342
ŒUVRES UE HENRI HEINE.
fille qui faisait partie de la société, cette personne estla tille unique de la très-respectable et très-chrétiennedame que vous voyez là-bas avec la grosse caisse, etqui porte encore aujourd’hui le deuil de son épouxchéri, le plus grand ventriloque de l’Europe ! Mademoi-selle va danser ! admirez maintenant la danse de made-moiselle Laurence. » Après ce discours, il contrefitencore le coq.
La jeune fille ne semblait faire aucune attention ni àces paroles, ni aux regards des spectateurs. Perduedans ses rêveries, elle demeura sans mouvement jusqu’àce que le nain eût étendu devant ses pieds un grandtapis et recommencé à frapper son triangle avec accom-pagnement de grosse caisse. C’était une singulière mu-sique , mélange de lourd bourdonnement et de cha-touillement voluptueux ; j’y distinguai une mélodiepathétiquement folle, tristement dévergondée, bizarre,quoique de la plus curieuse simplicité. Mais j’oubliaibientôt cette musique quand la jeune fille commença àdanser.
La danse et la danseuse s’emparèrent avec force detoute mon attention. Ce n’était pas la danse classiqueque nous voyons encore dans nos grands ballets. Cen’étaient pas ces alexandrins dansés , ces sauts décla-matoires, ces entrechats d’antithèses, cette passionnoble qui pirouette à vous donner le vertige, au pointqu’on ne voit plus rien que ciel et tricot, rien qu’idéalet mensonge. En vérité, rien ne me contrarie plus que