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2 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

arrivâmes au bénitier, elle voulut à toute force essayerune seconde fois de me changer en bouc.

Était-ce réellement leffet de la disposition que min-spirait le lieu, ou voulais-je repousser aussi vivementque possible cette plaisanterie qui me blessait au fond?Bref, je me jetai dans le pathétique consacré, et lui dis : Milady, je naime pas les femmes qui se moquent dela religion. Les belles femmes qui nont pas de religion,sont des fleurs sans parfum. Elles ressemblent à cesfroides et vides tulipes qui, dans leurs pots de porcelainechinoise, ont elles-mêmes lair si porcelaine, et qui, sielles pouvaient parler, nous démontreraient certaine-ment comme quoi elles sont nées très-naturellementdun oignon, comme cest chose suffisante ici-bas de nepas sentir mauvais, et dailleurs, quant au parfum,quune fleur raisonnable nen a aucunement besoin.

Milady, au seul mot de tulipe, se livra à lagitationla plus emportée; et, pendant que je parlais, son idio-syncrasie contre cette fleur agit avec tant de force, que,de désespoir, elle se boucha les oreilles. Cétait moitiécomédie et certainement aussi moitié sérieux, qui litquà la fin elle me jeta un regard dédaigneux, et me ditdu ton le plus amèrement railleur de son cœur : Etvous, chère fleur, laquelle des religions existantes avez-vous?

Moi, milady, je les ai toutes : le parfum de monâme sélève jusquaux cieux, il fait pâmer de plaisirmême les dieux immortels !

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