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par places, attestaient tristement le passage de labruyante soldatesque. La troupe s’est toujours beau-coup amusée chez nous, dit le petit avec un rire imbé-cile. Ma mère fit signe qu’on nous laissât seuls ; et pen-dant que le petit s’occupait avec Jean, je m’en allaivisiter le jardin, qui offrait, comme la bâtisse, le plusaffligeant aspect de dévastation. Les grands arbres,jonchaient le sol, mutilés ou brisés, et d'insolentesherbes parasites s’élevaient sur les troncs renversés. Çàet là, par l’emplacement des ifs démesurément accrus,on pouvait reconnaître l’ancien passage des chemins.On voyait aussi quelques statues auxquelles manquaittoujours le nez quand ce n’était pas la tête. Je me sou-viens d’une Diane dont la partie inférieure était habilléede la façon la plus grotesque par les sombres branchesdu lierre; comme aussi je me rappelle une déesse del’Abondance dont la corne débordait de ciguë en pleinepousse. Une seule divinité, comme par miracle , avaitéchappé aux outrages du temps et des hommes. Onl’avait probablement arrachée de son piédestal, maiselle était restée intacte sur le gazon, la belle déesse demarbre, avec les lignes pures et harmonieuses de sonvisage, avec son noble sein bien partagé, qui dominaittoute cette pelouse touffue comme une apparition del’olympe grec. J’eus presque peur quand je la vis, cettefigure m’inspira un trouble étrange ; un secret embarrasde pudeur ne me permit pas de me livrer longtemps àcette contemplation séduisante.