xij INTR'ODUCTION.
peaux, avant l’inauguration des aigles de 1'Empire *. Leur memoiretoute entiere , est remplie par les journees d’Austerlitz , de Wagram ,d’Iena , de Friedland et de la Moskowa. Voilä, pour eux, les temps etles lieux de la gloire par excellence. Tout leur semble beau de cettee'poque. Ils ont oublie' jusqu’ä la perte de nos flottes, de nos marins etde nos colonies; ils ont oublie' jusqu’au de’sastre de Trafalgar; jusqu’äl’incendie , plus recent, des vaisseaux de ITle d’Aix. Maintenant, ilsnous parlent avec extase de la marine de l’Empire; et ils accablent,de leur superbe mepris, la marine de la France actuelle.
Quelques hommes de la ge'neration qui s’e'teint, exclusivement fidelesaux antiques renommees de la France, seraient dispose's ä favoriser, parreminiscence, une marine qui voit flotter sur ses vaisseaux, le pavillondes siecles passe's. Mais cette noble faveur et ces volontes ge'ne'reuses , ilsles gätent par tant d’absurdes idees et d’erreurs anti-nationales , que dansl’opinion publique, ils ont nui presque autant a notre marine par une
* Au moment oü l’on imprime les dernieres feuilles de cet ouvrage, des signaux tele'grapliiquesapprennent au continent europeen, que le chef du ci-devant empirc?? cesse enfln d’etre prisonnier:ils racontent sa raort. fleureux les t'crivains qui, forces par leur sujet a parier de ses travaux ou deses actions, n’ont jamais oublie les egards dus au malheur, et n’ont insulte jamais ä la captivitc duguerrier qui, tant de fois, conduisit un grand peuple ä la victoire ! Eleve' sur le pavoi militaire,comme un trophee national $ couronne dans le sein du> triomphe ; salue' fils atnc de l’Eglise , etrestaurateur de la foi; rendu l’oint du Seigneur par le pontife des pontifes : enfin , ayant acquispour subalternes j des rois*; pour courtisans , des empereursj ayant vu son amitie mendie'e parles Ce'sars, comme un bienfait des dicux **; enivre d’hommages, et monte' Irop haut dans laprosperite, il torabe. Soudain les sceptres qui s’abaissaient jusqu’ä sespieds, s’appesantissent sursa t£te. Les cbaii'es sacre'es d’oü retentissaient pour lui des paroles de servage et d’admira-tion, retentissent, aussitöt, des paroles du me'pris et de la male'diclion. Tons ses adulateurs, tousles corrupteurs de sa fortune, lui font eprouver l’insupportable affront de deshonorer l’eloquencede leurs premiers eloges, par l’ignominie de leurs derniers outrages. Ils lui reprochent unevie qu’ils ont adore'e, tous s’indignent qu’il ne l’abrege point par le crime du suicide! Mais ilmeurt, et leur joie se concentre pour faire place ä l’hypocrisie de la douleur : dernier rafiinementd’un sicclc poli. Teiles sont, cependant, les moindres lecons que la chute du conqueraut presenteä la prospe'ritd des rois. Celui qui fut si fameux par ses travaux, si brillant par ses conceptions,,si grand par ses combats; celui qui crut, avec des monumens, de la gloire et des conquetes , nouspayer nos libertes raviesj celui qui voulut rendre aussi des fers aux noirs d’une colonie francaise;livre lui-meme ä la traite , par les potentats qu’il avait comples au nombre de ses tributaires , apressix ans de servitude il expire sur le rocher de la proscription, entre le continent qui enfanle Jesesclaves, et les colonies qui les de'vorent. Voilä donc ce que produit cette Science du pouvoir ,depuis vingt ans precliee par tant d’apotres, avec tant d’insolence. Elle frappe de mort le geniemeine qui l’invente; et quel puissant genie !.
* TJt haberet instrumenta servilutis , et reges. Tacit.
** L’amitie d’un grand hommt est un bienfait des dicr~ Voit. OEdipc. ERFURT»