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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
Quand je revins auprès de ma mère, elle était à lafenêtre, absorbée dans ses pensées, la tête appuyée sursa main droite, et des larmes ruisselaient sur ses joues.Je ne l’avais jamais vue pleurer ainsi. Elle m’embrassaavec une tendresse véhémente, et me demanda pardonde ce que, par la négligence de Jean, je ne pourraisavoir un lit bien fait. « La vieille Marthe, me dit-elle,est gravement malade, et ne peut, cher enfant, te céderson lit. Mais Jean va t’arranger les coussins de la voi-ture de façon que tu puisses coucher dessus, et il tedonnera son manteau pour te servir de couverture.Moi, je reposerai ici sur la paille : c’était la chambre demon père : ce local avait jadis bien meilleur air. Laisse-moi seule ! » Et les larmes coulèrent encore plus abon-dantes de ses yeux.
Soit que ce lit improvisé ne fût pas de mon goût, soità cause de l’agitation de mon cœur, je ne pus dormir.Les rayons de la lune entraient sans obstacle par lesvitres brisées, et semblaient me convier à jouir de cetteclaire nuit d’été. J’eus beau me tourner à droite et àgauche sur mes coussins, fermer les yeux ou les rouvriravec un dépit impatient, je revenais toujours à penser àla belle statue de marbre que j’avais vue couchée dansle gazon. Je ne pouvais m’expliquer la confusion hon-teuse qui m’avait saisi à cet aspect; je m’en voulais dece sentiment puéril. « Demain, me dis-je tout bas. de-main nous te baiserons, beau visage de marbre; nous tebaiserons sur ces beaux coins de la bouche où les lèvres