aux ofliciers qu’ils concernent. 11 doit, autant qu’il est en lui, s’assurer qu’on les cxecute avec ponctualite. Si quelque officier general absent envoie des ordres ä l’un des vaisseaux place's sous son commandement, tant que ce batiment restera dans le port, il doit les adrcsser a l’amiral du port, qui les transmet aux officiers pour lesquels ils sont destines. 7 . Si quelque navire rentre au port sans ne'cessite'; si quelque capitaine fait un rapport sur des defautsqui n’existent point, s’il exagereceux qui existent, cnfin si quelque batiment est mis en e'tat de prendre la mer, l’amiral du port en doit informer l’amiraute. Regle generale : trois jours avant la fin de cbaque armement, -cet amiral doit en informer l’ami- raute. 11 doit veiller ä ce que les capitaines et tous les officiers soient constammcnt occupe's de leurs devoirs , afin qu’il n’y ait ni delai, ni nc'gligence dans les e'quipemens. 8 . 11 ne doit souffiir qu’aucun batiment reste dans le port au-dela du temps necessaire , quand ce navire a re£u l’ordre de mettre a la voile. 11 doit le faire partir des le moment qu’il est en ctat de prendre la mer. g. Il doit frequemment aller ä bord des navires mouilles dans le port, afin de passer en revue les dquipages. Il doit exiger que chaque personne, non ä l’hdpital, ni convalescente, fasse ä bord sa re'sidence constaute. 11 doit examiner la Classification des bommes, s’assurer que chacun est place dans le poste et le rang que rnerite son habilete, mais pas au-dessus. 11 doit examiner si le navire est tenu d’une maniere convenable , quant ä la proprete', ä la Ventilation , en un mot, quant ä tous les moyens susceptibles de conscrver la sante de l’equi- page. Il doit aussi s’enque'rir de l’etat de la discipline; voir si l’on garde , dans tous les rangs, un degre de surbordination convenable ; si les liommcs sont fre'quemment exerces dans leurs fonctions et leurs devoirs. Lorsqu’il decouvre des negligences dans l’accomplissement de ces fonctions et de ces devoirs, si le fait est grave, il doit aussitot en rendre compte ä l’amirautc. 10 . Ordonner aux capitaines d’etre exacts dans leurs rapports officiels. n. Ne donner de conge ä aucun officier pour plus de vingt-quatre heures , sans l’auto- risation de l’amiraute. CONSTITUTION DE LA MARINE. 2 o 3 12. Lorsque !e commissioner de l’arsenal repre'sente par ecrit qu’il a besoin de marins de corvee, pour quelques travaux de l’arsenal ou pour les batimens de'sarme's, et lorsque les travaux oblige's du personnel des batimens armes le permettent, l’amiral du port doit en- joindre aux capitaines des stationnaires et de tous les autres navires sous ses ordres, d’envoyer le nombre d’hommes requis, pour elre employes selon les instructions du commissioner ¥ . 1 3 . Lorsqu’un navirc nouvellement en Commission ou cn rearmement, apres avoir ete repare, rejoit l’ordre d’etre pret ä prendre la mer plus tot qu’il ne le peut avec son seul equipage, l’amiral du port doit ordonner ä tous les navires en e'tat d’aider ä cet armement, d’envoyer en corvee des marins qui sont payes pour ce travail *. i4- II doit employer les ouvriers de tous les batimens arme's qui peuvent en fournir, pour reparer les navires qui n’ont pas besoin de rentrer dans le Harbour. 1 5 . Pendant la guerre , il doit tenir un certain nombre des fre'gates et des petits navires qu’il commande, en croisiere dans des stations convenables , pour empecher qu’aucun bätiment ennemi, militaire ou marchand , ne puisse approcber du port sans etre decou- vert. II doit ordonner aux officiers qui commandent ces croiseurs , d’examiner avec beau- coup de soin tous les batimens qui s’approcheraient du port; afin de retcnir pour elre exa- mines par lui , ceux dont la conduite serait suspecte, ou dont les capitaines ne pourraient pas rendre un compte satisfaisant de leur navigation. 16. Pendant la guerre, il doit ordonner aux capitaines, de tenir leurs batimens aussi prets a combattre , que l’e’tat de l’equipement et des re'parations de ces navires peut le per- mettre; afin de faire bonne garde au dehors, et d’etre toujours prets ä se de'fendre contre toute attaque impre'vue qu’un ennemi pourrait tenter , de jour ou de nuit. 17. Il doit examiner avec soin l’etat et la condition pour le Service, eu egard ä leur comple'ment d’hommes, de provisions , etc., de tous les batimens affretes et armes militaire- ment; veillcr ä ce qu’ils ne soient pas retcnus dans le port plus de temps qu’il n’est stric— tement necessaire. Il doit informer le conseil navalde tout defaut, de toute negligence qu’il rcmarquerait dans le materiel ou le personnel de ces batimens, afin qu’on puisse infliger une amende süffisante aux proprietaires. * Un lieutenant, au moins, avec un nombre convenable de contre-maitres et de midshipmen , doivent etre envoye's avec les hommes de corve'e. Le prix du travail est par jour, pour 1 lieutenant. 2 s. 6 d, ; 1 contrc-maitre d’embarcation. . g d. 1 second maitre et aspirant. 1 » t marin.6 CHAPITRE II. Commissioner des arsenaux. Chacun des grands arsenaux de la marine anglaise est dirige par un chef unique, choisi parmi les capilaines de vaisseau les plus experimentes. Ces capilaines sortent alors de la lisle d’avan- cement, et ne figurent plus sur les etats militaires que comme ofüciers e'meriles ( superannucUed). On voit, par les rapports de la Commission cVenquele nayale de 1788, quä celte epoque les commandans des arsenaux n’avaient point d’inslructions pour les guider dans Faccomplis- sement de leurs devoirs. II parait meine qu’alors, on n’avail pas encore adople de regles invariables sur le corps d’oü Fon de- vait tirer ces chefs superieurs. La Commission d’enquete mon- tra lanecessite de prendre, pour en remplir les fonclions, des officiers militaires ayant acquis une grande experience dans les diverses parties du Service maritime. Les commissaires pour la revision des affaires civiles de la marine oblinrent, en 1800 , que personne ne sei’ait appele a la direction d un arsenal, avant d’avoir rempli pendant au moins une annee, les fonctions de commissioner dans le conseil naval. Par une dispositionpleine de sagesse, prise dans les vues les plus profondes, le directeur supreme de chaque arsenal, est incorpore dans une meine patente avec les membres du conseil naval qui resident a Londres \ il cori’espond constamment avec eux. Dans toutes ses fonclions, il agit comme le repre- sentant immediat du conseil 5 seulement on Fappelle le commissioner resident, pour indiquer sa residence dans l’arsenal qu il dirige. Par ce moyen, il y a toujours unite de vues, de principes et CONSTITUTION DE LA MARINE. 2ü5 d’interets, entre les commissioners des arsenaux et du conseil naval. Le commissioner resident a quitte pour jamais le com- mandement des vaisseaux j il devient, pour le present aussi-bien que pour l’avenir, independant des amiraux de tous les grades, avec lesquels il doit, desormais, traiter d egal a egal. Les petits et funestes interets de corps , n’agissent douc pas ici pour con- tz’arier la marche des affaires. D’un auti’e cote, il est evident qu’un capitaine de vaisseau, choisi d’abord pour son merite personnel et pour son experience militaire , fruit d’un Service long et actif; siegeant ensuite pen- dant uneannee dans le conseil naval, y trouve les moyens les plus eflicaces, d’acquerir la meine experience pour toules les parties administratives du Service. La , les elats et les rapports des travaux et de la comptabilite des porls, sont tour ä tour l’objet de son etude et de son conlrdle : il a donc tous les moyens de saisir et Fensemble et l’esprit de l’adminislration navale. Suivons maintenant le commissioner resident, au sein de l’arsenal confie a son autorite. 11 y commande sans partage de pouvoirs. La direclion de toutes les brancbes du Service, la garde et la discipline de tous les elablissemens; les recettes, les depenses , les paiemens •, en un mot, toutes les brancbes du service recoivent de lui l’impulsion qu’il plait a Fautorite centrale de prescrire. Il peut suspendre de ses fonctions lout offi- cier, tout commis, tout employe qui manque a son devoir- mais il doit sans delai rendre compte au conseil naval, et du delit et de la punition provisoire. Ce conseil, ensuite, ou Famiraute, suivant les cas, prononce la reintegration ou le renvoi delinitif de la personne suspendue de ses fonctions. Cependant, il ne laut pas croireque les commissionei’s ayent, comme Font eu nos anciens prefets maritimes, le pouvoir de fait ou de droit, de substituer leurs volontes et leui's caprices, aux inlenüons du legislateur, et aux instructions du minislere. FORCE NAVALE. 206 Le gouvernement anglais a prescrit des formes de Service qui lui garantissent l’accomplissement fidele et rapide de ses ordres generaux et speciaux. L’autorite des chefs de Service n’est pas aneantie par la puis- sance absolue du commissioner. C’est ä eux, et non pas ä lui, qu’il appartient de proposer au conseil naval, les avancemens et les recompenses des employes de chaque Service. Comme il joint aux presentations des chefs , ses propres observations, comme il peut meme rejeter une presentation mal fondee , il exerce encore sur ce point une influence tres-sufüsante. Si d’ailleurs un chef’de Service obtenait pour un sujet indigne ou incapable , un avancement que le commissioner n’aurait pas approuve, celui-ci pouvant, a la premiere faute, suspendre de ses fonctions et demander qifon renvoie rhomme injuste- ment protege, le mal serait arrete et corrige, avant qu’il eut pu produire aucun effet fächeux dans le Service *. Au moins deux fois, chaque annee, le commissioner de l’ar- senal, doit faire lire en sa presence, et devant tous ses officiers assembles, les diverses instructions qui les concernent. Il doit faire alors toutes les remarques necessaires, sur les exemples de negligence, ou d’inattention qu il peut avoir observes dans l’exe- cution de ces reglemens. On s’efforce, par-lä, de prevenir le retour de ces fautes, ou du moins de rendre tout-ä-fait inexcu- sables les officiers qui les commettraient ä l’avenir. Loi’sque quelques parties des instructions permanentes ne conviennent plus ä l’etat du Service, et deviennent superflues ou defectueuses, le commissioner est tenu de le faire connaitre suivant les cas, au conseil naval, ou ä l’amiraute. D’epoque en epoque, le commissioner rend pareillement compte ä ces deux autorites, de ses observations sur la capacite, * C’est encore le commissioner qui proposc de mettre ä la reforme ou en retraite , tous les individus qui deviennent incapables de servir. CONSTITUTION DE LA MARINE. 207 Factivite , la conduite, etc., des officiers places sous son Commandern ent. Les instructions, les demandes, les ordres emanes du conseil naval, sont adresses au commissioner resident. Chaque matin, ä l’heure qu il a designe'e , les principaux officiers de l’arsenal se rendent pres de lui. Alors, il fait lire toutes les pieces offi- cielles qu’il arecues depuis laveille, afin que personne ne puisse pretendre en ignorer la teneur. On discute, -immediatement, sur les moyens d’eviter tout delai dans l’execution des volontes du conseil naval. Par suite du meine Systeme, toutes les lettres, tous les rap- ports officiels des chefs de Tarsenal, relatifs aux diverses bran- ches du Service et prepares pour le conseil naval, sont remis, non cachetes, au commissioner resident. Par-lä ce chef su- preme a toujours une connaissance complete des comptes ren- dus sur les travaux de l’arsenal qu il dirige. En meine temps, pour que ces regles de Service ne puissent pas etre eludees par le commissioner, il doit tenir un registre d’ordres, en marge duquel les chefs de Service signent avec leurs initiales. Ils certifient, ainsi, qu’ils ont eu connaissance de toutes les pieces ofllciellement envoyees. Le commissioner tient la main ä ce que les chefs de Service consignent, dans des registres speciaux, les principales opera- tions de leurs departemens respectifs ; afin que les fruits de l’experience ne soient pas perdus, et qu’on puisse y recourir au hesoin. De temps k autre, le commissioner fait l’inspeclion de ces importans repertoires. Examinons, maintenant, les rapports dun commissioner resident, avec la comptabilite de l’arsenal qu’il dirige. La plupart des grands marches de la marine sont passes, a Londres, par le conseil naval. Lorsque le commissioner d’un arsenal est requis, par ce conseil, de passer un marche de main 208 force naval e. cl’ceuvre ou cle matieres, il cloit transmettre ä ses mandataires les conventions qu’il a provisoirement conclues, avant de les raeltre en execution : aucun eugagement de ce genre ne devient defi- nitif, ä moins d’etre approuve' par le conseil naval. Le commissioner examine et vlse les cerlificats de paiement des fournisseurs. S il y decouvi’e quelqu’inexactitude ou quelque iiTegulai’ite, il refuse de les sign er •, puis, il l’end compte de ce re- fus au conseil naval dont, aloi’S, il attend la decision. Il interpose au besoin son autox’ite pour empecher que, pai’ la negligence ou lamauvaise volonte des officiers de larsenal, quelque delai non- motive, ne retarde l’expedition du paiement des fournisseurs. Lors de l’achat ou de Taffi-element d’un navii’e poui’ la ma- l’ine, c’est ä lui que l'endent compte les officiei’S cliax-ge's de l’exaxuen pi’ealable. Si le navii’e doit sei’vii' coiume batiiuent de gueiTe, le commissionei’ lexamine lui-meme. Il signe le rappoi’t de visite, et l’adi’esse au conseil naval qui decide en derniei' l’essoi’t. Pour admetti’e unouvi’ier, un manceuvi’e, etc., dans Tai’senal ou sur les batimens desarmes, le chef du Service auquel cet homme est destine , doit examiner s’il est en elat de bien ti’avaib ler. Il doit di’esser un billet de presentation qui contienne le nom, le lieu de la naissance et l’occupation pi’ecedente de l’individu, lequel porte cette note au Chirurgien de Färsenal. Si le chirur-' gien le trouve propi-e au sei’vice , il l’atteste sur un certilicat en blanc, joint au billet de pi’esentation que le postulant porte alors au commissioner. Enfin si le commissioner approuve sa reception , il signe ce billet et l’envoie au clei’c des fonds et revues pour eli’e immatricule. <■< Le commissioner doit veiller a ce r/u'aucun etranger ne soit admis dans aucun departe- ment de larsenal, sous aucun prdteocte cpielconque. » On ne doit recevoir, pour apprentis, que des jeunes gens robustes et debonne venue, ayant au moins 14 ans, et 4 pieds 10 pouces. CONSTITUTION DE LA MARINE, 209 Immediatement apres chaque appel, la liste des absens est apportee au commissioner; afin qu’il puisse verifier si l’on exerce regulierement, sur les registres de solde , les retenues de salaires, punition de ces absences. Une fois par trimestre, le coramissioner assiste a la revue mensuelle de toutes les personnes employees dans l’arsenal. Les listes de paie de trimestre sont soumises a son examen prealable. II doit surtout verifier si les actes du parlement, re- latifs ä la solde, sont suivis avec exactitude ; et ne permettre a personne d etre paye sur des listes speciales (pay lists ), ä moins d’y avoir un droit etabli par quelqu’un de ces actes. Les cbefs de Service * subordonnes au commissioner, sont le Master altendant . Chef des mouvemens. Master shipwright . Chef des consfructious. Clerk of the check . Giere des fonds et revues. Slorekeeper . Garde-magasin. Clerk of the survejr . Clerc de I’inspeclion, Clerk of the rope-yard. . Clerc de la corderic. Chacun d’eux, comme le commissioner, a dans lenceinle de l’arsenal un logement et un jardin : il ne peut employer comme domestique, ou comme jardinier aucun ouvrier de la marine. En France, l’experience a prouve que de loger dans les arsenaux, les cbefs de Service, ou leurs subordonnes, devient toujours la source de mille abus, que ne peuvent empecber ni l’autorite la plus aljsolue , ni la vigilance la plus active. Admettons avec le gouvernement anglais la necessite d’avoir, la nuit aussi-bien que le jour, les principaux officiers loge's tout pres du lieu des travaux et du depdt d’un materiel dont la va- leur est immense. Alors, il suffit, a l’entre'ememe de l’arseual, de batir un quartier isole pour le commissioner et les cbefs de Service. Cela vaut mieux, que de disperser des logemens par- * Les fonclions de ces chefs sont expliquees dans les qttatre chapilres suivans. m. 27 210 FORCE N AVALE, ticuliers dans la vaste enceinte cl’un arsenal, ou lant d’objels propres aux usages de la vie, aux consomxnations dun nienage tenlent a chaque instant la cupidite des superieurs, de leurs femmes , de leurs enfans et de leurs domesticpies. Des commis. Dans les arsenaux maritimes, on n’admet au- cun commis, au-dessous de seize ans. II faut, pour etre recu, subir un examen en presence du commissioner. Si rexamen est approuve , le commissioner signe un certilicat qui doit etre transmis au conseil naval, avec la nomination du candidat. Chaque clief de Service remet regulierement au commissioner , la liste des commis sous ses ordres , avec un rapport sur leur capacite, leur instruction et les fonctions qu ils remplis- sent, Tout changement dans la destination des commis est de meine notifie au commissioner qui, par ce moyen, peut en tout temps s’assurer que les fonctions sont adaptees aux talens des individus, et re'parties pour le plus grand hien du Service. Aucun commis ne peut etre paye s’il ne produit, ä chaque fois, un certilicat constatant son integrite, son activile et sa honne conduite. Le commissioner et les chefs de Service doivent accorder ou refuser ce certilicat, suivant qu ils jugent que leurs commis respectifs meritent ou ne meritent pas de l’ohtenir. Depuis quelques annees, on a fait disparaitre l’usage de perce- voir des bonnes-mains [fees), recues jadislors de la nomination des commis, des ofiiciers subalternes et des simples ouvriers; ainsi qu a l’epoque de la conclusion ou du paiement des mar- clies. On defend aux employes d’avoir aucun inte'ret direct ni indirect dans un navire , qui serait acliete ou loue par le gou- vernement, ni dans l’achat d’un navire vendu par fetat. Ils pre- tent un serment ä cet effet, et presentent une caution egale au triple de leurs appointemens annuels. Tout contrevenant a ces mesures salutaires, serait cliasse de la marine, et declare inca- pable d’occuper aucun emploi civil. CONSTITUTION DE LA MARINE. 21 r uituvMu^vu\\% txxv*.« CHAPITRE III. Directeurs des travaux. Maitre-attendant. C’est le directeur qui remplit les fonc- tions de l’officier qu’on a successivement appele dans nos ports, chef des mouvemens et directeur du port; bien qu’il ne pre- sidat, jadis, qu’aux mouvemens particuliers ä son Service; et qu’aujourd’hui, le commandant de la marine soit le veritable directeur du port. Sans entrer dans le de'tail de fonctions qui doivent etre les meines dans toutes les marines, remarquons seulement cer- taines differences particulieres ä la marine anglaise. Le maitre-attendant a la direction de la voilerie. II prescrit les proportions , les quantites et l’epoque de la fabrication des cordages. Cependant, la corderie est dirigee par un clerc , chef de Service, et comptable independant. La partie la plus importante des devoirs du maitre-attendant est, sans contredit, le commandement et la surveillance des batimens desarmes, ou mis en etat d ’ordinaire : on appelle l’Ordinaire (the ordinary) , l’ensemble des batimens desarmes. On doit citer comme un modele, le Systeme adopte' par les Anglais, pour conserver un materiel aussi precieux que celui des batimens de guerre : surtout, lorsque n’etant plus sous la surveillance d un capitaine et d un e'tat major, interesses ä sa Conservation , ce materiel est le plus expose ä la dilapidation et au deperissement. Lorsque les Anglais desarment leurs vaisseaux, ils se gardeut bien de les depouiller , comme nous le faisons , de tout ce qui 215 FORCE NATALE. peut etre enleye ou arrache du navire. Aucontraire, ils Iaissent, intacts, les ferremens, les portes, les serrures , les meuhles scelles au bord, et tous les objets qui peuvent servir ä l’enlre- tien, ä la propre te du bätiment. Lorsqu’un capilainc a lini son desarmement, le maitre-at- tendant, le maitre-constructeur, et le clerc de Fiuspection, se transportent ä bord. 11s visitent en detail et avec soin , les cales, les magasins, les soutes, etc. Ils s’assurent qu’aucnn objet amo- vible n'est Cache ni oublie : tout objet signale dans cette Visite, comme devant etre debarque , est aussitdt trän Sporte dans Far- senal. Eusuile, le maitre-attendant et le maitre-constructeur de- livrent, au capitaine, un certilicat constatant que les munitions navales et les agres ont ete dument restitues , et que le navire est remis ä l’Ordinaire, propre, et en bon elat. Le batiment reste a la cliarge du capitaine , jusqu’ä ce qu’il presente un semblable certilicat au commissioner de Färsenal. Dans la partie des Eliules et travaux, nous ferous connailre tous les soins employes, par les Anglais, pour la Conservation et la propi’ete des bätimens mis en ordinaire. Un petit equipage compose d’ofliciers-mariniers et de malelots , reste toujours sur les bätimens desarmes, pour veiller ä cette propi-ete, ä cette Conservation des diverses parties de la coque, des agres et des munitions qu’on juge ne pas devoir debarquer. Ces noyaux dequipages ont droit aux vivres de bord, mais recoivent une solde inferieure ä la solde de mer; ils sont sous les ordres du maitre-attendant, qui veille ä ce qu’ils executent ponctuellement tous les travaux , tous les devoirs, que leur imposent Fentretien et la garde des bätimens desarmes. L’ensemble des equipages de Fordinaire, est classe par divi- sions sous l’inspection immediale d’ofliciers-mariniers, qui sont eux-memes sous les ordres directs du maitre-attendant de Farsenal. CONSTITUTION DE LA MARINE. 