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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
tides et en sphinx, et le ciel brillait de riches dorures,particulièrement d’aigles d’or, qui se becquetaientcomme des tourterelles: c’était peut-être un symbolede l’amour sous l’empire. Les rideaux étaient de soierouge, et comme les flammes de la cheminée les éclai-raient d’une vive lueur, je me trouvais avec Laurencedans un demi-jour de feu, et me figurais être le dieuPluton, qui, au milieu des clartés flamboyantes de l’en-fer, enlace dans ses bras Proserpine endormie. Elledormait en effet, et je contemplai, dans cette situation,sa belle tête, cherchant dans ses traits l’explication decette sympathie que mon âme ressentait pour elle. Quesignifie cette femme ? Quel sens se cache sous la sym-bolique de ces belles formes? Cette gracieuse énigmereposait maintenant dans mes bras comme une pro-priété, et pourtant je n’en avais pas le mot.
Mais n’est-ce pas folie de chercher le sens d’un mys-tère étranger, quand nous ne pouvons même pas expli-quer celui de notre propre âme? Et que savons-nous siles choses qui ne sont pas nous-mêmes existent réelle-ment? Il arrive souvent que nous ne pouvons distinguerdes songes la réalité vraie ! Ce que je vis et entendis, cettenuit-là, par exemple, fut-ce un produit de mon imagina-tion ou un fait réel? Je l’ignore. Je me souviens seulementqu’au moment où le flux des pensées les plus bizarresinondait mon cerveau, mon oreille fut frappée d’un bruitétrange. C’était une mélodie folle, mais très-sourde.Elle semblait familière à mon esprit, et je distinguai