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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
même qui célèbre son mariage avec la mort, et a invitéà la fête la jeunesse et la beauté. Oui, c’était une fêtefunèbre bien vivante, je ne sais laquelle du calendrier;dans tous les cas, c’était le jour anniversaire de lecor-chement de quelque patient martyr; car je vis arriverune sainte tête de mort, avec quelques os de surplus,le tout paré de fleurs et de pierreries, et porté auxsons d’une musique de noces : c’était une belle pro-cession.
En tête, marchaient les capucins, qui se distinguaientdes autres moines par leurs longues barbes, vrais sa-peurs de cette armée de la foi. Puis, les capucins sansbarbe, parmi lesquels se voyaient beaucoup de mâleset nobles figures, et même plus d’un visage jeune etbeau, auquel la tonsure allait fort bien, parce que la têteparaissait comme ceinte d’une élégante couronne decheveux, et sortait avec grâce, ainsi que le cou nu, dumilieu du froc sombre. Venaient ensuite des frocsd’autres couleurs, noirs, blancs, jaunes, panachés; puisde grands chapeaux à cornes rabattues, enfin tous cescostumes de moines que nous a fait connaître depuislongtemps le zèle exact de notre surintendant des théâtresà Berlin. Derrière les ordres monastiques, venaient lesvéritables prêtres, chemises blanches sur culottes noires,et bonnets de couleur. Ils étaient suivis par des ecclé-siastiques de plus haute qualité, emmaillottés de couver-tures de soie de toutes nuances, lesquels portaient sur latête des bonnets pointus, probablement originaires