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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
arrivâmes au bénitier, elle voulut à toute force essayerune seconde fois de me changer en bouc.
Était-ce réellement l’effet de la disposition que m’in-spirait le lieu, ou voulais-je repousser aussi vivementque possible cette plaisanterie qui me blessait au fond?Bref, je me jetai dans le pathétique consacré, et lui dis :— Milady, je n’aime pas les femmes qui se moquent dela religion. Les belles femmes qui n’ont pas de religion,sont des fleurs sans parfum. Elles ressemblent à cesfroides et vides tulipes qui, dans leurs pots de porcelainechinoise, ont elles-mêmes l’air si porcelaine, et qui, sielles pouvaient parler, nous démontreraient certaine-ment comme quoi elles sont nées très-naturellementd’un oignon, comme c’est chose suffisante ici-bas de nepas sentir mauvais, et d’ailleurs, quant au parfum,qu’une fleur raisonnable n’en a aucunement besoin.
Milady, au seul mot de tulipe, se livra à l’agitationla plus emportée; et, pendant que je parlais, son idio-syncrasie contre cette fleur agit avec tant de force, que,de désespoir, elle se boucha les oreilles. C’était moitiécomédie et certainement aussi moitié sérieux, qui litqu’à la fin elle me jeta un regard dédaigneux, et me ditdu ton le plus amèrement railleur de son cœur : — Etvous, chère fleur, laquelle des religions existantes avez-vous?
— Moi, milady, je les ai toutes : le parfum de monâme s’élève jusqu’aux cieux, où il fait pâmer de plaisirmême les dieux immortels !
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