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2 (1861)
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moine dont le cou rouge et la peau grasse et luisantesortaient tout entiers d'un froc brun, et auprès de lui setenait une femme au large sein, fort peu vêtue. Au rez-de-chaussée , je vis entrer par la porte à demi ouverteun jeune garçon en petit collet dabbé; il portait desdeux mains une énorme bouteille de vin. Au mêmeinstant, tinta à peu de distance une petite cloche auxvibrations fines et ironiques, et les moqueries des Nou-velles de Bocace me revinrent à la mémoire. Ces sonsne purent cependant dissiper tout à fait létrange ter-reur qui parfois faisait frissonner mon âme. Je me sentispeut-être frappé dautant plus fortement que le soleilchaud et brillant éclairait les muets fantômes de pierre,et je me disais que les spectres sont bien plus effrayantslorsquils rejettent le noir manteau de la nuit, et se fontvoir en plein jour.

Revenant à Lucques ce soir-, huit jours après, jemétonnai fort du changement qui sétait fait dans las-pect de cette ville. Quest-ce? mécriai-je en sentantmes yeux éblouis par les lumières, et voyant les flots defoule qui inondaient les rues. Tout ce peuple était-il sortidu tombeau pour imiter, spectre nocturne, les plusfolles mascarades de la vie? Les maisons, hautes etsombres, sont ornées de lampes. Partout aux fenêtrespendent des tapis bariolés, qui couvrent la presque tota-lité des mtirs crevassés et noirâtres, et sur ces tapis sepenchent daimables figures do jeunes filles, si fraîches,si fleuries, que je reconnais alors que cest la vie elle-