2i3 Au moins une foispar mois, ce clirecteur passe les marins de l’Ordinaire , en revue , ä Lord des navires. Les equipages des bätimens de'sarmes, outre le Service ha- bituel de leurs bords respectifs, sont appeles a toutes les cor- vees que necessite le Service general. S'ils doivent travailler a terre , le maitre-attendant les passe en revue , et lorsqu’ils s’y rendent, et lorsqu’ils retournent ä bord. Des reglemens tres- detailles , eraanes du conseil naval et relatifs ä la tenue, ä la proprete , a la Conservation des navires, sont placardes dans les bätiniens desarmes: l’execution en est ponctuellement suivie. Maitre-constructeur , ou directeur de constructions. En suivanl la marche adoptee au sujet du maitre-attendant, nous nous contenterons de marquer les differences les plus dignes d’observations, entre les attributions et le Service , du maitre- constructeur dans les ports d’Angleterre, et du directeur des constructions navales dans les ports de France. Le maitre-constructeur, comme tous les autres chefs de Service , tient deux registres de correspondance : l’un contient les ordres permanens, l’autre les pieces relatives aux affaires eventuelles. 11 marque par les initiales de sa signature , les ordres et les lettres qui le concernent, avec la date du jour oü il en a pris connaissance. Lorsque le commissioner prescrit au directeur des conslruc- tions, une mesure qui contrarie en quelque chose les reglemens generaux, l’ordre doit etre donne par ecrit , et signe du commissioner ; aussitöt apres l’avoir recu, le directeur doit lui-meme en rendre, au conseil naval, un compte ecrit qui puisse partir par le premier courrier , ä dater de Fintimation de 1 ordre. Ce directeur doit communiquer a ses assistans, tous les ordres qu’il peut recevoir ( excepte ceux qui se rapportent a des Services secrets ). Lorsqu’il consulte avec ses assistans, sur l’exe- cution des mesures qui lui sont prescrites, ou sur les reponses FORCE NAVALE. 21 4 exigees par les clemancles du conseil naval, en cas d’opinions dissidentes , chaque officier expose en detail, et pcir ecrit , les motifs de son opinion. Bien qu’en beaucoup de cas, le directeur des constructions soit autorise ä se faire remplacer par ses assistans , cependant il est toujours responsable des operations , comme s’il les avait conduites en personne. Chaque soir, il se concerte avec tous les maitres d’ateliers, sur les ouvrages qu’ils doivent executer le jour suivant, et sur la destination des ouvriers ou des manceuyres qu’il convient d’employer a ces ouvrages. La reparlition generale des manoeuvres lui appartient. Cependant, en cas de be- soins extraordinaires, et d’apres l’approbation du commissio- ner, le maitre-attendant et le garde-raagasin peuvent prendre sous leur conduite, la totalite ou seulement une partie des manoeuvres. Tous les trois mois, le maitre-constructeur fournit au garde- magasin , l’etat des approvisionnemens necessaires pour les tra- vaux du trimestre suivant. Les budgets de depenses de la direc- tion doivent etre faits , de concert, par le maitre-constructeur et le clerc de lmspection. « Yous aurez soin (est-il dit dans les instructions du maitre-constructeur ) , de tenir autant que pos- sible 1 , les depenses de radoubs et d’armemens, dans les liniites lixees par le budget parlementaire. Vous devez vous regarder comme responsable de chaque inexactitude qui se trouverait dans les budgets, et dans les devis de main d’ceuvre, fournis par votre direction. Observez que si teile faute arrive par votre ne- gligence, vous serez juge comme ayant, sur cet objet important , manque a vos devoirs : il en sera rendu cornpte aux lords de l’amiraute. » Le conseil naval a pris les precautions les plus sages, pour empecher qu’il ne soit la.it , sans le plus mur examen , aucune alteration aux batimens de guerre. Des l’arrivee de Uofficier qui CONSTITUTION DE LA MARINE. 2x5 doit prendre le commandement d’xxn navii’e , il doit en faire la visite ayec le mailre-constructeur, deliberer avec lui sur tous les changemens, sur toutes les additions qu il desire : si ces alterations ne s’ecartent pas essentiellement de l’installation ordinaire, le mailre-constructeur peut les accorder : dans tout autre eas, il faut obtenir l’autorisation speciale du conseil naval. A ce sujet, le capitaine ayant remis au maitre-constructeur la demande motivee de toutes les iunovations qu il sollicite , ce directeur y joint egalement son opinion motivee et de- taillee. Le conseil naval prononce, une fois pour toutes , car, a moins d’un besoin urgent, le capitaine ne serait plus admis a demauder d’autres innovations. En France, un capitaine en demande a Cent reprises differentes} et vingt fois pour rechan- ger ce qu’il vient de changer. C’est un moyen de montrer qu on a le genie trop beau pour suivre la routine des reglemens!. Si le mailre-constructeur decouvre qu’on se soit permis de faire au bätiment quelques changemens non autorises, en mer ou dans le port, il doit, sans perdre de temps, en rendi'e au conseil naval, un coxnpte detaille- Armeniens : Le maitre-constructeur et le clex’c de l’inspec- tion se concertent pour ordonxier la fourniture des articles du maxti’e-charpentier, d’apres les l’eglemens relatifs aux batimens arixies. A moins d’une expresse injonction du conseil naval, le maitre-constructeur ne doit signer aucune autoi’isation pour mettreaterre quelqu’article d’armement, quoique juge superfiu par le capitaine. En parlant du mailre-attendant, nous avons indique la part que le maitre-constructeur prenait aux desarme mens. Les articles du cliarpentier debai’ques loi’S d’un desarmement sont, dans le plus bref delai, visites par le maitre- coxisti'ucteur et le clerc de lnispection; letat et la quantite de chaque article, sont specifxes sur le certificat de visite :le tout est, enstxile, remis au gai'de-magasin. FORCE NAYALE. 216 Le mailre-consti’ucteur de l’arsenal doit examiner scrupu- leuseinent l’emploi des matieres et le registre des depenses du charpentier de chaque batiment. II doit, en cas de doute, com- parer ce registre avec le registre general de navigation, deman- de d’office au capitaine par le commissioner de l’arsenal. La comptabilite des matieres employees par les directeurs de travaux, est un des objets qu’on eprouve, dans nos porls, le plus de difficultes ä bien regier; parce que de mise'rables pre- tentions de corps s’opposent ä Tetablissement de la marche la plus simple et la plus naturelle. (Test pourquoi nous croyons important de rapporter, comme exemple, la filiation que suit, ä cet egard , le Service de la marine anglaise. Le maitre-constructeur (ou l’uu de ses assistans) le clerc des fonds el le gardc-magasin , le clerc de l’inspection, en pre'sence des mailrcs respectifs des divers ateliers, sont charges d’examiner les matieres premieres et tous les ouvragcs faits, soit ä la jonrne'e , soit ä l’cntre- prise : ils rendent compte au conseil naval detoutes les reductions de prix qu’il paralt con- venable de proposer. Un des assistans du maitre constructeur, sous le titre de maltre des bois ( Timber master) , est cbarge' de la recette , de l’empilage , de la destination et de la de'livrance des bois. Cette place est donnee par le conseil naval, sur la proposition du maitre-constructcur, ap- prouvee par le commissioner. Elle n’est pas pcrpetuclle ctpeut etre confie'e ä un autre assistant constructeur, si le dirccteur des construclions le propose , et si le commissioner l’approuve. Le maitre des bois est chef d’un bureau considcrable , par lcquel doivent passcr tous les ordres du directeur des constructions , relatifs aux bois. Les rapports de Service cntre ces deux ofliciers sont gen^ralement etablis par une correspondance ccrite , qui, dans les circonstances importantes , est mise sous les yeux du commissioner. Par une mesure gcne'rale et fort sage, aucun maitre-ouvricr, contre-maätre, ou chef d’atelier , en un mot aucun individu dirigeant quelques travaux dans l’arsenal , ne doit les quitter pour chercher lui-meme les bois dont il a besoin. Le choix des pieces appar- tient au maitre des bois ainsi qu’ä ses surbordonnes. Ce choix se fait d’apres les gaba- rits et les notes des dimensions , des courbures, des angles etc. ne'cessaires ä connaitre, pour de'terminer completement la figure des pieces. L’officier qui dirige un travail quelcon- que , doit chaque soir, signer un refu pre'pare par le garde-magasin pour chaque piece li- vre'e dans la journee , et destine'c ä ce travail. Les cliefs des grands ateliers, tels que ceux des constructions, de la mäture, de la menuiserie , des hunes, des cabestans, etc. , doivent fournir au maitre des bois, l'indi— cation du nombre probable des pieces de chaque especc dont ils auront besoin dans le tri— CONSTITUTION DE LA MARINE. 217 mestre suivaut. Au lieu de dcmander ces materiaux dans leur etat brut, ces officiers doi- vent, autant que possible , speeifier Ia forme pre'cise qu’il faut donner aux pieces desire'es; afin que le maitre des bois puisse , dans tous Ies cas , satisfaire k ces demandes, avec les materiaux bruts qui s’en rapprocbent le plus. L’officier charge d’un travail, peut rejcter une piece qui serait fournie par le maitre des bois , s’il la regarde corame impropre au Service pour lequel il l’a demande'e. Alors il signifie par e'crit, au maitre des bois, Ies motifs de son rejet. Si celui-ci refuse de fournir en e'change une autre piece , le maitre constructeur, ou s’il est absent, son premier assistant, de'cide en dernier ressort. Cependant, pour pre'venir tout retard considerable dans le Service , quand le maitre constructeur est absent ou occupe quelque part, si l’officier demandeur a des raisons süffisantes pour persister h vouloir une autre piece, sur sa demande reiteree , le maitre des bois devra la lui fournir sans plus long delai : l’officier demandeur etant alors considere' comme specialement responsablo. Si quelque officier, clief de travail, parvient ä produirc , dans l’emploi des bois, une ame- lioratiou reconnue et constatee par ses supe'rieurs, il regoit la distinction et reucouragement merites par un tel Service. On maintient de la sorte , entre tous les officiers de l’arsenal et le maitre des bois, une Emulation utile ä l’e'conomie , aiusi qu’ä la bonne direction des travaux. Demandes. Cliaque demande pour la direction des conslructions , siguee du maitre constructeur, estd’abord envoyee auclerc del’inspection : celui-ci dresse un ordre dedelivrance pour le garde-magasin. Ce billet de delivrance , renvoye au maitre constructeur , est alors date, transcrit dans le chapitre convenable des depenses de la direction , avec la valeur des articles demandes, puis signe du maitre constructeur , et porte au garde-magasin. . Chaque billet ne doit etre relatif qu’ä une seule espece des travaux dirige's par un officier : tous les billets de cliaque inois forment une se'rie particuliere et nume'rotee, ä coin- mencer par le n°. i, suivant l’ordre des dates de l’enregistrement. Les matieres necessaires au travail des ateliers, sont demandees, le premier de chaque rnois, suivant Ies formalites que nous venons d’indiquer , et depose’es dans des cabaues spc- ciales. Les comptes de chaque cabane sont lenus par un gardien responsable.Chaque soir les maltres d’ateliers ou de travaux signent, sur les registres des gardiens , le regu des matieres prcmieres qu’ils ont prises dans le courant du jour, pour les mettre en ceuvre. En meme temps, les demandeurs envoient ä la direction des constructions, l’e'tat signe de tous Ies articles qu’ils out ainsi demandes. Ces e'tats servent ä controler la comptabilite' des cabanes , au moins une fois par semaine. Le maitre constructeur vise les e'tats des gardiens de cabanes, apres avoir fail ce controle ; enfiu , c’cst d’apres un tel visa que le clerc de l’inspection , dans la revue du mois, passe en depense Ies articles consommes. Lorsque les articles oeuvres, yieux ou neufs, doivent etre convertis en d’autres produits, le maitre-constructeur et le clerc de l’inspection doivent, au prealable, en decharger le garde-magasin, par un billet de conversion. Alors ces objets III. 28 FORCE NAVALE. ‘i 18 passent ä la charge des personnes qui doivent operer ce travail. Plus lard, les maliex’es converties, seront remises a la charge du garde-magasin, d’apres un certificat de dechai’ge des personnes qui ont exe'cute F Operation (toujours au nxoyen des signalures reunies du maitre-construcleur et du clerc de l’in- spection ). Les gardiens de cahaues renyoient immedialement au garde- magasin toutes les matieres qui restent sans emploi, apres l’a- chevement dun travail, avec une note signee du maitre-con- structeur et du clerc de l’inspection. On tient, a la direction des constructions, un registre des matieres reslituees , cornrne de celles qu’ont recues , en premier lieu , les gardiens de cahane. A la ün de chaque mois, le maitre-conslructeur envoie au garde-magasin Fetat, signe, du nombre des hillets de delivrance et des hillets de restitution, expedies pendant le mois. Si le garde-magasin a perdu quelque billet, le mailre-constructeur est tenu de lui en fournir une nouyelle expedition , d’apres les registres de la direction. Batimens civils. L’entretien ordinaire des hatimens ciyils n’etant qu’un trayail d’artisan , c’est tout simplement un maiti’e macon (Üie master mason ) , qu’on chax’ge de ce soin. Dans les ports ou Fon execute quelque grand ouvrage noxxveau, tel qu’une fonne de construction, un atelier conside'rahle, un edi- fice important, Famii'aute, comme nous l’avons explique deja, liv. in, ch. 6, demandeä l’ingenieur civil, M. Rennie, de lui fournir un de ses principaux suboi'donnes, qu’on emploie tant ([ue dui’e ce travail. Gelte marche est simple , economique, et pi’opre a prevenir des rivalites de Service qui ne devraient jamais exister dans des ai’senaux bien organises. CONSTITUTION DE LA MARINE. 219 CHAPITRE IV. Cie res comptables. Il y a dans ies arsenaux anglais deux comptables independaus, le clerc des fonds et revues, et le garde-magasin. Clerc des fonds et re vues. Ce clief de Service est le deposi- taire de tous les ordres expedies ä l’office du commissioner, ou recus du conseil nayal et de Famiraute. II coasigne en tete de chaque ordre, la date de l’eception, et le fait passer sur-Ie- champ, aux officiers qu il concerne : ces officiers soat tenus de le lui renvoyer, apres en avoir pris connaissance, extrait ou copie , et l’avoir contre-signe de leurs initiales, pour constater cette communication oflicielle. Les marches de toute espece restent pareillement en depöt a l’office des fonds et revues. Le clerc des fonds tient la matricule de l’admission et du con- gediement de tous les ouvriers employes dans Farsenal. Il a soin que jamais on nexcede le nombre d’ouvriers de chaque pro- fession, fixe par les reglemens du conseil nayal. Le lundi de chaque semaine, il adresse ä ce conseil, l’etat des ouvriers employes dans Farsenal. Avant qu il puisse immatriculer un ouvrier, il faut : i°. que le directeur auquel appartiendra cet ouvrier l’agre'e pour son Service; 2 0 . que le Chirurgien certifie de la sante du candidat; 3 °. que le commissioner autorise Fadmission. Le clerc des fonds preside a lappel de tous les ouvriers, chaque fois qu’ils arrivent au travail; et chaque soir , au nio- ment qui precede la sortie generale *. Il fait egalement * Dans les grands ports, pour prevenir la perte d’mi temps toujours precieux , on fait. faire ä la fois l’appel par quatre coinmis. Le clerc des fonds est personnellcment respon- 220 FORCE NAVALE. passer , chaque'jour , la revue de tous les equipages clechevaux employes aux travaux. II a le droit de faire des contre-appels , aux heures quhl juge convenables. Aussildt apres chaque appel, les lisles sont envoyees ä l’office du commissioner qui fait dresser l’etat general de la revue du jour, pour servir de controle aux registres de paiement. Le clerc des fonds est specialement Charge d’ernpecher qu’au- cun ouvrier ne soit employe a d’autres travaux qu’\ ceux du Service. II rend immediatement compte au commissioner , de toute contravention a ce sujet j et supprime , Sans autre forma- lite, la solde de l’ouvrier delinquant. Chaque semaine, le maitre-attendant etle maitre-construc- teur remettent au clerc des fonds, les etats du travail de la semaine precedente, dresses par atelier et par hatiment. C’est d apres ces etats partiels que cet administrateur di’esse les etats periodiques de depenses : etats qu il fait ensuite passer au Conseil naval. II dresse, par trimestre, un registre de paiement de toutes les sorames gagnees par les ouvriei’S et par les employes , pendant le trimestre precedent. Pour les ouvrages ala tache, les sommes gagnees sont divisees proportionnellement ä la paie journaliere des differens ouvriers. Au moins troisjours avant l’epoque dun paiement, le clerc des fonds fait delivrer a chaque individu qui doit etre solde , ianote des salaires qui lui sont dus, ou du gaiu quil a fait dans les entreprises. Le clerc des fonds et revues tient une matricule de tous les marins employes sur les batimens desarmes. II est ohlige de passer la revue de tous les individus couchant ä hord de ces batimens ou des batimens de servitude, au moins une nuit sable des appels qui sont faits par ses commis , ct doit !ni-meme assister ä ces appels le plus souvent possible. 221 CONSTITUTION DE LA MARINE. par semaine : en ayant soin de varier les nuits, et de Lenir secrete l’epoque de chaque appel. Toute personne manquant a l’appel ( officier, ouvrier ou matelo t ) , sans distinction, perd 3/1 12 c. Une fois par mois, le clerc des fonds et revues passe, dans son bureau, la revue generale des equipages de 1 Ordinaire. Chaque mois aussi, d’apres l’etat d’effectif du mois precedent, il se concerte avec le maitre-attendant, pour remettre ä ladirection des vivres, une autorisation qui constate le nomhre de rations a fournir aux equipages de l’Ordinaire et des batimcns de servi- tude. Enfin, il dresse, par trimeslre, un livre de paiement de tous ces equipages. Quinze jours avant la mise en armement d’un navire, le clerc des fonds fait prevenir le commis aux vivres affecte d’a- vance ä ce navire, pour qu il se rende immediatement ä bord. Tout vaisseau qui doit ader en mer, reste en Oixlinaire jus- qu’ä ce qu’un officier commissionne vienne le Commander, Le clerc des fonds doit passer , au moins une fois par semaine, la revue des equipages des navires en armement, pendant leur sejour dans le port ou aux environs. Il doit passer celte revue a des jours inconnus et variables. Il nappelle point le capitaiue, mais il en note la presence ou l’absence. Des qu’un batiment revient de la mer, on est oblige de presenter au bureau des fonds , le registre des revues du bord, signe du capitaine , du commis aux vivres et des autres officiers comptables. Le clerc des fonds rendrait compte au conseil na- val, du moindre retard a ce sujet. Lorsqu un vaisseau desarme , ou quitte le port, cet adminis- trateur adresse aussitöt au conseil naval, le registre original des revues de ce batiment: a lafin de chaque trimestre, il transmet les registres de revue originaux, de tous les navires de Feta.t qui stationnent dans le port ou qui. le frequentent habituellement. 