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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
qu’auparavant. Ses yeux étaient fixes, d’une inquiétudede criminel,
— Divin ! s’écria, en se grattant les oreilles, monvoisin, le connaisseur en fourrures; ce morceau vaut àlui seul les deux thalers.
— Quand Paganini recommença à jouer, tout devintplus sombre à mes yeux. La figure du maître se voilad’ombres plus épaisses, et de cette obscurité, sa mu-sique sortit avec les sons les plus douloureux et les plusdéchirants. Ce ne fut que rarement, et quand une petitelampe suspendue sur sa tête l’éclairait d’une maigrelueur, que je pus voir son visage pâle où cependantn’était pas encore éteint le charme de la jeunesse. Soncostume était bizarrement mi-parti de deux couleurs,rouge et jaune. A ses pieds pesaient de lourdes chaînes.Derrière lui s’agitait une figure dont la physionomietenait de la lascive nature du bouc, et de longues mainsvelues m’apparaissaient quelquefois comme des auxi-liaires qui s’allongeaient sur le manche du violon dePaganini. Elles lui conduisaient même parfois la main,et des bravos participant du bêlement et du rire accom-pagnaient les sons qui ruisselaient du violon, sons tou-jours plus plaintifs et plus sanglants. C’étaient des sonspareils au chant des anges déchus qui, ayant faitl’amour avec les filles de la terre, furent bannis duroyaume des bienheureux, et tombèrent dans l’abîmeavec la rougeur de la honte sur le font. C’étaient dessons dans l’obscure profondeur desquels ne brillait plus