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2 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

loges tout le beau monde du commerce; un olympeentier de banquiers et autres millionnaires ; les dieux ducafé et du sucre, avec leurs grasses déesses légitimes,Junons de la rue Wrantram et Vénus de l’impasseDreckwall. Un religieux silence régnait d’ailleurs danstoute la salle. Tous les yeux étaient braqués sur lascène. Les oreilles s’apprêtaient à entendre. Mon voi-sin, honnête courtier en fourrures, retira de ses oreillesde vieux bouchons de coton, pour mieux pomper lessons précieux qui coûtaient 2 thalers d’entrée. Enfinsur la scène s’avança une sombre figure qui paraissaitarriver du monde des ténèbres. C’était Paganini dansson noir costume de gala : habit noir et gilet noir decoupe effroyable, comme l’étiquette infernale le pres-crit peut-être à la cour de Proserpine. Un pantalon noirflottait pauvrement autour de ses jambes fluettes. Seslongs bras parurent allongés encore par le violon qu’iltenait d’une main, et par l’archet qu’il tenait de l’autre,et avec lequel il touchait presque la terre, quand ildébita devant le public ses révérences inouïes. Dans lescourbures anguleuses de son corps apparaissaient unerépugnante flexibilité de mannequin, et en même tempsune sorte de servilité animale, qui nous donna grandeenvie de rire; mais sa figure, dont l’éclairage éblouis-sant de l’orchestre faisait ressortir la pâleur cadavéreuse,avait quelque chose de si suppliant, de si niaisementhumble, qu’une singulière pitié étouffa en nous toute vel-léité rieuse. A-t-il appris ces révérences d’un automate