202 ŒUVRES DE HENRI HEINE.
et il faudrait m’en rapporter au comte Ramier le jeunesans le vérifier, comme on le fait avec des sacs d’argentde la caisse courante, sur lesquels est écrit combien decent thalers ils renferment. Ils passeut cachetés demain en main ; chacun se fie à l’autre sur la valeur quiest inscrite; et il y a pourtant des exemples qu’un fai-néant, qui n’avait rien à faire, ait ouvert et compté unde ces sacs, et qu’il y ait trouvé quelques thalers demoins. C’est comme cela qu’on peut encore faire beau-coup de friponneries dans la poésie. C’est surtoutquand je pense aux sacs d’argent que je me mets endéfiance. Car mon beau-frère m’a raconté qu’il y a dansla prison, à Odensee, un certain comte Ramier l’aîné,qui était placé à son poste, et qui ouvrait malhonnête-ment les sacs qui lui passaient par les mains, en retiraitmalhonnêtement de l’argent, et puis les recousaitadroitement et les expédiait. Quand on entend parlerde pareils tours, on perd confiance dans les hommes,et l’on devient un homme méfiant. Il y a bien de la fri-ponnerie dans le monde, et dans la poésie certainement
comme dans les autres métiers.—
L’honnêteté, continua Hyacinthe pendant que le mar-quis allait son train de déclamation, sans prendre gardeà nous, absorbé qu’il était par le sentiment, l’honnêteté,monsieur le docteur, est la chose principale, et celui quin’est pas un honnête homme, je le regarde comme unfripon, et celui que je regarde comme un fripon, jen’achète rien de lui, je ne lis rien de lui ; bref, je ne fais