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se perdent dans une fossette si harmonieuse. » Cepen-dant, une impatience que je n’avais jamais ressentiecirculait dans toutes mes veines : je ne pus résisterlongtemps à cet étrange entraînement ; je bondis parun mouvement impétueux : « Je gage, dis-je enfin, jegage, belle figure, que je vais te baiser aujourd’huimême. » Marchant à pas légers pour que ma mère nem’entendit pas, je sortis, ce qui était d’autant plusfacile que le portail, bien que décoré d’un grand écussonblasonné, n’avait plus de porte, et je me frayai vive-ment un chemin à travers la végétation inculte dujardin. Aucun bruit ne se faisait entendre, et tout repo-sait, dans un calme solennel, sous les rayons silencieuxde la lune. Les ombres des arbres étaient commeclouées sur la terre. Dans l’herbe verte gisait la belledéesse, également immobile. Pourtant ce n’était pasl’immobilité de la mort; un sommeil profond semblaitseulement avoir enchaîné ses membres délicats, et peus’en fallut, quand je m’approchai, que je craignisse del’éveiller par le moindre bruit. Je retins mon haleinequand je me penchai pour contempler les lignes puresde son visage : une angoisse confuse m’en éloignait, uneconcupiscence d’enfant m’y attirait de nouveau ; moncœur battait comme si j’allais commettre un meurtre;à la fin j’embrassai la belle déesse avec une ferveur,une tendresse, un délire tel que je n’en ai jamais res-senti de ma vie en donnant un baiser. Je ne saurais nonplus oublier le frisson doux et glacial qui courut dans
a.