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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
chinoise, un Vizliputzü mexicain avec un gothique eccehomo, des idoles égyptiennes à tête de chien, de saintsfétiches de bois, d’ivoire, de métal, etc. J’y vis de vieuxmousquetaires qui avaient dansé avec Marie-Antoinette,des philanthropes qui avaient été adorés dans l’assembléenationale, des montagnards sans pitié et sans tache, desrépublicains apprivoisés qui avaient trôné au Luxem-bourg directorial, des grands dignitaires de l’empire de-vant qui l’Europe entière avait tremblé, des jésuitessouverains de la restauration, toutes divinités éteintes,mutilées et vermoulues de diverses époques, et aux-quelles personne ne croit plus. Les noms hurlent quandils se rencontrent, mais on voit les hommes rester pai-siblement et amicalement les uns près des autres commeles antiquités dans les boutiques du quai Voltaire. Dansles pays germaniques, où les passions sont moins disci-plinables, faire vivre de la même sociabilité tant de per-sonnes hétérogènes serait tout à fait impossible, Et puisdans nos froides régions du nord, le besoin de parlern’est point aussi pressant que dans la chaude France,où les plus grands ennemis, quand ils se rencontrentdans un salon, ne peuvent garder longtemps un sombrésilence. En outre, le désir de plaire est si grand enFrance, qu’on s’efforce de plaire, non-seulement à sesamis, mais encore à ses ennemis. On n’est occupé qu’àse draper et à minauder, et les femmes ont fort à faireici pour surpasser les hommes en coquetterie. Pourtantelles y parviennent en définitive.