322
ŒUVRES UE HENRI HEINE.
d’étude d’une prima donna. L’extérieur de Paganinis’était également métamorphosé, et de la façon la plusflatteuse. 11 portait une culotte courte de satin lilas, uneveste Planche brodée, un habit de velours bleu clair àboutons d’argent filigrané, et ses cheveux, soigneuse-ment frisés en petites boucles, se jouaient autour de saligure qui brillait de jeunesse, de fraîcheur et'd'unedouce tendresse, quand il lorgnait la jolie signorina quise tenait à côté de son pupitre.
Dans le fait, j’aperçus près de lui une jeune et joliecréature habillée à l’ancienne mode, aux paniers desatin, à la taille fine et séduisante, aux cheveux poudréset crêpés en montagne, sous lesquels brillait d’un airplus dégagé un joli visage rond avec des yeux étince-lants, de jolies petites joues fardées, de petites moucheset un petit nez impertinent. Elle tenait à la main unrouleau de papier blanc, et d’après le mouvement deses lèvres et le balancement coquet de son corsage, jepus conjecturer qu’elle chantait; mais je n’entendaisaucun de ses trilles, et ne pus deviner que par le jeu dePaganini, qui l’accompagnait sur le violon, ce qu’ellechantait, et ce que lui-même éprouvait au fond ducœur en l’entendant chanter. Oh ! c’étaient des mélo-dies telles que le rossignol en module dans les ombresdu soir, quand le parfum de la rose enivre son cœur dedésirs printaniers. C’était une béatitude de langueur etde tressaillements voluptueux ! C’étaient des sonsamoureux qui se caressaient, se fuyaient avec une