ŒUVRES DE HENRI HEINE.
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s’étonner du savoir de ces gens. Ils n’enseignent dansle fond qu’une seule et même doctrine, la philosophiede l’identité, qui vous est bien connue; ils diffèrent seu-lement dans la manière de la présenter. Quand Hegelpose les principes de sa philosophie, on croit voir cescurieuses figures qu’un adroit maître d’école sait formerpar un habile arrangement de toutes sortes de chiffres,de telle sorte qu’un spectateur ordinaire ne voit absolu-ment que l’apparence, la maisonnette, le bateau ou lesoldat que forment ces nombres, pendant qu’un écolierpenseur y peut reconnaître la solution de quelque pro-fond exemple de calcul. Les expositions de M. Schel-ling ressemblent plutôt à ces tableaux d’animaux indiensqui sont un concert de toutes sortes d’êtres, serpents,oiseaux, éléphants et autres ingrédients vivants réunisensemble par des enlacements fantastiques. Ce moded’exposition est beaucoup plus gracieux, plus riant, pluschaud, plus animé; tout y vit, tandis que les chiffresabstraits de Hegel sont bien sombres et nous glacentd’un froid mortel.
— Bon, bon ! je vois déjà ce que vous pensez, repritle vieux lézard ; mais dites-moi, ces philosophes ont-ilsbeaucoup d’auditeurs?
Je lui représentai alors comment dans le caravansérailsavant de Berlin, les chameaux se rassemblent autourde la fontaine de la sagesse Hegellienne, s’agenoadlent,reçoivent leur fardeau d’outres précieuses, et partentpour traverser les déserts de sable de Brandebourg.