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2 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

cachet dune époque dont léclat nous paraît maintenantsi ingénu, si outré et si déclamatoire que les ruines enexcitent parfois un sourire. Cétait le temps de lempire,temps de laigle dor, des orgueilleux plumets flot-tants, des coiffures grecques, de la gloire, des grandstambours-majors, des Te Deum, de limmortalité offi-cielle que décrétait le Moniteur, du café continentalquon faisait avec de la chicorée, et du mauvais sucrefabriqué avec de pauvres betteraves, et des princes etdes ducs fabriqués avec rien du tout. Il avait pourtantson charme, ce temps de matérialisme pathétique:Talma déclamait, Gros peignait, Bigottini dansait, Gras-sini chantait, Maury prêchait, Rovigo avait la police,lempereur lisait Ossian, Pauline Borghèse se faisaitmouler en Vénus, en Vénus toute nue, parce que lachambre était bien chauffée, comme celle je metrouvais avec mademoiselle Laurence.

Nous nous assîmes devant la cheminée, nous babil-lâmes familièrement, et elle me raconta en soupirantquelle était mariée à un général bonapartiste qui chaquesoir, avant le coucher, la régalait d'une description dequelquune de ses batailles; quil lui avait livré la veille,avant de partir, la bataille dIéna, mais quil était ma-lingre, et survivrait difficilement à la campagne deRussie. Quand je lui demandai depuis combien de tempsson père était mort, elle rit et mavoua quelle navaitjamais connu son père, et que sa soi-disant mère navaitjamais été mariée.