22® FORCE NAVALE; Chaquesemaine, il transmet ä Famiraute et au conseil naval, Fetat de Situation de tous les batimens commissionnes dans les limites du port : cet e'tat doit partir assez ä temps pour arriyer un inercredi. Ainsi, chaque semaine, ä jour fixe, le ministere est instruit de la Situation detaillee des forces navales, dans tous les ports de la Grande-Bretagne. Le clerc des Fonds passe aussi la revue des royal-marines qui sont ä terre, en se conformant ä cet egard a tous les ordres de Famiraute. Le clerc des Fonds assiste, par lui-meme ou par ses commis, a toutes les recettes de matieres et de travaux Faits. Pour chaque recette des bois, au moment oü Fon est pret ä la Faire, le clerc des Fonds doit envoyer un commis pris au sort, ou de'signe suivant tout autre mode qui ne puisse etre devine. Copie de Fetat de recette est adressee , par le clerc des Fonds, au com- missioner, dans la journee meme ou le bois est recu. Regle generale : les recettes de matieres sont immatricule'es au bureau des Fonds , ayec tous les details desirables sur leur arrivage, leur Fourniture, etc. A chaque trimestre , les registres de recette du clerc des Fonds , sont adresses au conseil naval, pour etre examines , et renvoyes ensuile a ce comptable. Le clerc des Fonds lient registre de toutes les ventes de ma- teriel ou de batimens, Faites par la marine \ il en Fait verser le produit entre les mains du clerc despaiemens, en Service dans le port. Aussitöt apres, il adresse au conseil naval, le compte de sommes ainsi versees 5 puis eiles sont portees au credit du tresorier de la marine. Le garde-magasin dresse , par trimestre, Fetat des diverses matieres achetees par lui, leur prix detaille, et le total qui, dument cerlilie par les chel’s de Service inle'resses aux diverses recettes, est ordonnance par le clerc des Fonds, pour etre paye. CONSTITUTION DE LA MARINE. 223 Cet administrateur ordonnance egale ment toutesles depenses accidentelles necessitees par le Service. II recoit du clerc des paiemens de Ja marine, les Milets de banque necessaires aux depenses du seivice, et solde lui- meme toutes les depenses , avec ces billets. II fait passer, par irimestre d’abord > ses comptes de caisse au comite des comptes du conseil naval : ensuite il rend ses comptes annuels. Tous les ofdciers, tous les clercs employes dans l’arsenal sont portes sur lamatricule de l’Ordinaire, tenue au bureau des fonds, ainsi que les brevets ou commissions et warrants de ces officiers et de ces employes. Le clerc des fonds doit toujours assister au paiement de l’ar- senal, et des marins des batimens en Ordinaire. Le gardien de l’arsenal est soumis a la surveillance speciale du clerc des fonds. Ce gardien a des fonctions importantes. Garde-mac asin. Tous les magasins, les parcs de matures et les bois de construction, les hangars pour l’empilage des planches, etc., sont sous la surveillance du garde-magasin. Les magasins et les depdls fermant ä clef, ne sont ouverts que quand le sei-vice l’exige; ils doivent etre fermes cinq mi- nutes avant que la cloche annonce la fin du travail. L’emmagasinage et la Conservation des approvisionnemens de toute espece , des matieres premieres et des objets manufac- tures, sont sous la responsabilite du garde-magasiu : excepte cependant l’empilage et la Conservation des bois. II ne repond des bois que pour en empecber le vol ou la dissipatüon. Aucun cable, cordage, voile, cuivre, fer, ni tout aulre article plus ou moins use, renvoye d’un vaisseau ou de l’arsenal, n’est recu par le gai’de-magasin, avant que le inaitre-atlendaut oule maitre-constructeur (dans leurs depaiiemens respectifs), ne l’aient, de concert avec le clerc de l’inspection , examine soi- 234 FORCE N AVA LE. gneusement et mis ä la Charge du garde-magasin, par un billet l'evetu de leurs siguatures. Aucun article ainsi rapporte, conime employable encore , ne peut, sans une nouvelle visite officielle, etre reduit ä quelque usage au-dessous de sa destination primitive. Tous les billets de delivrance et de remise , ä mesure qu’ils sont acquittes, sont range's par mois, dans un ordre numerique 5 puis places dans trois portefeuilles, qui se rapportent respecti- vement au maitre-attendant , au maitre-constructeur et aux remises du materiel des vaisseaux dans les magasins de l’arsenal. Le garde-magasin place , en tete de chaque portefeuille, les deux notes indiquant le total des hilleis de delivrance et de remise. Ces deux especes de notes sont fournies par le maitre- attendant et par le maitre-constructeur , pour leurs directions respectives. Ces notes servent de contröle pour le nombre des billets. Le maitre des bois remet regulierement au garde-magasin , l’etat des objets confectionnes dans chaque journee. Les diverses especes de bois ceuvre's , tires des magasins pour un usage im- mediat, sont portes en compte par des commis du garde- magasin , sur deux livres pareils et contenant toutes les livrai- sons d’un mois. Un de ces livres (1) reste en depot dans l’office du garde-magasin, pour qu’on fasse le releve des delivrances de la veille. On e'crit sur l’autre livre (2), le detail des delivrances faites dans la journee meme ; les officiers qui prennent les matieres pour les employer, ainsi que le maitre des bois qui les delivre, signent sans retard au bas de ce detail. Le commis Charge de la tenue de ce livre (2), le porte alors a l’office du garde-magasin j puis lechange contre le livre (1) , quil avait remis la veille. De cette maniere, il y toujours un livre en usage, et l’autre en transcription. A la fin de chaque mois, ces registres de delivrance sont envoyes au maitre-constructeur , ahn qu il y porte le prix de chaque produit dont la ma- CONSTITUTION DE LA MARINE. 12S liere premiere s’y trouve specifiee } apres quoi le registre re- vient au garde-magasin. On prencl des soins non moins minu- tieux relativement ä la depense de toute autre espece de ma- tieres, ceuvrees ou brules *. Les objets fournis aux gardiens des cabanes sont porles en depense par le garde-magasin , comme objets delivres. Le garde-magasin rend des comptes generaux de trimestre, par especes de matieres et par application de travaux. A la (in de chaque trimestre , ce comptable fait passer au conseil naval, pour y etre examinees, les minutes de tous les livres de re- cette, et toutes les pieces justificalives des recettes et delivran- ces, avec un extrait exact et une balance de trimestre. Les devis de greement, comme trop detailles, sont exceptes de cette production de pieces \ le garde-magasin se contente d’en adresser, au conseil nayal, un extrait certifie par le clerc de l’inspection. Si le conseil naval decouvre quelques erreurs dans les comptes qui lui sont transmis , il les corrige immediatement et en previent le garde-magasin, pour que ce comptable redresse la balance du trimestre dans lequel l’erreur s’est glissee. Enfin, on prend le plus grand soin pour connaitre si les resultats des balances sont d’accord avec les restans en magasin * Extrait des Inslruclions du garde-magasin. Lorsque des mate'riaux , neufs ou vieux , exceple les bois , seront destine's ä etre mis en Oeuvre, les ofliciers, au deparlement desqnels ces objets se rapportent, les retireront de votre ebarge en vous remettaut, pour en autoriscr la conversion, une uote signee d’eux et redigee selon les formes prescrites. Nul article ne doit etre livre' sans cette note 3 vous ne vous ebargerez non plus d’aucun article fait ou acheve avec des matieres converties , ni des restes ou surplus de ces ma— tiercs, employables ou non : ä moins de recevoir des notes justificalives , regulieres et bien detaillecs, fournies par ces meines ofliciers. ** Extrait des Instructions du garde-magasin. Si l’on decouvrait un deficit de male- riaux, vous ne devez point, sans une autorisation spe’ciale , re'gler vos comptes avec l’inten- tion d älterer les balances , de mauiere a les reudre conformes au restant cflectif de quelque article. Toutes les fois qu’uue diflerence conside’fable se manifestcra , vous et les autres III. 29 FORCE NAVALE. 22 6 Toutes les fois qu un nouveau garde-magasin prend le Service, on refait un inventaire general des matieres; afin qu’elles soient placees, de la maniere la plus authentique, sous sa responsabilite. De temps a autre, le garde-magasin, apres s’etre consulte avec le maitre-attendant et le maitre-constructeur, informe le conseii naval des besoins procliains d’approvisionnement du port. Chaque annee , apres s’etre de meme consulte avec le maitre-attendant et le maitre-constructeur, le garde-magasin fait connaitre a ce conseii la quantite probable de matieres etrangeres , de toute esj)ece, qui seront necessaires au Service de l’arsenal , ponr les deux annees suivantes. IXU\V'lVUVVV\UUMVV\UUIUUUVVvttU1l wt %%1WV\ »XX »»»»»' VVX»ixt*'V CHAPITRE V. Clerc de Cinspection. Le clerc de l’inspection est exclusivement cliarge d’un Service de la plus baute importance, et qui manque tout-a-fait a nos ar- senaux : c’est l’inspection des choses, ajoutee ä celle des formes. II ne tient pas seulement compte de la valeur nominale des objets materiels \ mais de leur valeur intrinseque, et de la qua- officiers, apres une exacte reclierche , de^ez nous indiqucr ä quelle somme eile peilt s’elever, et nous faire connaitre au compte de qui cette charge doit etre impute'e. Observez toujours .qtie l’autorisalion qui vous sera donne'e d’accorder quelques remises , soit relativement au coulage des liquides, soit pour une autre cause quelconque, doit, dans tous les cas, Sans -exception , se trouver parmi les documeus que vous etes oblige d’envoyer, par trimestre, ä cet ollice (l’office naval). Afin qn’aucun deficit ne puisse e'chapper long-temps ä notre connaissance , vous devez , ä la fin de chaque annee , nous designer les articles dont les ■resles effeclifs ont ete compares avec les balances de trimestre. Vous devez indiquer la cause pour laquelle ces comparaisons n’ont pas eu lieu, relativement aux autres articles; car il «st fort ä de'sirer que l’existant en magasin soit constate aussi souvent que les circonstances pourront le permettre. CONSTITUTION DE LA MAtUnl. lile des travaux. Aussi n est-il pas pris cxclusivement parmi ies comptaLles. Le clerc de l’inspection de Plymouth, par exemple, est un ancien directeur de travaux, corniu par des inventions et des perfectionnemens ingenieux , introduits dans les arts de la marine. Tel etait 1 esprit de l’organisation de la marine francaise, d’a- pres la loi de brumaire an 3. Mais un deplorable esprit d’en- vahissement a bientot releve les barrieres tpie cette loi s’etait efforcee de renverser. Depuis long - temps , nos inspecteurs sont exclusivement tires d une administration dans laquelle ils peuvent rentrer a cbaque instant. De sorte qu’ils sont toujonrs subordonnes au Service meme dont ils ont le contröle. Cepen- dant, pourquoi relever ici Fabsurdite dun tel ordre de clioses ? Tous les ecrivains qui ont traite' des abus de notre marine, Font fait avec evidence ; et tous Font fait en vain. N’espei'ons donc pas etre plus heureux, dans une reclamation dictee par le simple bon sens, et commandee par l’amour du bien public. La comptabilite des recettes de matieres est tenue en triple par le clerc de l’inspection, le clerc des fonds et le garde-maga- sin. Ces trois officiers ou leurs delegues assistent a la recette de toutes les matieres , conjointement avec les directeurs des travaux ou leurs assistans; ils verifient de concert les registres de recettes et de depenses des directions. Le clerc de l’inspection soumet, chaque soir, a Fexamen du commissioner , un etat detaille des recettes de bois faites dans la journee. Les certilicats de fournitures de matieres et d’execution de travaux subissent un examen qu il est bon de connaitre. Lorsque le maitre-constructeur ou le maitre-attendant ont besoin d un objet materiel quelconque, leur demande , signee par eux et speciüant la destination qu 011 doit donner a ces matieres, est adressee au clerc de Finspection qui la garde, 228 FORCE NAVALE. c*t qui donne en echange un contrc-bon , ou hillel de delivrance *. Tous les contre-bons sont d’abord transcrits, ä l’inspection, sur des regislres ouverts a cct effet j ensuite le clerc les signe et les envoie au clief de Service qui a fait la demande et qui poursuit la delivrance. Chaque annee, le clerc de l’inspection , fait une revue generale du materiel conlie a tous les chefs de travaux , aux gar- diens, etc. Lorsqu’un batinrent n’est pas compris dans les devis d’arme- Uient, le clerc de l'iuspecliou se reunit au maitre-atlendanl et au maitre-conslructeur , pour dresser un semblable devis et le soumettre ä l’approbalion prealable du conseil uaval. Le boatswain et le charpentier d’un vaisseau en annement, doivent recevoir un e'tat clair et precis des objets ä leur Charge, tel qu’il est immatricnle sur les regislres de l’inspection. Cet e'tat, signe de l’inspecteur, doit etre lu a Fofficier comptable , avant qu’il n'en signe la minute sur les regislres. Lorsqu’un vaisseau est pret ä metlre a la voile, le clerc de l’inspection a du preparer un registre d’inspeclion ( survey- äooä), contenant les dimensions des mats et des vergues, les dimensions et les qualites des voiles, les dimensions essentielles des cordages, des poulies, etc. , ainsi qu’un compte de tous les articles conlies ä la Charge du boatswain et du charpentier. Ce livre est remis au commandant. Citons maintenant les formalites prescrites dans les instruc- tions du clerc de Finspection , lorsqu’un desarmement doit s’operer. « Aussitot que possible, apres le Kcenciement de I’c'quipage d’un vaisseau , vous devez verifier les compies du maitre d’e'quipage et du charpentier; vous enque'rir de toutes les II doit y avoir uu conlre-bon separe pour ebaque Service particulier , et pour chaque olficier charge de I’cmploi d’un article. Le contre-Lon doit etre date ; il doit indiquer , en toutes lettres et sans interlignes ni ratures, le nombre et la quantite' des objets demaudes. CONSTITUTION DE LA MARINE. 229 consommations du matcriel, et vous assurcr si cliaque article des comptes qui vous sunt rcndus, est confonne au rentable e'tat des cboses , en vous consultant sur cc poiut avec le maitre-attendant et le maitre-constructeur. Vous devez d’abord dresser un decotnpte des objels portes en depense par ebaque oflicier , avec les divers documcris qui vous scront fournis. Vous distiugucrez ies consommations , les remises et les prets. Vous etablirez la balance, en comparant le total des depenses ä celui des recettes. Cependant, vous ne sotil- frirez pas qu’aucun compte soit balance , ä moins que la balance des comptes immediatc- ment ante'rieurs , et les restans en maticre coustates par la visite, ne vous soient produils , convenablement atlestes. Vous ne permettrez pas que les gros cäbles et les forts cordages soient meles avec les petits (ä moins que la diflerenec n’excede pas un pquee); mais vous aurcz soin de balanccr cliaque cspece et chaquc grossem- separemeut. Lorsque , dans la revision des comptes d’un officier , vous de'couvrirez quelques deficits, vous certifierez a la lin de l’arrete de compte que , ve'rification faite, le deficit du mate'riel est re'ellemenl tel qu’on 1’aflirme. Ayez soin que votre commis qui atira revisc le compte, melle les initiales de son nom , a la corne gauche du certificat, avant que vous ne le signiez. Lorsque ces comptes auront e'te ainsi arrete's et signe's par vous , vous enverrez celui du maitre d’equipage au mallre-attendnnt, et celui du maitre-charpentier au maitre-constructeur. Ces directcurs signeront respectivement le certificat justificatif de ces comptes, avant de les transmettre ä l’oflice naval : aulrement ils doivent euvoyer , avec les memes comptes, un expose spe'cial des objections qui leur font refuser cctte approbation, » Le clerc cle 1 ’inspection transmet a la fm de chaque mois , au conseil naval, les comptes separds des matieres livrees par l’arsenal (pendaut ce mois), aus balirnens de Iransport, aus batimens affreles et aux batimens marchands : il specilie la valeur et les motifs des fournitures. Le clerc de l’inspection se concerte avec le mailre-altendant, le maitre-constructeur et le garde-magasin, pour demander (atemps) tout l’approvisionnement necessaire aux travaux de l’arsenal. II conlröle les matieres hors de Service mises en venle, il assiste aux adjudications et a la delivrance de ces matieres. Budget. Chaque annee, de concert avec le maitre-attendant et le maitre-constructeur, le clerc de Finspection prepare et. transmet au conseil naval ( pour etre rendu le dernier mercredi de septembre ), le budget des munitions et des matieres pre- mieres, necessaires au Service de l’arsenal et des vaisseaux , pour FORCE NATALE. l’annee suivante. Ce Luclget se divise en Irois chapilres : l’ex- traordinaire qui comprend les Iravaux neufs; FOrdinaire qui comprend Fentretien des bätimens desarmes ; enfin , Fentretien des bätimens a la mer. Tous les trimestres, sous les tilres respectifs de ces trois chapitres, le clerc de Finspection adresse pareillement, au Conseil naval, l’etat de la depense exprimee, i°. en quantite de raa- tieres \ 2°. en valeur monetaire. A la fin de Fannee , le clerc de Finspection adresse a ce conseil un etat des depenses de chaque trimestre, et le total general. II etablit la difference entre ces depenses , et les sommes accordees pour chaque Service. II fait connaitre les raisons pour lesquelles certaines depenses different , soit en plus, soit en moins , des estimations primitives. Le clei’c de Finspection tient Finventaire complet et detaille des meuhles et de toutes les fournitures qui se trouvent dans les bureaux et dans les logemens de l’arsenal. A cet effet, les cbefs d’ateliers sont tenus de lui l’emettre le compte de toutes les alterations et de toutes les reparations qui s’executent dans les bureaux et dans les logemens. Lors du deces ou du rem- placement d’un ofücier löge dans l’arsenal, l’inspecteur doit pro- ceder a la verification de tous les objets d’ameublement qui se trouvent ä la chai'ge de cet officier. De meine , lors de la mort ou du congediement d’un officier marinier place, comine comptable de matieres , sur un navire de FOrdinaire, le clerc de Finspection doit passer la revue de tous les articles a la Charge de cet officier. CONSTITUTION DE LA MARINE. 23 I CHAPXTRE YI. Personnel des diverses classes de por/s et d’ arsenaux. Nous venons d’expliquer suivant quel Systeme etaient parta- ge's et balances les pouvoirs et les attributions des principaux officiers , dans un grand arsenal de la marine britannique. Nous avons fait voir ä quel poiut l’ordre du Service est simple, rapide et propre ä prevenir tous les conllits d’amour propre et d’autorite. Nous ne craignons pas de le dire , l’organisation des porls de la Grande-Bretagne est iufiniment superieure ä l’orga- nisation actuelle des ports de France : eile est meine de beau- coup superieure ä l’organisation des prefeclures maritimes, qui convenait; si bien au despotisme! Elle est parfaitement adap- tee aux formes d’un gouvernement constilutionnel j eile fait peser sur chacun la responsabilite qui doit appartenir a scs operations propres. Par une equitable compensalion, eile assure a cbaque officier le degre de pouvoir , de dependance limitee, et de juste dignite, que reclame la responsabilite meine d’un agent du pouvoir executif: agent qui doit, a cbaque instant, concilier l’obeissance la plus fidele envers l autorite qui le dirige , et le respect le plus parfait envers le commandement superieur encore de la loi. On compte en Angleterre six grands arsenaux, qui sont ceux de Deptford, Woolwich , Cliatbani, Sheerness , Portsmouth et Plymouth. Les autres ports sont appeles ports exlerieurs ■ s’ils sont places sur les cötes des trois royaumes , et ports ätrangers s’ils sont places sur les cdtes d’outre-mer. Nous nous contenteitms, maintenant, de presenter le talileau de l etat rnajor des principaux arsenaux de la marine anglaise : 2 32 FORCE NAVALE. nous en decrirons avec soin les localites et les etablissemens dans la partie des Etüdes et trcivaux. PERSONNEL DES GRANDS ARSENAUX. Commissi oners. Leurs commis . Maitres-consh'ucleurs. Leurs commis. . . . . Ingenieurs maitres dos bois. Leurs commis . Assist, du M e . const r . et du MC des bois. Classe superieure de constnicteurs. . . . Maitres-attendans. Leurs commis . Leurs assistans ... . • Dirrcteurs de la corderie. Leurs commis . Inge'uieurs me'caniciens. Leurs dessinateurs et leurs commis. . Surintendant des travaux civils neufs. . Maitres des ateliers. Commis mesureurs . Contre-maitres. Chapelains. Cliirurgiens et aides. Maitres d’e'quipage. Gardiens de l’arsenal. Gardiens de nuit, de jour , de ronde , etc. Gardiens de cabanes. CI eres des fonds et revues. Leurs commis . Gardes-magasins. Leurs commis . Clercs de l’iuspectiou. Leurs commis . TOTAUX. ö w ►Ö H O o 3 O o t* 3 n 1 CHATHAM. CA H Pi 5 ö ■ 2 , W 05 CA o tö H CA g o c H r* kJ tp * © cl H 33 TOTA n £ ►c 8 - O K K- UX GENER.