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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
cachet d’une époque dont l’éclat nous paraît maintenantsi ingénu, si outré et si déclamatoire que les ruines enexcitent parfois un sourire. Cétait le temps de l’empire,temps de l’aigle d’or, des orgueilleux plumets flot-tants, des coiffures grecques, de la gloire, des grandstambours-majors, des Te Deum, de l’immortalité offi-cielle que décrétait le Moniteur, du café continentalqu’on faisait avec de la chicorée, et du mauvais sucrefabriqué avec de pauvres betteraves, et des princes etdes ducs fabriqués avec rien du tout. Il avait pourtantson charme, ce temps de matérialisme pathétique:Talma déclamait, Gros peignait, Bigottini dansait, Gras-sini chantait, Maury prêchait, Rovigo avait la police,l’empereur lisait Ossian, Pauline Borghèse se faisaitmouler en Vénus, en Vénus toute nue, parce que lachambre était bien chauffée, comme celle où je metrouvais avec mademoiselle Laurence.
Nous nous assîmes devant la cheminée, nous babil-lâmes familièrement, et elle me raconta en soupirantqu’elle était mariée à un général bonapartiste qui chaquesoir, avant le coucher, la régalait d'une description dequelqu’une de ses batailles; qu’il lui avait livré la veille,avant de partir, la bataille d’Iéna, mais qu’il était ma-lingre, et survivrait difficilement à la campagne deRussie. Quand je lui demandai depuis combien de tempsson père était mort, elle rit et m’avoua qu’elle n’avaitjamais connu son père, et que sa soi-disant mère n’avaitjamais été mariée.