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ŒUVRE9 DE HENRI HEINE.
deviennent muets, bien que Bellini meure et que Rossinise taise.
— En vérité, dit Maria, Rossini garde un silenceobstiné. Voilà, si je ne me trompe, dix ans qu’il estmuet.
— C’est peut-être un trait d’esprit de sa part, réponditMaximilien; il aura voulu prouver que le surnom deCygne de Pesaro , qu’on lui a décerné, ne lui allait pasdu tout. Les cygnes chantent à la fin de leur vie, maisRossini a cessé de chanter dès le milieu de sa carrière;et je crois qu’il a bien fait, et montré par là qu’il estvéritablement un génie. Un artiste qui n’a que du talentconserve jusqu’à la fin de sa vie l’impulsion qui lui faitexercer ce talent. L’ambition l'aiguillonne; il sent qu’ilse perfectionne chaque jour, et s’efforce d’atteindrel’apogée de son art. Le génie, au contraire, ayant atteintde bonne heure le degré le plus élevé, est satisfait, mé-prise le monde et l’ambition vulgaire, et s’en retournechez lui à Strafford-sur-l’Avon, comme William Shaks-peare, ou se promène en riant et plaisantant sur le bou-levard Italien, à Paris, comme Gioachimo Rossini.Quand le génie n’a pas une constitution tout à fait mau-vaise, il vit de cette façon, longtemps après avoir faitses chefs-d’œuvre, ou, comme on dit aujourd’hui, aprèsavoir rempli sa mission. C’est un préjugé de croire quele génie doit mourir de bonne heure. Je crois qu’on aassigné l’espace compris entre trente et trente-cinq ans,