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2 (1861)
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se perdent dans une fossette si harmonieuse. » Cepen-dant, une impatience que je navais jamais ressentiecirculait dans toutes mes veines : je ne pus résisterlongtemps à cet étrange entraînement ; je bondis parun mouvement impétueux : « Je gage, dis-je enfin, jegage, belle figure, que je vais te baiser aujourdhuimême. » Marchant à pas légers pour que ma mère nementendit pas, je sortis, ce qui était dautant plusfacile que le portail, bien que décoré dun grand écussonblasonné, navait plus de porte, et je me frayai vive-ment un chemin à travers la végétation inculte dujardin. Aucun bruit ne se faisait entendre, et tout repo-sait, dans un calme solennel, sous les rayons silencieuxde la lune. Les ombres des arbres étaient commeclouées sur la terre. Dans lherbe verte gisait la belledéesse, également immobile. Pourtant ce nétait paslimmobilité de la mort; un sommeil profond semblaitseulement avoir enchaîné ses membres délicats, et peusen fallut, quand je mapprochai, que je craignisse deléveiller par le moindre bruit. Je retins mon haleinequand je me penchai pour contempler les lignes puresde son visage : une angoisse confuse men éloignait, uneconcupiscence denfant my attirait de nouveau ; moncœur battait comme si jallais commettre un meurtre;à la fin jembrassai la belle déesse avec une ferveur,une tendresse, un délire tel que je nen ai jamais res-senti de ma vie en donnant un baiser. Je ne saurais nonplus oublier le frisson doux et glacial qui courut dans

a.