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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
comme le lait, et cette face laiteuse tournait quelquefoisà une expression aigre-douce de tristesse. Cette tristesseremplaçait l’esprit sur le visage de Bellini ; mais c’étaitune tristesse sans profondeur, dont la lueur vacillaitsans poésie dans les yeux, et tressaillait sans passionautour des lèvres. Le jeune maestro semblait vouloirétaler dans toute sa personne cette douleur molle etflasque. Ses cheveux étaient frisés avec une sentimen-talité si rêveuse, ses habits se collaient avec une lan-gueur si souple autour de ce corps élancé; il portaitson jonc d’Espagne d’un air si idyllique, qu’il me rap-pelait toujours ces bergers que nous avons vus minauderdans les pastorales avec houlette enrubanée et culottede taffetas rose. Sa démarche était si demoiselle, si élé-giaque, si éthérée! Toute sa personne avait l’air d’unsoupir en escarpins. Il a eu beaucoup de succès auprèsdes femmes, mais je doute qu’il ait fait naître une grandepassion. Pour moi, son apparition avait quelque chosede plaisamment gênant, dont on pouvait tout d’abordtrouver la raison dans son mauvais langage français.Quoique Bellini vécût en France depuis plusieurs an-nées, il parlait le Français aussi mal peut-être qu’onle pourrait parler en Angleterre. Je ne devrais pas qua-lifier ce langage de mauvais : mauvais est ici trop bon.Il faudrait dire : effroyable ! à faire dresser les cheveux !Quand on était dans le même salon que Bellini, son voi-sinage inspirait toujours une certaine anxiété mêlée àun attrait d’effroi qui epoussait et retenait tout en-
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