Druckschrift 
2 (1861)
Entstehung
Seite
212
Einzelbild herunterladen
 

ŒUVRES DE HENRI HEINE.

«12

sétonner du savoir de ces gens. Ils nenseignent dansle fond quune seule et même doctrine, la philosophiede lidentité, qui vous est bien connue; ils diffèrent seu-lement dans la manière de la présenter. Quand Hegelpose les principes de sa philosophie, on croit voir cescurieuses figures quun adroit maître décole sait formerpar un habile arrangement de toutes sortes de chiffres,de telle sorte quun spectateur ordinaire ne voit absolu-ment que lapparence, la maisonnette, le bateau ou lesoldat que forment ces nombres, pendant quun écolierpenseur y peut reconnaître la solution de quelque pro-fond exemple de calcul. Les expositions de M. Schel-ling ressemblent plutôt à ces tableaux danimaux indiensqui sont un concert de toutes sortes dêtres, serpents,oiseaux, éléphants et autres ingrédients vivants réunisensemble par des enlacements fantastiques. Ce modedexposition est beaucoup plus gracieux, plus riant, pluschaud, plus animé; tout y vit, tandis que les chiffresabstraits de Hegel sont bien sombres et nous glacentdun froid mortel.

Bon, bon ! je vois déjà ce que vous pensez, repritle vieux lézard ; mais dites-moi, ces philosophes ont-ilsbeaucoup dauditeurs?

Je lui représentai alors comment dans le caravansérailsavant de Berlin, les chameaux se rassemblent autourde la fontaine de la sagesse Hegellienne, sagenoadlent,reçoivent leur fardeau doutres précieuses, et partentpour traverser les déserts de sable de Brandebourg.