Druckschrift 
2 (1861)
Entstehung
Seite
293
Einzelbild herunterladen
 

REISEBILDER.

293

Maximilien? dit-elle avec cette voix soyeuse et fêléequon reconnaît aux phthisiques, et qui a du vagisse-ment de lenfant, du gazouillement de loiseau et durâle du mourant ; à quoi pensiez-vous dans ce moment,Maximilien? reprit-elle, et elle se leva si précipitam-ment , que ses longues tresses se déroulèrent autour desa tête comme des bandelettes dor.

Pour Dieu ! sécria Maximilien, en la forçant dou-"cement à se recoucher sur le sofa, demeurez en repos,ne parlez pas ; je vais tout vous dire, tout ce que je pense,tout ce que jéprouve, peut-être tout ce que moi-mêmejignore encore.

En effet, continua-t-il, je ne sais pas bien au juste ceque je pensais et, sentais tout à lheure. Des images dutemps de mon enfance surgissaient dans le demi-jourde ma mémoire ; je songeais au château de ma mère,au jardin délaissé, à la belle statue de marbre renverséesur le gazon... Jai dit le château de ma mère; mais, envérité, ne vous figurez, je vous prie, rien de magnifiqueni de splendide. Je me suis habitué depuis longtemps àcette dénomination. Mon père donnait une singulièreexpression à ces mots: le château! et il souriait enmême temps dune façon toute particulière. Je ne com-pris le sens de ce sourire que plus tard, quand, à i âgede douze ans, je fis, avec ma mère, un voyage au châ-teau. Cétait mon premier voyage. Nous roulâmes toutle jour dans une forêt épaisse, dont les sombres hor-reurs sont toujours présentes à ma mémoire; vers le