| APP 01 KTE- S MENS. » 2 , 1 1 I 5 1 . st. 5 , 3 oo 2 2 3 2 3 3 1 5 4 ,o 5 o ! I I I 1 1 J 6 4 ,° 4 ° 2 3 2 3 3 i 5 3,120 7 7 1 I 1 i 6 3,000 4 4 4 3 6 7 28 4,160 3 3 3 I 4 3 >7 6,100 , J 2 7 4 2 ] 1, 65 o I ] 2 1 2 2 9 5,400 I 7 I 2 I I () 7 ,200 » » 2 7 3 2 8 i, 7 6° ») I I » 2 1 4 1,400 » ] I » 1 I 4 800 )) >> » » 1 >» 7 600 )) n r > » 2 » 2 43 o » )> X I » » 2 800 io I I 12 l o i 4 70 67 i 6 , 55 o 3 3 4 4 9 IO 33 4,260 5 2 56 7 6 37 io 5 io 9 435 72,270 » n I I I J 4 1, 85 o 2 2 2 2 2 2 12 4,200 I 7 7 1 i 1 6 1, 5 oo I I 7 I I 1 6 T ,200 i 5 i 3 18 1 2 22 14 94 16,79° 7 >890 i i I ] 1 I 6 3 , 6 oo 6 5 7 5 8 7 38 8 , 43 o I 1 1 1 I I 6 3 , 6 oo 10,930 7 7 6 6 12 12 5o ] 1 I 7 1 ( 3 ,ooo 6 4 4 4 8 8 34 7 , 14 ° I 22 i a5 i6i 102 220 206 9 36 207,320 Si, dans ce tableau , nous separons les offlciers directeurs de trayaux, les officiers comptables d’argent ou de matieres, et les officiers inspecteurs des trayaux et des comptes, nous trouyerons les resultats suiyans ; CONSTITUTION DE LA MARINE. 233 RfiSUML gEnLral DU PERSONNEL DES GRANDS ARSENAUX. DEPTFORD. 0 0 ä n CHATHAM. SHEERNESS. PORTSMOUTH. PLYMOUTH. TOTAl 1 C“ O xi P!. 'X GENERAUX. APPOINTEMENS. Directeurs des travaux. . . . Gardiens et gardes * . Commis des directions. . . . Comptabilite speciale. . . . Inspection. TOTAUX. IO 12 i5 7 79 14 1 3 14 5 106 '9 16 i 5 5 5 9 i 3 12 1 3 5 l42 23 24 22 9 i 36 1 5 25 21 9 J 00 102 100 / f 0 1. sl. 126,635 2.5,880 1 7 , 8 o 5 26,560 10,44° 122 m 5 l6l 102 220 206 <)36 2.07,320 11 serait d un extreme interet de faire , sans mauvaise loi, Ia comparaisou de ces Resultats ayec le personnel des grands arse- naux de notre marine. De ce rapprochement jailliraient des lumieres toutes nouvelles, sur les ayantages ou les inconve- niens de rorganisation actuelle de nos ports. Mais ce n’est ni le lieu, ni le temps qui conviennent encore pour presenter un tel rapprocliement. Laissons nos ports faire eux-memes ce parallele, reconnaitre les sources du mal et Reformer , par les bases , l’opinion publique mal e'clairee sur les vices qui peuvent exister dans notre Organisation maritime : l’avenir fera le reste. Ports Exterieurs. Sous la denomination assez impropfe de ports exlerieurs ( out-ports ), on comprend : I. Les petits etablissemens de Deal, Harwich et Leilli, diriges chacun par un ofticier de marine ayant quelques clercs sous ses ordres. Ces ti’ois etablissemens coutent ensemble 2,112 l. st. II. Trois agences pour le Service des transports , ä Leith, Cowes et Cove pres Cork, coutant ensemble i,io5 l. st. (chaque agence iTa qu’un seul employe). III. Le port de construction de Pembroke, dirige par un ingenieur. En voici le budget : * Les gardes ambulans ne sout pas ici porte's pour leur nombre : ils le sont seulemcnt pour leur de'pense. in. 3o 234 FORCE N AVA LE. Etablissement de Pembroke. 1 maltre-constructeur. . 600 1. st. 5 contre-maitrcs. . . 84 oZ. st. 1 maitrc des bois. . . . . 4 °° Inge'nieur des batimens neufs. O O 3 mesurcurs. . 58 o Patron de canots. 220 4 commis. ....... . 760 Portier. .. 100 1 gardc-magasin. Chapelain. 400 3 commis. . 760 Chirurgien. 400 4 maitres d’ateliers. .. . . 5 io De'penses accessoires. 34t 17 s.6d. Ports etrangers. Les plus importans sont, comme les grands ports de l’Angleterre, diriges par un commissioner, membre du conseil naval: tels sont les ports de la Jamai'que, du cap de Bonne-Esperance, de Malthe, de Bermude, de Trin- quemale et de Quebec. Le commissioner de Trinquemale a 3 ,ooo l. st. d’appointemens, celui de Bonne-Esperance en a 1,800, et tous les autres 1,200. On a pense que ces chefs, vu Veloignement de leur residence, etant moins facilement sur- veilles que ceux de la Grande-Bretagne, devaient recevoir un traitement superieur, pour etre mis au-dessus de toute espece de seduction. II est juste , d’ailleurs , d’indemniser des bommes qui, pour le Service de l’etat, consentent ä s’expatrier, et vont vivre sous un ciel brulant, dans un sejour aussi destructeur de la saute, que le sont la plupart des ports etrangers. Le simple tableau des depenses du personnel de ces ports suflira pour donner une idee de leur importance relative. Gibraltar*. . 1,392 '-l. st. Bermude. • • 4.749 1 Jamaique. Antigoa. Cap de Bonne-Espe'rance. . • 4.877 Halifax. . • 854 1 Sainte-Helene. 3 o 6 Bombay. 7°9 Malthe. ■ 4 .' 5 i 7 Trinquemale. . . . . 9,066 Nouvelle-Ecosse. Quebec . . . . . n ,885 ¥ II y a de plus, ä Gibraltar, un agcnt des transports qui rcjoit 286 l. st. 2 s. 8 d. ** L’e'tablissement de Quebec est le plus conside'rable; parce qu’il est, ä la fois, un centre de construction et d’armement, pour les forees navales des mers du nord de BAme'rique, et des lacs sur lesquels les Anglais et les Ame'ricains se sont battus pcndant la derniere guerre. CONSTITUTION DE LA. MARINE. 235 HUM«MvmMMi\uum\uum\tvwvimw\M\ivumuuuw« LIVRE SIXIEME. DU PIED DE GUERRE ET Dü PIED DE PAIX. CHAPITRE PREMIER. Du pied de guerre. Dans les siecles d’enfance de la marine britannique, lorsqu’il fallait tenter ou repousser quelque agression, le roi prevenait les ports marchands de ses etats, qu’ils eussent a lui fournir un certain nombre de batimens, ayec les matelots necessaires ä la manceuvre. Le monarque faisait monier ces vaisseaux par ses propres troupes \ et souvent, comme nous l’avons vu des le commencement de ce yolume, il s’embarquait pour livrer en personne des batailles navales. L'invention de la poudre , et son application au tir des pro- jectiles dans les combats de mer, obligerent les peuples d’em- ployer des batimens de guerre de plus en plus grands, de plus en plus solides, et par-la doublement dispendieux. Construire, armer de pareils navires , exigerent bientot des sacrilices qui passaient la portee de presque toutes les fortunes particulieres. Ainsi les gouvernemens ont ete contraints, par les progres de l’art meine , ä devenir proprielaires et constructeurs des vaisseaux necessaires a la defense des elats. Ce devait etre la nation dont la fortune, la puissance et, pour ainsidire , la destinee de- pendent uniquement de sa force navale, qui donnät aux peuples modernes l’exemple de cette innovation. ( Voyez p. 7.) FORCE NAVALE. 236 Les ports d’Angle terre qui font face ä la France, etant les plus exposes en cas de guerre entre ces deux puissances, on avait choisi les cinq ports les plus voisins de notre cöte, pour les charger du deyoir special de mettre en mer, au premier ordre du Prince , une flotte destinee a repousser toute agres- sion maritime ( voyez p. 5). Quand , par les progres dont nous yenons d’indiquer l’origine, les batimens de guerre les plus forts ne purent plus entrer facilement dans les cinq ports, Fimportance militaire de ces stations navales disparut par cela meme. II fallut etablir ailleurs des centres d’operations et de tra- vaux. C’est ce qu’on fit sur les bords de la Tamise et de la Med- way, ainsi qua Portsmouth , a Plymouth et a Milford-Haven. Depuis trois siecles , que ces grands changemens ont com- mence de s’operer , la force navale britannique, sujelte ä mille fluctuationSj au milieu des guerres exte'rieures et des guerresci- viles, s’est vue tour ä tour abattue et releve'e par des alternatives de bonne et de mauvaise administration, jusqua Fheureuse revolution de 1688 . Mais, a dater de cette epoque, un gouver- nement qui sut unir la vigueur militaire des institutions mo- narcliiques , ä l’energie politique des institutions liberales , s’e- tantassis sur des bases durables et regulieres, la marine britannique est dcvenue de plus en plus florissante. En cinq quarts de siede , eile a soulenu six grandes guerres maritimes j et, dans cbacune, eile a de'ploye des forces plus imposantes et mieux or- ganise'es que dans toutes les precedentes. C’est depuis lors que l’Angleterre a realise ses pretentions ä lempire des mers, en occupant tous les points importans qui en sont comme les clefs. Gibraltar, Malte et les des Ioniennes , lui ont assure la do- mination delaMediterranee. Avec Heligoland, eile domine vers les parages de la Baltique. Avec Sainte-Helene, Bonne-Espe'- rance et l lle-de-France, eile domine sur la route de Finde. En- fin Finde elle-meme, les plus helles des Antilles, et le Canada, CONSTITUTION DE T LA MARINE. 287 et Terre-Neuve, et la Nouvelle-Hollande, ont accru ses utiles domaines. Yoilä les conquetes que FAnglelerre a faites depuis sa revolution , et qu’elle doit aux progres de sa force navale. Rome seule aux temps de ses plus eclatans succes, peut nous offrir l’exemple dun tel Systeme d’agrandissement, qui ne soit pas l’effet unique des talens d’un grand homme, ou de Feffervescence d’une gene'ration, elevee par les circonstances au-dessus d’elle-ineme. Yoyons donc de plus pres quels ont ete les progres de cette force britannique , qui dans le cours de ciuq generations a pro- duit de si grands resultats. Voici quel etait le nombi'e des ba- timens de guerre qui la composaient, aux epoques les plus re- marquables des temps dont nous parlons. BATIMENS. DE POSTE. PETITS. i TOTAL. | En 1688. ( A la chute des Stuarts ) . En 1701. ( A la mort de Guillaume III). | En 1760. ( A l’avenement de George III). . . . 1 En 1784. (Fin de la guerre d’Ame'rique). . . . En 1801. ( fipoque des preliminaires de paix ). . En 1812. (Decembre ) . 108 169 268 338 457 G 4 7 65 87 100 1 3 1 488 474 i . 173 a 56 368 469 945 1,02! Ce tableau nous montre qu 7 en 1688, il y avait, proportion gardee, beaucoup de grands navires et peu de petils. Tandis qu’en 1812 , il y avait presque autant de petits que de grands batimens , appeles navires de poste ( vaisseaux et fregates). Mais il faut observer qu’en 1688, beaucoup de batimens comptaient dans la marine comme navires de poste, qui ne comptent plus aujourd’hui que comme petits batimens. D ail- leurs , les vaisseaux ainsi que les fregates de chaque rang, sont plus grands qu’ils ne l’etaient a la lin du dix-septieme siede. Le nombre des marins et des soldats de marine, ne s’est FORCE NAVALE. 238 pas accru dans la meine proportion que le nombre des bati- mens. En voici la preuye : Effectif des marins en 1688. 4 2 ; 000 Elleclif maximum , dans la gucrre de sept ans.. . 70,000 Idem idem dans la guerre d’Ameriqiie. io 5 ,i 54 Idem idem dans la guerre de la re'publique Franjaisc. . . . 120,000 Idem idem dans la guerre de Fempire Francais. 145,000 Comment donc les Anglais, sans meine quadrupler le nombre des marins qu’ils avaient en 1688 , ont-ils pu dans la derniere guerre, suffire au Service d’une flotte cinq fois et demie plus nombreuse , et d’une llotille huit fois plus nom- breuse ?. Cette question est digne d’attirer 1 ’attention des liommes qui clierchent ä connaitre les causes de la force et de la grandeur des nations. Vers la fin du dix-septieme siede, les guerres maritimes se bornaient de la part de l’Angleterre, a livrer quelques combats avec une ou deux flottes , ä faire quelques croisieres , quelques blocus isoles, quelque enlreprise speciale et qui suffisait aux travaux d’une Campagne. Mais dans la guerre navale qu’a vu commeucer et finir le dix-neuvieme siede , l’Angleterre a concu la pensee d’attaquer presqu’en meine temps , les marines de la France , de l’Espagne , de la Hollande , du Danemarck , de l’Italie et meine de l’Amerique : eile a fait face ä toutes les puissances maritimes. Non-seulement eile a bloque tous les porls militaires qui pouvaient recder quelque escadre ou quelque flotille, eile a bloque tous les ports de commerce ; et l’on a vu ce speclacle dont, jusqu’alors, aucune puissance maritime n’avait offert l’exemple : les liabitans d’une ile dont letendue est assez mediocre, sont parvenus a former, avec leurs seuls vais- seaux, une ligne continue d’observation, le long de toutes les cötes de l’Europe, de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amerique. Tous les conlinens des deux mondes ont ete simultanement assieges, CONSTITUTION DE LA MARINE. 23q les lies prises de vive force , le commerce de l’univers envahi. Enfin , apres vingt ans de combats, cette puissance navale qui avait commence la lutte avec 3 o millions de sujets, l’a terminee en consolidant son empire sur 80 millions de conquis et de con- querans. Et pourtant, rappelons-nous que la Grande-Bretagne n’a jamais compte, pendant cette epoque, plus de i45,ooo ma- rins ou soldats de marine, employes pour ope'rer ces prodiges... Gräces aux progres de Farchitecture navale, 011 a construit des vaisseaux capables de resister plus long-temps aux secousses journalieres dune onde agitee, et meme ä la violence des tem- petes. Par-la, dans toutes les saisons, ces vaisseaux ont pu tenir une croisiere constante, sur les mers les plus dures, aux abords des cötes les plus dangereuses. Une carene ä form es plus par- faites, doublee en cuivre, pour diminuer encore la resistance a la marclie \ une mature, une voilure, un greement mieux Combines, plus legers et plus maniables : tout s’est reuni pour rendre les batimens de guerre plus rapides dans leur sillage, plus agiles dans leurs evolutions, et plus aises ä manceuvrer avec un moindre e'quipage. D’ailleurs, des constructions, des radoubs, des armemens d’une etendue et d’une activite qui surpassaient les efforts des epoques anterieures , ont permis de ne jamais laisser un equipage inactif: revenu des plus longues campagnes il changeait de bord, ou reparait le sien en peu de jours. Aussi- töt apres, il reprenait la mer, comme un e'quipage nouvel- lement embarque; parce qu’a son retour, il etait aussi frais quä son premier depart. Des soins ingenieux, apporte's par la prudence et la philanthropie , au bien-etre des equipages, ont fait disparaitre des vaisseaux ces epidemies qui, taut de fois, avaieut suffi pour mettre liors detat d’agir des escadres entieres. En meme temps, le nombre des maladies acciden- telles, generalement diminue, rendait plus grand le Service ef- fectif d’un meme nombre d’hommes leves et soldes par l’etat a4° FORCE NAVALE. Enfin, la sante de ces hommes, conserve'e par un regime eloigne de toute parcimonie, fortifiee par les travaux constans de la mer, affermissait les constitutions les plus debiles, et donnait une vigueur nouvelle aux temperamens les plus robustes : dou- bler ainsi la force des hras, c’etait doubler leur nombre, c etait plus encore. Les i 45 ,ooo marins employes dans la plus grande activite de la guerre contre Fempire francais , valaient donc bien plus que le quadruple des 42,000 qui servaient sur la flotte britannique, en 1688; et nous devons dejä conceyoir la possibilite des immenses resullats obtenus par une teile marine, durant la guerre dont nous venons d’etre te'moins. II est interessant de connaitre la composition et la force de l’etat major de cette marine , au moment de sa plus grande splendeur, en 1812. Ilcomptait alors, 64 amiraux. 69 vicc-amiraux. . 68 contrc-amiraux. . tot. 20 r 798 capitaines. 5 g 6 commaadeurs. . 3 , 25 o lieutcnans. tot. 4 fi 44 614 maitres. 944 chirurgiens, aides , etc.. tot. i ,558 56 ofilciers superieurs, 1,208 officiers des royal-marines *. ....... tot. 1,264 total des officiers entrctenus. 7,667 Dans le second volume, ou nous expliquons avec detail les perfectionnemens du materiel de la marine britannique, on prendra des idees plus completes et plus precises sur les moyens nombreux, varies et puissans, employes ä perfection- ner ce materiel, par un gouvernement infatigable et que n'ar- retaient ni l’etendue , ni la dur^e d’aucun sacrifice. Montrons , maintenant, comment les forces navales etaieqt distribuees sur les mers. Des le i el . juin i 8 o 3 , c’est-a-dire , moins d un mois apres la declaration de la derniei’e guerre, voici quelle etait cette distribution: * Los royal-marines formaes par divisions , comptaiem alors 187 compagnies , et 3 o,ooo hommes efFectifs. CONSTITUTION DE LA MARINE. 241 BATIMENS EN COMMISSION , c’est-A-dtre , ARMES OU EN ARMEMENT. En armemcnt (avec ordres cachete’s ). . , Canal d’Angleterre et canal d’Irlande. . , Dunes , et mer du Nord. Indes—Occidentales , et traversee. Station de la Jamai'que.. Amcrique et Newfoundland. Cap de Bonne-Esperauce et Grandes-Indes Cöte d’Afrique. Portugal et Gibraltar. Mediterrane'c , et passage. total des batimens en commission. . . . Höpitaux et prisons floltautes. Batimens de reception {Cayennes). . . . En radouk. En Ordinaire. En construction. TOTAL GENERAL. YAISSEAUX DE FREGAT. SLOOPS. TOTAUX. LIGNE. 5 o 22 5 28 40 9 5 l 7 1 2 I 25 64 3 1 «4 21 3 9 3 » 4 14 2 I I O ' 5 . 8 23 » 1 6 4 I l 4 6 8 9 2 7 » n I I 2 • )> » 2 2 4 I I 2 l 7 7 3 7 70 16 106 131 3 a 3 2 » 2 » 4 7 » 6 1 >4 9 I 9 6 2.5 83 8 7 S 49 218 24 )l i 4 9 4-7 i 9 5 2 5 21 5 196 63 1 La France faisant, a la meine epoque, de tres-grands pre- paratifs d’invasion, 011 juge bien que le ministere anglais ne manqua pas d’activite dans ses preparatifs de defense. Voici quel fut le resultat de ses premiers efforts : Force navale , armee des le 3 i decembre i 8 o 3 . TOTAUX. Vciisseaux ä trois ponts, 14; ä deux ponts , 84. 98 Fre'gates : premier rang, 19; deuxieme rang , 8r. 100 Corvettes, 88 j bombardes et brulots, 20; brigs , 36 . i 44 Flottille : i,oo 3 pour la Grande-Bretagne; 1 44 P 0lu ’ l’Irlande.1,117 Stationnaircs , batteries floltantes , etc. 2 $ Transports, pour la troupe , 1 2 ; pour le materiel, 10. 22 Cutters et scliooners, 19; yachts, 4. 2 3 Navires de reception des levees ,12; d’habillement ,3 . i 5 Höpitaux, 5 ; prisons ,9. 14 Petits batimens affre'te's et arme's par l’etat. g 5 total general des batimens en e'tat d’agir.1 ,653 III. 3i 24 2 FORCE N AVA LE. Observons qua celte epoque la Grande-Bretagne, outre son arinee reguliere, armait six cent nrille homnies de milice ä pied et a cheval, enrölait tous les marins du commerce, pour la flottille, et tous les habitans des cötes, comme defeuseurs du riyage, sous le nom de sea fencibles. Alors nous verrons si cette puissance etait en mesure de receyoir le choc de l’armee de Boulogne, dans le cas oü cette armee aurait passe le detroit de la Manche. Quand le prem ier eonsul menaca 1’ Angleterre d’une Invasion, il ne parut pas vouloir la tenter avec des vaisseaux il lit conslruire dans tous les ports et sur tous les fleuves debouchant dans l’Ocean, des bateaux canonniers qu’il reunit, au nombre de treize Cents , dans le port de Boulogne. Cent mille lionimes devaient s’em- barquer sur ces bateaux et sur des transports. Dans l’hypolhese d’une desceute heureuse, d’immenses renforts les auraient bientöt suivis. On devait aborder de vive force sur la edle oppose'e ; et marcher sur Londres, non pas comme on le croyait au temps ob vivait Lloyd, en ne faisant qu’un ä deux milles par jour, ä cause des difiicultes du territoire et de l’embarras des equipages; mais ä grandes marches, en forcant loutes les positions a la baionnette , ou avec des pieces de Campagne. Apres leur debar- quement, rien, d’abord, n’eut arrete les vainqueurs de Lodi, de Zürich , d’Heliopolis , de Hohenlinden et de Marengo. Mais , le debarquement etait-il possilile ? on ne pouyait tenter de forcer 1’entree de Douvres. C’est un port qui se trouve entre deux hautes montagnes, dans un site ou des batteries en elage et des forls ä l’abri dun coup de main, ecraseraient sans danger, par leur commandement avantageux, les flottes les plus formidables. 11 y avait d’ailleui’S sur les hauteurs de Douvres, un camp retranche qu’occupait un corps d’armee consi- derable j ce corps eut defeudu la plage , sous la protection du feu des forts et de toutes les batteries. D’nn autre cöte, comment. treize Cents batiniens auraient-ils CONSTITUTION DE LA MARINE. 