RE1SEBILDER.
217
chapeau lui-même, vieux et usé, pend dans le coind’une maussade cellule d’abbé à Bologne.
Je suis de ces gens qui aiment toujours à prendre unchemin plus court que la route battue, et auxquels ilarrive souvent alors de s’égarer dans les étroits sentiersdes rochers et des bois. C’est ce qui m’arriva aussi cejour-là, et j’ai employé' pour mon voyage de Lucquescertainement deux fois plus de temps que les vulgaireshabitués du grand chemin. Un étourneau, à qui je de-mandai ma route, siffla et gazouilla sans me donneraucun renseignement précis. Peut-être n’en savait-ilrien lui-même. Je ne pus tirer aucune parole des pa-pillons et des demoiselles suspendus au front desgrandes campanules : ils étaient envolés avant d’avoirentendu mes questions, et les fleurs balançaient leursclochettes silencieuses. Plus d’une fois, je fus appelépar les myrtes sauvages, qui ricanaient au loin d’unevoix douce et fine. J’escaladais alors avec empresse-ment les aiguilles les plus ardues des rochers, etm’écriais : — O nuages du ciel ! pilotes des airs ! dites-moi le chemin qui conduit auprès de Francesca ! Est-elle à Lucques? Dites-moi, que fait-elle? que danse-t-elle?... Dites-moi tout, et quand vous m’aurez tout dit,redites-le moi encore !
Au milieu d’une telle exubérance de folie, il est biennaturel qu’un aigle grave, que j’aurai troublé dans sesrêveries solitaires, m’ait regardé avec un mépris demauvaise humeur; mais je lui pardonne volontiers, car
H.