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ŒUVRES DE HENRI HEINE,
défunte mère qui me racontait sa vie. Il fut à même debien la connaître, cette triste existence, car il avait étéjadis valet de chambre du comte. Il jouissait cruelle-ment des affreuses terreurs que j’éprouvais, pauvrepetite enfant, en entendant des paroles qui ‘semblaientsortir de terre. Ces paroles souterraines me racontaientd’effrayantes histoires, histoires dont je n’ai jamais saisil’ensemble, que j’oubliai ensuite insensiblement, maisqui me revenaient avec de vives couleurs, quand jedansais. Oui, quand je dansais, j’étais soudainementsaisie d’un étrange souvenir. Je m’oubliais moi-même,je m’imaginais être une tout autre personne, et commetelle tourmentée par les peines et par les secrets decette même personne. Dès que je cessais de danser, touts’effaçait dans ma mémoire. »
Pendant que Laurence parlait ainsi d’un air lent etsingulièrement questionneur, elle se tenait debout de-vant la cheminée où le feu flamboyait toujours plusclair et plus gai, et moi j’étais enfoncé dans le fauteuilqui servait probablement à son mari quand, le soiravant le coucher, il lui racontait ses batailles. Laurenceme regardait avec ses grands yeux, et semblait me de-mander conseil. Elle balançait sa tête avec une rêveriesi mélancolique; elle m’inspirait une si noble, si doucepitié; elle était si svelte, si jeune, si belle, cette fleur,ce lis sorti d’un tombeau, cette tille de la mort, cespectre au visage d’ange, au corps de bayadère ! Je nesais comment cela se lit; c’était peut-être l’influence