43 pu sortir de Boulogne, dans une seule maree, et se reudre avec quelque ordre yers une des plages de la cöte d’Angleterre ? ils ne l’auraient jamais fait sous le feude la croisiere anglaise. Cette croisiere pouvait et;re ecärtee par un coup de vent; alors , avant quelle eut eu le temps de revenir, on aurait passe. — Soit. Mais voyons, ensuite, ce qui sei'ait arrive. Les Anglais avaient herisse leurs cötes de fortes batteries , dans toutes les positions oiil’on pouvait tenter un debarquement. Des tours defensives suffisamment rapprochees etaient bäties sur le rivage qu’elles battaient pareillement; ces tours etaient ä l’abri d’un coup de main. Des brigades d’artillerie legere, des corps de cavalerie, des camps-volans d’infanterie, offraient une force mobile tout le long de la plage, par une route pratiquee expres pour cet objet. Les Anglais avaient un assez grand nombre de canonnieres , dans tous les ports qui font face ä la cdte de Boulogne. Tous les petits bätimens, et les embarcations consacre's au pilotage, ä la peclie, etc., etaient disposes pour combattre au besoin. Ils etaient numerotes et classes par divisions, avec un etat-major de marine , et des troupes d’embarquement pour garnison •, l’artillerie et les munitions, placees en ordre dans des magasins, pouvaient en un moment leur etre fournies. Enfin, outre la flotte en croisiere devant Boulogne, il y en avait une en observation, aux Dunes; une a Portsmoutb, dans la rade de Spithead; une ä Fembouchure de la Tamisc, au mouillage de Nore. En peu de minutes, les signaux telegrapliiques commutii- quaient entre tous ces points et l’amiraute de Londres. Ainsi, de quelque cöte qu’eussent tourne les vents, les Anglais seraient probablement arrives au lieu du debarquement, si non assez tot pour en prevenir Fexecution, au moins assez a temps pour bruler notre Flottille : des lors , notre armee eut < : te saus retraite , sans secours , sans approvisionnemens. F.lle ent fait des prodiges , je le sais. Elle eut ete non moins 244 FORCE NAVALE. magnanime que l’armee cFOrient apres le combat naval d’Abou- kir. Mais eile n’attaquait ni des Turcs ni des Arabes. II fallait lütter coDtre un peuple prodigieusement opiniatre; conlre un peuple qui ayait sous les armes un million d hommes, excites par Fentliousiasme du patriotisme, et pousses par la haine la plus exaspere'e contre le nom francais. J’ai fait connaitre, sans parlialite, nos moyens d’attaque et les moyens de defense des Anglais. Je peuse encore qtfune descente etait impossible, sans la protection d’une flotte comparable en nombre a celle que nous ayions alors, et qui fut defaite au combat du Trafalgar. Mais il fallait qifavant tout cette flotte s’em- parat de la Manche*, et peul-etre les generaux et les capitaines qui la commandaient, sauf des exceptions lionorables, illustres, rendaien t-ils par Finrperitie d’un grand nombre d’entre eux, et l’indecision de quelques-uns, toute yicloire impossible. Quant au succes d’une invasion, apres le debarquement, je laisse aux grands militaires ä peser dans leur experience et leur sagesse, les cbances de victoire et de defaite. Je me borne a presenter ici la statistique militaire et navale c^e la Grande-Bretagne. Au lieu d’attaquer Fempire britannique, dans le centre de * A Tepoque oü j’ecrivais ce passagc , j’ignorais un fait Lien remarquable , et qui mc- rite de piendre place dans l’hisloire. J’en dois la connaissance ä M. le coinle Daru , dont nous avons dejä eite la savante Hisloire de Venise. En i8o5, M. Daru etait a Boulogne , intendant gene’ral de l’arme'e. Un matin l’cmpereur le fait appeler dans son caLinet. Dam l’y trouve transporte de colere , parcourant a grands pas son appartemeut, et ne rompant un moruc silence que par des exclamations brusques et courtes.Quelle marine!.Quel atniral !. Queis sacrifices perdus!. Mou espoir est de'yu !• ... Ce Villeneuve ! Au lieu d’etre dans la Manche , il vient d’eutrer au Ferol!. C’cn est fait! II y sera bloque. — Daru , mettez vous-Iä , e'coutez et e'crivez. L’empereur avait regu de grand matin la nou- vcllc de rarriyee de Yilleneuve dans un port d’Espagne; il avait vu sur-le-champ la con- quete de rAngletcrre , avorte'e ; les immenses de'pcnses de la flotte et de la flottille perdues pour long-temps, pour toujours peut-etre! Alors , dans l’cinportement d’une fureur qui ne permet pas meme aux autres hommes de conserver leur jugement, il avait pris l’une des resolntions les plus hardics , et trace I’un des plans de Campagne les plus admirables qu’aucun conque'raut ait pu concevoir a loisir et de sang-froid. Sans hesiter , sans s’arreter , CONSTITUTION DE LA MARINE. 245 ses etats, il eut ete bien plus avantageux de debarquer en Ir- lande. Mais il aurait fallu le tenter par une grande expedition. Si le general Bonaparte, au lieu d’aller conquerir l’Egypte, eut passe en Irlande avec toute son armee d’Italie , ce royaume eut ete certainement perdu pour FAngleten’e ; or, c’etait faire ä cette puissance un mal irreparable. En debarquant dans la baie de Gahyay pour se porter de suite sur les bords du Shannon , on occupait une tres-belle position ; on insurgeait l’Irlande; on armait, on organisait des corps de naturels du pays, et l’on chassait les Anglais de cette de. Mais , nous ayons fomente la revolte des Irlandais, en ne leur envoyant que des secours insi- gnifians : ils ont ete les victimes de leur confiance, et des mas- sacres affreux ont suivi 1’insurrection. Au moment oü notre armee continentale s’elevait au faite de sa gloire , par la Campagne et la victoire d’Austerlilz, l’Angle- terre, en detruisant au cap Trafalgar les forces nayales combi- nees de la France et de l’Espagne , s’assurait pour long-temps , la preponde'rance maritime. Elle se trouvait delivree de toute crainte d’itrvasion. Des lors eile quitta le Systeme defensif, et s’aventura par degres dans la guerre offensive. Elle echoua d’a- bord dans ses tentalives contre l’Espagne , sous le general Moore ; et contre la Belgique, sous le general Chatham. Cor- il dicte en entier Je plan de la Campagne d’Austerlitz , le de'part de tous les corps d’arme'e , depuis le Hanovre et la Hollande jusqu’aux confins de 1’ouest et du sud de la France. L’ordre des marches , leur durc'e , les lieux de convergencc et de re'union des colonnes ; les enlevemens par surprise et les attaques de vive force , les mouvemens divers de l’cnncmi , tout est prevu : la victoire est assuree dans toutes les liypotheses. Telle ctait la justesse et la vaste pre'voyancc de ce plan , que, sur une ligne de de'part de deux cents Iieues , des lignes d’ope'rations de trois cents Heues de longueur furent suivies d’apres les in- dications primitives, jour par jour , et lieu par lieu , jusqu’ä Munich. Au-dela de cette capi- tale , les e'poques seules eprouverent quelques alterations ; mais les lieux furent atteints et l’ensemble du plan fut couronne d’un Sucres complet. Tel e'tait donc le talent mi'itaire de cet hornme , aussi redoutahle h ses ennemis par la puissance de son ge'nie , qu’a ses con- citoyens par la force de son despotisme !. 240 FORCE NAVALE. rigee par les revers , eile apprit a mettre plus crensemWe daiis ses operations de terre et de mer, plus d’abondance et d’ä- propos dans ses moyens, plus de prudence daus les plans et de vigueur dans l’execution. L’armee de terre que la force ncivale avait , a la Corogne , sauvee de la destruction , reportee bientöt apres dans la peuinsule, par cette meine force, alirnenle'e et soutenue par eile , balanca pendant cinq ans le succes des troupes francaises, dans le Portugal et dans les Espagnes, qui devinrent le tombeau des armees d’Austerlitz et d’Iena *. Quoique, des i8o5, l’Angleterre ait du cesser d’avoir aucune crainte serieuse d’une prochaine invasion, cependant, fidele aux maximes de son antique prudence, eile n’en conserva pas moins pres d eile, les forces navales defensives les plus imposantes. C’est ainsi quau commencement de i 8 i 3, comme 011 peut le voir par le tableau suivant, lorsque la grande armee francaise etait dejä presque aneantie , l’Angleterre tenait armes ou en armement dans ses ports , et dans les mers britanniques, 7 4 vaisseaux, 80 fregates et 228 batimens de bas bord. Ces 382 batimens de guerre pouvaient, en moins de liuit jours, etre mis en etat d’agir pour la defense immediate des lies britanniques. On doit aussi regarder comme pouvant au besoin concourir ä ce but, les forces imposantes que la marine anglaise employait dans la Baltique \ afin de faciliter aux Russes l’ex- termination des debris de larmee francaise, sur tout le litloral de la Pologne, de la Prusse et des villes anseatiques. * II $erait beau de montrer par quels degres , dans l’espace de vingt annees , la marine a fini par rcndre 1’A.ngleterre arbitre des destine'es de tant de peuples dans l’ancicn et le nouveau monde j en montrant la part qu’il faut faire aux circonstances , au caractere des hornmes , aux difliculle's des clioses , et la part que Ton doit attribuer ä la force navale. Lorsque nous aurons acheve des travaux plus ingrats, qui deraandent une vie aclivc et de penibles recherches , nous puiserons dans les materiaux dont nous pre'sentons aujourd’hui les seuls re'sultats tecliniques, pour essaycr de traccr ce tableau : Sans nous laisser entrainer par d’autres mobiles que l’amour de 1’houneur et de la verite. C 0 N S TT T U T10 N DE LA MARINE. 247 Disposition äesjorces nnvales de la Grande-Bretagne, en decembre 1812 . | LIKUX DE STATION. VAISS r 0 z « . DE 0 1 4 ^. •fl » M' O >• i-J PJ B SLOOPS 1 ET YACHTS. » M H 0 w a 2 » G ► r s> 2 c H PI ’f X I HRIGS. n c H *4 n 53 t» c* n c Ä g 0 0 0 PI z 53 n y> » O 1 CS I * H Dunes.„. 4 n )> 4 )) *7 8 5 38 j Mer du Nord et Baltique. IO I 5 6 » 4‘ 9 6 n8 1 Canal de la Manche, et cotes de France. 16 » 9 12 » 28 8 n 80 | Slalion des raers d’Irlande. )) ! 2 2 » I 2 5 i3 1 Jersey et Guernesey. » I 1 )) }) 3 1 2 8 Espagne, Portugal et Gibraltar. 24 2 16 6 2 '4 4 5 73 3 Mediterranee et passage. 3*2 3 34 12 2 26 » I 1 IO 1 Cotes d'Airique. )) )> 2 I )) 2 D )) 5 Halifax et Newfoundland . 2 3 10 i5 » 7 » n 44 Indes- r lies sous le vent. . . 2 )> 5 2 » 8 1 5 2.5 Occidentales. 1 Jamaique et passage. I )) 6 5 )) 9 I 1 23 Amerique me'ridionale. 3 )j 3 3 » 3 n I i3 Cop Bonne-Espe'rancc et vers le tnidi. I )) 4 1 » 2 J) )) 8 Indes-Orientales et passage . ■2 n ■4 1 )) 4 )) I 22 total en mer. 97 I I 1 I 1 7<> 4 i65 34 46 53S Dans les ports et en armement. .... 38 ■ 8 42 20 3 36 7 16 I^O Vaisscanx de gardc. 3 1 4 5 » )) » }) Hopitaux, prisons, etc . 21 » )) »■ ))• )) »> )> 21 t total en commission. i5o 20 i5 7 9 5 7 201 4 1 62 742 1 A 1 Ordinaire et en reparat. pourleserv. 73 12 6q 4' 3 10 )> 4 212 E En construction. 28 4 i5 6 » 4 » 57 j TOTAUX... 260 36 2,1 1 42 10 2IJ 4 1 66 1,011 1 II est interessant de comparer ce pied de guerre de la marine britannique, ayec celui de la marine francaise , en 1814 *• BATIMENS FRAN^AIS A.D I Pr . MARS l 8 l 4 - SPG 2 «. ► 3 » 2 tr> *» w S es » r s - * w- •fl > 53 pj 5 * O Z DESARMES. n 0 z H W § * n H TOTAUX. 5 o 4 i 5 Frdgates. 4° 2 8 18 68 1 Corvettes.. i 3 )) 6 » 19 1 Brigs. 2 7 - )) i5 3 45 | Cutters, lougres. goeleltes et mouches. 54 » 18 2 74 1 ßdtimens latins. 47 )) 3 )> 5 o I Chaloupes et bateaux canonniers. 122 » 1 7 7 146 Flötes, gabares, transports. 57 J) 4i 6 to4 TOTAUX. 410 6 123 7 5 6,4 * A cettc e'poque ie nombre total de nos matelots , artillenrs, onvriers militaires , etc., etait de 57,314 hommes : c’est im peu plus du ticis de l’effertif de la marine anglaise pour 1812 (t 45 ,ooo marins), et 1111 peu moins de la moitie de l’effeclif de celte flotte pour 248 FORCE NAVALE. CHAPITRE II. Levee des mariris:presse. Jje gouvernement anglais emploie tous les moyens possibles pour accroitre le nombre des marins qui servent au commerce : c’est accroitre la source oü il puise a discretion pendant Ia guerre. D’apres l’acte de navigation , il faut que les navires commercans de la Grande-Bretagne aient au moins dans leur equipage, les trois quarts de marins anglais. Mais en ternps de guerre,-le besoin de matelots force a diminuer beaucoup cette proportion*. Alors meme, pour attirer les marins etrangers, un acte du parlement declare qu’ils jouiront des droits de citoyen , des qu’ils auront send deux ans sur un batiment britannique. Peu satisfaits des ressources de ces voies legitimes, les Anglais ont souvent employe des moyens de corruption pour entrainer les prisonniers de guerre a prendre Service sur les bätimens de l’etat. Une autre maniere non moins energique de les pousser a trabir leur propre patrie, c’est de leur rendre la reclusion insupportable, ä force de misere et de privations. Il serait superflu d’ajouter ici quelque chose au tableau que nous ayons trace du traitement des prisonniers de guerre 1814 (120,000 marins ). La marine des e'tats vassaux de l’empire franfais , dtait environ le quart de notre marine. Il faut le dire a riionneur d’un ministere dont nous sommes loin d’ailleurs d’etre les aveugles partisans , ces forces surpassaient de beaucoup celles que nous possedions ä la fin de la guerre de la republique fraufaise. * Par excmplc , lors du commencement de la guerre de ja re'volution francaise, l’acte 33 deGeo. III, c. 26, a reduit au quart, seulement, le nombre des marins qui doivent etre ne's dans les trois royaumes. Les memes mesurcs ont e'te prescriies dans la guerre derniere. Les Anglais ne se contentaient pas de chcrcher dans leurs ports et de prendre sur Ieurs batiincns de commerce, tous les marins anglais qu’ils pouvaient y trouver. 11s s arrogeaient le CONSTITUTION DE LA MARINE. ^9 Quancl le gouvernement a besoin d’un grand nombre de nia- rins, il offre des primes d’engagement, proportionnees ä l’ex- perience ainsi qua l’habilete des bommes appeles au Service. Si ce moyen ne suflit pas, il a recours ä la presse. Enfin, lors- que la presse et les engagemens volontaires deviennent insuffi- sans, le pouvoir legislatif etablit une conscription maritime temporaire. C’est ainsi quen 1795, un acte du parlement a pres- crit une levee d’habiles marins, et fixe le contingent a fournir par chaque comle. Les ofüciers des paroisses, et les principaux habitans , reunis en assemblee generale, decidaient des meil- leures voies a suivre pour operer cette leve'e, en traitant a l’a- miable avec des hornmes de bonne volonte *. U11 autre moyen de recruter la force navale, est de faire pas- ser sur la flotte , les marins qui se trouvent enröles dans la mi- lice. Les miliciens, ainsi transferes, ont droit a la meine gratifi- cation que s’ils se presentaient pour prendre voloutairement du Service dans la marine. Act. 43 , Geo. III, cc. 62 and 76. Les levees de royal-marines se font par engagement, comnie celles des troupes de terre. Mais, elles se font avec beaucoup plus de facilite , parce que, aux yeux de la plupart des Bretons, le Service maritime est le plus attrayant de tous \ et parce que l’es- poir de partager d’immenses prises, ajoute aux penchans 11a- tionaux, Fappat de la cupidite. Aussi ne semble-t-il pas que le gouvernement ait jamais besoin de mesures extraordinaires pour recruter les royal-marines. droit de visiter les batimens des aulres nations , pour y enlever les matelots ne's dans les contrees qui composent l’empire britannique. ■'* Les ofüciers municipaux et les notables e'lablissent, de concert, un impot local pour subvenir aux de'penses de ces leve'es. Un tiers du prix convenu pour l’engagcment est payable sur-le-cbamp , les deux autres tiers ne le sont qu’a bord. Des ofüciers de marine envoyes aux differens points centraux de la leve'e , examincnt , refoivent ou rejctent ces volontaires; ils transmettent au sccre'taire de l’amiraute' le nom et le Signalement des marins , h mesure qu’ils sont recus pour le Service. III. 32 FORCE NAVALE. 25o Arretons-nous a la principale source du recrutement de la marine anglaise. La presse est un enlevement force de tous les hommes juges propres au Service de la mer : matelots du commerce , ou mariniers des rivieres , ou souvent meine individus totalement etrangers a la navigation. Alin d’executer le Service de la presse, un certain nombre de stations ou rendez-vous, est live pour residence d’un capitaine et de quelques lieutenans. Ces officiers enregistrent les volontaires \ ils recueillent et font rejoindre les hommes presses et les deserteurs ressaisis. En cas d’invasion actuelle, ou seulement imminente cFune colonie, les commandans des bätimens de guerre ( alin de porter au complet leurs equipages) , peuvent avec l’assentiment du gouverneur et du conseil de la colonie , recourir ä la presse Le moyen si redoutable de recruter la Hotte par ces enleve- mens de vive force, a souvent excile les reclamations les plus energiques , liors du parlement et dans le parlement. II s’est soutenu malgre toutes les attaques tentees pour Fabolir. On a lache cFen mitiger les rigueurs, par quelques exceplions qui meritent d’etre connues Mais malgre tous les adoucissemens * Quand le Service pour lequel ces hommes out etc presse's est acheve , on cloit les debar- qucr s’ils l’exigent; et cela , sous peine de 5o l. st. d’amende , payoblcs pour cliaquc homme , par Ic capitaine du batiment qui les rctieudrait ille'galement ä son bord. ** L’acte 2 de George UI, cli. 1 5, place sous la protection de Tamiraute , cornme exempts de cette re'quisition : — i. Les patrons de bätimens et debateaux pecheurs qui, six mois avant Jenr demande d’exemption, ont pris pour cinq ans, un ou plusieurs novices au- dessous de seize ans, afin de travailler ä la peche le long de la cote ou sur les rivieres. — 2 . Tous les apprentifs n’excedant pas le nombre de quatre par batiment de peche , de 3o tonneaux et au-dessus, pendant tout le ternps de leur apprentissage, et jusqu’ä Tage de vingt ans s’ils conlinucnt d’exercer le metier de pecheur. — 3. Un patron ou maitre et ses apprentifs, pour chaque batiment de peche de io tonneaux et au-dessus, pendant tout le temps qu’il pechera lc long des cotes. — 4- Tout liomme de terre ( landmatt ) employe sur un batiment de peche pendant deux ans, a partir de son embarquement , et jusqu’ä la (in du vovage ou il scrait engage , lors de l’expiration des deux annees d’exemption. — Sont de jaJme exempts les harponneurs, the line mertagers , et les timoniers de kateaux appartenant ä des baleiniers de la peche du Sud. CONSTITUTION DE LA MARINE. af>i apportes par le legislateur, la presse est par elle-meme une mesure si violente, qu’on ne peut y recourir sans commetlre une foule cl’actes arbitraires , ni sans faire naitre des rixes san- glantes, et des malheurs de toute espece. Alin qu on voie de quelle mattiere on effectue la presse, aux approches dune declaration de guerre, j’extrairai, sans com- mentaire, quelques passages des rapports ofliciels de la marine auglaise , en i8o3 ( Voyez Naval Chronic!e , eoZ. 9 ) *. Ces divers reglemens ont cela d’avantageux , qu’ils prote'gent la peche et qu’ils encoura- gent les armateurs ä former incessamraent de nouveaux apprentifs ; lesqueis au bout de cinq ans, devenus excellens marins , sont disponibles pour le Service de la marine mili- taire. Les marins ayant plus de cinquante-cinq ans , et les e'trangers servant sur des cor- saires ou sur des bätimens de commerce , sont exempls de la presse ( i 3 Geo. II, c. 7 ). Les marins charbonniers sont l’objet d’une protection spe'ciale : sur chaque bätiinent cliarbonnier de 100 tonneaux, on exempte de la presse , deux babiles marins au choix du capitaine; et, de plus, un par 5 o tonneaux , pour cliaque batiment dont le port surpasse 100 tonneaux. Tout oflicier qui presserait un de ces liommes exemptes par la loi, serait condamne' ä payer au capitaine du cliarbonnier, 10 l. st. par hornme. fl serait ddclare incapable de servil-, dans aucungra.de, sur les bätimens de la marine militaire (6 and 7 William III). Les mariniers et les pecheurs de la Tamise sont exempts des se'verite's de la presse. En cas de besoin , ils sont appele'syw leurs corporations respectives , pour servir dans la marine militaire. Si ceux qu’011 de'signe refusent d’obeir , ils encourent la peine d’un mois de prison, et ne peuvent, pendant deux annecs, exercer leur profession sur la Tamise (^ and g. Jlnne. CC. 19 and 26). * to mars , Plymouth. Hier ä quatre heures du matin est arrive , en trente-deux beures , un messager de l’amiraute’ , porleur d’importantes de'pecbes pour l’amiral du port. Peu de minutes apres, des ordres sont envoyes au colonel commandant les royal- marines. Les casernes sont aussitot ferme'es. A sept heures , l’alarme est jetce dans la ville par la marche de detachemens composes chacun de douze ä quatorze royal-marines, avec leurs officiers et un oflicier de vaisseau, arme's et s’avanjant vers le port. Auciin d’eux ne connaissait les ordres qu’ils allaient executer , jusqu’au moment oü on les fit monter ä bord des bätimens charbonniers range's le long du quai Ncuf. H’autres de'tachcmens abordaient eu meme temps les navires, dans le Catwater, et visitaient le port et les cabarets. Ils presserent aussi des liommes de terre; et la ville semblail etre en etat de siege. A Stone-IIouse, ä Mutton-Cove, North-Gorner , et Morris-Town , dans les cabarets et les aulierges de Ply- mouth-Doch , plusieurs centaines de marins et d’hommes de terre ont e'te saisis, et direcle- ment envoye's a bord de 1’amiral: cette presse a produit dans une seulc nuit, plus de quatre a5a FORCE N AVA LE. J aurais pu rendre compte de scenes plus affligeantes et plus desastreuses, mais il eut fallu les prendre dans des sources moins authentiques. J’ai prefere rester en-deca du but, plutöt que d’etre accuse de le depasser, en reudant compte d’operations assez odieuses par elles-memes, pour n’avoir pas besoiti de toutes les preuves qu’on pourrait donner de leur yiolence et des maux qu’elles doivent produire. ccnls hommes Jans les trois villes. Une troupe depresseurs est enire'e dans le theätre , et a pris tonte la galerie , excepte les femmes. 