enfin les sons d’nn triangle et d’une grosse caisse. Cettemusique gazouillante et bourdonnante paraissait venirde très-loin. Cependant, quand je levai les yeux, je visprès de moi, au milieu de la chambre, un spectacle quim’était bien connu. C’était M. Turlututu le nain, quijouait du triangle, et madame mère qui battait la grossecaisse pendant que le chien savant flairait le sol toutautour, comme pour y chercher et rassembler ses ca-ractères de bois. Le chien paraissait ne se mouvoirqu’avec peine, et sa peau était souillée de sang. Madamemère portait toujours ses vêtements de deuil, mais sonventre n’était plus aussi drôlement proéminent qu’au-trefois : il descendait au contraire d’une façon repous-sante ; sa petite face n’était plus rouge non plus, maisjaune. Le nain, qui avait toujours l’habit brodé et letoupet poudré d’un marquis français de l’ancien régime,semblait un peu grandi, peut-être parce qu’il avait maigrihorriblement. Il montrait encore ses ruses d’escrime etavait l’air de débiter ses anciennes vanteries; mais ilparlait si bas, que je ne pus saisir un seul mot, et jedevinai seulement, au mouvement de sa bouche, qu’ilrépétait quelquefois son chant de coq.
Pendant que ces caricatures-spectres s’agitaient de-vant mes yeux comme des ombres chinoises, avec unmystérieux empressement, je sentis que mademoiselleLaurence, qui dormait sur mon cœur, respirait toujoursplus péniblement. Un frisson glacé faisait tressaillirtous ses membres comme s’ils eussent été torturés par