bonne provision de mauvaise humeur, et je cherchaisdes distractions chez un peuple qui ne sait lui-mêmetuer son ennui que dans le tourbillon de l’activité poli-tique et mercantile. La perfection des machines qu’onemploie partout, dans ce pays, à accomplir des travauxd’homme, avait aussi pour moi quelque chose de dé-plaisant et de sinistre tout à la fois. Cette vie artificiellede rouages, pistons, cylindres, et de milliers de cro-chets, goupilles, petites dents qui se meuvent presqueavec passion, me remplissait d’horreur. La précision,l’exactitude, la mesure et la ponctualité de la vie desAnglais ne me tourmentaient pas moins ; car si les ma-chines en Angleterre nous font l’effet d’hommes, leshommes nous y apparaissent comme des machines.Oui, le bois, l’acier et le cuivre semblent y avoir usurpél’esprit des hommes et être devenus presque fous parexcès d’esprit, pendant que l’homme, dépouillé de savie intellectuelle, semblable à un fantôme vide, accom-plit , comme une machine, sa tâche habituelle. A laminute fixée il mange son beefsteak, débite son discoursau parlement, fait ses ongles, monte en diligence, oubien encore va se pendre.
Vous pouvez vous figurer sans peine combien s’aug-mentait mon malaise dans ce pays. Mais rien ne se peutcomparer à l’humeur noire qui m’assaillit un soir quej’étais sur le pont de Waterloo et que je plongeais mesregards dans la Tamise. Il me semblait voir s y réfléchirmon âme, qui, du fond d° ce miroir, me montrait toutes