11 mars. Avant-hier ou a saisi divers liommes utiles , la plupart marins , qui s’etaieut Caches , et que leurs filles ont de'couverts. Quelques coups ont ete donne's et rcgus , a cette occasion, entre les presseurs et les presses. On a pris aussi des marins de premiere classe , de'guise's en petite veste d’uniforme d’anciens soldats, et rc'fugie's comme ouvriers dans les carrieres. — 14. Les differentes troupes de presseurs ont litte'ralement balaye le pays , dans les rades de l’Est, et pris plusicurs beaux jeunes gars . Inspection de tous les hommes presses , faite par trois capitaines et trois cliirurgiens de la marine. On renvoie immediate- ment les liommes incapablcs de servir et les apprentifs. — 16. Par un utile et nouveau regiement, tous les hommes en Ordinaire dans le Harbour , qui sont des matelots de premiere classe , doivent aider au gre'ement des bätimens qu’on arme. Portsmouth , 9 mars. En conse'quence des ordres envoye's par le gouvernemeut, de gros de'lachemens de marins tires des bätimens de gserre ( environ 600 hommes ), sont venus la derniere nuit ä terre , ils formaient trois brigades separe'es. Ils ontexecute sistrictement leurs ordres, qu’ils ont presse tous les hommes ä bord des charbonniers , etc. Les proprietaires de ces navires ont beaucoup de peine ä trouver du monde pour garder leurs bätimens et leurs caigaisons ,jusquä ce que les capitaines soient reldches. Aujourd’hui des le grand matin on a rccommence le meme tapage ( bustle ). — 11 mars. L’ordre de presser les marins continue d’elre exe'cute' avec la plus grande vigilance ; il n’y a pas un navire mar- chand qui 11’ait ete comple'tement visite : matelots et mousses, on a tout enleve. C’est avec la plus grande difficulte que l’on peut faire le trajet de Portsmouth ä Gosport , tant la terreur de la presse a fait d’impression sur les bateliers. 3o mars i8o3 , Plymouth. La nuit derniere il y eut une chaude presse ä Plymouth- Dock et a Stone-IIouse. Mais la plupart des meilleurs marins se cachent dans la Campagne. Arrive d’Irlande avec marins et hommes de terre , pour les vaisseaux en armement ici, un brig de 28 canons ; idem, de Cork, un brig de 18 canons, avec des hommes presses et des volontaires. — 3i. La Boadice'c , iregate et d’autres croiseurs abordent tous les mar- chands qui naviguent dans lc canal, afin d’y prendre des marins. Dans la nuit, la Boadice'e aborde une flotillc de pecheurs, anpres d’Eddystone , et prend deux marins par bateau. CONSTITUTION DE LA MARINE. 253 IMVMW1U1VMVVttV^VV^W l\«U»\UVV\VW\M\W»UVMVM\M\\«IM de sa force navale, etaient le fruit d’immenses sacrilices, en choses et en hommes, ils n’auraient rien qui dut paraitre ex- ration lorsqu’on decouyre que les yingt anne'es pendant Ies- quelles la marine de ce royaume a fait les plus grands efforts, deploye de toutes parts les moyens les plus formidables, et livre des combats saas nombre, sont neanmoins l’e'poque oü cette marine a le moins perdu de ses defenseurs ! A la fin de 1762*, la chambre des communes, ayant voulu connaitre les pertes de la marine , pendant la guerre de sept ans, eile apprit que sur 184,899 matelots ou soldats de marine, leves pour cette guerre, il y en ayait eu Si, comme on l’a cru dans Torigine, les i33, 708 hommes pcrdus hors des combats, etaient tous morts de maladies ou de blessures , ce nombre aurait ete sans doule extraordinaire. Mais , en Consultant les registres conserves dans rOflice naval, on a reconnu que ce nombre comprenait tous les marins en- voyes ä 1’böpital, et qui, pour une cause quelconque ( mort, reforme ou desertion ), n etaient jamais revenus a leur bord. Ayec cette explication, une teile perle ne doil plus sembler enorme : eile est meine moderee par rapport aux pertes que * Les donnees s-tatistiques de ce chapitre soul ea partie tirees du (ravail du docteur Blaue. CHAPITRE III. Pertes et non-mleurs de tarmee namle. Si les grands resultats obtenus par l’Angleterre, au moyen traordinaire. Mais on ne peut se refuser au Sentiment de l’admi- i, 5 ia perdus dans les combats. 133,708 perdus hors des combats. I 35,220 FORCE NAVALE. 3 3/j. l’armee de terre eprouva, dans la guerre contre l’empire fran- cais (j Force militaire , t. I, Uv. vi, ch. 3). En effet, sur cent mille liommes, la perle totale annuelie (morts , deserteurs et reformes) est, aux epoques ainsi rapprocbees: Armee cle terre . i. i,oi3 individus; Armee navale io,45o. Un re'sultat beaucoup plus surprenant, c’est que des 135,2 20 liommes perdus pour la force navale , pendant la guerre de sept ans , i,512 seulement out ete tues dans les combats. C’est a tort qu’en observant quelques faits de ce genre, 011 croirait pouvoir en conclure la faiblesse des moyens destruc- teurs de la force navale. Ce sont les pertes des vaincus et non pas celles des vainqueurs, qui donnent la mesure de la puissance destructive du materiel employe par deux armees. Or, dans la guerre de sept ans, les Anglais 011t presque tou- jours obtenu la superiorite maritime. Mais nous tirerons, des faits que nous venons de citer, une conclusion importante. Puisque, de 1756 ä 1762, il 11’y eut que i,512 liommes de tues par le feu de rennemi, tous les moyens militaires employes par les Anglais, pour augmenter leur superiorite dans les combats de 111er, n’auraient pas pu preserver d’une teile mort, plus de i,5i2 liommes.Au contraire , les soins qui tiennent a la Conservation de la sante des marins, et a leur bon traitement pendant leurs maladies ; les soins qui, rendant aux liommes la vie maritime plus douce et plus agrea- lile, les delournent de l’idee de fuir le Service : ces soins, dis-je, appliques ä reduire une perte de 133,708 liommes , auraient pu produire une diminution immense dans le nombre des deserteurs , des reforme's et des morts de maladie. lei, coimne on voit, l’avantage est tont entier du cote de la Science et des arts , preservateurs du bien-etre et de la sante des liommes. Aussi nous sommes-nous efforces , en traitant des etjuipages, des transports , des vivres , et du Service me'- CONSTITUTION DE LA MARINE. 255 dical, de montrer tout ce qu’ont fait celte Science et ces aiis, pour atteindre un Lut si eher a l’humanite. Passons ä la guerre cl’Ame'rique, et commencons par offrir l’etat qui iut remis ä la chambre des Communes, pour consta- ter, i°. les levees de la marine ( depuis le 29 septembre 1774 jusquau 29 septembre 1780) ; 2 0 . les pertes (depuis le I er . jan- vier 1776 jusquau i er . janyier 1781 ). EPOQUES. LEVEES. MORTS NATURELLES. TUES. TOTAUX 1 DES MORTS, 1 774 - 1775. > 776 . 345 4,735 2 1,565 i,6 79 i o 5 1,784 1777. 37,457 3,247 4 ° 3,287 1778. 41,847 4,801 254 5 ,o 55 • 779 - 41,831 4,726 55 1 * n 0 r-r* ** / n 1780. 28,210 4,092 2 9 3 * 4,385 TOTAUX. 175,99° 18,545 1,243 CO CO t"- Nous voyons par cet etat, qu’en cinq annees seulement le nombre des morts s’eleve a 19,788, ce qui fait 3,958, annee moyenne. Mais la moyenne du nombre des hommes au Service pendant les meines annees, s’eleve a 70,000; ce qui ferait pour 100,000 marins une perte annuelle de 5,911 hommes. Sur la meine force totale, l’arme'e de terre perdait, pendant la der- niere guerre, 5,93o hommes( 19 de plus, seulement). Maintenant, voici lelat des malades envoyes, de 1778 a 1806 , aux höpitaux de la Grande-Bretagne , calcule pour une force fictive de 100,000 marins : force supposee constante, alin de faciliter les comparaisons. * Ces norabres sont pvobablemcnt trop faibles , parce qu’on n’avait pas reju tous les rappoits des vaisseaux, encore en mer , ä l’e'poque oü l’on a dresse ce tableau. ** De ces 5,277 decede's , 3,619 e'taient morts ä bord et 1.658 ä l’lidpital. a56 FORCE NAVALE. X re . EPOQUE. 2 e . EPOQUE. -■—1 -- "-- -- ANNEES. MALADES. ANNEES. MALADES. l 7?8 . 26,630 179 6 . 15,272 *779 . 34,676 1 797 . 17,24° 1780. 3 ",788 1 798. 13,094 1781. 26,458 1799 .... >2,173 1782. 22,qoq 1800. • 5,9 > 3 1783. I 2 , 5 l 8 1801. 11, 54 1 > 79 3 . 38,266 1804. 7 , 65 o ■794 . 22,642 i 8 o 5 . 6,735 ’ 79 5 . 20,519 1806. 6,385 Malgre quelques anomalies, les diminutions graduelles que ce tableau presente , sont tres-remarquables. Si Fon prend la moyenne de trois anne'es en trois annees, on voit qu’il y ayait aux höpitaux, en trois ans complets, a partir de 17785 17815 17935 17965 17995 1804. 109,094; 61, 885 ; 81,427; 4^)606; 39,627; 20,790 liorn. On est frappe du grand nombre de maladies des trois ancien- nes epoques, et surtout de la premiere. (La cause de ces maladies est parfaitement expliquee dans une lettre du docteur Lind, medecin de Fhöpital dela marine, ä Haslar). En 1779 et 1780, la marine anglaise fut forcee de preparer un armement Ires- considerable, pour faire face aux forces combinees de la France et de l’Espagne5 eile perdit alors Fempire de la mer, et sa flotte fut obligee de rester long-temps cachee dans la rade de Portsmouth. Cette force extremement nombreuse, accumulee sur un seul point, n’etait pas tenue avec tous les soins qui pouvaient y con- server la proprete et la sante. Aussi des lievres contagieuses se declarerent bientot et lirent les plus grands ravages 11 laut * Sur 9,818 malades recus dans l’liopital de Portsmoutli pcndant la seule anne'e 1780 , il y cut 5,572 fievretix et 1 , 4^7 scorbutiques; tandis que le nombre des maladies chirur- CONSTITUTION DE LA MARINE. 2$7 joindre a ces causes, l’entassement des recrues, surdes navires de re'ception , dont nous avons explique les mauvais effets ( pp. 1 54 et 1 55 ). Ces recrues en passant sur les vaisseaux y por- taieut uue fievre contagieuse, qui bien tot regna sur toute la flotte. En nous bornant aux annees les plus remarquables des trois dernieres guerres, comparons le nombre des marins envoye's aux höpitaux de l’interieur et des colonies, avec le nombre des morts et des desertes. (Nous supposons toujours un eiTeclif de 100,000 marins, afin d’obtenir des resultats comparables.) ANN EES- MALADES. GU ERIS. MORTS. desertes- 1779. . . . 4o,8i5 37,271 2,654 1,424 1782. . . . 31,6 r 7 26,290 23,438 2,222 99 3 1794- • • • 25,027 1,164 662 1804. . . . 11 >97 8 9>44 8 1,606 2 I 4 1813. . . . 9,336 7 >79-1 698 IO A la seule vue de cette table, on est Trappe de la diminution graduelle, non-seulement du nombre des malades, mais du nombre des morts. Cette diminution est ä peu pres dans le rapport de 4 a 1 , depuis 1779 jusqu’en 181 3 . On pourrait, il est vrai, dire que 1779 etait une annee de tres-gvande mortalite. Mais 1782 etait, au contraire (proportion gardee), une epoque de tres- faible mortalite. Neanmoins, en 1782 , le nombre des malades et des morts est encore trois f'ois et demi plus grand qu en 1813. Voilä ce que les soins et les decouvertes de l’art 0x1t gagne pour la marine anglaise, depuis la fin de la guerre d’Amerique jus- qu’ä la fin de la guei’re de l’empire francais. gicales, des contusions, des blessures et des infirmite's ue s’eleva qu’ä i ,678. Le grand nombre des scorbutiques de l’anne’e 1780 est une espece de plienomene. Car, meme il y a quarante a cinquanle ans , cette maladie c'tait rare dans les flottes qui ne quittaieut pas les mers voisines de l’Angleterre. Or , on voit en 1780, une flotte croiser dans la baie de Biscaie , pendant dix semaines seulement, et rcvenir ä Portsmoutb avec 2,400 liommcs atteints du scorbut. Il fut impossible de les recevoir tous dans Fhöpital , et l’on fut oblige d’en traiter un grand nombre sous des tentes, sur le riyage de la mer. III. 33 2 j 8 FORCE NAVALE. llemarquons avec soin la diminution prodigieuse des marins anglais, echappes des höpitaux, pour deserter le Service. Atuiees. I 794 ? 1804; i 8 i 3 . Deserteurs. 1,424; 662 ; 214 ; 10. Rien ne demontre mieux l’amelioration progressive du sort de ces marins. L'homme emploie tous les moyens pour fuir un genre de vie qui n’offre que l’image hideuse des privations, a bord; ou des maladies, des souffrances et de la mort, dans un liöpital. Mais, lorsqu’on diminue, lorsqu’on fait presque dispa- raitre toutes ces causes de mecontentement, de degout et d’ef- froi, le marin calcule pour peu les fatigues et les dangers de la mer et des combaLs : il ne deserte plus. Le gouvernement est oblige de payer des sommes considera- bles, pour recruter ses marins, par l’enrölement volontaire, et meine par la presse. Sous ce point de vue, il doit trouver une grande economie a les soigner assez bien pour qu’ils ne soient jamais tentes de deserter. D’ailleurs, les marins qui passent aux höpitaux, etant jusqu’a leur retour, perdus pour la force na- vale, il faut en lever un plus grand nombre, pour tenir a la mer un nombre donne de vaisseaux. On voit donc que c’etait, de la pari de l’Angleterre , un calcul parfaitement entendu, que de n’epargner rien , pour maintenir ses matelots dans l’etat de sa?ite le plus florissaut. Jusqu’ici nous n avons parle' que des marius envoyes dans les höpitaux : il importe maintenant de les considerer a bord , et de voir quelles sont les pertes faites sur les vaisseaux. On aura peine a nous croire, quand nous aflirmerons cpie c’est depuis 1810, seulement, qu'il est possible d’avoir a cet egard des donne'es positives. Alors, les capitaines de tous les bali- mens de guerre ont recu Fordre de transmettre pour le premier janvier de chaque annee, au secretaire de Famiraute, le compte de tous les hommes morts a bord , pendant l’annee precedente. CONSTITUTION DE LA MARINE. a5g Ces comptes sont conserves comme arcliives. Voici, pour les trois premieres annees, les resultats qu’ils presentent. annees. Marius ä bord. Morts ou iues ä bord. 1810 . i 38 , 58 i 5 ,i 83 . 1811 . 136,778 4 > 3 65 . 1812 . i 38,324 4» 2ir - Des hommes qui meureut ä bord, on estime qu’une moitie perit de maladie, l’autre dans les combats ou dans les manceu- yres. Cette derniere moitie comprend les noyes, les hommes morts par suite de chutes extraordinaires , etc. Dans les trois annees qu’on vient de citer, la perte moyenne annuelle a bord, pour cent mille hommes, est de 3,3oa. Le nombre des marins morts a Fhöpital (en 1813 ) est de 698 : en tout 4,000. Ainsi dans les dernieres annees de la guerre conlre l'empire francais, la marine anglaise ne perdait qu'un vingt- cinquieme de sa force totale. D’apres les calculs que j’ai rap- portes, dans le tableau de la Force militaire de la Grande- Bretagne , on voit que, vers les meines epoques, la perte de six annees etait, anne'e moyenne, de 12,356, sur cent mille soldals, c’est-a-dire, presque un huitieme. II y ayait donc, alors, au moins trois fois plus de dauger a servir dans l’armee de terre, que dans l’armee nayale britannique. Puisque des 3,3o2 marins qui meurent a bord, dans le cours d une annee , la moitie perit par suite de blessures ou d’accideus violens, epi’ouves dans les manceuvresj il en reste i, 65 i qui meurent de maladies inherentes a leur Constitution, ou gagnees a bord. Si Fon y joint les 698 morts dans les höpilaux, on a 2,349 hommes, c’est-a-dire, 1 in quarante-deuxieme de la force totale. II y a quarante ans, la morlalite' annuelle des marins s’elevait au quatorzieme de l’effectif. Ainsi donc , sur la flotte britannique, on a diminue, dans le rapport de 3 a 1, le nombre des morts naturelles. Cependant , a6o FORCE NAVALE. malgre cet immense progres, il reste encore un vaste champ ä parcourir, ponr atteinclre un meilleur ordre de choses. La grande majorite des marins employes a hord des vaisseaux, est com- Londres, il ne meurt annuellement qu’un soixante-onzieme de gleterre, je me contenterai de citer deux faits propres ä mon- trer toute l’importance qu’aurait pour nous un tel genre de recherclies. En 1819, surun effectif de 32 ,000 individus apparlenant ä la marine francaise, 24,000 sont entres ä Fhopital. Ils y sont restes vingt-cinq jours, valeur moyenne; ce qui a produit 60,000 journees d’höpital. En suivant cette proportion, sur ceut mille individus, employes (en temps de paix) dans la marine francaise, 75,000 entreraient annuellement a l’höpital. Or, de 1811 a 1813 (temps de guerre) , sur cent mille marins anglais, 6,923 seulement, entraient annuellement a Fhopital... Passons ä des considerations d’une autre nature. * On sera moins surpris de cet exces de mortalite' ä Lord , comparativement aux raorta- oii ils sont expose's a la lievre jaune; quc, d’ailleurs, par la rapidite de leurs navigations r ils sont transporte's, en peu de jours, des zones torridcs aux zones tempe're'cs et des zones tempere'es aux zones glaciales; que cliaque jour , chaque nuit , ils passent du se'jour humide prise dans les limites de vingt ä trente ans. Or, on voit qu’ä la population comprise entre vingt et trente ans. CTest donc pres d un tiers moins qu ä hord *. Je n’entreprendrai pas ici de faire la comparaison des non-va- leurs produites par Fetat sanitaire des flottes de France et d’An- Marine anglaise , 1820. francaise. Epoques. De'penses totales. De'penses du Service me'dical. . Rapport des deux de'penses. . 170,000,000 f. 1,837,700 45 ,ooo,ooo f. l , 5 oo,ooo 3 o : 1 lites de la vie ciyile, si l’on observe que les marins vont souvent dans les Indes-Occidentales et chaud des enlreponts , ä l’air sec et vif des gaillards et des hunes , en restant expose'& au vent, a la pluie , aux coups de mcr , etc. CONSTITUTION DE LA MARINE. 26 1 Ä insi, dans la marine francaise, le Service medical coute le 3o . des depenses totales du budget, et dans la marine anglaise, le go ". Par ces rapprocbemens, je suis loin de jeter le moindre Manie sur la maniere dont, en France, le Service medical est dirige. Je crois au contraire pouvoir porter temoignage que ce Service est conduit avec autant de zele que de lumieres. 