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2 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

tides et en sphinx, et le ciel brillait de riches dorures,particulièrement daigles dor, qui se becquetaientcomme des tourterelles: cétait peut-être un symbolede lamour sous lempire. Les rideaux étaient de soierouge, et comme les flammes de la cheminée les éclai-raient dune vive lueur, je me trouvais avec Laurencedans un demi-jour de feu, et me figurais être le dieuPluton, qui, au milieu des clartés flamboyantes de len-fer, enlace dans ses bras Proserpine endormie. Elledormait en effet, et je contemplai, dans cette situation,sa belle tête, cherchant dans ses traits lexplication decette sympathie que mon âme ressentait pour elle. Quesignifie cette femme ? Quel sens se cache sous la sym-bolique de ces belles formes? Cette gracieuse énigmereposait maintenant dans mes bras comme une pro-priété, et pourtant je nen avais pas le mot.

Mais nest-ce pas folie de chercher le sens dun mys-tère étranger, quand nous ne pouvons même pas expli-quer celui de notre propre âme? Et que savons-nous siles choses qui ne sont pas nous-mêmes existent réelle-ment? Il arrive souvent que nous ne pouvons distinguerdes songes la réalité vraie ! Ce que je vis et entendis, cettenuit-, par exemple, fut-ce un produit de mon imagina-tion ou un fait réel? Je lignore. Je me souviens seulementquau moment le flux des pensées les plus bizarresinondait mon cerveau, mon oreille fut frappée dun bruitétrange. Cétait une mélodie folle, mais très-sourde.Elle semblait familière à mon esprit, et je distinguai