Il élait déjà nuit quand j’arrivai à Lucques.
Combien cette ville me parut différente de ce que jel’avais vue la semaine précédente, quand je parcourusen plein jour les rues désertes et sonores, et que je mecrus transporté dans une de ces cités maudites dont manourrice m’avait jadis fait tant de récits. La ville entièreétait alors muette comme un tombeau, tout paraissaitblafard et décédé : la lumière du soléil étincelait sur lestoits, ainsi que les paillettes d’or de la couronne funé-raire sur la tête d’un cadavre. Çà et là pensaient à lafenêtre de quelque vieille maison des touffes de lierre,semblables à des larmes desséchées et verdies : partoutune décomposition chatoyante, et l’effrayante stagna-tion de la mort. La ville n’avait plus l’air que d’unspectre de ville, spectre de pierre qui revenait en pleinjour. Pendant longtemps, je cherchai en vain traced’être vivant. Je me souviens seulement que devant unvieux palais était couché un mendiant endormi, lebras étendu, la main ouverte. Je me souviens aussi queje vis à la fenêtre d’une bicoque délabrée et noire, un