11 faut donc que dans le Systeme general de la nourriture , de l’habil- lement, du Service ou de la discipline des liommes attaches aux travaux de la marine, il y ait encore certaines parties suscepti- l)les d’une amelioration qui reduise le nomhre des malades dans le rapport de go a 3o. Yoilä le graud et beau probleme dont nos ingenieurs, nos adininistrateurs et nos ofliciers de vaisseau doivent, de concert avec les ofliciers de saute de la marine , chercher la solution la plus prompte et la plus complete. CHAPITRE IY. P/ises. En traitant des rapports de Tautorite royale avec la marine, nous avons vu les lois anglaises eriger en droit, la licence d’at- taquer et de capturer des navires eTrangers : meine avant toute declaration de guerre. A plus forte raison, quand la guen'e est declaree, le gouvernement encourage-t-il les armateurs du commerce ä faire, pour leur propre compte, une guerre de corsaires. Dans toute guerre maritime , le but principal de l’Angleterre est de ruiner le commerce de ses ennemis * : par ce moyen , * Indepcndamment de toutes les eutrepiises particulieres , en temps de guerre, Je gou— vernement loue des bätiraens de commerce qu’il arme en corsaires. Afiu d’encouragcr les e'quipages, il accorde ä ces bätimens l’entiere possession des prises qu’ils pourrout faire. C’est ä nous, surtout, qu’il importerait d’iraiter une teile pratique. a6:i FORCE KAVA LE. eile tarit les ressources de leur force navale , et cette force ne tarde pas ä succomher. Les prises sont (Tailleurs un moyen de faire fortune, qui tente une foule de personnes, et les fait cou- courir a la guerre : le legislateur a pris, ä cet egard, des mesures pleines de liberalite, Tout armateur du commerce peut, a son gre, disposer de ses prises, des qu eiles sont declarees Lonnes, par les juges de Tamiraute. Excepte dans les expeditions des forces comLine'es de terre et de mer ( expeditions pour lesquelles le Prince regle lui-meme la divisiou des parts entre les deux armees), la tota- lite des pi’ises faites par des batimens de guerre, appartient aux officiers et aux equipages de ces batimens. Suivant l’ancienne division des parts de prise, le capitaine avait pour lui seul les trois buitiemes de la capture , lor-squ'il naviguait sans oflicier general. Dans le cas oü il se trouvait sous les ordres de quelque oflicier genei-al ordonnant ou favo- risant la prise, un des trois huitiemes revenait ä cet amiral *. II n’y avait guere moins de disproportion dans la repartition des autres parts de prise , entre les officiers, les sous-officiers et les matelots Mais , dans ces derniers temps , on a rendu moins inegale la division des parts. * Lorsquc plusieurs officiers ge’ne'raux uavigucnt ensomble , Je huitieme des prises qui revient ä leur grade est aiusi divise : s’il y a deux officiers ge'ne'raux , le premier a les deux tiers, et l’autre le tiers de cette part. S’il y a plus de deux gene'raux , Je premier a seulement une moitie ; les autres officiers se partagent l’autre moitie, par portions egales. Les commodores , soit qu’ils comraandent cn chef ou en sous-ordre , aiusi que le premier capitaine de cliaque flotte , out les meines droits aux parts de prises , que les officiers geueraux. Les lieutenaus et les.maitres de vaisseaux , les ine'decins de la flotte et les capitaines des royal-marines, partagent entre eux la quatrieme part; les seconds mailres , warreml- ojßcers, et lieutcnans des royal-marines , partagent la cinquieme ; les midshipmen et petits officiers partagent la sixicme; enfin, tout le restc de l’equipage partageait autrefois les deux dernieres parts. Depuis la flu de la derniere guerre , le gouverneinent a de'cide', avec beau- coup de raison, que ces deux dernieres parts ne seraient plus subdivise'es en fractions e'gales CONSTITUTION DE LA MARINE. a 63 Les balimens de guerre allies de la Grande-Bretagne, lors- qu’ils concourent avec quelque batiment anglais a faire une prise , ont droit ä la partager comme s’ils etaient Anglais. Lorsque la proclamation du Prince a fait connaitre que la guerre est irrevocablement engage'e , le parlement regle la juri- diction des prises, par un acte donl le but est d’encourager les marins a prendre du Service ä Lord des batimens de Fetal. Le legislateur rappele en meine temps, par l’appat du gain, les matelots anglais qui pourraient etre embarques sur les balimens neutres. Nous allons donner l’analyse de Facte qui fut publie lors du commencement de la guerre contre la republique fran- caise. On y trouvera beaucoup.de mesures quil importerait d’adopter dans nolre legislation des prises. Act. 32 . Geo. III, C. 66. — Art. i. La loi de'clarc les prises faites et ä faire depuis le 11 fevrier 1793 , proprie'te absolue des ofliciers et des e'qnipagcs qui les ont ou les auront faites (les parts seront fixe'es d’apres la proclamation royale du 17 avril 1793, ou d’apres toute autre proclamation subsequcnte). —■ 2. Lorsque les forces navales prcndront, sur tcrre , une forteresse , des armes , des munitions, des effets ou de l’argent, appartenant au gou- vernement ennemi , ou ä quelque compagrde publique de commerce , tous les ob]eis transportables seront la proprie'te des capteurs. — 3 . Si l’arme'e et la mariue concourent a la prise, eiles partageront , suivant la concordance des grades , et suivant la proportion fixce par le roi meine. — 4- Si l’armee de terre est transportee par l’arme'c navale , cette derniere a seule le droit de partager les prises faites dans la traversee. — 6. Les parls re vc na nt aux de'serteurs , seront donne'es h l’hopital de Greenwich. — 7. Le commandant d’un navire portant des dcpeches 011 cscortant un convoi, s’il se detourne de sa mission pour faire une prise , perd sa propre part. — 8. Tout hätiment convoye qui desobeit au convoyeur ou le quitte sans 1’en pre'venir , est traduit devant I’amiraute : maximum de entre tout l’e'quipagc ; mais que la septieme part le serait entre les habiles marins et los caporaux des royal-marines , la huitiemc seule c'tant re'serve'e au reste de re'quipagc. Des divisions de parts, fondces sur les memes principes , sont etablies cnlrc l’e'tat major et l’equipage des batimens coinmandes par des lieutenans ou par des maitres. Si quelque hätiment de guerre, monle par un post-capitainc ou par un commandeur , est en vtte de quelque capture faite par un petit hätiment; et si, par sa pre'sence , il encourage le capteur 011 de'courage l’ennemi, les ofliciers et l’e'quipage du grand hätiment participeront au benefice de la prise , suivant l’assimilation des grades et des classes. 5.64 FORCEN AVALE. Tarnende , 5 oo l. st. — 9. Les lettres de marques sont dclivrees par l’amiraute. Les prises appartiennent aux armateurs et aux capteurs, suivant les proportions agreees entre eux. — 10. Toutes les pvises faites par les bätimens de Yexcise ( croiseurs du revcnu ), appar- tiennent au gouvcrnement. — 11. Les petits navires de guerre et les corsaires cnnemis, pris par les Anglais , appartiennent aux capteurs. — 12. Uu bätiment convoye n’a point de part aux prises des convoyeurs , a moins qu’il n’ait regu l’ordre d’agir bostilenient pour aidcr a la prise. — 1 3 . Les prises sont conside'rees comme marcbandises, et des lors assu- jetties a tous les droits d’importation c'tablis par les lois. — 14. Tout armaleur de corsaires est oblige de fournir caulion pour uue certaine valeur. — i 5 . Quand uu armateur demande des lettres de marque , il fouruit un devis exact de son bätiment: nom , origine , force de Tartillerie et de l’equipage , etc. La douane ve'rilie lc nom, l’origiue et le tonnage , le nombre des canons et des liommes. Si tout est exact, eile donne uu certificat de libre sortie au capitaine. Mais, si le capitaine d’un corsaire part avant d’avoir reju ce certificat, ou part avec unc force infc'rieure ä celle qu’il a de'claree, il est emprisonne , perd sa lettre de marque, paie 1,000 l. st. d’amende et les frais du proces , etc. — 16. Peines contre les ofliciers de la douane qui dclivrcnt de faux certificats, aux armateurs de corsaires.— 17. Le tonnage est declare d’apres les certificats d’enregistrement ä !a douane. — 18. Les navires qui rejoivent des lettres de marque sont reputes liccncie's , comme les navires armc's pour empeeher la contrebande. — 10. Tout delit commis par un corsaire , contre les lois sur le re- venu , est puni par la perte de sa lettre de marque. — 20. Lorsqu’un capitaine de corsaire est appele ä commander un bätiment de l’e'tat, l’amiraute lui retire sa lettre de marque. — 21 .La loi mai tiale est c'galement applicable ä la discipline des corsaires et des bätimens de guerre. — 24 ä 27. Moyens d’assurer l’expe'dition du jugement des prises. — 28. On appelle de la cour d’amiraute , aux commissaires des appels , nomme's par le roi. — 40. L’etat paie aux capteurs , 5 l. st. par officier , soldat ou matelot anglais, ä bord d’un bätiment de guerre ou d’un corsaire anglais; lorsque ce bätiment a pris , coule , brule , ou detruit d’unc maniere quelconque un bätiment de guerre ou corsaire cnncmi. — 4 2 - Tout navire marchand , anglais , repris , si l’ennemi n’en a pas fait un bätiment de guerre , est rendu aux proprietaires qui paient aux capteurs, pourle sauvetage , un buitieme de la valeur de cettc prise.—44-U n bätiment repris avant d’avoir c'te conduit dans un port ennemi, peut, avec le consentement du re-capteur, continuer son voyage et porter sa cargaison a la destination primitive. — 45 . La coque d’une prise est cousideree comme conslruction britannique. — 5 o. Il y a sous le nom d ’agens des prises , des fondes de pouvoirs des capteurs , qui se cbargent de suivre le jugement , la vente et le paiement des prises. Ce sont ces ageus qui verseilt ä l’liöpital de Greenwich les parts de prises des deserteurs. L’acte de'termiue toutes les formalites ä remplir , et prescrit toutes les garanties desirables dans les operations des agens. — 5 i. Les de'clarations de prises , ct les distributions d ejjrim.es aux marins de l’etat, sont insc're'es dans la Gazelle de Londres. — 5 z. Dans les divers delits punissables par amende, une moitie' de cette amende revient au de'nonciateur et 1 ’autre ä Thdpital de Greenwich. Les actes 49. Geo. III. C. 108, et 55 . Geo. III. C. 60, offrent des mesures utiles prises par le le'gislateur, pour faciliter l’expc'dition de la solde des prises. Ou peut voir encore, CONSTITUTION DE LA MARINE. 205 sm - les raesures administratives , adopte'es pour remplir cette intention du pouvoir legislatif, le 6 . rapport de la Commission des linances de 1817, p. 188 : article relatif au payeur de la marine. Le gouveruement anglais, sous le titre de clroits de l’ami- raute , preleve sur les prises un impöt qui n’est pas tres-fort pour chaque batiment capture j mais qui, daus le cours d’une grande guerre, forme cependant un produit considerable. Ces revenus et l’emploi qu’en fait le ministere , ne ligurent ni dans les recettes , ni dans les depeuses des budgets parlementaires annuels. L’Opposition a souvent eleve la voix contre cet abus , mais toujours en yain. Nous donnerons plus de details sur cette violation des vi’ais principes d’un gouvernement constitutionnel, lorsque nous traiterons specialement des revenus de la couronne. CH API TR E y. Du pied de pciix. Tja paix amene toujours une grande reductiou dans le per- sonnel et dans les travaux de la marine britannique. On peut en juger par ce parallele, entre le plus grand etat de guerre et le moindre pied de paix, ä trois epoques importantes : Epoques de lapaix. . . 1764 1780 18x4. Maximum du pied de guerre. . 70,000 io 5 ,ooo 145,000 Minimum du pied de paix. . . 16,000 18,000 19,000 Si l’on songe ä quel point, depuis trente ans, l’empire britannique a vu croitre ses colonies et ses conquetes d’outre 111er (possessions dont la sui’veillance et la protection exigent un vaste developpement de forces navales) 5 si l’on songe d’ail- ieurs que les batimens de guerre, plus grands dans leurs di- III. 34 FORCE N AVA LE. 266 mensions, et plus forts ea artillerie qu’ils ne Fetaient autrefois, exigent an plusnombreux equipage, pour des bätimens destines aux meines fonctions ; alors on yerra que le total des marins conserves pour le Service de la flotte, pendant la paix actuelle, n’est pas meine en proportion avec les divers pieds de paix du dix-huitieme siede *. Mais, par une contradiction singuliere , tandis que FAngle- terre a reduit, ainsi, le nombre de ses matelots et de ses soldats de marine, eile a (depuis 1814) augmente sans mesure l’etat major de sa flotte. (Fest ce qu’on voit par cette liste de pro- motions : Juin 181 4 : amiraux 8; vice-amiraux 16 ; contre-amiraux 21. Total 45. 181 5 ä 1819: idem 1 3 ; idem 22; idem zS. idem, 60. Juin i 8 i 4 : capitaines 85 ; commandeurs 222 ; lieutenans 981. idem 1 , 238 . 181 5 ä 1819: idem 99; idem 137; idem 3 go. idem 635 . Ainsi, depuis i8x4 (meine en soustrayant les avancemens faits pendant les Cent jours de guerre, en i8i5) , on voit qu’en six ans de paix , la marine anglaise a fait plus de deux mille avancemens, et cree plus de Cent amiraux ! Sans doute, il est beau d’ameliorer pendant la paix le sort des officiers qui, pendant la guerre , ont assure les triomplies de l’etat ; mais il est des bornes que la plus genereuse gratitude ne doit pas outrepasser. En traitant des offices de Famiraute, el du tresorier de la marine,nous avons montre combien sont faibles les reductions operees, depuis la paix , sur les depenses administratives : on en sera bien plus frappe par le rapprocbement de toutes ces de'penses, en 1811 au fort de la derniere guerre, et en 1820 apres cinq annees de paix. ¥ Aussi, depuis 1820, a-t-on un peu augmente' l’eflfectif du personnel de la flotte, en portant k 8,000 le nombre des royal-marines. CONSTITUTION DE LA MARINE. Ddpenses comparees de. . 18x1. 1820. 2 6 Amiraute. .... 1. st. s« d. d. . 63,728 6 I 59,181 5 I Tresorier de la marine. . 4 1 >435 3 6 37,31 3 4 IO Office naval. . 77,356 18 6 76,739 18 6 Office des transports. . 32,388 8 4 )> » n OfEcc des vivres. . 5 o, 0 I 2 3 4 45,017 5 8 Entretenus des six grands arsenaux. . . 181,195 6 47 >c )35 i 5 7 214,806 I n Idem des ports et clianliers exte'rieurs. 3 54,730 lf\. 4 Idem des chantiers des vivres. . 6 i,i 5 o 9 8 52,270 I I 6 College de Portsmouth. 6,8ti 10 » 7,220 7 IO TOTAUX . .562,014 ” 3 547,279 8 9 Ainsi, les depenses administratives des principaux etablisse- mens de la marine , depuis le milieu de la derniere guerre jus- qu’a la sixieme annee de paix, n’ont pas diminue de trois pour cent. En comparant ces deux epoques, avec le pied de paix de 1792; et prenant, i°. la depense totale des oflices de l’ami- raute, du tresorier et du conseil naval; 2 0 . des ports exterieurs; 3 °. le nombre total des marins, vote par le pai’lement, nous avons forme le tableau suivant : Anrißes . 1792 1811 1820. Amiraute', etc. 58,716 l. st. 176,520/. st. 173,234 /. st. Poris. 2.5,35t 188,007 214,806 Nombre de marins. 19,000 145,000 20,000 Si nous exprimons par le nombre xoo , chacun des trois nombres rapportes pour 1792 , dans le tableau precedent, et que nous calculions, en proportion, les nombres correspon- dans pour 18n et 1820, nous formerons le tableau suivant : Amides . 1792 x8i 1 1820. 1°. De'penses , amiraute , etc. IOO : 3 o 5 : 2 9 ^ 2°. Idem , ports. 100 : 8 o 5 : 9 20 Total des depenses administ. IOO : 457 : 462 3 °. Nombre de marins. . . . IOO 763 : to 5 On voit donc que de 1792 ä 1811 , pour administrer marine dont le total des equipages avait cru dans le rapport de 100 ä 763,011 a juge necessaire d augmenter la depense admi- 268 FORCE IN AVA LE. nistrative, dans le rapport de xoo ä /p7- Mais, pour revenir au pied de paix ( cinq ans apres la iin de la guerre) , tandis que le total des equipages est reduit dans le rapport de ^63 a io5, la depense administrative , loin de Ire reduite , est reellement augmente'e dans le rapport de 4^7 a 462. Nous croyons possible d’expliquer et de justifier une grande partie de Faccroissement des depenses de 1792 ä 1811 , et nous avons essaye de le faire, Iw. 11, m , iv et v. Mais nous devons confesser, avec la meine bonne foi, qu’il ne nous a pas ete possible de decouvrir par quels justes rnolifs , on n’est point lentre (depuis 18x1 jusquen 1820) dans des limites nxoins disproportionnees avec 1 elat actuel de la marine britannique. 11 faut Favouer , une marine qui depense qua Ire mi Ilions de nos Francs pour son administi’ation centi’ale, et plus de cinq mil- lions pour la direction de ses ports , ne saui'ait eti’e l’egai’de'e comme une mai’ine dirigee avec une economie exemplaire. C’est donc ä tort qu'on a eite tant de fois avec emphase , Fex- treme econoxnie de Fadministi’ation navale britannique , pour la faire contraster avec la prodigalitd de notre administration. Les auteurs de ces rapproclxemens errones , n’avaient pas la moindre connaissance des elemens d’un tel parallele. II sei’ait du plus haut intei-et de faix’e une comparaison rai- sonnee, entre les depenses administratives des marines de France et d’Angletexre. Mais cette compai’aison demandei’ait des calculs fort etendus , des rapprochemens, des assimilations et des distinctions , resultats d’une longue etude; enfin, des de- veloppemens d’exposilion, qui nous font une loi de ne jxoint tenter ici ce ti’avail. II nous suffit d en avoir presente les ele- mens, du cöte de-l’Angleterre. Cependant, afin qu’on ne pi’ofite pas de noti’e silence , pour en tii’er de fausses conclusions, nous offrirons Fapercu suivant, comme une approximation assez peu eloignee de la verite. Marine j Depenses centrales. . . : 2,4 d’Angleterre. 1 Idem des ports. . . : 5 Marine f De'penses centrales. . . U 9 de France. j Idem des ports. . . : 6,5 CONSTITUTION DE LA MARINE. 269 Rapports entre la depense totale et les depenses administratives. } Rapport total. 100 : 7,4 | 100 : 8,4 Ainsi notre aclministration centrale est 4 pour Cent moins coüteuse , notre aclministration des ports 4 pour Cent plus cou- teuse; et le total 1 pour cent plus couteux qu en Angleterre. Passons au materiel. Depuis 1814 jusqu’en 1817 , on a de- moli ou vendu 79 vaisseaux et 90 fregates} sans compter les petits batimens. On a depuis pousse plus loin encore les reduc- tions : voici quel etait, en 1819, l’etat de la llotte britannique. RANGS. A LA MER. ENORDINAIRE. TOTAUX. Trois ponts. 2 1 7 r 9 Deux ponts. 12 80 9 2 Fregates. 3 o 67 97 Corvettes. 16 3 *9 Sloops , Lombardes , brigs, cutters. . . . 94 87 l8l Batimens de servitude. 1 85 86 TOTAU X. iSS 33 r) 494 Pour maintenir ce materiel et le personnel qu’il suppose , on a depense 6,88i,o32 l. st., environ 172,000,000 de francs. Dans cette meme annee, il y ayait en construclion : 5 trois ponts , 6 deux ponts, i 5 fregates, 5 corvcttcs, 11 brigs , i yaclit; total 43. En definitive, voici quelle est 1 etendue des reductions de la flotte britannique, depuis la fin de 1812 jusqua la fin de 1819, Bundes . 1819 Vaisseaux. 279 122 Fre'gates et corvettes. 131 Petits batimens. 198 Batimens de servitude. 86 TOTAUX. 53 7 Ml P\ 270 FORCE NATALE. Aiusi, le nombre total des batimens de guerre est diminue de plus de moitie. Cependant, 011 aurait tort de croire que la partie disponible de la flotte soit diminuee dans la meine pro- portion. On n’a yendu et demoli que des batimens hors de Service. Pendant la guerre, une partie de ces batimens restait au fond des rades : soit qu ils ne valussent pas la depense d’un grand radoub \ soit que rimmensite du travail des construc- lions et desreparations courantes, ne penmt pas d’entreprendre des refontes presque aussi longues, aussi couteuses et bien moins profitables que des constructions nouvelles. Aujourd’hui, presque tous les vaisseaux sont neufs 011 re- fondus a neuf, et conserves avec les soins les plus dignes d e- loge. Oes a present, la flotte entiere est en mesure de passer du pieddepaix au pied de guerre ; il n’est aucun bätiment, excepte ceux qu’011 re'pare instantanement, qui ne soit en etat d’etre arme pour prendre la mer, sans aucun delai. Plusieurs motifs permetlent au gouvernement britannique de reduire considerablement le materiel de sa flotte. L’extreme affaiblissement des marines de la France et de la Hollande, de la Suede et du Danemarck, l’aneantissement de la marine es- pagnole, rimperfection de la marine russe, et le faible develop- pement qu’a pris jusquä ce jour la marine americaine : voila sans doute des motifs qui justißent le ministere britannique. Mais il doit n’en paraitre que plus etrange de voir, a tel r point, reduire le materiel, sans voir aussi reduire, et les e'lats majors, et les de'penses administratives. Il serait interessant de coinparer le materiel des flottes de France et d’Angleterre, sur leur pied de paix actuel, avec les depenses de la marine, dans les deux contrees : conlentons- nous de le faire pour les batimens armes en 1819. CONSTITUTION DE LA MARINE. 27 r FRANCAIS. ANGLAIS. RAPPORTS. Vaisseaux. . 2 , >4 1 : 7 Fregates. 1 3o 1 : 4,3 Corvcttes. 1 16 I : 2 4 Brigs , goelettes, etc. . , 26 94 1 : 3,6 TOTAÜX. . . 42 i54 1 : 3,7 Dans cet etat, on n’a pas compris les batimens de transport; parce qu’en Angleterre, ils ne font point partie de la flolte, et sont freies par des armateurs marcbands. Nous ne pouvons ici pousser plus loin ces rapprochemens \ mais on doit entrevoir combien ils seraient propres ä repandre des lumieres, sur les bases qui conyiennent le mieux au pied de paix, ainsi qu’au pied de guerre de notre marine. Le gouvernement britannique n’entretient pas seulement une marine militaire, pour veiller a la defense de la metropole et des colonies, 011 pour porter au besoin, des moyens d’atlaque, sur tous les points ennemis. La protection du commerce et du fisc est au rang des premiers devoirs de la force navale. L’armement considerable que les Anglais conservent en tout temps, sert ä former des croisieres dans les mers des deux mondes, aux points de passage oblige des flottes marchandes, a l’entree des baies, des lacs et des fleuyes importans par leur commerce 5 enfin dans le voisinage de tous les points ou les negocians anglais ont besoin d’obtenir ou de soutenir leurs privileges. XJn autre devoir impose depuis la paix, a la marine militaire, est d’exercer la surveillance la plus active sur toutes les cötes de l’empire britannique , afin d’empecher la contrebande. Cette douane navale a le double avantage d’etre exercee ayec toute la vigueur d’un Service militaire , et toute Factivite' d’une en- treprise de corsaires. E11 effet, les capteurs ont pari de prises dans tout ce quils enlevent ä la contrebande. D’un autre cote,. la marine emploie un plus grand nombre de matelots et d’offl- 275 FORCE NAVALE, ciers, qui conservent l’experience et les traditions du Service. En 1817 , ce Service occupait 55 batimens montes par 2,000 marins. ( Vid. 6 lh . Rep. sei. com.fin. ) CHAPITRE VI. Demi-soldes , relraites, pensions , invalides. Deptjis la fin de la deniiei-e guerre , on a change a la fois les traitemens d’activite ( voyez liv. 11) , et les traitemens de non- activite. On donne actuellement par jour aux officiers generaux non employes : Amiral cle laßotte; amiraux; vice-amiraux; contre-amiraux. 