REISEBIEDER.
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me rappellent toujours a tradition de danseuses noc-turnes qu’on appelle chez nous les willis. Ce sont dejeunes fiancées mortes avant le jour des noces; maiselles ont conserve si vivement dans leur cœur 1 amourmal satisfait de la danse, qu’elles sortent la nuit de leurstombeaux, se rassemblent en troupes sur les routes, etlà se livrent aux danses les plus passionnées. Paréesde leurs habits de noces, couronnées de fleurs, lesmains livides ornées d’anneaux étincelants, souriant àfaire frissonner, irrésistiblement bulles, les willis, bac-chantes mortes, dansent au clair de lune, et ellesdansent avec d’autant plus d’ardeur et d’impétuosité,qu’elles sentent approcher la fin de l’heure de minuit, lemoment qui doit les faire redescendre dans le froid gla-cial de leurs tombeaux.
Ce fut à une soirée de la Chaussée d’Antin que cesréflexions roulaient dans mon âme. C’était une soiréebrillante, et rien ne manquait des conditions ordinairesd’un tel plaisir. Assez de lumières pour être bien éclairé,assez de glaces pour s’y mirer, assez d’hommes pour yétouffer de ch leur, assez de sirops et de sorbets pourse rafraîchir. On commença par faire de la musique.Franz Liszt s’étant laissé entraîner au piano, releva sachevelure au-dessus de son front spirituel, et livra unede ses plus brillantes batailles. Les touches semblaientsaigner. Si je ne me trompe, il joua un passage de laPalingénésie de Ballanche, dont il traduisit les idées enmusique, chose fort utile pour ceux qui ne peuvent lire