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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
cet égard, et j’ai, au contraire, sérieusement étudié lesLombardes. Elles sont, je l’ai bien remarqué, aussiréellement belles que la renommée le publie. Il paraîtd’ailleurs qu’elles l’étaient déjà suffisamment dans lemoyen âge. On raconte, en effet, que la réputation desbelles Milanaises fut un des motifs secrets qui pous-sèrent François I er à entreprendre sa campagne d’Italie.Le roi chevalier était certainement curieux de connaîtresi ses cousines spirituelles, les filles de son parrain, lemarquese Trivulce, étaient aussi jolies qu’on le rappor-tait... Malheureux prince! cette curiosité, il la paya biencher à Pavie.
Mais qu’elles deviennent belles, ces Italiennes, quandla musique illumine leurs visages! Je dis illumine, carl’effet de la musique, que j’ai observé à l’Opéra sur lafigure des belles femmes, ressemble tout à fait à lamagie mouvante des ombres et des lumières qui sejouent sur les statues, quand, la nuit, nous les considé-rons à la clarté des (lambeaux. Ces figures de marbrenous révèlent alors, avec une effrayante vérité, leur es-prit intime et leurs secrets silencieux. C’est de la mêmemanière que se révèle à nos yeux la vie des belles Ita-liennes, quand nous les voyons à l’Opéra. La successiondes mélodies éveille alors dans leur âme un enchaîne-ment de sentiments, de souvenirs, de souhaits et dedouleurs, qui se manifestent à chaque instant dans lemouvement de leurs traits, dans leur rougeur, dansleur pâleur, dans toutes les nuances de leur sourire.