80 f. Sz f. 5 o c. 4 ° f- 62 j c. 3 i f. Les auti’es officiers de la flotte, divises en plusieurs classes , (d’apres leur anciennete) l’ecoivent, comme on le voit parle tableau suivant : GRADES. 1 re , KOMB. CLASSE. TRAITEMENT. 2 e . KOMB. CLASSE. TRAITF.MENT. 3 ». NOMB. CLASSE. TRAITEMENT. Capilaines. . . . IOO 18 f. 12 4 c. i 5 o i 5 f. 62 4 c. Tous les I 3 f. 12 4 C. Commandeurs. . i 5 o 12 5 o n demi-solde. olRciers 6 24 Lieutenans. . . 3 oo 8 h 5 700 7 5 o moins 6 » Maitres ¥ . . . . IOO 8 7 S IOO 7 So anciens. 6 » Si nous comparions ces traitemens de non-activite, avec ceux des officiers de la marine francaise , nous les trouverions a peu pres dans la proportion de la valeur de l’argent a la valeur des choses, en Fi’atxce et en Angleterre. Les officiers de vaisseaux * 11 faul pour que les maitres aient dro it au iraitement de non-activite' , qu’ils aient cinq ans de Service dans la marine , dont deux de Service effectif en qualite de second maitre, de contre-maitre ou de midshipman. CONSTITUTION DE LA MARINE. - 273 en non-activite, ne sont clonc pas mieux traites clans la pre- miere contree que dans la seconde. Mais ce qui rend leur Situation preferable, dans la derniere, c’est d’abord qu’ils peuvent habiter un lieu quelconque , meine bors des trnis royaumes. Ensuite , ils ont la parfaite certitude quaucune mesure ne sera prise pour les rayer arbitrairement des contröles de la marine , et leur enlever leur etat. Enfin , ils peuvent naviguer pour le commerce, saus que le gouvernement exerce sur leur solde an- cune retenue. En cela, la marine britannique agit avec beaucoup de sagesse. Elle se garde bien de decourager les officiers qui eher- chent a pratiquer le melier de la iner, et de voir d un mauvais ceil, que les officiers militaires se rendent utiles au commerce. Independamment des demi-soldes, une somme conside'rable est allouee dans chaque budget, pour les retraites, les pensions et les secours. Lorsque par Feffet de Tage, ou des infirmites gagoees au Service, des officiers de vaisseaux sont admis ä la retraite ( superemnuation ), on leur accorde les deux tiers de leurs appointemens, et souvent meine leurs appointemens com- plets de non-activite. Yoici (pour 1817 et 1818), le tableau compare, de tou tes les sommes payees ä titre de recompenses ou de non-activite ( 8 lh . Rep. sei. com.ßnances). GENS DE MER. w CO hl 1818. 1. Demi-soldes : Amiraux , capitaines, commaudeurs , l. st. 1. lieutenans et agens comptables, disponibles. . . . T , 004,435 994,435 2. Retraites d’age des amiraux , capitaines, etc. 80,297 86 ,o 56 3 . Pensions des amir. , etc. ; pour blessures, amput. , etc. 3 1, 6 a 3 3 1,988 4 - Pensions des officiers des royal-marines, pour idem. 4,880 4 , 85 o 5 . Pensions des officiers de sante, pour idem . 1,045 1,045 6. Pensions des officiers mariniers, pour idem . 15,856 i 3 , 3 ia 7. Pensions de veuves et d’enfans d’officicrs * . 1,690 1,824 8. Pensions pour Services divers. 2,000 2,000 9. Allouances pour la solde de compassion. 5,000 5,000 DlMINUTfGN TOTALE. 1,146,826 1 ,i 4 oj 5 io * II n’y a poinl d’ordonnance speciale qui fixe les secours qu’011 doit accorder aux 274 FORCE NAVALE. . OFFICIERS CIVILS. 1. Amiraute. 10,142 l. st. 9,767/.«/. 2. Office naval. *. I 7 > 97 ° 2 7 > 9®9 3 . Office des paiemens de la marine. 4>637 5,564 4. Office des malades et biesses. . . . . 2,232 5 1 77 5 et 6. Office des vivres. 6,623 6,188 7. Officiers des arsenaux. 8,565 8,699 8. Clercs des arsenaux.. 5,535 6,697 9. Maitres ouvricrs des arsenaux. 2 4>779 25,548 10. Cbantiers des vivres et ports exterieurs. 6,866 8,148 total (officiers civils) * . 87,249 99,657 total (officiers niilitaircs et civils). . 1,234,176 1,240,067 Ainsi donc, en 1817 et 1818, la marine anglaise clepensait pour la seule partie inactiye ou retraitee de son etat major, plus'de 3 i millions de 110s francs. En 1820, cette depense sur- passait encore 28 millions. Yoila quelle est la Charge que le gouvernement anglais na pas craint de supporter, etquil sup- portera, jusqua ce que la vieillesse et la mort des officiers de la marine , reduisent letat major de la flotte ä des proportions convenables au pied de paix. II serait curieux mainlenant de comparer ces depenses aux retraites et aux demi-soldes de la marine francaise, ä l’epoque de la premiere et de la seconde epuration. veuvcs des officiers : l’etendue de ces secours est proportionnee a la famille dont les veuves out la charge, et aux moyens d’existence qu’elles possedent par elles-memes. * En comparant la totalile des sommes accorde'es pour non-aclivitt , aux officiers naviguaus et aux employes des bureaux et des ports , en 1817 et 1818; on voit que la depense de ces derniers ne s’elevait pas an dixieme de la de'pense totale. Mais , si Fon coin- pare eutr’ellcs les retraites accorde'es aux individus , on est frappe d’un tout autre rapport. En ouvrant le budget de 1820 , on voit par exemple : 5 contre-amiraux mis en retraite , chacun avec. 466 -j l- st. . 1 clerc des secretaires de l’amiraute , avec. 862 -j Cette enorme disproportion , entre la recompense d’un clerc de secre'taire , engraisse dans les bureaux, et celle d’un officicr gene'ral use par les navigations et vieilli dans les combats , cette enorme disproportion , dis-je , nous decouvre le haut dcgre de splendcur oü s’cst eleve'e la bnrocratie britannique : le progres est digne de remarque. CONSTITUTION DE LA MARINE. ^5 A coup sur, aucun gouvernement europeen ne fait, proportion gardee, d’aussi grands sacrilices, que le ministere anglais, pour assurer, durant la paix, l’existence d’un etat major accru pai' vingt ans de guerres maritimes. Si ce gouvernement a peche, c’est par trop de reconnaissance envers les ofiiciers qui ont eleve si haut les succes et la gloire de sa force navale; c’est en aug- mentant sans mesure le nombre des titulaires de chaque grade, par des prömotions faites depuis le retour de la paix. On ne peut qu’avec une sorte de regret, l’accuser a cet egard de prodigalite. Mais les eloges qu’on lui doit, pour ce qu’il a fait envers les simples matelots et les soldats de marine, pour leurs veuves et leurs enfans, ne peuvent etre ohscurcis par aucune observation critique : c’est la gloire de l’administration britannique. En parlant des ecoles de la marine , nous ferous connaitre, avec detail, l’admirable Institution fondee depuis la derniere guerre, pour elever aux frais du public, les orplielius des matelots. Les depenses annuelles de cet etablissement s’elevent a pres d’un demi-million de francs. C’est au regne de la grande Elisabeth quil laut remonter, pour trouver l’origine d’un Systeme regulier suivi par le gouvernement britannique , alin d’assurer aux matelots meines , des secours dans leur vieillesse et leur invalidite. Des lors, sui- vant que lasolde des marins de diverses classes , s’elevait ä. 10 l. st. io d. i 7 l. sl. 10 d. ; 5 1. st. » d par mois. on retenait » 6 ; » 4 j ” 3 par mois. Ces retenues formaient, pour les marins blesses, estropies ou invalides, le fonds de secours, dit Caisse de Chatham; parce qu’elle etait deposee et administree dans ce port. Jusqu’alors les marins ne devaient aucune reconnaissance a l’etat, qui ne faisait qu’indemniser les marins malheureux, aux depens de leurs compagnons d’armes. 276 FORCE N AVALE. Le gouvernement a commence par accorder ä la caisse de Chatham , le droit d’accepter des iegs et des donations de simples parliculiers. Autrefois , pour solder les chapelains, on de'- duisait, chaque mois, sur la solde de l’equipage des batimens de guerre, de 4 a 5 d., pour cliaque marin, suivant sa paie. Charles II fit present a la caisse de Chatham du produit de cette retenue, sur tous les batimens qui nauraient pas de chapelain. Enlin, Jacques II fit don ä cette caisse, du montant des amendes imposees par les cours martiales maritimes. Les officiers principaux de l’arsenal de Chatham , comme inspecteurs , et d anciens ofliciers mariniers , sous le titre de gouverneurs, administraient cette caisse. Mais en i8o3, sur la proposition des commissaires de revision pour les affaires civiles de la marine , eile fut transferee ä Yhdpital de Greenwich , afin d etre re'gie par les administrateurs de cet etablissement. Hopital de Greenwich: Apres la chute des Stuarts, leurs successeurs, Guillaume et Marie, ej>rouyant le besoin de se rendre populaires, consacrerent aux marins invalides , le palais que Charles II avait bati sur les bords de la Tamise. Les gens de mer admis dans cet hospice, ou pour leur vieil- lesse ou pour des infirmites et des blessures resultant du Service militaire, sont loges, nourris et vetus aux frais de l’etat qui, chaque semaine, paie en outre, aux maitres d^equipages 3 sch.- aux contre maitres 2 | sch ., et aux simples matelots t sch. On prendra l’idee des accroissemens de cette Institution, par ce iableau des marins admis ä l’höpital : eniyoS; 1738; 17515 1782; i8o5. Marins, 3 oo - 7 4A0 ; 1,000 ; i, 3 oo ; 2,3oo ; 2,410. En i8o5 5 la depense annuelle pour defrayer chaque marin , etait, valeur moyenne , de 27 l. st. 10 9 f d. *. * On cmploie, pour lc Service de l’hopital, des yeuves de matelots qu’on appele les nour- CONSTITUTION DE LA MARINE. 277 A la fin de la guerre de sept ans , l’hdpilal de Greenwich ne süffisant pas pour contenir tous les marins qui pouvaient avoir droit d’y etre admis, un acte du parlement crea des pen- sionuaires externes , leur nomhre s’elevait en 1792; 18025 18135 18x7. ä 900 ; 3,665 ; j o, 5 oo - t 32,400 La solde des pensionnaires externes montait, en 1816, ä sept millions de francs par an ( 274,509 1 . st.) *. rices (nurses ). Elles ne doivcnl pas avoir plus de quarante-cinq ans , lors de leur admis- siou. En i 8 o 5 , il y cn avait 144 f J ui coutaient 4,289 l. st. ( plus de 100,000 francs). * Jusqu’en 1806 , chaque pensionnaire externe recevait 7 l. st. par au. C’est sur la caisse anciennement dite de Chatham , que sont paye'es ces pensions : voici le regle- menl d’apres lequel elles sont payees, depuis 1814 ( 6 lh . Report select comm. onfinanc. Appendix 29 arul 3 o , p. 52 ). — I. Des gratificalions et pensions des blesses. Tout matelot, Soldat , mousse ou royal-marine blesse, au Service de sa majestc', rejoit d’a- bord une certaine sommc en argent comptant (smart monej-). Tout matelot, Soldat, mousse ou royal-marine , congedie' du Service , par suite de blessures, recoit une pension proportionnee ii ces memes blessures : minimum 6 d. ; maximum t sch. 6 d. par jour. — If. Pensions des hommes congedies pour infirmiles. Tout habile matelot congedie pour infirmite's , apres avoir servi sept ans (ou avant qu’il ait servi sept aus , si les cir- constances spe'ciales de son e'tat rcclament quelque indulgcnce) a droit ä une pension qui ne sera pas infe'rieure ä 5 d ., ni superieure a 10 d. par jour , selou le tarif suivant : S’il est incapable de contribuer a gaguer sa subsistancc. \o d. S’il est infirme, mais capable de contribuer pour quelque chose ä gagner sa subsistance. 8 S’il estiufirme, mais capabledes’aider essentiellement. . g S’il est incapable de servir , mais s’il peut pouryoir ä ses besoins.5 Si la dure’e du Service excede quatorze ans, mais si eile est moindre de vingt-uu , le pen- sionne ne recevra pas moins de 8 d ., ni plus de 1 sch. 3 d. par jour, suivant le tarif ci-apres : S’il est incapable de contribuer ä gagner sa subsistance.. S ch. 3 d. S’il est infirme , mais capable de contribuer en quelque cbosc ä gagner sa subsistance.. „ S’il est infirme , mais en etat de s’aider essentiellement. l0 S’il est incapable de servir, mais s’il peut pouryoir ä ses besoins.. 8 Tout matelot, Soldat ou royal-marine , conge'die pour blessures, ct tout matelot valide congedie pour maladie , quelle que soit l’e'tendue ou la naturc de son mal, apres vingt-uu ans de Service , regoit une pension de 1 sch. 6 d. par jour. Toutcs les pensions precedentes peuvent etre accorde'cs pour un an ct plus, ou bien en yiager, sclon que la blessure ou l’in- 278 FORCE NAVALE. Si Ton prend le nombre total des officiers a la demi-solde et des pensionnaires de Greenwich, soit internes, soit externes, on verra que, pendant la paix, le gouvernement britannique vient, au secours d’enyiron quarante mille des gens de mer qui l’ont servi pendant la guerre precedente. Ainsi, pi-es d’un tiers des marins qui servaient alors , est secouru par la patrie ; un sixieme environ reste au Service actif. C’est donc la moitie des serviteurs de l’etat, que la force navale soutient, a Theure de la reconnaissance. Honneur au peuple britannique , pour sa noble et genereusc gratilude !... L’höpital de Greenwich nous semble etabli d’apres un sys- firmilc paraitra perinauentc 011 temporaire. — III. Des pensions pour duree de Service. Tout matelot d’elite qui ne sera point congedie pour blessures 011 pour infirmites; niais seulc- meut par l’effet d’une re'duction de la flotte , et qui aura servi fidelement pendant quatorze ans, et moius de vingt-un, aura une pension d’un demi-denier par jour, pour chaque anne'e de Service Tout matelot d’elite qui comptera vingt-un ans de Service aura , quoique n’e'- tant pas infirme , droit a son conge et h une pension de 1 sch. par jour. Tout rnatelot d’elite qui, apres avoir servi vingt-un ans , consent ä continuer son Service , regoit une liaute-paie d’un demi-denier par jour, pour chaque annee de Service supple'menlaire. II peut pretendre ä soii conge ainsi qu’a Taugmcntation de sa pension , lors de l’ache'vement de cliaque annee supplemeutaire , ou de l’arrivee du uavire ä bord duquel il seit, dans un grand port d’Anglctcrre. Ccpendant, la pension entiere ne doit jamais exceder i sch. 6 d. par jour. _IV. Des malelots ordinaires et des hommes de terre. Dans toutes les fixatioris des paragraphes precedens 011 il est question des retraites des matelots , celles des matelots ordinaires sont les |, et celles des hommes de terre sont les f de la paie d’un matelot d’elite. Aucuu matelot ne sera pensionne comme etant d’elite ou ordinaire, ä moins qu’il u’ait fait un tiers de tout son temps de Service , a la plus haute solde. Quoique tout Service ä la plus haute paie ne soit pas un titre süffisant pour que l’individu ob- tienue la plus haute pension , on doit cependant le lui compter comme temps de Service, ä la solde iuferieure. Apres vingt-un ans de Service , les matelots et gens de terre ( landmen ) ont de meine droit k leur conge , et .i une pension additionnelle, suivant leur paie, pour chaque anne'e cn sus qu’ils resteront au Service.—V. Des royal-marines. Les soldals des royal-marines sont considere's comme gens de terre , si leur temps de Service est moiudre de quatorze ans ; et comme matelots ordinaires s’il excede ce temps. Apres vingt- un ans de Service, ils out droit ä leur conge ou bien ä une augmentation de paie, comme matelots ordinaires, pour chaque annee surnume'raire qu’ils continueront ä servir.—VI. Des mousses. Les mousses, en cas d’iuvalidite seront pensionne's comme matelots; rnais leur CONSTITUTION DE LA MARINE. 279 teme cle faste heaucoup trop dispendieux. En i 8 o 5 ^ la depense totale de Fetat major et de 1 ’administration s’elevait a plus de 20,000 l. st. ( 5 oo,ooo f.). L’etat major est heaucoup trop nombreux, et paye heaucoup trop cherement. Le gouverneur de cet etablissement a S^boo f. de fixe, par an : sans compter le logement, et un revenu casuel qui doit elre consicler-able. L’etablissemeut est sous Finspection immediate dune Commission composee des grands officiers de l’etat. Les affaires sont dirigees par un conseil de yingt-quatre directeurs, compose d’amiraux et de comptables. Un sous-gouverneur, quatre ca- pitaines et huit lieutenans de vaisseau executent les ordres du gouverneur. La place du tresorier de Fhdpital de Greenwich est Service ue sera point compte dans le temps qui donne droit ä la retraite : pour les per- sonnes elevees au Service , ce temps sera cense’ commencer ä Tage de dix-buit ans. — VII. Pelils officiers. Ils sont distingue's en dcux classes qui rejoivent, outre leur pen- sion de matelots ou royal-marines , j ou ^ denier par Jour, pour cliaque anne'e de Service , avec ce grade. — VIII. Officiers comptables. Le roi en conseil peut, quand il Ini plait , accorder aux officiers comptables du Lord , pour blessures rccues au Service , une pension sur le budget ordinaire de la marine , ainsi qu’ä tout officier ou antre personne qui n’aurait droit ä aticune pension de l’hopital de Greenwich. — IX. Congddie's , ren- Irant au Service. Ils ont droit de garder la pension due a leur premier Service , qui s’ajoute avec les anne'es du Service nouveau, sans c'gard au congcdiement. — X. De la Suspension des pensions. Les pensions ctant accordces pour cncourager autant que pour recompenser la bonne et fidele conduite des marins : tout droit ä cette libe'ralite sera perdu , i°. par quelque faule de conduite qui deciderait les lords commissaires de l’amiraule ä ordonuer que les dites pensions soient refusees ou retirees ; z°. par 1’clTet de la de'sertion. Lorsqu’un deserteur est arrete ou renlre au Service , il recommence un nouveau temps h dater de sa derniere entree , et n’a droit de comptcr aucun temps ante'rieur ä sa de'sertion (exceple lors- que la marque D , inscrite vis-a-vis le nom du de'serteur , sur les registres de la marine, est efface'e, par ordre des lords commissaires de l’amiraute); 3°. par l’edet de la sentence d’une cour martiale. — Les pensionne's qui n’auront pas ete congedies comme tout-ä-fait invalides ni comme ayant servi vingt-un ans ou au-dessus, ou dont l’age n’excedera pas cinquante ans, perdront leurs pensions s’ils ne'gligent de se trouver , ä quelque epoque que se soit, dans tel port ou tel lieu qui , en temps de guerre, ou ä l’approcbe d’une guerre, sera designe par les lords commissaires de l’amiraute , pour la reunion des pensionnes ; 4 0 . enfin , par le refus de servir de la maniere ( quelle qu’elle soit) prescritc par les lords de ramiraute': ä moins que ce refus de seryir, ne soit justifie par un motif reconnu yalablc. s8o FORCE NA VALE. tres-lucrative j c’est une des recompenses que le ministere ac- eorde pour consolider son influence parlementaire. Revenus de l’hopital .- ils se composent: i°. I)e 6 d. (62 -j cent.) perjus cliaque mois sur la solde de tous lcs gens de mer qui navigucnt, pour le commerce , ou pour l’etat. Dans la seule marine marchande , cette taxe a produit (anne'e moyenne) pendaut les dix aus qui ont prccede' 1743 ; 1783; i 8 o 3 ; i 8 i 3 j 1816. 8,265 ; 12,455; l 6 , 336 ; 22,672; 26,376 /. st. Lcs progres de ce revenu , montrent de la manicre la plus pre'cise, les accroissemens de la marine marchande de la Grande-Bretagne. 2°. Des rentes de proprietes acquises par l’hopital , en vertu de dotations publiques ou de dons particulicrs : en i 8 o 5 , cette brauche de revenu produisait pres de 1,100,000 f. 3 °. De 1 ’interet des sommes possede'es par l’hopital et place'es dans les fonds publics : cette source de revenu augmente en temps de guerre , parce qu’alors les retraites sont peu nombreuses ; tandis que lcs produils des 6 d. par marin , sont tres-conside'rables. Ainsi, malgre les grandes depenses de cet etablissement, le surplus des revenus avait e'td si conside'rahle pendaut la derniere guerre , qu’en 1817, la caisse de l’Höpital possedait encore 3,760,000 l. st. (pres de 90 millions de f.) , place's dans les fonds publics ä 3 pour cent de revenu. Mais cette somme diminue cliaque anuee, par les charges extraordinaires de la paix. 11 faudrait ajouter toutes ces dc’penses , aux sommes votees par le parlement pour les demi-soldes , pensions, secours, etc. , si l’on voulait connaitre le total de ce que la Grande- Bretagne fait en faveur de ses anciens serviteurs. II faut bien se garder, en effet, de confondre les divers revenus de Tliopital de Greenwich , avec les sommes votees anuuellement clans la comptabilite parlementaire, pour le paiement des demi-soldes, des pensions , des retraites et des secours des oiliciers de la marine. L’Iiö- pital de Greenwich est conside're' par le gouvernement et par le le'gislateur , comrae une Corporation ; c’est-ä-dire, comme un corps politique ayant droit d’acque'rir et de ge'rer ses proprietes , en hon pere de famille, et sans besoin d’autorisation temporaire pour consommer ses revenus. Cependant, commme tout, en Angleterre , est soumis au contröle supreme du parlement; toutes les fois que le corps legislatif de'sire connaitre la Situation financiere de l’hopital de Greenwich , il ordonne que les papiers ne'cessaires pour donncr cette connais- sa nee , lui seront pre'sente's; et le ministere obe'it ä cette injonction. FIN Dü VOLUME.