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2 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

quauparavant. Ses yeux étaient fixes, dune inquiétudede criminel,

Divin ! sécria, en se grattant les oreilles, monvoisin, le connaisseur en fourrures; ce morceau vaut àlui seul les deux thalers.

Quand Paganini recommença à jouer, tout devintplus sombre à mes yeux. La figure du maître se voiladombres plus épaisses, et de cette obscurité, sa mu-sique sortit avec les sons les plus douloureux et les plusdéchirants. Ce ne fut que rarement, et quand une petitelampe suspendue sur sa tête léclairait dune maigrelueur, que je pus voir son visage pâle cependantnétait pas encore éteint le charme de la jeunesse. Soncostume était bizarrement mi-parti de deux couleurs,rouge et jaune. A ses pieds pesaient de lourdes chaînes.Derrière lui sagitait une figure dont la physionomietenait de la lascive nature du bouc, et de longues mainsvelues mapparaissaient quelquefois comme des auxi-liaires qui sallongeaient sur le manche du violon dePaganini. Elles lui conduisaient même parfois la main,et des bravos participant du bêlement et du rire accom-pagnaient les sons qui ruisselaient du violon, sons tou-jours plus plaintifs et plus sanglants. Cétaient des sonspareils au chant des anges déchus qui, ayant faitlamour avec les filles de la terre, furent bannis duroyaume des bienheureux, et tombèrent dans labîmeavec la rougeur de la honte sur le font. Cétaient dessons dans lobscure profondeur desquels ne brillait plus