Druckschrift 
2 (1861)
Entstehung
Seite
343
Einzelbild herunterladen
 

IlEISEBILDEH.

343

le ballet de l’Opera de Paris, où s’est conservée danstoute sa pureté la tradition de cette danse classique,pendant que les Français ont renversé le vieux systèmedans les autres arts, dans la poésie, la musique et lapeinture. Mais il leur sera difficile de faire dans l’art dede la danse une semblable révolution, à moins qu’ilsn’aient recours ici, comme dans leur révolution poli-tique, à la terreur, et qu’ils ne guillotinent les jambesaux danseurs endurcis de l’ancien régime. MademoiselleLaurence n’était pas une grande danseuse. Les pointesde ses pieds n’étaient pas très-souples, ses jambesn’étaient point rompues à toutes les dislocations pos-sibles, elle n’entendait rien à la danse telle que l’en-seigne M. Taglioni,-mais elle dansait comme la naturecommande aux hommes de danser. Toute sa personneétait en harmonie avec ses pas. Ce n’étaient pas seule-ment ses pieds, mais c’était son corps entier qui dansait,son visage même dansait... elle devenait pâle parfois,mais d’une pâleur mortelle, ses yeux s’ouvraient toutgrands comme ceux d’un spectre : autour de ses lèvrespalpitaient la curiosité et l’effroi, et ses cheveux noirsqui encadraient ses tempes dans des ovales lisses, vole-taient en se soulevant comme deux ailes de corbeau.Ce n’était pas là en effet une danse classique, ni unedanse romantique non plus, comme l’entendrait unJeune-France. Cette danse n’était ni moyen âge, ni vé-nitienne, ni bossue, ni macabre , ni moralité, ni clairde lune, ni inceste... C’était une danse qui ne visait pas