REISEBÏLDER.
s’y établirent à leur grande satisfaction, et le vide se fitinsensiblement autour de moi.— « Il faut alors que vouspartiez dans la mienne. » dit enfin une dame qui, pro-fondément enveloppée dans sa mantille noire, avait at-tendu pendant quelque temps auprès de moi, et se dispo-sait à monter dans un équipage. Sa voix me vibra dansle cœur. Le regard oblique accoutumé exerça de nouveausa magie, et je me retrouvai comme dans un songe quandje me sentis auprès de mademoiselle Laurence dans unchaud et moelleux carrosse. Nous n’échangeâmes pasune seule parole : d’ailleurs nous n’aurions pu nous en-tendre, car nous roulions avec un fracas de tonnerre surle pavé de Paris. Nous roulâmes longtemps, puis nousnous arrêtâmes devant une grande porte cochère.
Des laquais en brillante livrée nous éclairèrent surl’escalier, et dans une longue file d’appartements. Unefemme de chambre, qui vint au-devant de nous avec unefigure endormie, balbutia au milieu de beaucoup d’ex-cuses qu’on n’avait allumé de feu que dans la chambrerouge. Faisant à cette femme signe de s’éloigner, Lau-rence me dit en riant : — Le hasard vous conduit loinaujourd’hui ; il n’y a de feu que dans ma chambre àcoucher.
Dans cette chambre, où l’on nous laissa bientôt seuls,flamboyait un très-bon feu de cheminée qui avait d’au-tant plus de prix que la chambre était immense et très-élevée. Cette grande pièce avait quelque chose de singu-lièrement désert. Meubles et décoration, tout portait le
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