288 ŒUVRES DE HENRI HEINE.
ta belle couronne... Ne me reconnais-tu pas, mon em-pereur? Si je ne puis te délivrer, je veux au moins tedonner des consolations, et tu auras près de toi quel-qu’un pour te parler de tes douleurs, poignantes ett’inspirer du courage, quelqu’un qui t’aime, et dont lesmeilleures plaisanteries et le sang le plus pur sont à tonservice. Car toi, mon peuple, tu es le véritable empe-reur, le véritable maître du pays... Ta volonté est sou-veraine et bien plus légitime que ce bon plaisir avec sesvêtements de pourpre qui invoque un droit divin sansautre garant que les huiles de charlatans tonsurés...Ta volonté, mon peuple, est la seule source légitime detoute puissance. Encore que tu sois dans les fers, tonbon droit l’emportera à la fin ; le jour de la délivrances’approche, une nouvelle ère commence... Mon empe-reur ! la nuit vient de finir, et dehors brille la pourprematinale.
—Kuntz de Rosen, mon fou, tu te trompes, tu prendspeut-être une hache étincelante pour le soleil, et l’auroren’est autre chose que du sang.
— Non, mon empereur, c’est le soleil, quoiqu’il selève à l’occident... Pendant six mille ans, on l’a toujoursvu se lever à l’orient, il est bien temps aujourd’hui qu’ilchange sa marche.
— Kuntz de Rosen, mon fou, tu as perdu les clochettesde ton bonnet rouge, et il a ainsi un étrange aspect, tonbonnet rouge.
— Ah ! mon empereur, l’idée de votre infortune m a
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