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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
nois dans sa forme ordinaire, qui faisait ses révérenceshabituelles, pendant que le public applaudissait avectransport.
« C’est le fameux tour de force sur la corde de sol,me dit mon voisin: je joue moi-même du violon, et jecomprends ce qu’il y a de merveilleux à dominer ainsison instrument ! » Heureusement la pause dura peu ; sanscela le connaisseur en pelleteries m’aurait certainementétouffé sous une dissertation technique. Paganini re-plaça son violon sous son menton, et avec le premiercoup d’archet recommença la merveilleuse transfigura-tion des sons. Mais cette fois les couleurs étaient moinscrues et les formes plus indécises. Les sons se dévelop-paient avec calme et majesté, ondulaient et s’enflaientcomme le choral de l’orgue sous les voûtes d’une cathé-drale. Tout s’était étendu alentour dans des proportionsimmenses et telles que les yeux seuls de l’esprit les pou-vaient embrasser. Au centre de ce vaste espace planaitun globe lumineux sur lequel s’élevait un homme àtaille gigantesque, au port sublime, qui jouait du violon.Le globe était-il le soleil? Je l’ignore ; mais dans les traitsde l’homme je reconnus Paganini embelli d’une beautéidéale, rayonnant de gloire, souriant d’une joie d’expia-tion. Son corps resplendissait de force virile, un vête-ment bleu clair enveloppait ses membres ennoblis :autour de ses épaules flottait en boucles brillantes sanoire chevelure. Il se tenait debout, ferme et assurécomme une sublime image de la divinité et jouait du